C'est-à-dire une érainence sur laquelle était un gibet
2. M. de Richelieu semble avoir conservé un bon souvenir de la lettre que le Dauphin écrivit à la Dauphine le lendemain de la bataille, et dont les copies se répandirent partout. Le prince, qui n'était pas suspect de faveur pour le duc, ne par-
aux ennemis, ce qui l'obligea d'aller avec elle et M. de Guerehy, qui la eommandoit. M. de Richelieu reconnut donc que les ennemis n'étoient pas fort à leur aise non plus, n'ayant que de l'infanterie et se voyant entourés de tous côtés ; mais, comme ils ne voyoient venir à eux que des pelotons, ils n'étoient nullement effrayés et recevoient fort mal jnos troupes. D'un autre côté, toutes les troupes avoient été maltraitées en détail, et l'effroi étoit grand, parmi les officiers généraux surtout. M. de Richelieu alla rejoindre le Roi, après avoir trouvé dans son chemin des troupes fort effarées. Il rendit compte de ce qu'il avoit vu. et, dans un conseil de guerre qui se tint à cheval et assez hautement ', tout le monde pensa qu'il falloit se retirer et commencer par faire retirer le Roi. M. de Richelieu hasarda seul de dire qu'il ne pensoit pas que tout fût perdu, étant en force aussi près des ennemis, et n'ayant qu'un pont à passer où l'armée ne pouvoit éviter d'être détruite ^. Il ajouta qu'il croyoit voir
lait que de lui et du service qu'il avait si heureusement rendu au Roi. Voltaire, qu'on a accusé d'être trop partial pour son patron et ami, aux dépens du maréchal de Saxe, suivit en cela l'exemple du Dauphin et le courant de l'opinion publique. Cf. Luynes, t. VI, p. 468 et 483.
1. Mémoire de 1783 : « Il se tint alors un conseil de guerre à cheval et à haute voix, de sorte que ceux qui étoient à portée pouvoient entendre tout ce qui s'y disoit. » Cf. le récit de Voltaire, dans le Siècle de Louis XV. p. 145, et celui du duc de Chevreuse, da.ns les Mémoires de Luynes, t. VI, p. 444.
2. La fin de la phrase est peu claire : le maréchal veut dire que la retraite lui semblait dangereuse parce que notre armée n'avait qu'un seul pont pour se retirer et quelle ne pouvait éviter d'y être attaquée et détruite.
une ressource, et qu'il falloit au moins la tenter ; c'étoit celle, continua-t-il, d'avoir du canon chargé à cartouches, et de tirer sur l'infanterie ennemie, qui étoit très pressée, et d'attaquer ensuite de tous les côtés à la fois, et non par pelotons, comme l'on avoit fait. Quelqu'un répondit : « Mais où « prendre du canon? » M. de Richelieu indiqua une batterie assez près qu'il venoit de voir. Une autre personne prit la parole et dit : « M. le maréchal de « Saxe a défendu que le canon de cette batterie fût « dérangé ». M. de Richelieu répliqua : « M. le maré- « chai de Saxe ne pouvoit prévoir ce qui arrive ; le « Roi est bien au-dessus de M. le maréchal de Saxe ; « le Roi n'a qu'à ordonner. » Et personne ne dit plus mot. S. M. étoit dans le plus grand embarras et la plus grande colère intérieure, ce qui se voyoit aisément. M. de Richelieu dit : « Votre Majesté « m'ordonne-t-elle de marcher avec ces canons ? » Après un petit moment de réflexion, le Roi avec vivacité, dit à M. de Richelieu : « Oui ! je vous « l'ordonne ». M. de Richelieu vit alors auprès de lui un nommé Isnard, officier du régiment de Touraine, qu'il connoissoit, et qui étoit aide de camp de M. de Tingry, à qui il ordonna, delà part du Roi, de mener le canon K Le sieur Isnard courut vite à
