CHAPITRE X
Événements de Rome, depuis le 15 novembre 1848 josqu'an dO juin i849. — Garibaldi préside la cérémonie de bénédiction des barricades. — Hymnes de Mameli. — Portrait de Garibaldi et de ses gardes rouges. — Garibaldi bat les Napolitains à Palestrino et h Valletri. — Discours de Garibaldi an comité de défense de Rome. — Siège de Rome par les Français. — Traits de bravoure de Garibaldi. — Lettre bérolipie jd'Ânnita. * Prise de Rome par les Français.
Les événements^ en effet, qui se pressaient à Rome^ étaient alors d'une gravité telle C[ue^ par suite des grandes complications d'intérieur, l'indépendance italienne s'y trouvait mise en question, non pas seulement à l'égard des gouvernements princiers d'Italie, mais encore ,en ce qui concernait les puissances catholiques de TEurope.
Le 24 mars 1848, poussé par la force irrésistible de l'opinion générale, le pape Pie ÏX avait tenu le langage suivant aux volontaires romains partant pour la guerre de l'indépendance :
ce . . .Comme vicaire de Jésu&Christ, je suis en paix avec l'univers; mais comme prince italien j'ai le droit de défendre la patrie italienne. Je vous bénis : la cause que vous défendez est sainte, Dieu la fera triompher. Je vous
bénis encore une fois. CombaUez et triomphez au nom du Seigneur. »
Un mois après, le 29 avril, ce môme Pie IX, sous la pression du j^arti clérical romain, disait dans une encyclique:
«... Comme chef de l'Église, je ne peux déclarer la guerre aux Autrichiens, car eux aussi sont mes enfants,. . Si les princes italiens ont pris part à la lutte, ils Font fait pour céder aux exigences de leurs peuples. Les troupes pontificsdes n'ont pas d'autre mission que de défendre les frontières de TÉtat, et si elles ont passé le Pô, ce n'a pu être qu'en méconnaissant mes ordres... >>
Ces paroles du 29 avril, qui étaient une négation complète de celles du 24 mai,, avaient excité dans les États- Romains une irritation aussi générale que profonde, et avaient annoncé une révolution dont la marche rapide avait eu pour résultat la chute du pouvoir temporel de la papatîté et par suite Tlntervention de l'Europe catholique.
Les faits qui se succédèrent coup sur coup peuvent se résumer ainsi :
15 novembre 1848. — Ouverture des chambres romaines. Assas^nat, aux abords dû palais de la chancellerie, du ministre dirigeant du pape, Rossi.
16 novembre. — Insurrection : le pape est assiéé|;é par le peuple dans le Quirinal.
i^ novembre, -r^ Le pape quitte clandestinement Rome, et se réfugie à .Gagte, dans les États du roi de Naples.
10 décembre. *^ Après avoir épuisé sans résultet
tous les moyens de coaciliation entre le prince et les citoyens, le parlement romain nomme une junte suprême d'État pour exercer le pouvoir exécutif jusqu'au retour du pontife.
20 décembre. — Décret de la junte pour la nomination par le suffrage universel d'une assemblée constituante.
1" janvier 1849. — Monitoire du pape fulminant l'excommunication majeure contre tous ceux qui coopéreraient à la nomination de cette assemblée.
21 janvier. — Élection par le suffrage universel de rassemblée constituante.;
9 février. — Convocation de l'assemblée. — Déchéance du pape comme pouvoir temporel. — Proclamation de la république. — Nomination d'un triumvirat, remplacé peu après par trois nouveaux triumvirs, Mazzini, Armel- Uni et Safii.
23 mars. — Bataille de Novare, qui, par la défaite de Tannée sarde, replace le Lombardie et l'Italie centrale sous la domination de rAutriche.
17 avril. — Expédition de Rome par les Français pour rétablir le pape.
25 avril. — Les Français débarquent à Civita-Vecchîa et marchent immédiatement sur Rome. ,
30 avril. — Siège de Rome par les Français, et premier engagement des troupes de la république française contre celles de la république romaine.
