‹ Mémoires authentiques de Maximilien de RobespierreChapitre 26 sur 49 · MATIÈRES ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

MATIÈRES ECCLÉSIASTIQUES

31 mai 1790.

Les prêtres , dans l'ordre social, sont de véritables magistrats destinés au maintien et au service du culte. De ces notions simples dérivent tous les pi^incipes; j'en préseiaterai trois qui se rapportant aux trois chapitres du plan du comité.

Premier principe. Toutes les fonctions publiques sont d'institution sociale : elles ont pour but l'ordre et le bonheur de la société ; il s'ensuit qu'il ne peut exister dans la société aucune fonction qui ne soit utile.

Deuxième principe. Les officiers ecclésiastiques étant institués pour le bonheur des hommes

et pour le bien du peuple , il s'ensuit que le peuple doit les nommer.

Troisième principe. Les officiers ecclésiastiques étant établis pour te bien de la société , il s'ensuit que la mesure de l^r. traitement doit être subordonnée à l'intérêt et à l'utilité générale, et non au désir de gratifier et d'enrichir ceux qui doivent exercer ces fonctions.

Je finis en présentant des articles qui forment le résumé de mon opinion : i"" il n'existera {dus d'autres officiers ecclésiastiques que des évéqties et des curés dans un nombre <jui sera proportionné aux besoins de la société; 2"" les titres d'archevêques et de cardinaux seront supprimés; 3** quant au traitement des évéques et des curés, je me réfère au comité; 4"* '®^ évoques et les curés seront élus par le peuple. Il est un cinquième article, plus important que tous les autres, que j'aurais énoncé, si l'assemblée l'avait

permis , c'est {L'orateur est interrompu par

de violents murmures , il aHait parler du mariage des prêtres.)

1>1ÈG£S JUSTIFlCATtVIiS. 399

9 juin 1790.

Ni les assemblées administratives ni le clergé ne peuvent concourir à l'élection des évèques î la seule élection constitutionnelle, c'est celle qui vous a été proposée par le comité. Quand. on dit que cet article contrevient à l'esprit de piété , qu'il est contraire aux principes du bqii sens, que le peuple est trop corrompu pour fjiire de bonnes élections , ne s'aperçoit-on pas que cet inconvénient est relatif à toutes les élections possibles; que le 'clergé n'est pas plus pur que le peuple lui-même. Je vote pour le peuple.

16 juin 1790.

L'auteur pauvre et bienfaisant de la religion a recommandé au riche de partager ses richesses avec les indigents ; iV a voulu que ses ministres fussent pauvres ; il savait qu'ils seraient corrompus par les richesses ; il savait que les plus riches ne sont pas les plus généreux , que ceux qui sont séparés des misères de l'humanité ne compatissent guère à ces misères , et que par leur luxe et

3o2 PIÈOBS JUSTIFICATIVES.

1 " Le peujple avignonnais a le droit de demander sa réunion à la France.

29 L'assemblée nationale ne peut se dispenser d'accueillir cette pétition.

. La ville d'Avignon et son territoire, qui faisaient partie de la Provence , furent vendus en 1 348 par la reine Jeanne au pape Clément VI. S'il était question de la vente d'un immeuble ou de quelque objet qui fût dans le commerce, je vous rappellerais avec les historiens que la reine Jeanne était mineure, qu'elle était grevée de substitution , que le contrat dont nous parlons était le prix de l'absolution qu'elle négociait avec lé pape , au tribunal duquel elle était citée pour le meurtre de son mari ; que , pafrvenue à sa majorité, elle réclama contre cet acte scandaleux; que les états de Provence, à qui elle avait promis avec serment de ne pas l'effectuer, se hâtèrent de protester; je mettrais sous vos yeux la foule des protestations renouvelées^ depuis cette époque jusqu'à nos jours, par ses successeurs comtes de Provence ou rois de France ; ou plutôt les droits de la France sur cette partie dé l'empire ,

PIËGES JUSTtFIGATITBS. 3o3

maintenus et exercés par eux^ par nos derniers rois , par Louis XVI lui-^méme , et la maxime quePétatavignonnais n'était entre.les mains des papes qu'à titre précaire et d'engagement ^ consacrée par les arrêts de nos cours souveraines, et reconnue comme un point incontestable* du droit public français ; eAfin je vous présenteraie à Ja fois et tous les obstacles qui s'opposent à la prescription , et tous les vices qui frappent d'une éternelle nullité les acteâ contraires aux bonnes mœurs y c^est'k-^ire aux principes indestructibles de la justice et de la raison, et contre lesquels réclament sans cesse les titres mêmes qui doivent en être la base.