1. Linguet, dans l'article nécrologique de M. de Richelieu [Annales politiques, année 1788, p. 119), nie que le duc ait eu une part quelconque à la victoire de Fontenoy. Il répète, à ce propos, un récit d'après lequel l'emploi du canon aurait été conseillé par un simple officier d'artillerie, M. de Saisseval; celui-ci aurait communiqué son idée au duc de Chaulnes, qui, faute d'autre ressource, l'aurait transmise au maréchal de
la batterie, et plusieurs aides-de-eamp allèrent avertir de tous les côtés, afin que, si l'on apercevoit de l'ébranlement parmi les ennemis, tout le monde chargeât à la fois. La batterie, arrivée, fut servie admirablement ])ien, et, à la deuxième ou troisième décharge, il v eut un ébranlement si grand, que notre cavalerie, entra de tous côtés dans le sjros de l'infanterie des ennemis, qui se replièrent en se retirant de tous les côtés en fort «rand désordre. Yovant l'effet que produisoit le canon, M. de Richelieu chargea avec la cavalerie ^ et, pensant que peutêtre M. le maréchal de Noailles mèn croit trop vite le Roi passer la rivière, envoya prévenir [le Roi] que tous les ennemis, plioient de tous côtés et que la bataille seroit gagnée incessamment, ce qui arriva peu après. M. de Richelieu alla alors au-devant du Roi, qui revenoit bien content, et [qui] dit à
Saie, et c'est dans l'entourage du maréchal que M. de Richelieu aurait saisi au vol la communication, pour en porter l'avis au Roi, tandis que le duc de Chaulnes faisait jouer l'artillerie. Voltaire, ajoute Linguet, rendit justice à M. de Saisseval dans la première édition du Poème de Fontenoy ; puis, dans les éditions postérieures, il sacrifia ce nom et celui du maréchal de Saxe à ceux des ducs de Chaulnes et de Richelieu.
1. Le marquis d'Argenson dit dans la lettre si connue qu'il écrivit à Voltaire : « Votre ami M. de Richelieu est un vrai Bayard. C'est lui qui donna le conseil, et qui l'a exécuté, de marcher à lennemi, comme des chasseurs, ou comme des fourrageurs, pêle-mêle, la main baissée, le bras raccourci, maîtres et valets, officiers, cavaliers, infanterie, tout ensemble. Cette vivacité française dont on parle tant, rien ne lui résiste ; ce fut l'affaire de dix minutes que de gagner la bataille avec cette botte secrète ».
i\l. de Richelieu : « Je n'oublierai jamais le service « que vous venez de me rendre ^ » .
Pendant tout le reste de la campagne, on prit beaucoup de villes, et l'on revint à Paris. »
A propos d'un événement aussi important que la victoire de Fontenoy, il est intéressant de rapprocher du texte des Mémoires authentiques celui du Mémoire que le maréchal adressa à Louis XVI en 1783 ; on y trouvera quelques détails que ne donnent pas les Mémoires authentiques, et une rédaction plus châtiée et plus claire, écrite par un secrétaire.
« La première fois que le maréchal de Richelieu put se distinguer à la guerre, ce fut à la bataille de Fontenoy. Le maréchal de Saxe, qui avoit été le général de l'armée l'année précédente et qui le fut encore dans celle-ci, étoit devenu hydropique. On lui fit même la ponction, le soir de la bataille ; mais son courage, sa dureté pour lui-même et l'amour du commandement lui firent cacher l'excès de son mal, et il en partit pour se mettre à la tête de l'armée. Les ennemis s'étoient empressés d'assembler la leur. Le Roi, à la première nouvelle, partit, et, le soir du même
1. Le comte d'Argenson, dans la relation qu'il envoya à la Reine et qu'on trouve dans les Mémoires de Luynes, t. Vil, p. 161 et suiv., fait la part moins belle à Richelieu. Il raconte que ce fut le maréchal de Saxe qui rallia l'infanterie disloquée, y joi^'nil la brigade irlandaise et les régiments de Normandie et des Vaisseaux et fit charger tout à la fois, tandis que Richelieu menait la Maison du Roi, la gendarmerie et les carabiniers. Cf. Siècle de Loitia XV, p. 147-148.
