II
La peine de mort est nécessaire , dites--vau8Î si cela est^ pourquoi plusieurs peuplés ont ils su s'en passer? (par quelle fatalité ces peuples ont-ils été les plus sages, lès plus heureux et les plus libres? Si la peine de mort est la plus propre k prévenir les grands crinies , il faut donc qu'ils aient été plus rares chez les peuples qui l'ont adoptée et prodiguée. Or^ c'est précisément tout le contraire;.. Voyez le Japon, nulle part la p^ine de mort et les supplices ne sont anitaiit prodigués; nulle part les crimes ne sont ni si fréquents ni si atroces. On dirait que les Japo^ nais veulent disputer de férocité avec les lois barbares qui les outragent et qui les irritent. Les républiques de la Grèce , où les peines étaient modérées , où la peine de mort était ou infiniment rare ou absolument inconnue, «offraientelles plus de crimes et moins de vertus que les pays gouvernés par des lois de sang? Groyezvous que Rome fut souillée par plus de forfaits, lorsque, dkns les jours de sa gloire, la loi Porcia eut anéanti les peines sévères portées par les rois et par les déccmvirs, qu'elle ne le fut sous Syllaqui les fit revivre, et sous les empereurs
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qui en portèrent ta rigueur à un excès cHgne de leur infâme tyrannie. La Russie a-t-ell6 été bouleversée depuis que le despçte qui la gdu*'' verne a entièrement supprimé la peine de mort^ comme s'il eut voulu expier par cet acte d'hu*^ manité et de philosophie le crime de retenir des^ millions d'hommes sous le joug du pouvoir ab*« solu ?
Écoutez la voix de la justice et de la raison, elle Bous^ crie que les jugements humains ne sont jamais assez certains pour que la société puisse donner la«mort à un homme condaiftn^ par d'autres hommes sujets à l'erreur. Eussiezvous imaginé l'ordre judiciaire le plus parfait ,' eussiez-vous trouvé leé juges les plus intègres et les plus éclairés, il vous restera toujours quelque place à l'erreur %u à la prévention. Pourquoi vous interdire le moyen de les réparer ? pbiurquoi vous condamner à l'impuissance dt tendre une main secourable à l'innocence oppri^ mée? Qu'importent ces stériles^regret», <ïes réparations illusoires que vous accordeii^ à une ombra vaine, à une cendre insensible? elles sont les tristes témoignages de la barbare témérité de
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La peine de mort est nécessaire , clites--vau8? si cela est^ pourquoi plusieurs peuplais ont ils su s'en passer? (par quelle fatalité ces peuples ont-ils été les plus sages, les plus heureux et les plus libres? Si la peine de mort est la plus propre ^ prévenir les grands crinles, il faut donc qu'ils aient été plus rares chez les peuples qui l'ont adoptée et prodiguée. Or, c'est précisément tout le contraire.. Voyez le Japon, nulle part la p^ine de mort et les supplices ne sont aptiiit prodigués; nulle part fôs crimes ne sont m si fréquents ni si atroces. On dirait que les Japo^ nais veulent disputer de férocité avec les lois barbares qui les outragent et qui les irritent. Les républiques de la Grèce , où les peines étaient modérées , où la peine de mort était ou infiniment rare ou absolument inconnue, •offraientelles plus de crimes et moins de vertus que les pays gouvernés par des lois de sang? Croyez* vous que Rome fut souillée par plus de forfaits, lorsque, dâms les jours de sa gloire, la loi Porcia eut anéanti les peines sévères portées par les rois et par les déccmvirs, qu'elle ne le fut sous Sylla qui les fit revivre , et sous les empereurs
qui en portèrent ta rigueur à un excès cHgne de leur infâme tyrannie. La Russie a-t-elle été bouleversée depuis que le despçte qui la gdu*' verne a entièrement supprimé la peine de mort^ comme s'il eût voulu expier par cet acte d'hu*^ mànité et de philosophie le crime de retenir des millions d'hommes sous le joug du pouvoir absolu ?
Écoutez la voix de la justice et de la raison ^ eUô Bous^ crie que les jugements humains ne sont jamais assez certains pour que la société puisse donner la«mort à un homme condarntn^ paf d'autres hommes sujets à l'erreur. Eussiezvous imaginé l'ordre judiciaire le plus parfait^ eussiez-vous trouvé les juges les plus intègres et les plus éclairés, il vous restera toujours quelque place à l'erreur «u à la prévention; Pourquoi vous interdire le moyen de les réparer ? pbiurquoi vous condamner à l'impuissance dt tendre une main secourable à l'innocence oppri-^ mée? Qu'importent ces stériles^egrets, ces réparations illusoires que vous accorde? à une ombra vaine, à une cendre insensible? elles sont les tristes témoignages de la barbare témérité de
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Toa lois pénales* Ravir à rhcùnnie la possibilité d'expier son forfait par son ropendr ou par des actes de Vertu ^ lui fermer impitoyablémeiit tout retour à laverta, à l'estime dé soi-même, se hl^ ter de le faire descendre, pour ainsi dire, dans le tombeau encore tout couvert de la tache r^ oente de son crime , est à mes yeux le plus Iior<> rible raflSinement de la cruauté.
Lé pîremier devoir du législateur est de former et de conserver les moeurs publiques^ sôôrce de toute liberté, source de tout bonheur toclal; lorsque, pour courir à un but particulier^ il s'écarte de ce but général et essentiel, il com^ met la phis grossière et la plus funeste dés erreurs.
Il faut donc que la loi présente toujours alui peuples' le modèle le plus pur de la justice et de la raison. Si, à la place de cette sévérité puis^ saute, de ce calme modéré qui doit les caract^ri*ser, celles mettent la colère et la vengeance; si elles foiit.conler le sang humain qu'elles peuvent épai^ner et qu'elles n'ont pas le droit de répandre; si «elles étalent aux yeux du peuple des sbènueii cruelles et des cadavres meurtji^is
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par des tentures, alors elles allÂreiit dans le corar des citoyens 4es idées du juste et de finjuste, elles font germer au sein dé la société des préjugés féroces qui en produisent d'autres à leur tour. L'homme n'est plus pour f homme un objet si sacré; on a une idée moins grande de sa dignité quand l'autorité publique se joue de sa vie. L'idée du meurtre inspire bien moins d'effroi , lorsque la loi même en donne l'exemple et le spectacle ; l'horreur du crime diminue dès qu'elle ne le punit plus que par un autre crime. Gardez- vous bien de confondre l'efficacité des peines avec l'excès de la sévérité ; l'un est absolument opposé à l'autre. Tout seconde les lois modérées ; tout conspire contre les lois cruelles.
On a observé que^ans les pays libres, les crimes étaient plus rares , et les lois pénales plus douces : toutes les idées se tiennent. Les pays libres sont ceux où les droits de l'homme sont respectés, et où, par conséquent^ les lois sont justes. Partout où elles offensent l'humanité par un excès de rigueur, c'est une preuve que la dignité de l'homme n'y est pas connue, x]ue celle
do citoyen n'existe pas; c'est une preuve que le législateur n'est qu'un maître qui comnciande à des esclaves^ et qui les châtie impitoyablement suivant sa fantaisie. Je cpnclus à ce çjue la peine de mort spit abrogée.
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