Je ne vous dirai pas que c'est une vérihible nécessité pour les représentants du pëfople français de ^respecter ces principes éternels de la justice, sur lesquels ils ont fondé l'édifice de notre constitution ; de défendre , autant qu'il est en eux , cette cause sacrée des nations qui est leur propre cause, et qui ne peut guère succomber sans entraîner dans sa chute ou^ sans ébranler leur propre ouvrage.

3o4 PIÈCES JUSTIFICATIVES.;

Je ne vous rappellerai pas combien il importe à votre gloire et à votre puissance, au maintien de cette force naorale dont vous êtes revêtus et qui vous est si nécessaire, de ne point livrer à la fureur de ses ennemis et des vôtres un peuple dont tout le crime fut de suivre votre exemple, et de se dëvoudF pour la défense*de vos principes et de vos lois.

Je ne vous rappellerai pas des raisons d'intérêt politique , plus palpables peut-être pour les âmes vulgaires, quoique bienlaoins importantes et bien moins étendues.

Je ne vous parlerai pas de la conservation de ces établissements publics que la France s'est

réservés à Avignon.

Je ne vous dirai pas que tant qu'Avignon resterait séparé de l'empire français, sa position entre plusieurs de nos provinces rendrait im^ possible l'exécution de ce système salutaire du reculement des barrières aux frontières de la France ; que la situation de cette ville au confluent du Rhône et de là Durance , le rocher qui la domine, la facilité qu'elle peut donner à ceux qui en seraient les maîtres de mettre des entra-

PIÈtïES JUSTIFICATIVES'. 3o5

ves à la communication du Languedoc , de la Provence, du Dauphiné, enPfont une place infiniment importante et nécessaire à la France , et vous invitent à ne point violer la plus irréfragable de toutes les lois, celle de la nature même, qui a voulu qu'elle fût, qu'elle ne pût être qu'une

. portion du territoire français.

Je fixerai vos regard^ sur un intérêt beauooup plus pressant , sur les circonstances impé^ rieuses qui lient le sort d'Avignon à celui de la révolution française et au salut de cet empire.

Rappelez-vous avec quelle inquiète prudence il faut pourvoir ^u maintien d^une Constitution naissante, qui sera long-temps en butte aux attaques de tant d'ennemis puissants. Voy^ au sein de cette partie de la France , où ils ont déjà fait germer les funestes semences des dissensions civiles, le comtat Venaissin et Avignon placés nécessairement pour être ou le principal foyer des conjurations ou le ferme appui de la tranquillité publique , suivant le jugement que

, vous prononcerez sur le sort des Âvignonnais.

Quel danger n'y aurait-il pas à le laisser retom- II. ao

PIÈCES JUSTIFICAttTKS.

ber sous le joug de ceux qui, unis par des passions et des intérêts communs^ mécontents de Ja France, conspireront avec eux pour amener impunément une explosion fatale h notre glorieuse révolution ? C'est de ce pays que, dans nos troubles domestiques , les papes soufflaient sur ce royaume tous les fléaux du fanatisme, de la guerre civile et religieuse qui l'ont si longtemps désolé. C'est là que les ennemis du peuple avignonnàis et du peuple français peuvent vous préparer de nouveaux troubles. Rappelez^vous, messieurs, cette fameuse journée du lojuin, où les aristocrates avignonnàis, de concert avec le gouvernement papal, se baignaient dans le sang des citoyens, en poussant des cris de me F aristocratie! S'ils ont été vaincus et repoussés, ils n'ont pas pour cela abandonné leurs sinistres projets.

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