‹ Mémoires authentiques de Maximilien de RobespierreChapitre 17 sur 49 · H 1 4 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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de provocations, je fis contre ces hommes à double face une sortie qui les accabla, u Je ne « présume pas, dis -je en les regardant, qu'il « existe dans cette assemblée un homme assez « lâche pour transiger avec la cour sur aucun « article de notre code constitutionnel; assez tt perfide pour faire proposer par elle des chan- « gements que la pudeur ne lui permettrait pas « de proposer lui-même ; assez ennemi de la « patrie pour chercher à décréditer la coïistî- « tution , parce qu'elle mettait quelque boriie à (( son ambition ou à sa cupidité ; assez impudent « pour avouer aux yeux de la nation qu'il n'a « cherché dans la révolution qu'un moyen de « s'agrandir et de s'élever : car je ne veux re- « garder certains écrits et certains discours qui « pourraient présenter ce sens, que comme l'ex- « plosion passagère du dépit , déjà expiée par le « repentir. Mais nous, du moins, nous ne « serons ni assez stupides, ni assez indiffé- M rents à la chose publique , pour consentir à « être les jouets éternels de l'intrigue, pour « renverser successivement les différentes parte tiesT de notre ouvrage au gré de quelques am^-

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w bitteux, jusqu'à ce qu'ils" nous aient dit : Le t< voilà tel qu'il nous convient. Nous avons été « envoyés pour défendre les droits de la nation , « non pour élever la fortune de quelques indi- « vidus; pour renverser la dernière digue qui « reste encore à la corruption , non pour favori- ' « ser la coalition des intrigants avec la cojur , et « leur assurer nous-mêmes le prix de leiir comi< plaisance et de leur trahison. Je demande que « chacun de nousjurequ'il ne consentira jamais « à composer avec le pouvoir exécutif sur au- « cun article de la constitution, et que quiconque « osera faire une semblable proposition soit « déclaré traître à la patrie. »

Les applaudissements de l'assemblée, les rires ironiques du côté droit , la contenance embarrassée des intrigants , tout me prouva que j'avais été compris , et que le coup avait été porté (i).

Le dernier acte important des législateurs fut un dernier attentat contre la liberté. Lechape-

(i) Voyez la première partie de ce discours aux pièces iustificatives, lettre O.

(Tassez dures vérités pour être en droit de reconnaître ce qu'ils ont fait de bien.

Quand on se reporte à la situation où se trouvait la France en 1789, et qu'on la compare à celle d'aujourd'hui , on doit convenir des progrès immenses qu'elle a faits dans- son éducation politique; et quelle que soit la part qui doive en être attribuée au bon sens et au courage du peuple, celle qui reste à l'assemblée est en-' core- assez belle. Je sais tout ce que ses lenteurs , sa mollesse , les coupables calcul^ de quelques uns, les intrigues et la corruption des autres , ont amené d'embarras et de retards dans le développement de nos institutions ; mais je sais aussi combien, dans l'ordre éternel de la nature , sont lentes et progressives les améliorations réservées à l'humanité. Je sais que ces luttes, que-ces obstacles, chaque jour renouvelés , n'empêchent pas l'accomplissement des décrets de la Providence , et que ses bienfaits sont d'autant plus chers, leur jouissance d'au-^ tant plus vive , qu'ils ont été plus péniblement achetés.

Aujourd'hui donc, je ferais peu de repro-

ches à rassemblée ptrar les entraves qu'elle a mises à la liberté française. Les principes fondamentaux ont été reconnus par elle, et cette reconnaissance suffit pour qu'ils portent tôtoutard leurs fruits.

Si j'envisage l'assemblée sous un point de vue secondaire , mais encore digne d'intérêt , je dois rendre une éclatante justice aux talents qu'elle renfermait, et à l'ordre imposant qu'elle a su presque toujours conservei^ dans ses délibérations. Rapprochée sous ces deux rapports de l'assemblée d'aujourd'hui, l'avantage de la comparaison lui reste tout entier,' Il est des choses quç je ne dirais point aux Jacobins, mais qu'est-ce que Brissot à côté de Barnave , que Ramond à côté de Maury , que Vergniaud, Guadet , Isnard et autres , à côté de la grande ombre de Mirabeau? Que l'on compare la tenue de Chabot, Bazire, Duhem, à la dignité que nous savions garder, nous autres constituants assis à l'extrémité de la gauche , malgré notre petit nombre et la vigueur de notre opposition !

Avant de passer aux détails de ma vie postérieurement à ma sorti» de l'assemblée consti-

tuante^ je dois revenir quelques instants sur mes pas pour rapporter succinctement les principaux faits qui me concernent eh dehors de ma carrière légiislative , notamment meis rielations privées et mes travaux à la société des Jacobins. Le désir de ne pas. interrompre la suite des faits aiialogués jto'a engagé à adoptei^ c^tte oCiarotie.

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