COMMANDEMENT A GÊNES
Après la bataille de Lawfeld, et lorsque le siège de Berg-op-Zoom fut commencé, M. d'Argenson et M. le maréchal de Noailles proposèrent au Roi de faire aller M. de Richelieu commander les troupes
1. Ce fragment est réuni au précédent, dans le Mémoire de 1783, par ces quelques phrases :
« Le duc de Richelieu pourroit parler bien longtemps et bien amèrement de l'étonnement où il fut à la fin de l'année qui suivit, en apprenant la paix honteuse que firent les François, sans avoir, par le traité, la moindre des choses qui leur avoient été cédées par l'Impératrice, quoique, depuis, le Roi eût gagné une bataille, qu'il eût pris Berg-op-Zoom, et que Maëstricht fût assiégé. Aussi, faut-il ici que le duc de Richelieu fasse bien des efforts pour ne pas accompagner le nom de M. de Saint-Sèverin de toutes les épithètes qu'il a si souvent méritées, au liou de toutes les grâces qu'il a reçues. Le duc de Richelieu n'oubliera pas non plus, à son sujet, qu'il donna à l'impératrice, pour l'exécution des conditions du traité qui concernoient l'Italie, six semaines de plus qu'aux autres puissances, après la signature de la paix, et que M. de Brown, général de l'empereur, se mit en devoir d'en profiter pour s'emparer de la république de Gênes et la mettre à contribution. Il fallut alors un miracle pour faire marcher les Espagnols, qui vouloient abandonner la république, sous le prétexte de la paix et comme ne pouvant agir sans de nouveaux ordres. Même, sans une action heureuse, M. de Brown n'auroit pas accepté de suspension d'armes, et jusque là il pouvoit encore faire la guerre sans manquer à aucun engagement. On seroit
de Gênes, où M. de Boufïlers venoit de mourir. Le maréchal de Noailles, qui avoit pris à cœur de l'y faire aller, et pour lequel M. de Richelieu avoit grande déférence et amitié, le décida. Il céda enfin ; mais son principal objet fut d'aller faire un tour à Rome, qu'il n'avoit pas vue, [quoiqu'il fut allé] deux fois en Italie, n'imaginant pas d'ailleurs qu'il pût y avoir de guerre, comptant la paix faite et les préliminaires devant être signés. M. de Richelieu prit donc congé et partit *.
Il arriva à Gènes, après avoir été presque pris par un vaisseau anglois et avoir couru le plus grand risque qu'on puisse courir par une tempête dans une felouque. Peu de temps après, il vit qu'il couroi t un autre danger, qui lui parut fort grand ; c'étoit celui de se défendre, avec un nombre d'hommes bien inférieur à celui des ennemis. Il fit tous ses efforts, et, sans entrer dans aucuns détails militaires ^, on sait qu'il finit la guerre heureusement
étonné des particularités très curieuses qui déterminèrent le commandant des Espagnols à faire marcher ses troupes. Le duc de Richelieu n auroit pu tenir sans elles, et auroit été forcé de ne rien hasarder, ainsi que le lui avoit mandé M. d'Argenson : la république auroit été perdue. » — Suivant le marquis d'Argenson [Mémoires, t. VI, p. .380, à la date du .30 mars 1751), M. de Richelieu disoit publiquement que « le traité d'Aixla-Chapelle étoit un chef-d'œuvre de stupidité, sil ne l'étoit de corruption. » Cf. Soulavie, Mémoires, t. VII, ch. xvii.
1. Il faut ici se reporter à ce que dit le marquis d'Argenson du départ de M. de Richelieu, et du curieux portrait qu'il en fait à cette occasion [Mémoires, t. V, p. 87).
