Samedi 8 août
2. Le récit qui va suivre a été certainement communiqué à l'auteur delà Vie privée, qui raconte toute la scène de Metz de la même façon, et souvent avec les mêmes expressions :
bièrent bientôt, parce que l'esprit de parti fit augmenter la maladie du Roi. On parla de le faire confesser et recevoir ses sacrements. S. M., qui avoit un srrand fonds de relio^ion, avoit un mal de tête fort grand avec de la fièvre, et n'étoit pas en état de juger par elle-même de son mal, qui étoit infiniment augmenté dans son idée par un homme gagné ', en qui il avoit pourtant confiance sur sa santé même, et qui lui dit qu'il feroit très bien de se confesser. Comme on a vu le Roi, toute sa vie, conserver les dehors de bienséance et du fonds de religion qu'il avoit, il résolut de se confesser et recevoir les sacrements. M. de Richelieu Tavoit quitté la veille, après avoir tàté son pouls -. Il
T. II. p. 0 à 14. — Cf. la double relation que M. de Luynes, pour plus d exactitude et d'impartialité, a transcrite dans ses Mémoires, t. VI, p. 39 à 48 et 60 à 62, rapportant les uns après les autres les souvenirs, souvent contradictoires, des principaux témoins qui entouraient le Roi. Voyez aussi le journal tenu par le premier commis Le Dran, aux Affaires étrangères, vol. France 1329.
1. Le maréchal veut parler ici certainement de M. de La Peyronie (ci-après, p. 85), premier médecin par quartier, qui engagea, dès le mardi 11, l'évêque de Soissons à parler de confession et de sacrements, ce que le prélat fit le lendemain, bien que la Peyronie lui dît ce jour-là que rien ne pressait encore [Luynes, t. VI, p. 60). Ce furent ensuite les instances pressantes et les remontrances très vives du duc de Bouillon, grand chambellan, qui décidèrent le Roi à se confesser au P. Pérusseau (Ibidem, p. 42 et 61-62).
2. On sait que M. de Richelieu avait de grandes prétentions à se connaître en médecine, en hygiène, aussi bien qu'en astrologie et en magie, et, pendant la première période de la maladie, il s'arrogea le droit d'assister seul aux consultations des médecins ^Luynes, t. VI, p. 40 et 60). Il écrivait ce même jour
retourna chez lui le lendemain matin, à sept heures. Il y trouva M™^ de Châteauroux assise au chevet de son lit, et ils raisonnèrent une demi-heure comme à l'ordinaire. M. de Richelieu ta ta le pouls du Roi ; la fièvre n'étoit pas augmentée ; mais il se plaignoit toujours du mal de tête. Tout d'un coup, il lui demanda son pot de chambre ; M™^ de Châteauroux se leva et passa dans la chambre à côté. Alors, avec force et vivacité, le Roi cria : « Faites entrer pour la messe ! » et répéta ces mots de manière à étonner M. de Richelieu. Le Roi ajouta : « Emmenez-la chez elle ^ ».
à un correspondant inconnu «... Le Roi s'est trouvé incommodé ce matin : il a un petit mouvement de fièvre ; je lui ai touché le pouls qui est bon, et ce n'est presque rien : un peu de constipation qu'il a laissé venir sans remède a causé cette émotion que des lavements et du lavage emporteront... [Catalogue Charavay 328, n" 321, et L'amateur d'autographes, 6' année, n° 125, p. 67).
1. Cf. Soulavie, t. VII, p. 30. — M. de Luynes (VI, 42) ne raconte pas cette scène de séparation de la même manière : « Le 12, M"™* de Châteauroux étant auprès du lit du Roi, il lui prit la main et la baisa ; puis, la repoussant, il lui dit : « Ah ! princesse, je crois que je fais mal. w Elle voulut l'embrasser; il la refusa, en lui disant : « Il faudra peut-être nous séparer. » A quoi l'on dit qu'elle répondit fort bien et d'une manière très convenable. 11 passa le reste de la journée dans de grandes inquiétudes et beaucoup de troubles d'esprit. La nuit fut mauvaise depuis trois heures, et le jeudi matin le Roi fut saigné à sept heures. Il y eut de grandes agitations, qui augmentèrent pendant la messe. 11 fit demander le P. Pérusseau par M. de Bouillon. Dans cet intervalle, le Roi eut un mouvement de vapeurs très fort, de manière que M. de Bouillon sortit dan.s l'antichambre pour demander un flacon avec précipitation. Lorsque ce mouvement fut passé, M. de Bouillon sortit de la chambre et dit : « Cela est passé. » Des gens qui l'entendirent.
