Etait favorite
Mazarin, et avoit, indépendamment de cela, une amitié directe de la Reine, qui passoit sa vie à déplorer les amours du Roi, qui éloient presque dans leur commencement. M. de Maurepas étoit aussi intime, tant par lui que par sa femme, avec M"* de Mazarin et étoit neveu de M. de la Vrillière, qui étoit secrétaire d'État comme lui, de façon que la maison de M'°® de Mazarin étoit un centre où aboutissoient toutes les intrigues, et qu'il s'y faisoit des échanges de confidences continuelles *. M. de Richelieu raconta donc à M"* de la Tournelle ce qui venoit de se passer de la part du cardinal avec le Roi, et entre M. de Saint-Florentin et lui. Elle convint bien qu'il devoit y avoir quelque intrigue à cet égard, et elle lui promit de la découvrir. Comme elle étoit favorite de la Reine et de M™'' de Mazarin,
1. Il est bon d'établir aussi clairement que possible ces diverses parentés, qui faisaient, comme le dit M. de Richelieu, du salon de M""" de Mazarin le foyer commun des intrigues les plus opposées. Françoise de Mailly épousa en premières noces, et à son corps défendant, M. de la Vrillière, ministre, et en eut : M. delà Vrillière (plus tard Saint-Florentin), aussi ministre, la comtesse de Plélo, mère de M™^ d'Agénois, et M™* de Maurepas. En secondes noces, le 14 juin 1731, elle s'était remariée au duc de Mazarin, et se retrouva encore en famille dans cette nouvelle maison, puisqu'Armande-Félice de la Porte-Mazarin, fille du premier lit du duc de Mazarin, avait épousé en 1709, le marquis de Mailly-Nesle, cousin germain de Françoise de Mailly, d'où les cinq sœurs bien connues ; M"** de Nesle était devenue ainsi la belle-fille de sa cousine germaine, et les cinq sœurs ses bellespetites-filles. Enfin, M""* de Mazarin avait pour frères le comte de Mailly, qui avait épousé en 1726 laînée de ces cinq sœurs, et M. de Rubempré. Ses deux alliances avaient donc fait d'elle la belle-grand'mère et la belle-sœur de M""" de Mailly la favorite, fille de son cousin germain.
M. de Richelieu en espéra beaucoup, et partit pour aller à Saint-Hubert, où il trouva le Roi déjà arrivé, qui lui parut assez sérieux. M™^ la comtesse de Toulouse parla d'un projet de voyage prochain ', et le Roi ayant été prié par elle d'ordonner à M. de Richelieu de revenir -, le visage de S. M. chansfea un peu. et il dit qu'il savoit que M. de Richelieu ne pouvoit revenir de ce voyage, et qu'il avoit des affaires. La conversation fut moitié plaisanterie, moitié sérieux. On se mit au jeu ; M™® de Mailly, qui devoit tout savoir, s'en mêla aussi, pour changer d'objet de conversation. Le lendemain se passa à jouer et chasser. Le surlendemain S. M. retourna à Versailles. M. de Richelieu y arriva des premiers, pour trouver M°^ de la Tournelle, qui lui dit qu'elle savoit toute son affaire, et que c'étoit M. de Maurepas qui avoit dit à la Reine que l'abbé de Broglie lui avoit dit qu'il avoit entendu dire à M. de Richelieu du mal du cardinal, [savoir] qu'il falloit qu'il radotât pour avoir un Conseil comme celui des ministres qui le composoient ; que la Reine avoit dit cela au cardinal, qui en avoit été fort piqué ; qu'il vouloit en conséquence lui faire ôter le commandement du Languedoc, mais que, pour ménager les bienséances en raison de l'amitié qu'il lui marquoit, c'est ce qui l'engageoit à suivre le biais qu'il prenoit. Cela suffit à M. de Richelieu, qui prit sur le champ le parti d'aller trouver le cardinal. Il lui dit en entrant qu'il venoit prendre congé de lui ; le cardinal parut