‹ Mémoires authentiques sur Garibaldi mis en ordreChapitre 9 sur 33 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La Carfxmara et la Jeune Italie, — Origine, organisation et but de ces sociétés secrètes. — Garibaldi s'y fait initier. — Premier complot où il sa trouve mêlé. — Son voyage à Taganrok. «- Il entre comme matelot de première classe dans la marine sarde.

Un mot sur les sociétés secrètes d'Italie.

Depuis longtemps, dans l'Europe occidentale, et principalement en Italie, était organisée, dans des proportions colossales de force et dé puissance, une société secrète célèbre dans les fastes révolutionnaires du temps présent. C'était la société des Carbonari, qu'on appelait en Italie la Carbonara, et en France le Carbonarisme.

Tous les cœurs généreux qui, en Italie, rêvaient la liberté et l'unité de leur patrie, s'y étaient £sdt afiOlier.

Le royaume de Naples, siège de la vente, ou loge suprême, comptait jusqu'à 650,000 cousins j, et le Piémont près de 400,000.

Cette association fameuse a donné tant de martyrs ù la cause de la liberté et, par cela seul, a été l'objet de tant de calomnies, qu'aujourd'hui qu'est pa§9é le temps des

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luttes ardentes^ c'est une justice de Thistoire de la réhabiliter en en exposant avec vérité Torigine, l'organisation et le but.

Le lecteur lira avec intérêt cette page d'histoire si dénaturée, si peu connue, si maculée du sang de tant de nobles cœurs, morts victimes d'une cause aujourd'hui triomphante, la cause des nationalités^ et où notre héros Garibaldi a dû puiser tant de sentiments généreux.

L'origine de la Carbonara n'est pas connue. Les traces de son existence ne vont pas au delà du commencement du xvm' siècle» où les Carbonari, sous la direction du cardinal Grimani, contribuèrent si puissamment, dans le royaume de Naples, à substituer la dynastie de la maison d'Autriche à celle de la maison d'Espagne.

Mais, à cette époque, la société ne fut que régénérée. Les réunions, en des lieux secrets, des patriotes ardents dont les idées patriotiques étaient violemment froissées par Toppression^ avaient lieu de temps immémorial, non-seulement en Italie, mais dans toutes les parties du monde civilisé. Ainsi sous d'autres noms, la Carbonara aurait pris naissance, comme la Franc-Maçonnerie dans la Vieille-Egypte.

Après la Substitution de la maison d'Espagne à la maison d'Atïtriche, la Carbonara tomba dans l'oubli. Quelques fidèles conservèrent les statuts, les règles de rassociation, et ces faits se transmirent comme une tradition dans les familles.

La révolution française éclata.

Cette révolution, destinée à régénérer le monde et qui, dès le début, posa en principe les droits nouveaux

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de rhomanité, eut dans Fltaliele même retenlissement que dans le reste de l'Europe occidentale. ÂNaples surtout, où la substitution de la maison d'Autriche à la maison d'Espagne avait inauguré sur le trône le despotisme incarné, l'idée de rétablir la Garbonara germa dans l'esprit des Napolitains, et ils eurent l'idée de faire de cette société secrète, soit un levier pour renverser la monarchie absolue ou pour corriger les abus du gouver-« nement, soit pour s'opposer à toute tentative d'usurpsH tion de la part d'un gouvernement étranger.

Dès 1797, lareineCaroline^ archiduchesse d'Autriche, mariée au roi Ferdinand lY deNapIes, était arrivée dans ce royaume avec Tintention arrêtée de gouverner le roi et TÊtat. Ce n'était pas difQcile.

Tout entier à la chasse et à la pèche, le rc» s'occupait peu des affaires, et la reine, pour qu'il s'en occupât moins encore, lui avait ménagé de nouvelles distrac** tiens dans une sorte de Parc-aux-Cerfs qui prit le n«n de colonie de Santa-Lucia.

Belle, orgu^leuse, de mœurs dissolues, affichant des vices et une férocité de caractère qui, dans une femme encore jeune, ne pouvaient s'expliquer que par le mau^ vais choix de son entourage, la reine Caroline ne fit du roi que son mannequin et ne fut dle-m^eque le prête* nom d'un de ses favoris, Giovanni Acton, d'une de ses favorites, lady Hamilton, parvenus à la faveur par les moyens les pins impurs et qui, étrangers l'unetraatre, ne s'attachèrent qu'à favoriser des étrangers.

Dans de telles conditions où l'élément national se trouva en quelque sorte sacrifié, la Garbonara fut

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réorganisée sur uae plus grande échelle que jamais.

