‹ Mémoires authentiquesChapitre 140 sur 146 · Commissaire des guerres · texte numérisé non relu

Commissaire des guerres

qu'il est bien aise que vos courriers arrivent directement à lui, quoiqu'il m'ait bien assuré du contraire quand je le lui ai demandé à nos premières entrevues. Il faut servir les gens à leur mode, et, comme vous dites très bien, vous en serez quitte pour donner un peu plus de peine à vos copistes.

« Quant au maréchal de Noailles, vous n'avez rien à désirer et vous y êtes tout au mieux. Je ne néglige aucune occasion d'échauffer encore son affection.

« Tout ce que vous me dites sur l'affaire de Bissy m'étonne, et j'avoue que je suis toujours tout neuf sur ces sortes de matières et sur pareille conduite. Il est vrai que je m'y intéresse parce que je n'ai jamais imaginé rien de pareil. J'ai conseillé de laisser les choses comme elles sont, que les éclaircissements étoient plus que suffisants et qu'il seroit ridicule d'aller plus loin. M. d'Argenson, qui lui a parlé en ma présence, vous écrira sans doute en détail; mais à tous égards je voudrois que cette affaire n'eût point été entamée et que, les marchés une ibis cassés et ceux que vous avez améliorés constatés, il n'eût été question de rien de plus. Mais, en parlant d'oîi l'on est, le mieux est de laisser tomber tout cela, que Lenfant (?) et ses compagnons reviennent et qu'il n'en soit plus question. M. d'Argenson m'a assuré n'en avoir parlé à personne, et je suis persuadé que vous en avez usé de même de votre côté.

« Vous avez bien raison de penser qu'il eût mieux fait de ne point envoyer vos courriers à Gênes ; il ne m'en avoit rien dit, et je l'aurois empêché.

« Je vois que vous êtes occupé du siège de Savone, et vous avez raison. Il est nécessaire d'avoir tout ce qu'il laut prêt pour la mécanique du siège, afin de n'être pas arrêté si la circonstance de le pouvoir faire se présente. Je vous mande dans ma dépêche que, dès que nous aurons eu des réponses de Madrid et que je verrai ce que veut faire l'Espagne, je vous envoierai un mémoire sur cet article en particulier, ce que je ne puis faire auparavant qu'en suppositions, et c'est du temps perdu.

« Tout est ici dans l'état que vous connoissez, c'est-àdire qu'on y est peu occupé des absents et que les affaires ne vont qu'après le courant ordinaire. Je laisse à vos amis résidant ici à vous faire part des détails, qu'ils savent mieux que moi.

« Je ne vois aucune apparence de paix, ni qu'on fasse rien pour y parvenir, quoique l'on la désire. La finance va incessamment devenir bien stérile, et je crains que, excepté 1 armée du Roi, qui absorbera toujours tout, les autres parties ne souff'rent considérablement, et plus ceci durera et pire ce sera.

« Je ne puis vous rien dire sur moi jusques à ce que je sache ce que veut {illisible), puisque c'est lui qui donne l'ordre. Je suis cependant avec M. de Mirepoix, lequel presse pour qu'il fasse l'expédition des retranchements de la R-oya, dont je sens toute l'utilité. Cevallos lui a refusé d'y concourir avec les bataillons espagnols, qui sont néanmoins à ses ordres dans le comté de îSice. Vous voyez que tout est uniforme. Cevallos a dit qu'il lui falloit des ordres de M. de la Mina, qui est à Madrid. Jugez du délai et de ce que 1 on peut projeter. Je n'ai pas négligé de saisir cette nouvelle difficulté pour exciter, etc. Il m'a paru qu'on prenoit la chose pins vivement ; Dieu veuille qu'elle soit suivie de même. J'y ferai ce que je pourrai. »

A Paris, ce 24 février 1748.

