INTRODUCTION. LXXXIX
réponse à la question si souvent posée : Est-il vrai que le maréchal de Richelieu ait écrit ou dicté ses Mémoires, et ce document est-il pour quelque chose dans les œuvres apocryphes publiées sous le couvert d'un nom si célèbre ? C'est aussi ce que nous avons fait, et la description du manuscrit dont nous allons parler maintenant, fournira la réponse demandée.
Un fort cahier, de format grand in-quarto, contenant cent soixante-quatorze pages écrites, séparées de place en place par quelques feuillets blancs qui semblent indiquer l'intention de réunir après coup les divers épisodes par des liaisons et des transitions, tel est le corps des Mémoires, ou plutôt des fragments autobiographiques qui composent le volume que nous offrons aujourd'hui au public. Le texte a été écrit sous la dictée du maréchal, qui se désigne généralement à la troisième personne et ne parle à la première que rarement, par distraction. La grande ignorance ou l'ouïe fort mauvaise du secrétaire se trabissent à chaque ligne : presque tous les noms propres sont défigurés ; la plupart des phrases pèchent tellement par la syntaxe et l'orthographe, que le sens en est parfois difficile à saisir. Les répétitions fréquentes des mêmes mots, parfois des mêmes choses, alourdissent le récit et fatiguent le lecteur. Tout montre que cest l'œuvre d'un vieillard dont l'esprit n'a plus toute sa vigueur première. En outre la rédaction primitive est surchargée, presque à chaque page, dans les marges ou les interlignes, par des additions et des corrections de l'écriture incorrecte et parfois tremblée du maréchal. Ces fréquentes annotations prouvent quil s'occupa lui-même à plusieurs reprises de reviser sa dictée ; mais, si elles complètent le récit, elles n'aident pas à sa clarté ni à sa correction. Enfin, dans les derniers temps de sa vie, il a ajouté à la suite du manuscrit, demeuré inachevé, quatre pages autographes résumant quelques-