jour de son départ, comme il s'alloit coucher, il apprît que les ennemis marchoient à nous et nous attaqueroient peutêtre le lendemain, de sorte que le Roi, au lieu de se coucher, ordonna que Monsieur le Dauphin, qui Tétoit déjà, ne fût point éveillé, S. M. se mit en route sur le champ et arriva à temps pour la bataille, qui n'eut lieu que le lendemain, ce qui donna le temps à Monsieur le Dauphin d'arriver. Le maréchal de Saxe, qui étoit dans le plus cruel état et qui avoit été obligé de s'en rapporter à des officiers généraux, qui avoient pris une très mauvaise position, n'eut pas le temps ni la force d'y rien changer, ni de faire ce qu'il auroit peut-être fait si sa santé lui eût permis de se donner la peine qu'il auroit eue pour changer la position de toute une grande armée, étant aussi près des ennemis, et dans le moment surtout qu'ils marchoient pour l'attaquer, comme cela arriva en effet.
« Les ennemis commencèrent par attaquer le poste où étoit le régiment des Gardes, le culbutèrent et se trouvèrent au milieu de notre armée, sans que leur cavalerie eût pu percer. Dans cette position, ils étoient, ainsi que nous, fort embarrassés. Il eût été à désirer qu'il fût possible de les attaquer de toutes parts à la fois ; mais cela étoit impossible par la difficulté du grand circuit qu'il auroit fallu taire et celle d'envoyer chacun dans son poste pour donner au moment qui auroit été convenu. De sorte que nos troupes, qui attaquoient par pelotons cette masse énorme d'infanterie, étoient toujours repoussées, et, par cette raison, étoient rebutées d'aller visiblement se faire passer par les armes en détail.
« Un grand nombre de lieutenants généraux, qui ne savoient que faire, vinrent prendre les ordres du Roi et lui dirent qu'il n'y avoit aucun moyen d'attaquer l'infanterie ennemie et qu'il falloit se retirer. Le duc de Richelieu, aux premières charges qui avoient été faites, avoit demandé
au Roi la permission d'aller voir de près ce qui se passoit et de lui en rendre compte. Il arriva au poste qu'occupoit la brigade du régiment des Vaisseaux, commandée par M. de Guerchy, comme elle étoit déjà ébranlée pour aller toute seule attaquer l'infanlerie ennemie. Le duc de Richelieu, qui s'étoit joint à cette brigade déjà en marche, chargea avec elle et vit de très près le peu d'effet qu'elle produisoit ; aussi fut-elle repoussée et criblée. Le duc de Richelieu vit M. de Guerchy culbuté et son cheval tué. Quand il fut relevé, le duc de Richelieu examina la position de ce côté et revint en rendre compte au Roi.
« Il se tint alors un conseil de guerre à cheval et à haute voix, de sorte que ceux qui en étoient à portée pouvoienl entendre tout ce qui s'y disoit. Il n'y eut aucun de ceux qui étoient avec S. M. qui ne proposât la retraite et n'exposât l'impossibihté de compter sur aucune ressource avec des troupes aussi effarouchées que les nôtres. Le duc de Richelieu osa seul être d'un avis contraire. Il observa que, de la manière dont on avoit attaqué par pelotons l'infanterie ennemie, il étoit impossible que nos troupes pussent avoir aucun succès. Il ajouta qu'il ne doutoit pas qu'en tirant du canon au milieu de cette infanterie, qui étoit très pressée et sans cavalerie, on n'y mît un fort grand désordre qui seroit vu bien vite de nos troupes, auxquelles cela donneroit le courage d'attaquer de toutes parts toutes à la fois, si on le pou voit, et en en faisant passer l'ordre de tous les côtés ; mais que l'on pouvoit espérer que, si le gros de l'infanterie ennemie recevoit tranquillement les effets terribles que le canon pourroit faire et n'étoit point chassée ou détruite, on pourroit du moins retirer nos troupes, si l'on s'y voyoit forcé, et que sans cela on n'oseroit le faire sans le plus grand danger. Quelqu'un répondit : « Où prendre du canon ?» — « Tout près d'ici, reprit le duc de Richelieu, je viens d'en voir une batterie.»
