CHAPITRE IX
Pie IX et l'Italie en 1846. — Garibaldi lève en Amérique ane légion pour aller ao secours de ritalie soulevée : Son départ d*Âmériquc; il débarque k Nice avec sa légion. — Charles-Albert et la guerre de rindépendance italienne : il refuse le concoors de Garibaldi. — Départ de Garibaldi pour Milan. — Florence lui vote une épée d'honneur. — Le conseil de. guerre de Milan Tautorise k lever un corps de volontaires. — Capitulation de Milan. ^ Garibaldi à Bergame , à Corne, k Arona, sur le lac Majeur. -^ Caiarles- Albert lui oifire ou commandement qu^U reftise. — Départ de Garibaldi pour Rome.
Garibaldi avait quitté l'Italie depuis douze ans, lorsqu^après la mort de Grégoire XYI, d'assez triste mémoire, le cardinal Masta!, archevêque d'Imoia, avait été appelé à lui succéder. Il prit le nom de Pie IX. On était alors en juin 1846.
Le nouveau pape passait pour un homme d'une intelligence élevée et d'un esprit libéral. Libéralisme et papauté étaient deux mots qui jusqu'alors avaient semblé s'exclure. Sous l'impulsion de Pie IX qui, dès son avènement^ entra résolument dans une voie toute différente de celle suivie par ses prédécesseurs, on crut que ces deux mots allaient pouvoir se concilier ; mais Ter-
reur dura peu, et ils allaient bientôt apparaître dans toute leur incompatibilité radicale. Que ce soit la faute des institutions ou celle des hommes ; nous n'avons pas à le constater : c'est un fait; les événements allaient le rendre incontestable^ et nous nous bornons à le constater. ^
Quoi qu'il en soit, l'état général de l'Italie était alors une fermentation patente que décelaient sur tous les . points mille symptômes plus ou moins apparents, une traînée de poudre à laquelle il ne manquait qu'une mèche, et dont tiné main intelligente semblait seule devoir diriger rexplosion. Dans un jour d'inspiration divikie, Pie IX crut pouvoir être k main prédesti&ée à sauver l*!talîe, llnstniment providentiel de sa régénération, l'homme à qui Dieu avait donné d'être le représentant de ridée humanitaire dans le sens pratique le plus généralement admis, le pape libéral qui, par le seul as-' cendant de sa puissance spirituelle, pouvait, plus que totlt, ampèohbr la çhbïa6 d«ti temps de se tbmpte^ enfin le pipe ré&rHiatdtir qui seul pouvait renouer les lambeaux du Vieil âge oaduo et gangrené mx feraties jeunes et vivaâee dis l'Age Aodemè. .
Quelques intelligentes mesuret peUtiquesi ub décret d'amniitiei riastitutieu d'tine consiste d'fitat et d'une nkunibip^téi.ia substitution d-un miniUère mi dos ba^ea Houvdtes, TintrOductioii du principe de la respontaUUité des fonctionnaires publier, inaugurèrent, dàbs le sena du progrèa et des réformée, l'avènement de la papauté neuvdlei . Bien qa'iMufiiaafitetf et méticttleusesi ces mtBWQSy
SUR OAaiBALDI. SU
miset en regard de la politique ju^qu'alora ftationnAire de la cour de Rome^ firent génôftlesient oroire 0 k ré%« lité de l'avèpement d'un pape libéral et réformateur. Les esprits les plus prévenus partaçèrent cette illusion.
Garibaldi, alors encore à Montevideo, y «rut luimême, et, en septembre 1846, il écrivait tu nouttl apostolique de Rio-JaneirO; Monseigneur Bedini :
c A nous proscrits italiens résidant sur la taré étrangère, S. S. le pape Pie IX apparaît ôômma la pasteur prédestiné par la Providence pour être le régénérateur de rit^ya, Nps bras «uit habitués è U gnenre; c'est I0 «efd bi^ii que noua pouvpoa ofErir k celui qui sait si bien opmment on peut aeirvir à la fpis TEglise et notre patrie, Nous les offrons volontiers à S- S. s*Us peuvent lui être utiles. Si nous devions sceller de notre sang rœuvre du progrès et de rédemption commencée par 8. S., nous considérerions racceptation de notre offre comma une faveur al notre sacrifice comme un devoir? »
Cette lettre resta sans réponse.