M. de Richelieu fut hienlôt hors de lui, comme étoit [aussi] S. M. On ordonna aux garçons de la chambre d'ou"STir les portes et de demander la messe, et, en même temps, M. de Richelieu alla trouver M™^ de Châteauroux, qu'il ne surprit pas autant qu'il devoit le croire, et qui lui dit que le Roi lui avoit parlé toute la matinée de sacrements, se crovant plus malade qu'il ne l'étoit. Mais le sieur de la Peyronie ', excellent chirurgien, qui s'étoit rendu maître du Roi, en santé comme malade, étoit livré depuis longtemps à M. de M. ~ et avoit pour porteur de paroles La R. " qui étoit fort sot, mais insolent, et qui prononçoit toutes les paroles que la Pevronie lui disoit conséquemment à ses instructions. Il n'y avoit aucun moyen de l'écarter ^.
et qui ne savoient pas de quoi il s'agissait, crurent que le Roi étoit mort. Cependant, il se confessa, et l'ordre fut donné pour renvoyer M""^ de Châteauroux et sa sœur, M""^ de Lauraguais, etc. » (t. VI, p. 42 et 61-62).
1. François Gigot de la Peyronie, quoique premier chirurgien, avait été nommé, en outre, médecin consultant le 22 septembre 1742, et médecin par quartier le 14 mars 1743. Accusé ici par M. de Richelieu, il se trouve nécessairement déchargé des accusations contraires qui coururent alors contre lui. Voy. Barbier, II, 404, et Luynes, VIII, 192 et 193.
2. M, de Richelieu ajoute en marge : « M. de Maurepas ». .3. En marge : « le duc de la Rochefoucauld ».
4. Parce qu'il était grand-maître de la garde-robe du Roi. M. de la Rochefoucauld fut, plus tard, un des premiers à essuyer les effets de la courte vengeance de M"*^ de Châteauroux. M. de Maurepas fut chargé de lui commander verbalement, sans lettre de cachet, d'aller à sa terre de la Roche- Guyon. Quoique l'absence des formalités nécessaires put laisser le temps de chercher une intercession puissante, M. de la
M. de Richelieu eonduisoit M™* de Chàteauroux chez elle, par une galerie qui communiquoit de l'appartement du Roi à la maison qu'elle occupoit, lorsque M. le comte d'Argenson, ministre et secrétaire d'État de la guerre, arriva et fit semblant de se trouver mal. Il parut même avoir bien de la peine à prononcer que S. M.conseilloit à M"'- de Châteauroux de sortir de Metz et de s'en aller à quatre ou cinq lieues. L'étonnement fut grand ; mais il fallut songer à exécuter les ordres, et, pour cela, M. de Richelieu se sentit la force d'aller trouver M. le maréchal de Belle-Isle '. qui n'avoil pas eu le temps de savoir tout ce qui se passoit que très imparfaitement. M. de Richelieu le trouva plein de sentiments d'honneur et d'honnêteté pour M™" de Chàteauroux, et d'indignation pour la manière dont on en usoit. Il dit qu'il avoit en vue deux ou trois maisons, et alloit penser à celle qui seroit la plus commode. M. de Richelieu lui dit qu'il y avoit des gens dans les rues que l'on avoit ameutés pour faire du désordre quand elle paroîtroit. Ensuite, il retourna chez ^P'' de Chàteauroux, où étoit M™' de Lauraguais, sa sœur, dit ce qu'il venoit de faire, après avoir averti les dames qui étoient venues avec elles de Paris, dont la marquise de Bellefonds, nièce de
Rochefoucauld, qui montra la plus grande dignité, se tint pour dûment exilé pendant dix ans. Après quoi, il revint s'établir k Paris, mais sans demander la permission de reparaître à la Cour, et sans que le Roi pût rien blâmer dans sa conduite, ni pendant ni depuis cet exil presque volontaire. Il mourut en 1762.