‹ Mémoires authentiquesChapitre 123 sur 146 · Tel est bien le texte du manuscrit · texte numérisé non relu

Tel est bien le texte du manuscrit

2. François-Joachira de Pierre de Bernis, qui devint cardinal en 1758, était fils de Joachim de Pierre, seigneur de Bernis en Vivarais.

3. Marie-Françoise de Conflans d'Armentières, comtesse de Rochechouart, dame de la Dauphine, — ou Charlotte-Françoise Faucon de Ris de Charleval, marquise de Rochechouart, dame de Mesdames de France. Nous n'avons pu trouver de parenté entre M. de Richelieu et l'une ou l'autre de ces deux dames.

de l'abbé, prièrent le marquis du Mesnil, fort attaché à M. de Richelieu, de lui amener l'abbé, quand il seroit à Paris, pour le remercier et lui marquer sa gratitude du service qu'il avoit rendu à son père ^

1. Cf. Vie pi'wée, t. II, p. 153 et suiv. ; Soûlaude, t. IX, p. 102 et 103, et Goncourt, Madame de Pompadour, éd. de 1831, p. 204. — On nous excusera facilement d'emprunter le portrait de l'abbé de Bernis à ce dernier ouvrage, que le travail consciencieux des deux auteurs n'a pu toujours préserver de marquer trop de confiance dans certains ouvrages apocryphes, mais qui du reste, sur le chapitre de M. de Bernis, et de ses origines, présente une grande conformité avec le récit de M. de Richelieu.

« De bonne race, de vieille noblesse, d'une maison qui possédait dès le douzième siècle le château de Gange, Bernis, comte de Brioude, né dans le Vivarais, près le Pont-Saint- Esprit, destiné dès son enfance à l'état ecclésiastique, passait sa jeunesse au séminaire de Saint-Sulpice, dans cette sorte d'école des pages de l'épiscopat, avec aussi peu d'argent que tous les cadets de noblesse visant aux dignités et aux bénéfices de l'Eglise ; puis, après s'être fait recevoir au chapitre de Lyon, il venait vivre à Paris. Il avait, pour plaire, une jolie figure d'ange bouffi, un caractère franc, ouvert, expansif, une imagination vive et méridionale, beaucoup d'esprit, relevé par un accent demi-gascon, le génie facile des petits vers, des impromptus, des madrigaux, qui nouaient autour d'un portrait de femme comme un fil de perles autour d'une miniature. Ses manières tenaient de la femme et du prêtre; il possédait la douceur, l'enjouement, un tour de caractère voluptueux et tendre, une onction galante ; il était actif, frétillant, et il était plutôt encore que l'ami des hommes, l'ami des femmes, dont l'amitié, dit-il dans ses Mémoires, est plus tendre, plus délicate, plus généreuse, plus fidèle, plus essentielle. Que fallait-il de plus en ce temps pour faire un délicieux abbé ? L'abbé de Bernis devenait bientôt, comme disait le temps, « rare et de mode » naturellement, par lui-même, et sans qu'il soit besoin de s'arrêter à la légende d'une marchande de modes le proté-

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Cet abbéétoit nouvellement sorti du séminaire ; il avoit faiteonnoissance chezdes caillettes, qui n'étoient pas du plus haut parage ^ mais qui étoient fort aise d'avoir un abbé dans leur société, qui faisoit des vers le plus joliment du monde - ; et, de caillettes en caillettes, il arriva à la fin, comme on le verra par la suite, jusqu'à M^M'Étioles ^ , femme d'un fermier général, depuis marquise de Pompadour^. Il étoit avec elle dans ces sociétés qui l'ennuyèrent et qu'elle avoit quittées quelques mois avant d'arriver au faite de la grandeur. Dès que M. de Richelieu eut connu l'abbé et son talent pour la versification, avec les conséquences des sociétés qui aiment ce genre-là et qui font une classe dans le général du public, M. de Richelieu songea à lui rendre les services qu'il lui avoit demandé, ainsi que son père, et à le protéger

géant et le présentant aux dames avec les chiffons qu'elle leur portait. Introduit par Duclos dans le bureau d'esprit de Madame de Tencin, où quelques poésies annonçaient joliment sa petite muse, il continuait à demeurer au cul-de-sac Dauphin, et à solliciter avec résignation le privilège du Mercure de France, lorsqu'une bonne fortune lui arrivait : il devenait le cavalier servant de Madame de Courcillon, la veuve du prince de Rohan, et s'occupait fort à la consoler du veuvage. »

1. Sur ces pénibles débuts de Bernis, voy. Luynes, t. VIII, p. 88.

2. L'abbé avait publié, dès 1744, chez Coignard une série de « Poésies diverses de M. L. D. B. v, épîtres sur les mœurs, le libertinage, la cour, la superstition, la mode, la volupté, etc.

3. Ce fut, dit le Conteur de 1784, M""* de Courcillon qui présenta l'abbé chez M""' d'Étiolés.

4. Selon M. de Luynes (t. VIIÏ, p. 87), la première et la plus forte liaison de l'abbé fut avec M'"* d'Estrades.

dans le monde. Pour cela, il mena l'abbé chez M™® la duchesse d'Aiguillon, sa cousine \ qui aimoit à entendre toutes ces choses-là et à avoir toutes les petites nouvelles des gens de lettres, parmi lesquels il y en a qui sont très bons à connoître. L'abbé alloit presque tous les jours dîner chez elle et lui rendre compte de toutes les petites nouveautés qu'il pouvoit ramasser ; M™* d'Aiguillon le présentoit dans des classes plus élevées, dans lesquelles il se conduisoit avec prudence, sagesse, modération et esprit. Ce fut quelque temps après que M™* d'Etiolés devint maîtresse du Roi, et l'abbé se repentoit beaucoup de l'avoir quittée mal, et se crut obligé d'aller lui faire des compliments, à quoi il ne pouvoit que gagner. Quand une jeune femme est au comble de la joie et d'une élévation d'état aussi considérable, elle est moins disposée à chercher une petite rancune ; d'ailleurs M™^ d'Étiolés sentit qu'elle alloit avoir grand besoin des secours de l'abbé, pendant la campagne que le Roi alloit faire en Flandre, où elle se seroit trouvée embarrassée pour écrire au général ~. Tout ceci se passa fort bien, l'abbé fort bien reçu et fort content. Au retour de l'armée, S. M. séjourna plusieurs jours à Paris et y avoit été reçu comme le roi tutélaire qui avoit conquis une grande

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