L'illusion sur le compte du nou^equ pape énfait tour jours en Europe, nn peu moins vive qu'au début, il est vrai, mais encore avec assez d'éclat pour que les reflets qui en arrivaient en Amérique, par les Jo^rnaut et I^s lettres particulières, n'eussent encore pris sureurd'^i reproduire les teintes douteuses. On y représentAÎt ritalie comme prête à soulever la pierre du sépulcre où loppression la maintenait inerte depuis des fièeles; les prêtres et les moines comme préchant une nouvelle croisade dont Tindépendance etlunification do Iltalie d^ viûentétrelebttt.
' Ainsi, entre autres, un journal italien conunençait an jour un article par ces mots : ^
« ,... En parlant de lltalie et de son souverain éternel, Napv>. léon disait: Cette Juliette ne peut encore supporter le jour. S*il eût vu œ qui se passe aujourd'hui, il aurait dit : Cette solfatare qui toujours fume va KenM jeter des flammes. »
Les lettres particulières venues d'Europe étaient toutes sur ce même ton.
On comprend combien ce ton si belliqueux, ce langage si ardent devaient raviver d'espérances dans ces cœurs généreux que l'amour de Tindépendance avait jetés sur la terre d*exil. Ils croyaient venu ce temps, objet de tant de vœux, où leur sang, prodigué pour rindépendance de pays étrangers, allait enfin Tétre pour leur patrie. Ces grandes choses que faisaient leurs bras valeureux, ils allaient au mbins les faire pour elle; pour ELLE aussi peut-être allaient-ils trouver sur les champs de bataille cette mort glorieuse et féconde du soldat qui meurt pour la liberté de son pays. Une indicible émotion s'empara de tous les Italiens proscrits ou résidant en Amérique. Une souscription fut ouverte pour l'équipement d'un corps de volontaires. On en donna le commandement à Garibaldi. L'or et l'argent ne manquèrent pas à la cause. D'Europe et d'Amérique arrivèrent les encouragements les plus flatteurs » les offres les plus généreuses.
a .... A VOUS, écrivait à Garibaldi un noble Génois, Stéphano Antonini, il appartient de faire pour rindépendance de l'Italie ce que vous avez fait pour celle de TUruguay. Je vous envoie
soixante mille francs pour des armes, des munitions et des bras »
D'autre part, un riche banquier de Montevideo, Hernando Nunez, lui écrivait :
c .... Dans la cause de l'indépendance tous les coBurs généreux sont solidaires; en scellant de leur sang la liberté de notre pays, vos braves compagnons d'Italie ont noblement payé leur dette de l'hospitalité qu'ils ont trouvéesur nôtre terre. C'est à eux maintenant à venir eaaide à Tltalie. Je vous offre sur ma caisse un crédit de cent mille francs. »
Des souscriptions ouvertes^ soit en Europe, soit en Amérique, vinrent ajouter à ces ressources, et, en peu de temps, Garibaldi put équiper une compagnie de cent hommes de cavalerie^ choisis parmi les hommes les plus vaillants de ses hommes rouges, et fréter un navire pour les transporter en Europe.
Ainsi, à trois mille lieues de la terre d'Italie, avant même que la guerre de l'indépendance fût ouverte, s'était organisée, comme par enchantement^ une valeureuse phalange, prédestinée à sceller de son sang généreux cette guerre qui n'était encore qu^un décret du Ciel.
Le départ de Garibaldi et de ses volontaires offrit plus de difficultés. Ils avaient rendu tant de services, ils pouvaient en rendre tant encore, que le commerce, l'indus* trie, le gouvernement, mille intérêts individuels ou généraux, hésitaient à se priver d'un secours qui avait été d'un si grand poids dans la balance des affaires miii-taires de la république. Incidents, délais, obstacles,
t(rat semblait ge miiliiplier pour empêcher ce départ. Garibaldi, de son côté, semblait se multiplier auâsi pour lever les obstacles et les délais, Enfiu, ea février 1948^ eut lieu la révolution de Fraace. Aux éclaW de cette révolution 9 croyant venu le jour de son indépendance, l'Italie se souleva frémissante.
S'opposer plus longtemps au départ des valeureux patriotes qui réclamaient leur part de périls dans cette guerre de nationalité, eût été de la part du gouvernement de rUruguay un acte d'ingratitude, et Garibaldi put partir avec ses braves légionnaires.
