PROJET DE DÉCRET
PRllSBirrÉ k NAPOLéON I«% LE 20 JANTISR-ISIS, PAR LES CARDONARI, . POUR LA FONDATION DE L'UNITÉ ITALIENNE, SOUS LB NOM DR RÉPUBLIQUE AUSONIENNE.
10 L'Italie sera libre et indépendante et formera Tempire romain;
2'' Les limites de cet empire seront les trois mers et les Alpes;
3» La Corse, la Sardaigne, la Sicile, les Sept-Iles et toutes les autres lies situées sur les côtes de la Méditerranée, de l'Adriatique et de la mer Ionienne, formeront une partie intégrante de Tem-pire romain, sous le titre d^ripublique amanienne;
h9 Rome sera la capitale de Tempire et le siège des Césars ;
5* Le souverain prendra le titre d'empereur des Bomains et roi d^ItaliCy par la volonté du peuple et par la grâce de Dieu;
60 L'élection du sénat et de la chambre des représentants du peuple sera établie par nombre d'habitants et non par individua-* lité d'États et de provinces;
7* Les assemblées législatives se tiendront chaque trois ans à Rome, chaque trois ans à Milan, chaque trois ans à Naples ;
8® Il sera établi quatre vice-rois dans les quatre cités les plus populeuses de l'Italie, Rome excepté, comme siège de l'empire;
9^ Les armoiries, drapeaux, insignes, seront les mêmes que du temps de l'ancienne Rome, savoir : un aigle déployé, tenant dans une serre l'épée, et dans l'autre le globe. Les couleurs seront le blanc et le rouge, celles de la toge romaine ;
10* L'élection de l'empereur sera faite par le peuple et l'armée; et ces deux pouvoirs proclameront la constitution qui leur semblera la plus convenable, etc.
Suivait ensuite rorganisation de rarmée^ de la jus* tice, etc.
Préoccupé de son retour en France qu'il méditait alors, Napoléon accueillit ces propositions avec réserve et, sans néanmoins s'engager^ laissa aux députés l'espérance d'un moment plus heureux pour leur répondre d'une manière plus positive.
Peu après arrivèrent les ceitL-joars. Puis se déchaîna, pour la seconde fois, la tempête qui allait précipiter du trône Napoléon et toutes les dynasties qu'il avait fondées. Murât, menacé sur son trône de Naples, sentit la nécessité de se faire des partisans de tous les Napolitains, cessa de persécuter les carbonari et répandit indistinctement ses faveurs sur eux et sur les francs-maçons, espérant les rallier tous sous ses drapeaux; mais la réconciliation ne fut qu'apparente, et lors de ses revers de 1815, sous Tinfluence des carbonari, la majorité de la nation Tabandonna.
Remonté sur le trône et sous l'impulsion d'une atroce réaction aristocratique et cléricale, Ferdinand persécuta les deux sectes de carbonari et de francs-maçons comme ennemies particulières de son autorité, fit fermer toutes les loges et les ventes du royaume, enlever et brûler les registres et les papiers, et commença contre les carbonari une de ces atroces et sanglantes persécutions dont peut donner une idée le décret suivant du 10 avril 1821:
€ Nos intentions paternelles contre les sociétés secrètes n*ont été jusqu'ici qu'imparfaitement remplies. Nous y reconnaissons les desseins réels des transgresseurs. Qu'ils ne s'en prennent
SUR GABIBÀLDI. us
donc qu'à eux-mêmes si nous sommes forcé de recourir à des mesures plus énergiques.
c Considérant que la sentence pénale, et que le châtiment, pour êtres utiles, exigent des exemples publics prompts et im- I>artiaux, nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
c Art. 4«'. Il sera créé une cour martiale avec les attributions de conseil de guerre spontané.
c 2. Cette cour est chargée de Texécution des décrets contre les sociétés secrètes, et ^écialement contre la société des soidisant carbonari.
c 3. Le but de cette association étant la subversion et la destruction du gouvernement, sera puni de mort comme coupable dehautetrahison quiconque, après publication du présent décret, se ferait inscrire dans cette société, et pareUlement quiconque, y étant déjà inscrit, se réunirait secrètement dans les conciliabules connus sous le nom de vendite carbonari^ soit aussi sous tout autre nom de société défendue.