On répliqua que le maréchal de Saxe avoit défendu que cette batterie fût enlevée. Le duc de Richelieu reprenant et disant que le maréchal de Saxe l'avoit ordonné avant ce qui s'étoit passé et que le Roi étoit fort au-dessus d'un général d'armée, personne ne répliqua, et il demanda à S. M. si elle vouloit bien ordonner que l'on prît le canon de ladite batterie. Le Roi, après avoir hésité, y consentit, paroissant fâché et troublé. Le duc de Richelieu dit alors à un officier du régiment de Touraine nommé Isnard, qu'il connoissoit, de courir à l'endroit qu'il lui indiqua et d'ordonner de la part du Roi au commandant de la batterie d'en amener les canons au plus v-ite, ce qui fut effectivement fait avec la plus grande diligence . Il n'y eut pas un seul coup de ces canons qui ne produisît un carnage affreux, et les deux premières décharges jetèrent les ennemis dans un si grand désordre, qu'ils ne perdirent pas de temps pour se retirer. Alors on les chargea de tous côtés, et on parvint à les chasser complètement, ce qui donna un tel courage à nos troupes qu'il n'y eut presque pas d ordres à leur donner et que les ennemis ne songèrent qu'à fuir en très grand désordre, étant poursuivis de toutes parts.
« Dans cet état le duc de Richelieu envoya son écuyer avertir le Roi de ce qui se passoit. S. M., que le maréchal de Noailles avoit emmenée, étoit prête de repasser la rivière ; mais elle rebroussa chemin, et, quand le duc de Richelieu fut assuré de la retraite complète des ennemis, il vint lui-même au devant de S. M., qui eut la bonté de lui dire en lui mettant la main sur l'épaule, qu'elle n'oublieroit jamais le service qu'il venoit de lui rendre. Le maréchal de Saxe se fit faire la ponction le soir de ce même jour, et tout le monde est instruit du reste de la belle campagne que nous fîmes. »
On peut comparer à ce récit les relations du duc de Chevreuse et de M. de Vézannes, reproduites dans les
Mémoires du duc de Luynes (t. VI) et notamment cette dernière, p. 447, où il est rendu hommage au mouvement fait par Richelieu : « M. de Richelieu chargea si à propos, à la tête de la Maison, qu'il acheva de les mettre en déroute ». Voyez aussi la relation du comte d'Argenson [Luynes, t. VII, p. 161-167), et la note du général de Vault en faveur de Richelieu, d'après le volume 3084 du Dépôt de la guerre, pièce 173 bis (cette pièce porte par erreur, en marge : « Remis à M. le maréchal de Richelieu, 11 89 ») ; enfin, la narration reproduite dans le Correspondant, t. LXXXIX, p. 98-131.
On trouve un récit de la bataille de Fontenoy dans les Souvenirs du marquis de Valf'ons (p. 139 et suiv.), et cet officier général ne manque pas, comme tant d'autres, de s'attribuer une grande part dans la victoire inespérée. Suivant lui, on avait déjà insisté pour que le Roi et le Dauphin se retirassent, et des ordres avaient été donnés de préparer l'incendie du pont du haut Escaut ; mais M. de Richelieu lui répéta plusieurs fois : « Sire, la seule présence de Votre Majesté peut rétablir l'affaire et la gagner. » Après quoi, il prit le commandement des Irlandais pour écraser la fameuse colonne.
