‹ Mémoires authentiquesChapitre 16 sur 146 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

auspices de M. le Duc de Richelieu, qui les annonce dans votre Journal, permettez-moi d'indiquer les sources doù j'ai tirés ceux que jai annoncés chez Buisson, rue Hautefeuille, et de répondre aux reproches de M. le Duc.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

« Monsieur le Duc.

« En publiant les Mémoires de M. le Maréchal votre père, jaurois été bien satisfait d'obtenir votre aveu ; mais, lors même que vous le refusez d'une manière aussi publique, permettezmoi dobserver qu'il est toujours vrai que j'ai écrit ceux annoncés chez Buisson sous les yeux de M. votre père et dans sa bibliothèque, où j'ai travaillé, aidé quelquefois de cinq copistes connus, pendant trois ans.

« Ainsi, s'il vous est permis de remettre ce qui vous reste des papiers de M. le Maréchal à M. l'intendant de ***. pour composer ses Mémoires, vous ne pouvez lui remettre, ni l'ouvrage fait sous ses yeux, ni les faits qu'il m'a dictés, ni ses Mémoires particuliers et secrets, intitulés Chronique scandaleuse et politique; qu'il avoit confiés en original à un de ses amis, et qui, de votre aveu, ne vous sont point connus ; ni les manuscrits de son catalogue que j'ai fait acheter en partie dans sa vente, ni les Mémoires des seigneurs ses contemporains, que j'ai consultés. D'ailleurs, toujours fière, inexorable même, l'histoire ne doit connoitreni famille ni enfants. M. le Maréchal lui-même avoit désiré qu'ils fussent imprimés eu Angleterre, et il avoit permis qu'ils fussent composés avec cette hberté dont on jouit à Londres cent ans après les événements ; mais, comme j'en ai le pouvoir et le droit en France ; comme, depuis l'accident arrivé à la Bastille, le temps d'écrire l'histoire est commencé, et que, depuis le jour de la mort de M. le Maréchal votre père, il m'est permis de publier 1rs faits qu'il m'a fait

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counoilre, souffrez que j'en jouisse dans ma partie. Des flatteurs académiciens, des historiographes pensionnés, nous ont assez longtemps inondés de compUments, de contes, d'éloges et d'histoires flatteuses ; l'âge de ces bagatelles est passé en France, et je me déshonorerois si je n'exposois dans les Mémoires de M. le Maréchal les faits qu'il ma fait connoitre, et surtout les outrages que le Visiriat avoit faits a la Majesté de la Nation ET DE NOS Souverains.

« J'ai Ihonneur d'être, etc.

« L'Auteur des Mémoires du Maréchal de Richelieu. »

Ainsi l'œuvre prochaine prenait les proportions dune entreprise patriotique et les allures d'un manifeste ! On peut s'en étonner aujourd'hui ; mais, en 1790, c'était sérieux, et, lorsque parurent les quatre premiers volumes des Mémoires, la presse fit fête au livre et à l'auteui". « Il n'y a point de tableau dans l'histoire plus propre à dégoûter de toutes les grandeurs humaines ! » s'écrie le Journal de Paris, qui dévoile l'anonyme. « Ces Mémoires sont-ils véritablement du maréchal de Richelieu ? C'est la question qu'on entend répéter sans cesse depuis la publication de cet ouvrage. On y peut répondre affirmativement et négativement à la fois. Le maréchal de Richelieu conservoit dans ses portefeuilles de nombreux matériaux pour l'histoire des évènemens dont il a été témoin, souvent très actif, pendant soixante-dix années. Ilsconsistoienten renseignements et anecdotes écrits de sa main, et en une infinité de lettres, pièces originales et autres manuscrits de toute espèce. Les Mémoires qu'on vient de publier ont été rédigés en grande partie d'après ces matériaux vraiment précieux ; mais, quoiqu'on l'y fasse parler à la première personne, ce n'est pas lui qui les a rédigés. (On sait qu'une telle besogne ne lui convenoit d'aucune façon}. C'est M. l'abbé Giraud de Soulavie. qui a employé trois ans

