‹ Mémoires authentiquesChapitre 89 sur 146 · XC INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XC INTRODUCTION

uns des incidents les plus curieux de sa longue existence. Un peu plus tard encore, et d'une main singulièrement affaiblie, il a inscrit en marge de la première page du cahier ces mots : « Ce mémoire doit appartenir à M™* la M*'* de Richelieu a qui je lai doné. »

C'est ici l'occasion de dire quelques mots de cette écriture et de cette orthographe dont les contemporains, les biographes ou les contrefacteurs du maréchal lui ont fait un crime irrémissible. L'écriture est réellement mauvaise ; elle ne fait pas honneur au calligraphe qui mit la première plume dans la main du jeune Richelieu, Assez lâchée, tantôt écrasée, et tantôt à peine esquissée, elle est essentiellement journalière, et les difficultés du déchiffrement augmentent avec l'âge de l'écrivain, après avoir grandement varié selon les circonstances. L'expression de Voltaire (lettre du 5 juin 1744) est assez exacte : « Il est vrai que vous écrivez comme un chat ; mais aussi je me flatte que vous commandez les armées comme le maréchal de Villars ; car, eu vérité, votre écriture ressemble à la sienne, et cela va tous les jours en embellissant ; bientôt je ne pourrai plus vous déchiffrer. » On peut vérifier sur pièce la vérité de ces dires, d'après les spécimens donnés dans le Musée des Archives nationales, n"^ 965 et 1006, ou d'après les autographes qui passent de temps en temps en vente. Mais, même aux plus mauvais moments, cette écriture n'a rien qui surprenne, rien qui dépasse l'incorrection presque générale chez les grands seigneurs de la cour de Louis XV.

On en peut dire autant de l'orthographe. Linguet, dans un article nécrologique sur le maréchal {Annales politiques, année 1788, p. 117), lui reprochant de s'être laisser agréger, à l'âge de vingt-quatre ans, à la « coterie académique », disait qu'il n'avait aucune idée de l'orthographe, qu'il écrivait comme l'artisan le plus grossier, etc. Et Chamfort, dans son compte-

Page 1