Une autre relation, par l'officier qui commandait sous les ordres du duc de Penthièvre la 2* division de la droite de la cavalerie, attribue à son auteur et à son chef la pensée patriotique d'arrêter le mouvement de retraite et de lancer la cavalerie sur la colonne anglaise et sur quatre pièces de canon qui faisaient ravage. Ensuite, ce mouvement n'ayant pas réussi, il courut partout pour rallierl'infanterie, et rencontra, occupés de même, le duc de Richelieu, le comte d'Estrées, le marquis de Clermont-Tonnerre et M. de la Suze (Arsenal, mss. 4412).
Après la bataille de Salamine, chacun des chefs grecs s'attribua la plus grande part du succès, mais tous
donnèrent la seconde place à Thémistocle : c'est un peu le cas du duc de Richelieu après Fontenoy. Ceux même qui ne raimaient pas ne laissèrent pas de le louer, et, au premier rang, le Dauphin : on remarqua [Luynes, t. VI, p. 468) que, dans sa fameuse lettre à la Dauphine, il ne parlait que de M. de Richelieu : la lettre fit tant de bruit que le Roi se la fit envoyer à l'armée.
Quant au poème de Voltaire, c'était l'œuvre d'un ami de Richelieu. « Roy, le poète reproche à Voltaire un faux étonnant dans son poème sur la bataille de Fontenoy, lorsqu'on parlant de M. le duc de Richelieu il le fait favori de l'Amour, de Mars et de Minerve. Roy dit que l'Amour n'a jamais eu pour favori un mignon ridé comme lui ; qu'il n'est point favori de Mars puisqu'il a manqué l'ouvrage à cornes de Tournav, et moins encore de Minerve, témoin les fêtes qui ont été données à Versailles, dont il étoit l'ordonnateur» (A. de Boislisle, Lettres de M. deMarville au ministre Maurepas, 12 juin 1745 ; voyez dans cette même correspondance, au 21 juin, de curieux détails sur Fontenoy, et aux 18 mai et 23 juillet des plaisanteries sur la lâcheté du duc de Noailles, tome II, p. 81-82, 90-91, 96 et 117). On sait d'ailleurs que, pour n'avoir pas voulu paraître flatter un seul des héros de Fontenoy et avoir voulu parler de tout le monde. Voltaire accumula dans son poème tant d'erreurs qu'il ne fallut pas moins de cinq éditions pour le mettre en état d'être présenté à la Reine ; le crédit de l'auteur faillit être compromis [Luynes, t. VI, p, 483). Voyez aussi le duc de Broglie, Marie-Thérèse impératrice, t. II, p. 8 et suiv.
La faveur de Richelieu fut très grande après la bataille : le duc de Luynes raconte (i. VI, p. 485, 489, 490) qu'il était chambre à chambre avec le Roi, et que c'était le Roi qui allait passer la première heure du jour chez son voisin ou qui assistait à son dîner.
Le 16 mai, du camp devant Tournay, le Roi adressait à l'archevêque de Paris la lettre missive suivante (Archives nationales, registre 0'89, fol. 194).
De par le Roi.