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daus sa bibliotlieque a faire le choix de tout ce qu'il a jugé utile à cette entreprise. Il assure que le maréchal a exigé que Touvrage portât son nom, et a voulu paroitre y prendre la parole. « comme si, dit le rédacteur, il eût raconté lui-même « les événements. — Il venoit, poursuit-il, dans sa biblio- « thèque pendant mes travaux : il m'aidoit dans la recherche « et le choix des matériaux ; il lioit les faits ; il me montroit « leur dépendance ; il ajoutoit des anecdotes ; il faisoit des por- « traits, et parloit des illustres morts comme s'ils eussent été « vivants et en place ' . »

La rédaction du Moniteur fit aussi une réclame aux quatre volumes ; ils sont longuement- analysés dans trois articles des 26 mai, 4 juin et 16 juin 1790 ; on reproduisait certaines pièces, les plus fausses, mais les plus propres à exciter la curiosité d'un public passionné. Cependant, quelque critique se mêlait à cette approbation 2. Non point que l'authenticité des récits fut mise un instant en doute, mais on reprochait à Soulavie de faire débiter parle maréchal une suite décousue de passages empruntés à toutes sortes de mémoires, et d'avoir mis si peu d'ordre dans cet ensemble disparate, que la suite des faits, comme la vraisemblance, disparaissait sous des détails parfaitement étrangers au caractère du prétendu auteur, ou sous des dissertations et des prédictions faites à l'aise, un siècle après les événements.

Du reste, Soulavie lui-même traitait ces questions dans une préface qu'il est bon de signaler. Le premier volume des

t. Journal de Paris, \" semestro, 1790, p. 562. — Cette réclame pompeuse se termine par une tirade de deux colonnes sur la vieillesse de Louis XIV et de M«<= de Maintenon.

2. Il en est de même dans les articles consacrés aux Mémoires par le Mercure, 17 et 24 avril 1790, p. 113, 135, 156. Le style en particulier est jugé trop hâtif; mais : historia quoquo modo scripta placet.

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Mémoires n'était précédé que d'une Dédicace au Peuple français, et d'une longue et curieuse dissertation sur la Composition de Vhistoirc et des mémoires historiques ; mais la véritable préface, celle que l'auteur disait être « nécessaire à l'intelligence de son ouvrage », se trouvait en tête du quatrième volume. C'est, ainsi qu'on peut facilement le constater, un fascicule ajouté après l'impression, pour reproduire les principaux arguments déjà présentés dans le Mercure ou dans les colonnes du Journal de Paris. Soulavie y raconte comment il fut introduit chez le maréchal de Richelieu, en qualité d'historien du règne de Louis XV ; comment le maréchal lui dit qu'on ne pouvait écrire une histoire complète sans avoir consulté ses portefeuilles, et, durant trois années, lui fit ouvrir avec la plus grande libéralité sa bibliothèque. Plocques, qui était chargé de ces manuscrits depuis vingt-cinq ans, assistait l'abbé dans son travail, outre plusieurs copistes autorisés à transcrire une partie des pièces. Jusqu'à son dernier jour, le maréchal sembla s'intéresser vivement à l'ouvrage que promettait Soulavie ; il lui rendait fréquemment visite dans la bibliothèque et lui transmettait, en longues conversations, les souvenirs dont son grand âge n'altérait encore ni le piquant ni la vivacité. Quant an but, au plan et au ton du livre qui devait sortir de cette collaboration, s'il faut en croire notre préface, tout cela avait été scrupuleusement concerté entre Soulavie et son hôte.

« Je lui dis un jour qu'on ne croirait jamais a l'authenticité de ces Mémoires, quand on compareroit ses principes personnels à ceux de ses Mémoires ; que mon but étoit de dévoiler les déprédations ministérielles, les bassesses et l'avidité des courtisans, l'indolence du feu Pioi, les ravages des intendants, la mobilité du ministère, l'impudence des commissions, l'administration et les travaux des conseillers d'état, des maîtres des requêtes, et de tous ces ministres en sous-ordre qui faisoient

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