£n eilet; les Napolitains n'inspirant aucune confiance à la reine^ elle choisit ses ministres parmi les étrangers. Ceux-ci obtinrent toutes les charges, tous les emplois, tous les honneurs. Les Napolitains^ tour à tour Anglais, Allemands^ Français, modelèrent leurs mœurs sur celles de ces peuples. De l'imitation des goûts, du langage, des mœurs, ils passèrent à celle de Fopinion. La révolution française avait alors jeté d'incroyables ferments dans les esprits, et les Napolitains devinrent démocrates par imitation.

La reine Caroline haïssait et méprisait la nation : elle crut naturellement en être haie et méprisée : les nouvelles opinions l'inquiétèrent : une persécution s'organisa. Pour s'y soustrah^e, on rétablit la Carbonara, dont le but fut, non le renversement du gouvernement, mais le triomphe de l'élément napolitain sur l'élément étranger.

En 1799, lorsque la France eut fondé à Naples la république parthénopéenne, la Franc-Maçonnerie y fut fondée aussi en opposition et comme rivale de la carbonara.

La Carbonara, instituée comme on le verra plus loin, du moins dans ses premiers grades, sur des bases en apparence plus religieuses, ne vit point arriver sa devancière sans éprouver une jalousie violente. Les carbonari, se croyant exclusivement dévoués au culte catholique, considérèrent naturellement comme des ennemis de ce culte des honunes venus d'un pays où, après le culte de la déesse Raison et de l'Être suprême, on avait intro«>

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nisé celui de la Théophilanthropie* Au fond, cependant^ à cette époque, ces associations secrètes étaient fondées sur les mêmes bases. Les grands vénérables de Tune et de l'autre société, qui savaient que la divergence entre leurs vues respectives n'étaient qu'apparentes, essayèrent de tenter un rapprochement entre des membres d'une même famille. Ils étaient près de s^entendre, lors* que le renversement de la république parthénopéenne et l'évacuation des Français du royaume de Naples amenèrent forcément la fermeture de toutes les loges maçonniques, et la Garbonara, rétablie dans tous sesdroits primitijQSy trôna sans rivale.

Les carbonari, ayant un but religieux et national plus prononcé que les francs-maçons, trouvèrent grâce auprès du roi restauré Ferdinand et purent continuer à se rassembler.

A l'avènement du Consulat, l'armée française ayant occupé quelques points du royaume, ramena les francsmaçons. Des loges s'ouvrirent. On les toléra. Des Napolitains, appartenant aux premières familles, s'affilièrent aux loges maçonniques, et, de 180i à 1806, les deux sectes vécurent en paix.

Joseph Bonaparte fut promu au trône de Naples, les deux sociétés parurent se refondre de plus en plus Tune dans Vautre, et la plupart des carbonari en s'affiliant àla franc-maçonnerie, vinrent donner à cette société une force et une ^portance qu'elle n'aurait pas eues sans leur adjonction.

D'autres carbonari, plus fidèles à leur secte primitive, ne virent qu'avec peine cette sorte de désertion à leur

rite^ et tentèrent de recruter dans les provinces des membres à la Garbonara, et de compenser par ces nouveaux affiliés les pertes qu'ils avaient faites. Dans les rangs populaires, les récipiendaires du premier et du second grade se montèrent à près du quart de la population. Le clergé, la noblesse^ la classe bourgeoise riche se firent indifféremment affilier dans les deux sociétés, en occupèrent toutes les dignités et, à la faveur de ces positions et de leur influence personnelle, parvinrent à diriger les esprit».

Murât remplaça Joseph sur le trône de Naples. Grand mattre de TOrient de France, il tenta de propager les logesmaçonniques au détriment de la Carbonara. Bientôt, sous Finfluence de cette fatale idée, les carbonari furent prescrits. Il leur fut défendu de se réunir : les ventes furent fermées d autorité. Bientôt, pour arriver aux emplois civils, il fallut être maçon. Pour obtenir ou conserver des places, les carbonari, qui en possédaient se firent recevoir maçons , et apportèrent dans Tordre, avec leur mauvais vouloir^ Thypocrisie des moyens et des intentions.

Les plus ardents des carbonari continuèrent à se rassembler en secret dans leurs ventes. Murât, les considérant comme des conspirateurs qui travaillaient à la restauration du roi Ferdinand, les persécuta, se fit d'eux autant d'ennemis, et alors «eut lieu une des démarches qui ont le plus révélé le véritablebut du carbonarisme.

Le âO janvîeir 1815, pendant l'exil de Napoléon à rtle d'Elbe, des grands élus de la Gari)onara se rend!-

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rent auprès de lui et lui remirent un projet de décret singulier, peu connu, et qui acquiert dans les circon-» stances actuelles un véritable intérêt.

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