< k . Seront pareillement sujets à la peine de mort tous ceux qui, n'étant .pas carbonari, se trouveraient prenant part flagrante à ces sociétés.
€ 5. La cour martiale condamnera à des emprisonnements extraordinaires, de trois à dix ans, tous ceux qui, sachant dans quel endroit, soit à la ville, soit à la campagne, s'assemblent les susdits forcenés (farzeimati), n'iraient pas aussitôt les dénoncer.
€ 6. Toute personne appartenant aux susdites classes, et qui, par un mouvement de repentir, découvrira à la police les membres et les menées des conspirateurs, jouira de l'impunité. Son nom demeurera caché et ne sera inscrit sur aucun registre ou papier, j»
A la lecturô de pareils documents, on croirait les carbonari de vrais malfaiteurs ; jamais cependant institution n'eut peut-être un but plus moral et plus élevé,
LaCarbonara ou le carbonarisme étaient primitivement
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uneiDdtîtutîon religieuse; maisTamour d'un culte sage» le désir de répandre des préceptes basés sur une morale pure, ne pouvaient s'allier dans des âmes généreuses^ élevées, sans y exciter en même temps des sentiments de patriotisme.
La religion inspira seule dès lors les fondateurs de cette secte, et les malheurs des peuples causés par les bouleversements dynastiques de l'Italie décidèrent leurs successeurs à y intéresser la politique.
En Italie principalement, il était impossible que des affections religieuses pussent rester entièrement étran«gères à une institution comme la Garbonara. Ailleurs l'incrédulité a pu parfois s'associer à Tamour de la liberté, à la haine de Toppression. Les carbonarî, au contraire, montraient une foi sincère dans la religion de Jésus telle qu'elle se trouve dans TÉvangile et dégagée de tous les éléments étrangers que les théologiens y avaient introduits depuis dix-huit siècles.
Les carbonari étaient donc à la fois des réformateurs politiques et religieux.
Comme réformateurs religieux ils voulaient la morale de TËvangile, et non la morale interprétée par Ja
Comme réformateurs politiques^ le titre ô!unitaires italiens y qu'on leur donnait quelquefois, suffit pour l'indiquer.
Le patron de la secte était saint Thibault, leâ diverses initiations de la Carbonara se rappwtent toutes aux souffrances que chaque membre doit être prêt à endurer pour tous les (^<ms cmms^ co)Dime le Christ pour
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sauver les hommes^ comme saint Thibault pour gagner la vie éternelle.
Les carbonari avaient quatre différents grades :
Grade d'apprenti ou de bon cousin ;
Grade de maître ;
Grade de grand élu de grand maître ;
Grade de grand maître^ grand élu.
Chacun de ces grades avait son costume^ ses signes, ses attouchements^ ses mots de passe ou d'ordre.
Les lieux où ils s'assemblaient, toujours mystérieux ott secrets^ se nommaient vente ou vendue.
L'initié au premier grade ne connaissait jamais le but de l'entreprise. C'était à lui de le pressentir. Dans le se« cond on commençait à l'indiquer. Dans le troisième on écartait tous les voiles. Les confidences faites au néophyte admis au dernier grade étaient entourées des précautions les plus minutieuses. On exigeait de lui une promesse écrite et signée, dans laquelle il s'engageait, par serment, à contribuer de tous ses moyens au succès de Tassociation. Dans cette pièce déposée aux archives communes comme une garantie de la discrétion de celui qui l'avait souscrite, le but que se proposait Tassociation était clairement expliqué.
Chaque vente était présidée par un de ses membres qui prenait le titre de chef de vente; et comme l'institu*^ tion était organisée demanière que ceux qui en faisaient partie ne connaissaient que leurs supérieurs immédiats et ne pouvaient remonter au delà, les maîtres de vente étaient les seuls qui correspondaient avec le conseil central; autorité suprême et cachée; sorte de Pro*
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videoce mystérieuse qui veillait daas rombre sur les doctrines de l'Italie^ dont l'existence n'était pas douteuse, que Ton cherchait partout et que Ton ne trouvait nulle part. On ne savait ni de quels éléments se composait ce conseil, ni la ville où il s'assemblait, Naples, Rome, Bologne, Sfilan ou autre*
Cette institution toute mystérieuse était merveilleusement adaptée au génie d'un peuple dont les passions étaient à la fois violentes et contenues. Nous n'avons pas à en expliquer ici le mécanisme, à en détailler le ressort, à en montrer le jeu. Les détails dans lesquels nous sommes entré n'ont eu d'autre but que de donner une idée de Torganisation de cette société fameuse, mêlée à tous les grands événements politiques de la première moitié du xix'' siède, et d'étaUir la filiation des autres sociétés secrètes qui lui succédèrent, et dont Garibaldi allait si puissamment seconder le but patriotique.
