COMMANDEMENT EN LANGUEDOC
de chambre lui dit qu'il ne recevoit personne que pour des affaires pressées de l'État, et que les médecins lui avoient défendu de recevoir des visites. T.e lendemain, on dit même chose à M. de Richelieu ; mais, comme il attendit plus longtemps, il vit entrer des seigneurs de la cour, qui n'avoient point à parler au cardinal des affaires de l'État. Il passa dans la chambre de son secrétaire', y écrivit une lettre, pour lui marquer combien son esprit et son cœur étoient alarmés de ce qu il avoit lieu de craindre. M. le cardinal ne lui répondit point par écrit, mais lui fît dire par son valet de chambre, qu'il lui demandoit en grâce de ne point se fâcher ni s'alarmer, et d'être bien sûr de son amitié. Cela parut fort honnête à M. de Richelieu, mais point rassurant pour la place de Bretagne. Il alla le soir chez M™* de Mazarin, ou étoit M™* de Saint-Florentin, femme du ministre et belle-fille de M'"^ de Mazarin. >PMe Saint- Florentin lui dit qu'elle le cherchoit et avoit envoyé savoir où il étoit, ayant à lui parler de la part du cardinal de Fleury ; mais que, comme elle le voyoit trop fâché ce soir, elle ne vouloit lui rien dire et le prioit de venir le lendemain matin chez elle. Enfin, quelques instances qu'il fit. elle résista, et elle lui dit seulement qu'il devoit compter sur l'amitié du cardinal, qui étoit fort en peine de savoir s'il étoit fâché et disoit que, si M. de Richelieu étoit raisonnable, il auroit de quoi se défâcher. Comme M. de Richelieu
1. Il en avait trois : Dupan, de Mongias et Gérard, ce dernier chargé de la feuille des bénéfices {Mémoires de Luynes, t. IV, p. 417 .
comptoit beaucoup sur son amitié, il cherchoit à savoir de M™* de Saint-1 lorenlin ce que pouvoit valoir le gouvernement de la Bretagne que le cardinal de Fleury lui avoit formellement promis. Il se fâcha contre M™" de Saint-Florentin, lui disant qu'il ne voyoit rien d'assuré. La dernière réponse qu'elle lui fit fut qu'elle le voyoit trop en colère pour lui parler le soir même, que ce ne seroit que pour le lendemain, à l'heure qu'elle lui donna pour aller chez elle, et elle sortit de chez M'"^ de Mazarin brusquement. M. de Richelieu eut beau rêver ; il n'en imagina rien . Le lendemain , il alla chez M"* de Saint-Florentin , qui lui conta l'histoire de M'"" de Charolois et de M™* la comtesse de Toulouse, qui avoient parlé au Roi directement et avoient mis le cardinal dans un grand embarras, et elle lui donna la plus grande marque d'amitié de la part du cardinal que l'on puisse jamais donner à personne, en cherchant et trouvant le moyen de procurer à M. le duc de Richelieu une chose équivalente, que même il estimeroit davantage. C'étoit une lieutenance générale du Languedoc, et ce que l'on appelle dans ce pays-là la Grande Patente, c'est-à-dire la patente de gouverneur, avec laquelle on jouit de tous les honneurs, prérogatives et autorités ^ . M"^ de Saint-Florentin le pressa
1. Cette lieutenance générale étoit occupée par le marquis de la Fare, qui eut celle de Bretagne, et ce fut pour établir une compensation qu'on attribua à M. de Richelieu, outre les fonctions ordinaires, le commandement de la province. [Gazette du 5 avril 1738.; Cf. Luynes, t. II, p. 83 et suiv. : « L'on croyoit que la lieutenance générale de Bretagne seroit donnée à M. de Richelieu, je lui en voulus faire mon compliment le 28 mars. Il