INTRODUCTION. V
Débordé, et comme grisé par cette abondance de richesses, Soulavie céda à un entraînement fatal, qui lui fit oublier son point de départ et son but primitif. Dès lors, l'idée dun travail unique, complet et sérieux, est abandonnée ; aux préoccupations de lérudit succèdent les procédés du spéculateur ; nous assistons aux débuts de cette officine où Soulavie, caché sous le nom de l'éditeur Buisson, va gaspiller, prostituer les trésors confiés à ses mains infidèles.
En 1781, dans le tome I" du recueil de la Place qui a le titre de Piècfs intéressantes et peu conmns pour servir à l' histoire. puis en 1784. dans le tome W, paraissent deux séries d'anecdotes et de morceaux détachés, sous cette rubrique singulière : Extrait du mémorial ou du Recueil d'anecdotes de M. Duc. . . S. P. de l'A. F. et H. de F. L'éditeur anonyme ne peut être que Soulavie et l'assemblage infonne qu'il ofl're au public, c'est une première divulgation des Mémoires de Saint-Simon. Mais dans quel état se présente l'immortd chef-d'œuvre ^
Soulavie lui-même a raconté, dans la préface des Mémoires
personnages les plus considérables de la cour de Louis XV. « Je fus moi-même étonné, dit-il. de la confiance qu'ils me marquèrent. Le comte de Maillebois me livra tous les papiers de son père et les siens. Le marquis deCastries m'ouvrît son cabinet, où étaient les Mémoires du maréchal de Belle-Isle : le comte de Broglio m'initia dans les mystères de ses négociations secrètes ; le maréchal de Contades me traça de sa main le plan de sa campagne et le désastre de Minden. J'avais besoin des confidences du maréchal de Richelieu ; mais j'étais en disgrâce auprès de lui, comme tous les gens de lettres de l'Académie. Le hasard fit ma paix. . . Ses portefeuilles furent a ma disposition. »
1. Devenus, comme l'a dit Sainte-Beuve, « des espèces de piisonniers d'État », les Mémoires n'étaient que très rarement communiqués. Voltaire, Duclos et Marmontel avaient seuls pu s'en servir.
M™^ du Deffand aussi les avait lus. vers 1770 ; Anqueiil venait d'utiliser les extraits faits par l'abbé de Voisenon.