‹ Mémoires authentiquesChapitre 138 sur 146 · Château du maréchal de Belle-Isle, près de Vernon · texte numérisé non relu

Château du maréchal de Belle-Isle, près de Vernon

sujet, que vous aurez de plus en plus sujet de vous en louer dans ce que j'ai désiré bien vivement. Je continuerai à faire tout ce que j'imaginerai qui pourra y contribuer.

« Quant à ce qui regarde l'atfaire d'intérêt où Bissy se trouve impliqué, je comprends aisément quelle est sur cela votre façon de penser. M. d'Argenson s'est conduit à cet égard comme vous pouvez le désirer ; il vous a gardé un secret inviolable, et le commissaire, qui nie tous les faits, a jeté ses vues sur tout autre. Il a même dit qu'il ne pouvoit y avoir d'homme compétent pour l'accuser que vous qui aviez le commandement, et que, dès que c'étoit des anonymes ou personnes qui ne paroissoient pas, on ne devoit y avoir aucun égard. Il a même désiré que M. d'Argenson vous en écrivît, et, sur tout ce qu'il a dit, l'on seroit tenté de croire que Garibaldi n'auroit pas accusé juste. Je ne sais pas comment tout cela finira ; mais vous avez rempli votre charge. Je voudrois bien que l'on vous envoie quelqu'un pour toute cette partie de finance, et je ne vois point M. d'Argenson que je ne lui en parle, sachant combien cela vous est nécessaire ; mais, au bout du compte ce n'est pas à vous à y pourvoir, et, si vous aviez besoin de conseil, je vous dirois de tenir ferme à n'en jamais proposer. Je continuerai de presser, parce que en effet cela est indispensable.

« Quant à la paix, il n'y faut pas compter. Dieu veuille que la prolongation de la guerre n'en éloigne pas la fin ; car, depuis que j'ai appris les détails de la Flandre, je suis encore bien plus inquiet des événements de l'avenir ; c'est une occasion (?) sur laquelle on ne peut s'étendre par lettre.

« Votre expédition de Varaggio est tout au mieux, et je crois, par le peu que m'en mandent M. le cardinal de Tencin et M. d'Argenson, qu'elle a parfaitement réussi.

A Marly.

« N'y a-t-il pas de quoi se désespérer que M. de Mirepoix soit arrêté tout court faute de douze ou quinze mille rations

de fourrage que je demande depuis trois mois. Si la campagne avoit duré huit jours de plus, il eût fallu montrer le cul, et actuellement je ne vois pas encore ni quand ni comment nous aurons de quoi assembler l'armée. Vous croyez bien que je dis et lais sur cela tout ce qui peut dépendre de moi, et peut-être trop fortement ; mais cela ne suffit pas. Vous savez mieux que personne où le bât nous blesse. Je vais voir à Marly ce qui nous sera répondu de Madrid, ce ne sera que de là que je finirai ma lettre.

« Nous avons été en commerce de lettres avec le Trésor ^, la saison n'ayant pas permis de commercer autrement dans un aussi court séjour. Madame votre sœur m'a promis une lettre pour vous par mon fils '^, qui, plus jeune, alla hier lui rendre ses respects et les miens. M"® de Belle-Isle me charge de mille compliments ; elle ne vous écrit pas parce que je le fais. Sa santé est un peu moins misérable. »

A Marly, ce 26 janvier 1648.

« M. d'Argenson doit vous écrire par M. d'Artignosc, qui sera, à ce que j'espère, expédié demain, qu'il n'a réellement rien pu obtenir de M. le contrôleur général, au-delà de 250.000 francs par mois. Je suis témoin des elForts qu'il a faits ; je n'y ai pas agi avec moins de vivacité. Cependant, comme ce fonds vous est indispensable, ce dont je suis mieux informé que qui que ce soit, je vous conseille d'écrire sur cela tout au plus fort à M. le contrôleur général, en accompagnant votre lettre d'un état détaillé desdites dépenses par chapitres, afin de le mettre au pied du mur. Les affaires d'argent vont devenir excessivement difficiles, et, comme la préférence se donne, ainsi que vous savez, à l'armée du Roi, il est bien à craindre que vous et

1. Abbaye de Cisterciennes du diocèse de Rouen, non loin des A.ndelys, dont étoit abbesse depuis 1724 la sœur du duc de Richelieu, Marie-Gabrielle-Élisabeth.

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