L'expédition mil à la voile le 24 avril 1848. Elle comprenait 94 <}avalier3; le navire qui la portait s'appe-. laît VEêperanMy nom de bon augure. En sortant du porty il aribofft le drs^^eau.aux trois couleurs de la nation italieftoe*
Deux mois après, le 26 juin, la petite troupe et son valeureux chef débarquaient à Nice*
Lorsqu'avec son corps de volontaires Garibaldi débarqua en Italie^ des événements qui^ en temps ordinaire, auraient semblé devoir remplir les annales de quelques siècles, s'étaient accomplis dans TEurope Mcidentale pendant les seuls mois de sa traversée.
Le 26 février 1848, la France avait proclamé la république. Six jours après, le 4 mars, une révolution éclate à Vienne et dans le grand*duchédeBade; le 5 mars, à Munich; du 6 au 11, à Hesse-Darmstadt, â Hesse<>>Cassel, à Hambourg, à Brème, dans le Luxembourg; le 13, dans le Wurtemberg; le 18, à Berlin. Suivent les révolutions de Hongrie et de Bobéme, et,
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en Italie, de tous les points de la péninsule, depuis Napies Jusqu'à Venise et au Tyrol, des milliers de volontaires partent pour la guerre sainte et vont se ranger sous les ordres de Chirle»*Albert| roi de Piémont. Le drapeau de rind^pmdanoô est arboré partouti À Rome^ des multitudes eultées, la poitrine parée de croix tricolores^ défilent devant le Quirinal et sont bénies pair le pape, aut cris de : Dieu le veut 1 Dieu le veut t Tels les croisés d'un autrtf âge allaient jadis, à la voix d'un pontife, ii la conituèle de la Torre^Sainte i tels les croisés dé 1848 vobti à la toix d'un autre pontife, à la conquête d'une patrie. ,
Piff mUheur^ ces éhois intelli^eaU et généreux d'un pape à la tête de l'idée d'unification îtalienlie lie do^ rèrent qu'un jour.
Le aO avril» à la suite d'ute encjrGlique qui avait tout remis en question, le pepe du lendemain n'avait plus. été le pape de la vaille» Pbutéentre l'influence du clergé qui lui montrait le eenlier battu de là routine^ et la voût impérieœé du peupla qui le poussftit dans une voie nouvelle, Pie. IX manqpiuyiL à k ftos de .force de carac^' tère et de résolution. Des circonstances, uniques dans Thistoire, lui avaient assigné un rôle qui seul pouvait relever la papaulè, en faire le flambeau de Tavenir, comme elle se flattait dôraveir été daM le pa$sé.
Ce rôle, Pie IX l'accepta d'abord i il lé résigna ensuite.
Lorsqu'après avoir donné le signal des réformes libérales, il vit ritalie tout entière s'animer d'une vie nouvoUe, làLombardie se lever ett masse pout cbasser les Âutricbiens, ses maîtres, au nom du principe deuntio*
nalité, il y applaudit comme chef spirituel : ce fut raison ; il s'en effraya comme chef temporel : ce fut un tort. Il avait à se dégager de Faction matérielle de son pouvoir temporel pour ne prendre part qu'à l'action morale dont il devait être le représentant sur la terre, il n'osa pas. Il voulut être à la fois pape et monarque ; mais rimpitoyskble logique des faits le poussait à n'être que Fun ou l'autre. Vainement essaya-t-il de se débattre sous cette étreinte. Ne pouvant se décider k sa^ crilîer Tune de ces deux prérogatives de pape ou de roi, il passa du même coup l'acte de condamnation de la monarchie et du pontificat.
n avait été le plus légitime espoir de l'ItaUe^ il en devint le plus grand embarras.
Pendant ce temps, les événements s'étaient pressés dans les divers Etats de l'Italie. Le Piémont^ la Toscane, Parme, Plaisance, Modène, Rome, Naples^ Venise avaient eu leurs révolutions locales. Milan avait eu ses cinq jours, â la suite desquels les Àutrichi^is avaient été chassés, et, le 21 mars, tout en continuant la lutte, le conseil de guerre milanais avait publié la proclamation suivante :
c Le Si xnan.
a La viUe de Milan, pour compléter sa victoire et éloigner pour toujours au-delà des Alpes Tennemi commun de l'Italie, réclame le secours de tous les peuples et de tous les princes iUi^ens, et spécialement celui du Piémont, son belliqueux voisin, m
À cet appel, le roi de Piémont, Gharles-Âlbert, avait répondu par celte proclamation :
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