Même jour. — Les triumvirs décrètent la défense de Ron^, et chargent Garibaldi, nommé membre de
306 MÉMOIRES AUTHÉNtlOUES •
rassemblée con^ituâttite^ d'un cominatMlemmt tM^ tàitë.
tci, ptfttt dôntter Une idéèi de Tenthemsiasme flévtmx de ces premiers moments d'exaltailon patriotique^ iioOfl ne iMtiotiÈ mieilx faîrd que de copier les Hgiies éloquentcis que^ dàuâ sdù Garibaldi au les RomaiMy Clémence Robert a consacrées à cette si intéressante page d'Uistmre. Dahs ce tid>leau sa^santt le lecteur reMDiudtra toutes les qualités de style^ de pensée qui caractérisent le beau talent^ si gracieusi et si nerveux à la fois, d'une de nos illustrations contemporaines le plus justement populaires.
a «.« C'était la première fois, en cette guerre de 1849, que la ville des dieux et des césars voyait s'élever des barricades, ces constructions populaires qui jouent un si grand rôle dans l'histoire moderne. Depuis que l'as^ semblée avait décrété que Rome se défendrait jusqu'à la dernière extrémité, ces remparts intérieurs avaient été construits avec une rapidité merveilleuse par les mains de tous les citoyens, ouvriers ou seigneurs ; et la ville antique recevait de leur ligue formidable un aspect aussi nouveau que saisissant. . . •
a La commission des barricades, présidée par Cernuschi, était nuit et jour au milieu de ces pierres bouleversées.
a Sous les regards de ses chefs, la population travaillait comme par enchantement. Les barricades s'achevaient, de tous c6tés on roulait les derrières pierres, les derniers monceauit de sable. Les hemmes de tout rang, les femmes, les enfants étaient à l'eu-
sua GAKj^AJLDI. 307
yr^e. Il n'y avait plus, en e(fet, de mains trop faibles et trop blanches pour briser les pierres d'assises et les sceller aux sommets des murailles.
« En mèmetemps; les fabri(}ues d'armes, qui trav^iillaiejit ardemment, faisaient retentir de quartier en quartier leur bruissement foriuidable. Plus loin, des ouvriers étaient occupés à miner le pont MoB,é^ premier passage ouvert devant les pas des Français.
« Dans de semblables Journées^ le bruit des voitures, la ruiaeujr de la vie habituelle, qui cessent dans les capitales pour laisser l'espace libre à tous les tourbillons du soulèvement, changent d'une manière inexprimable le caractèi^B de leur enceinte.
te Mais, à Rome, tout ce mouvement avait quelque chose d'heureuj^, d'épanoui.
c( Le cœur à l'ouvrage, on oublisdt tous les dangers; tandis que Iqs travailleurs bâtissaient leurs remparts, la foule des rues montait, descendait, dans son courant, ces hauteurs escarpées, et sa ligne onduleuse prenait quelque chose de plus vif, de plus animée En voyant ces fortes constructions, on croyait en la défense de Rome, et les périls, les sacrifices ne comptaient plus pour rien.
a A force de courage, qn avait trouvé Tespérance.
«c Au fur et à mesure qu^une barricade était terminée^ elle se d^ageait des échafaudages et de la foule des ouvriers : le soleU i'qmbrasait et faisait ruisseler des miroirs ardents sur ses pierres.
« On venait y planter un bouquet, Jes habitants du quartier apportaient dp toutes pjtrts des rubans pour
l'orner, et, Tamphore à la main, versaient du vin aux travailleurs.
« Puis, à c6té de cette allégresse^ et comme une ombre au tableau, on voyait dans tous les coins des groupes de moines mendiants qui demeuraient oisifs sur le pavé, tournaient entre leurs doigts leurs besaces vides et boudaient sous leur capuchon.. ••
c Des bords du Tibre aux monts Esquilin et Viminal, le sol était couvert de barricades. Partout, à côté des temples antiques, des obélisques, des arcs de triomphe, des mausolées, apparaissaient ces nouveaux édifices, ces remparts populaires.