Mon cousin, quelque grands que soient les succès dont il a plu à Dieu de favoriser mes armes pendant la campagne dernière, je viens de recevoir des marques encore plus sensibles de sa puissante protection : mon cousin le maréchal comte de Saxe ayant ouvert la campagne en Flandre par le siège de Tournay, mes ennemis se sont aussitôt assemblés pour marcher au secours de cette place, et à peine ai-je été rendu à mon armée que j'ai eu la satisfaction de lui voir remporter une victoire des plus signalées. Le duc de Cumberland, à la tête des troupes unies des Anglois, Hanovriens, Autrichiens et Hollandois, s'est présenté devant nous le 10 de ce mois ; après avoir employé toute la journée à faire ses dispositions pour se former entre le ruisseau de Rumignies et le haut Escaut, il a commencé l'attaque le lendemain à la pointe du jour : le combat, longtemps incertain, s'est enfin décidé en notre faveur à une heure de l'après-midi, et mes ennemis, étant partout défaits ou rebutés, se sont retirés en désordre, abandonnant une partie de leur canon et laissant sur le champ de bataille plus de huit mille hommes de leurs morts et de leurs blessés. Je ne puis donner assez de louanges à la valeur que mes troupes, surtout celles de ma Maison et mon régiment des carabiniers, ont fait paroître sous mes yeux dans une occasion de cette importance. Mais, si je suis touché comme je le dois de cette nouvelle preuve de leur zèle, je dois pas moins reconnoître les bienfaits de la Providence dans l'heureux effet qu'il a produit, et c'est pour lui en rendre les actions de grâces les plus solennelles
que je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez chanter le Te Deurn, dans l'église métropolitaine de ma bonne ville de Paris et autres de votre diocèse, avec les solennités requises, au jour et à l'heure que le grand maître des cérémonies vous dira de ma part. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
Louis.
Des lettres conformes lurent envoyées, selon 1 usage, aux cours souveraines, aux gouverneurs des provinces et des villes, aux archevêques et évèques du royaume, aux intendants, etc.
>USSION A DRESDE
L'année d'après, l'infante femme de M. le Dauphin mourut, et on ne tarda pas à songer à remarier ce prince. Le choix tomba sur la fille du roi de Pologne. S. M. prit M. de Richelieu pour allei- à Dresde faire la demande K La fdle aînée du roi de Pologne étoit déjà promise à l'électeur de Bavière ; cependant le roi de Pologne offrit le choix, si S. M. le Youloit, et M. de Richelieu eut plein pouvoir à cet égard. Il fut chargé aussi de voir comment le roi de Pologne étoit à la cour de Vienne et de savoir si, sans commettre S. M., ce prince se croiroit a portée de pouvoir entamer des propositions de paix. Le roi de Pologne accepta, et envoya sur le champ un premier commis du comte de Bruhl, premier ministre.
A peine la négociation étoit-elle commencée, que
1. C'était une compensation, soit à la mission analogue qui lui avait été enlevée en 1744, soit au projet de descente en Angleterre qu il avait mis en avant et dont il était allé luimême activer les préparatifs à Calais ; l'insuffisance des ressources mises à sa disposition et la supériorité redoutable de la marine anglaise avaient réduit tous ses plans à néant. Pour achever de l'en détourner ou pour le consoler, M°"' de Pompadour le fit envoyer k Dresde en décembre 1746. (Cf. Luynes, t. VIII, p. 25 et 89. ; — Le mariage par procuration eut lieu le 10 janvier 1747.
le Roi renvoya* M. d'Argenson, minisire des affaires étrangères, et mit à sa place M. de Puyzieulx, et, quand M. de Richelieu arriva [à Paris ^], il le ^ trouva avec la petite vérole ^ de façon qu'il fut chargé seul de la négociation directe entre le roi de Pologne, S. M. et M. [Le Dran , qui étoit premier commis des affaires étrangères ^. Cette négociation alloit fort bien, et Tlmpératrice avoit déjà cédé Ypres et tout le côté de la mer, lorsque le Roi, à la tête de l'armée, marcha et donna la bataille de Lawfeld, qu'il gagna ^. En allant à cette bataille, le Roi reçut un courrier, par lequel un favori de l'Impératrice, qui étoit chargé de la même négociation de son côté, demandoit que les François envoyassent un chargé de procuration.
Les deux parties étoient également d'accord sur ce point, mais non pas sur le lieu. Celui de Vienne craignoit de s'en éloigner, et dans le petit conciliabule qui se tint àTournay", M. de Richelieu en fit sentir les inconvénients ; mais, pour ne pas trop éloigner, il représenta qu'on pouvoit choisir Augsbourg ou Ralisbonne, où l'on pourroit envoyer