2. Voy. Luynes, t. VIII, p. 431, et t. IX, p. 167, 168. L'affaire de Voltri est racontée t. VIII, p. 474, et une tentative de M. d'Agénois sur Savone, l. IX, p. 8. — Voy. aussi les
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pour les Génois ^ et pour les armes du Roi ~. S. M. le fit alors maréchal de France ; après quoi, il revint ^, et fut assez sot pour se laisser entraîner dans une dispute de charges et de prétentions des commensaux de M"^ de Pompadour ^, et dans toutes sortes de petits détails qui commencèrent à indisposer cette dame contre lui. sans être fort bien ni fort mal. Cela subsista quelque temps.
lettres du Roi et du comte d'Argenson (Arch. nat., RK 1369, volume aux armes de Richelieu^. — Les volumes suivants, RK 1370-1372, contiennent la correspondance avec le maréchal de Belle-Isle, le marquis de Puyzieulx, M. de Bertillet, etc.
1. Pour marquer leur reconnaissance, les Génois inscrivirent M. de Richelieu sur la liste des nobles de leur ville. M. d'Agénois reçut le même honneur Luynes, t. IX, p. 112).
2. Sur cette affaire, voyez le fragment du Mémoire de 1783 qui est donné en appendice à la page suivante.
3. « M. de R^ichelieu, devenu maréchal de France, devoit revenir de Gènes pour prendre son service d'année de premier gentilhomme. Le bruit de ses succès, Téclat des triomphes que lui avoit décernés la reconnoissance des Génois, l'habileté généralement reconnue de ses manœuvres ou de ses négociations, l'heureuse fortune qui sembloit l'accompagner partout, ceci et cela en faisoit, aux yeux dune partie de la cour, comme le Messie qui devoit donner de bons coups de collier pour la gloire et la sûreté du royaume, chasser la maîtresse roturière et tyrannique de la cour, et... en donner une autre. » C'est le marquis d'Argenson qui s'exprime ainsi et ne tarit point sur ce sujet. Voy. Journal, t. V, p. 270. 274, 322, 333, 337, 345, 348, 353 et suiv. Quand, vers Xoël, le nouveau maréchal débarqua à Versailles « tout resplendissant de gloire, frais et reposé », ce fut un « ébranlement » dans toute la cour.
4. C'est l'affaire dite des cabinets {Luynes, t. X, p. 79, 84, 85, 89).
A propos de Taifaire de Voltriet des opérations militaires autour de Gênes, voici ce qu'on lit dans le Mémoire de 1783 ; ce récit, encore très succinct, est cependant moins obscur que les quelques lignes de nos Mémoires : « Celui qui commandoit les troupes Irançoises avoit fait un très gros détachement, qui étoit fort exposé. Le duc de Richelieu tenta tout ce qui fut possible pour le faire revenir ; mais il n'étoit plus temps : le chef de ce détachement arriva avec cinq hommes seulement ; le reste avoit été tué ou fait prisonnier. Le duc de Richelieu se vit alors, avec une armée fort inférieure à celle des ennemis, obligé de se défendre et de garder une très grande étendue de pays, et, malgré cette infériorité, il n'eut pas le plus petit échec et fit assez de prisonniers pour pouvoir les échanger avec ceux qu'ils nous avoient faits et avec M. de Montai, lieutenant-général en Piémont, qu'ils retenoient. Il eut même deux avantages considérables. Le principal fut contre M. de Nadasti, qui étoit venu pour surprendre Voltri. Les officiers généraux quiy commandoientétoient venus à Gênes ; il n'y restoit que le marquis de Monti, avec son régiment, celui de Bavière, et quelques autres troupes. M. de Monti, qui étoit le colonel le plus ancien, commanda avec le talent et le courage qu'il a depuis montrés partout. Il avoit pris toutes les précautions nécessaires pour n'être pas surpris, et, dès qu'il vit les ennemis près de ses postes avancés, il envoya un courrier au duc de Richelieu, qui, sur le champ, fit marcher ce qu'il put rassembler de troupes, dont il donna le commandement au comte de Maupeou, et qu'il suivit de près. Le courage et la prudence du marquis de Monti, qui se défendoit aux Capucins de Voltri, laissèrent le temps à nos troupes d'arriver et de chasser M. de Nadasti,