« Je suis persuadé de vos besoins et j'ai si fort à cœur d'y faire pourvoir, que je me suis donné des mouvements que j'aurois peine à vous exprimer. J'en ai sûrement une bonne tracasserie ; mais je ne m'en embarrasse point. L'on a cherché à épiloguer vos états, et l'on en a épluché chaque article. L'on a surtout relevé celui des felouques et bâtiments porté à quarante mille francs, et on a encore plus critiqué celui des dépenses secrètes, porté par mois à 40.000 livres, et vous jugez d'où vous êtes toutes les paraphrases. Nota que l'on a supprimé du texte le mot et

dépenses extraordinaires , qui est collectif avec celui de dépenses secrètes, d'où il résulte une sérieuse diflPérence ; car rarticle de dépenses extraordinaires n'a point de bornes et se multiplie à l'infini, même en reconnoissant, etc. Comme j'ai su que ce fait avoit été cité au Roi et redit par tout le ministère et de là ailleurs, j'ai pris la précaution. J'ai mis dans ma poche le double de l'état que vous m'avez envoyé, et je l'ai fait voir d'abord à tous les ministres séparément, avec lesquels j'ai traité la matière, et je vous assure que je n'ai rien omis de tout ce qu'il y a à dire en pareil cas, et, comme j'étois tout aussi fâché et piqué pour vous que je le serois pour moi, je n'ai rien laissé en arrière. Je me propose de mettre cet article sur le tapis dans une visite que je ferai exprès à M™*' de Pompadour, pour qu'elle voie ce que c'est que la malice, ou la négligence de ne pas faire attention, etc.

« Il résulte de tout cela que nous avons une besogne bien amère dans toutes ses circonstances ; car, comme je presse pour toutes les parties qui manquent à la fois, je me fais autant d'ennemis, et vous savez le gré que l'on vous sait du motif qui fait agir. J'espère pourtant que de tout ceci il arrivera que l'on vous fera passer des fonds, et que l'on acquittera enfin ce qui est dû de vivres de l'année 1747. 11 restera à constater la dépense par mois et d'en faire le fonds un mois d'avance. C'est à quoi je tâche de parvenir ; soyez assuré que je n'y néglige rien.

« Le contrôleur général est embarrassé et croit gagner beaucoup de retarder les paiements par quelque difficulté ou objection bonne ou mauvaise ; mais je lui ai fait voir les conséquences funestes et irréparables qui pourront résulter par des retardements, et je veux croire que, quand il sera bien persuadé de la nécessité, comme il doit l'être, il v fera une plus prompte et plus efficace attention.

« A l'égard du détail des dépenses

« Pour ce qui est de M. de la Humada, je n'ai rien à ajouter à ce que j'en ai dit et écrit à Madrid et ici à

M. d'Huescar* et à nos ministres et au Roi lui-même. Je souhaite que vous puissiez avoir M. le marquis de Croix ; car vous en seriez content. Il ne faut pas se flatter d'obtenir de Madrid d'ordre net ni de décision claire et précise. « Nous n'avons point encore de réponse de Madrid sur le plan d'opérations. Que voulez-vous qu'on dise et qu'on pense ? Nous voilà au mois de mars tout à l'heure, et cependant le Roi a eu la complaisance de laisser le roi d'Espagne maître du choix. De notre côté, le marché des vivres n'est pas encore signé et les fourrages point assurés ; je ne finirois point sur tout ce qu'il y auroit à dire

A Versailles, ce 25 février.

« Je sors d'une assemblée chez M. d'Argenson avec MM. de Monmartel et de Boullongne, que j'y ai menés, et le sieur Ségent, pour confronter les états de vos demandes avec leurs registres. Il est vrai que tout cela ne cadre pas et que cette différence provient de la manière de compter, parce que l'on a confondu à Gênes dans les dépenses extraordinaires des achats de subsistances qui devroient être séparés, tout ce qui est vivres, viande, riz, bois, paille et fourrage faisant partie de la subsislance ; au lieu que, mettant ces choses sous le nom de dépenses extraordinaires, l'on grossit cet objet et l'on révolte le contrôleur général. Je ne finirois point si je vous disois tout ce qu'il a fallu avoir de débats là-dessus ; mais enfin j'ai lieu de croire que la confrontation que j'ai faite non sans peine de tous les personnages ci-dessus produira son effet et que vous aurez enfin ce que vous demandez. M. d'Argenson s'est chargé de vous écrire une lettre détaillée à ce sujet à la sortie du Conseil, et je compte qu'enfin votre courrier partira et qu'à l'avenir vous aurez vos 460.000 francs par mois en comptant rétroactivement du l®"" janvier dernier. Je vous assure qu'il a fallu de la patience et de l'activité

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