Dès 1828, indépendamment des carbonari, Tltalie centrale avait dix-huit ou vingt sociétés secrètes, dont les principales étaient les Frères artistes , les FUs de Mars y les Défenseurs de la PcUrie, les Maçons réformés, les ErmoUustesy les Illuminés^ les Adelphes, les TiraUr' leurs américainSy les Pliiladelphes , les Chevaliers européens ^ la Tourbe, la Sibérie, le Devoir et d'autres.
Ces sociétés, dont les ramifications s'étendaient dans une grande partie de l'Europe occidentale , se fondirent presque toutes dans le Carbonarisme réformé.
Après 1830, un patriote italien, dont les vues trop e:(clusives devaient plus tard, dans une circonstance ca-
SUR CAEIBÀLDL iil
{Htale, être fatales à rindépendance de l'Italie, Joseph Mazzini , réfugié à Marseille, après six mois d'emprisou* nement dans la forteresse de Savone pour opinions libérales , y fonda lassociation de la Jeune Italie (Giovine Italia).
Un journal de ce nom, fondé en même temps à Marseille par le même Mazzini, fut Torgane de cette société secrète qui bientôt domina toutes les autres.
En effet , la franc-maçonnerie italienne s'était ibndue dans le Carbonarisme réformé; celui-ci se fondit à son tour dans \^ Jeune Italie. Ce furent les mêmes principes humanitaires, les mêmes aspirations d'indépendance et d'unification italienne.
Ces aspirations d'unité italienne n'avaient rien de nouveau. Elles avaient été le rêve de Dante, de Pôtrar* que, de Machiavel, d'Âlûéri. — Luitprand, Hardouin, Frédéric II, Manfred, Rodolphe , Henri II , Napoléon I"^, d'autres esprits pratiques l'avaient cru utile et possible.
Appuyé de tels suffrages, ce rêve politique, s'il en était un, acquérait la consistance d'une idée pratique réalisable.
Garibaldi y vit un but à ses grandes aspirations patriotiques , et l'association de la Jeune Italie compta un membre de plus.
Esprit intelligent et plein de hardiesse au point de vue politique , n'agissant jamais pour sa propre glorification, mais toujours pour celle de son pays; scrupuleux en morale, aventureux, mais chevaleresque dans ses aventures, toujours désintéressé, souvent magnanime, brave à toute épreuve» doué d'un corar de pa-
triote dans un corps de fer de soldat , Joseph Garibaldi était une des plus précieuses acquisitions que pût faire une société secrète active comme Tétait la Jeune Italie.
Le baptême de la persécution suivit presque im« médiatement son baptême à cette foi nouvelle.
De retour à Gênes , dans cette même année 1832 , croyant sa liberté menacée à la suite d'une conspiration découverte par la police piémontaise y il s'embarque de nouveau pour l'Orient , fait voile pour la mer Noire et la mer d'Azove, et du fond de cette mer russe, s^écrîe, dans un élan d'enthousiasme dont Léopold Spini nous a conservé l'expression :
Al eospetto dei servi Cosachi^ Da 101 CBEDBNTE ot subUmi mysterif La 8ui ghiacci dd Ponto giurava Per ia patria natale mon.
ff A Vaspect des Cosaques esclaves, nouveau choyant à de sublimes mystères, je jurai par les glaces du Pont de mourir pour ma patrie.
Dès ce jour sa vocation fut décidée.
Se consacrer à Tindépendance de sa patrîô devient l'œuvre de sa vie.
De retour en Italie , après avoir acquis la certitudô que la police n'avait pas soupçonné sa coopération au complot découvert le 30 décembre 1833, il prit du service dans la marine militaire sarde, à bord de la frégate le Génie , où ses connaissances pratiques maritimes le firent admettre comme matelot de première classe.