« Près de ces monuments élevés à des dieux divers, à la beauté, à la gloire, au génie, au plaisir, on voyait mille monuments tous élevés à Tindépendance.
m Ces édifices, éclos le matin, allaient se sceller à la colonne Trajane, aux tombeaux d'Auguste et d'Adrien. Les nouveaux travaux de Rome semblaient s'attacher à ces débris pour en prendre la force éternelle. Et les majestueuses ruines, en laissant tomber leurs tiges de lierre, en semant leur brins de mousse sur les constructions de ce jour, leurs donnaient, dès leur naissance, un caractère consacré...
ce La principale barricade était celle du Capitole, dressée au pied du grand escalier qui conduit à Tantique monument des grandeurs de la vieille Rome. On y arrivait par la voie qu'on nommait autrefois Sacrée ou Triomphale. Derrière le rempart, mais plus élevée^ on voyait bouillonner Tantique fontaine qui coule entre les figures du Nil et du Tibre. De chaque côté
SUR GAUIBALDI, 309
d énormes massifs d'orangers balançaient, ^ la brise du soir, leurs cimes à la fois chargées de fleurs et de fruits. Alentour était une foulé de statues antiques. Elles restaient là comme les fantômes matériels de grands hommes d'autrefois contemplant les destinées nouvelles.
« Des blocs de granit,* des tronçons de marbre avaient servi à la construction de la barricade. C'était un fort et solide rempart qui, jadis sans doute, eût servi à défendre Ventrée du Capitole lorsque les Romains n'avaient à combattre que des barbares.'
« Il avait été décidé qu'on la bénirait pour que la main de Dieu s'éfendtt sur elle et sur ses défenseurs.
a Toutes les autorités, tous les corps constitués qui devaient assister à la bénédiction, étaient réunis sur là hauteur du Capitole* Une foule immense les entourait.
« Garibaldi^ chef militaire, présidait la cérémonie.
ce Debout au pied de la barricade, il avait à sa droite le président de l'assemblée, Charles Bonaparte, les prêtres chargés de la bénédiction, les délégués des cercles nationaux ; à sa gauche étaient les ofQciers de la ganiison et de l'armée.
m Au sommet de la barricade s'élevaient le drapeau et les armes de la Rome nouvelle.
« Ce drapeau de la république était tricolore avec l'aigle au bout de la hampe; la première zone était verte, la seconde blanche, le rouge flottait à l'extrémité.
a Les armes de la république portaient dans le
3i0 MÉMOIRES ▲{JXUBNTIQUES
milieu Taille oi»touré d'uDjd cxmorme civique, ajant les faisceaux eoosulaises entre les serres. Le lîen des faisceaux fomiait un cartoudie mt lequipl était la devise ; Loi et foroe^
a Les jbaigQes de la souveraineté oalionale étaient répétés au fronton du Gapitole, sur lequel jQattait le drapeau de la république. Le drapeau répubticain à Romet au Capitolel C*ét^ le diamant monté sur le cercle d'or qui en &it ressortir tous h» feux.
«c L'encens fumait devant rorillamme Uicolore*
« Le prêtre chai^gé da la céi:émQnie appela jeiut elle ia I)énédiction de Dieu par 4» voeu ;sûle])|iel et pathétique;
« Que le xegar^ du âel desc^wle snr le ^Jcapeau de A Jar^ublique^à ce drapeau çont^tacbéslesdestins de A Rom£u îDieu le jurot^ pour qu al xeste del)ouA a^KOC smpi <t symbole.
<c S'il e&t battu par ia tempâte, que fc«tte t^n^te % nous emporte tous dans les flotis^ sî telle est la^xécessité « supuème ; maisr^uele diapeau survive ! Que decbaque f cban^p de bataille il se relève^ baigné de sang, jdus t puissant ^t plus fort I
<K Nous, ptétres de l'ère dérnooraliquOt nous sommes « citoyens et soldats ; nous parlons donc au nom de tous. <c Nous ne demandons pas au ciel victoire et bonheur «pour nouSf peuple romain d'aiy^i^'^^'^*^* ^^ ^^ M ouvrent Je Kibemin trouvent à ses commencements «desiabimes où ils ^uQcombent^«..Kaus demandons a seulement l'avenir de la république pour Rome, et « que Dieu veuille bien mettre en ses desseins cette
« couronne universelle du peuple romain en quel jour « (ju'îl lui plaise de l'accorder I »
« La foule laissa entendre une acclamation vibrante <iui vint consacrer ces paroles du ministre,
« Puis, aux sons de la musique militaire, un chœur fit entendre l'hymne de Manieli, cette Marseillaise des Romains allant au combat, et dont voici la traduction:
RoQie ae lève r^me eacore, Sous le casque de ses héros; De son glaive Téclat sonore Aura des mondisë pour édiôs.
La Yictoîra courbe la tâta Et prête serment en nos mains, Car le destin Ta faite Esdaye des Romains.
Toutes les gloires d'un autre &ge
Nous ont donné leur lustre en lier;
MiBds c'était encore Teselàvage
Avec un sceptre de iauriar»
0 ne faut au vieux Gapitole
Que la Iil>erté pour grandeur I
Et la sainte auréole
Est dans les trois ecmloors! . .1,
Heureux ceux qui vont dans Tarèna ConquériV une i^e ttiorti La gloire immortalte et sereins S'éveille ((uand le front s'endort. , Dans ces lieux, où rien ne s'oublie, Leurs noms resteront aussi beaux I Le floieil d'Italie Réchauffe les tombeaux^
312 MÉMOIRES àUTHBNTIQUBS
« Pendant que des voix profondes, inspirées^ faisaient entendre ces paroles, les accords du chant patriotique allaient se répéter aux murs des monuments qui entourent le Capilole. On entendait là une vibration solennelle, comme si les augustes échos eussent enfin trouvé des accents dignes d'eux.
<c Le prêtre donna la bénédiction. Puis on versa le vin, symbole de la vie, dans une coupe antique, pour qu'il sen'tt à la communion fraternelle. Garibaldi but le premier. La coupe de l'union circula ensuite dans les rangs des officiers de Tarmée, des gardes nationaux, des ministres du culte, qui la vidèrent tour à tour au son des symphonies militaires, aux hourras patriotiques partant de T&me et retentissant dans les airs.
c Le soir les monuments de Rome furent illuminés.
€ Le vaste et magnifique ceintre duColisée, le Forum, l'arc de Titus, le temple de Vénus, les colonnes, les obélisques^ étaient semés de mille arabesques de lumières.
« La forme encore si belle de ces ruines, leur ineffaçable majesté ressortaient mieux que jamais à cette clarté, où des murailles antiques, des marbres noircis, des masses de lianes pendantes, se détachaient dans une atmosphère dorée et semée d'étincelles.
a Cette lumière, qui venait circuler dans leurs veines, rondait la vie à ces monuments. Après des siècles, ces pierres solennelles où habite le génie des anciens
âges, soulevaient au vent leturs pampres de lierre, se ranimaient tout entières pour écrire sur leur fronton, en lettres de feu, les noms de Pairie! Indépendance!
a Sur tous les points se répandait la population, partout pressée, partout enthousiaste.
a C'est ainsi que par une fête on se préparait à Rome à se défendre. Cette fête était d'une pureté, d'une grandeur sublime. On s'y faisait une joie d'avoir à verser son sang pour sa patrie.
<c Le moment vint de le donner, on le donna. »
Dans la brillante, mais malheureuse lutte où se trouve dès ce moment engagée la république romaine, nous n'avons à nous occuper ici que de la part qu'y eut Garibaldié
Voici d'abord ce que disent de lui et de ses volontaires, dans trois ouvrages divers qui ne manquent ni de mérite ni de valeur historique, trois de ses compatriotes, témoins et acteurs dans celte lutte suprême de la république romaine :
« Stature moyenne, dit le député Cimeo, poitrine profonde et larges épaules, la structure jetée dans un moule de fer, trempée de force et d'agilité, tel est Garibaldi. Front large, traits réguliers^ longs cheveux se confondant avec sa longue barbe, dorée comme eux, il y a dans l'ensemble quelque chose d*un bloc modelé pour la statuaire. L'expression profonde de ses yeux pensifs et néanmoins perçants complète le caractère d'une personnalité inspirant à la fois un mélange de confiance et de respect. •« 2^
("Biographia di Giuseppe Garibaldij compilata da G. B. Cuneo, deputato. Torino, m-8% p. 7.)
« Garibaldi» avec ses volontaires, dit Pi3acaney chef de Fétat-major génénd de Tarmée de la république, était, pour les partisans du vieux système militaire, un véritable embarras. Par suite de son refus de 8e conformer aux règlements auxquels toute Tannée était soumise, on le jugeait plus nuisible qu'utile. Mais, doué de ce génie particulier donné à si peu d'hommes pour se diriger dans les circonstances difficiles, et qui savent utiliser un élément quelconque, Garibaldi était considéré comme un être unique et précieux, si on remployait de telle sorte qu'il ne sortit . pas de sa sphère. La commission de guerre, convaincue de cette vérité, en décrétant la formation de l'armée et eh la divisant en deux camps, dédara le corps de Garibaldi corps de partisans indépendants de Tarmée. Brave de sa personne et du caractère le plus agréable, toujours sur la scène du combat, ordonnant les dispositions avec le plus grand calme, ce chef était extrêmement cher à ses soldats. Son, bel aspect, sa manière particulière de se vêtir, toutes ses habitudes, en un mot, l'avaient environné d'un prestige inoui. D {Rapido ceno sugli uUimi qvvmimenli di jRoma, per Carlo Pisacane^ capo delio sUUo maggiore générale deW esercko delta reptiMica rçmana. In-8\ Losana, 1849. — G. Paya, Hist. de la guerre d'Italie.)
Voici maintenant ce que dit un volontaire italien de cet homme extraordinstiife et de ses compagnons d'armes:
SUR GÀRIBALDL 3(5
« ...Représentez-vous un assemblage hétérogène d'individus de toutes sortes : des enfants de seize à dix-sept ans, de vieux soldats . attirés par la renommée du célèbre capitaine de Montevideo» quelquesuns stimulés par une noble ambition, d'autres désireux de trouver l'impunité et la licence dans la confusion de la guerre, retenus cependant par Tin* flexible sévérité de leur chef, près duquel le courage et la hardiesse pouvaient seuls se donner carrière, tandis que les passions les plus effrénées étaient cour^ bées sous sa volonté de fer. Le général et son étatmajor sont à cheval sur des selles américaines, vêtus de blouses écarlates, avec des chapeaux de toutes les formes possibles; sans distinction d'aucun genre, sans prétention à un ornement militaire quelconque, ils semblent s'enorgueillir de leur dédain des règles prescrites aux troupes régulières. Suivis de leurs ordonnances, dont la plupart sont venus d'Amérique, ils se précipitent çà et là, tantôt se dispersant, tantôt se rassemblant, toujours actifs» toujours rapides, toujours infatigables. Toutes les fois que les hommes font balte pour camper, les officiers, le général lui-même, sautent à terre et s'occupent attentivement et en personne de tous les soins qu'exigent leurs chevaux. Lorsque ces opérations sont terminées^ ils ouvrent leurs selles, faites de manière à pouvoir être déroulées pour former une espèce de tente, et ils complètent alors leurs arrangements personnels. S'ils "l'ont pu se procurer des provisions dans les villages voisins, trois où quatre colonels et majors se jettent à poil sur
leurs chevaux et, armés de leurs longs lazzosj ils courent rapidement à travers la campagne à la recherche de moutons ou de bœufe.
«Garibaldiy pendant ce temps^ si le campement j est loin du lieu du danger, repose étendu sous sa tente; si, au contraire, l'ennemi est près de là, il reste constamment à cheval, donnant des ordres et visitant les avant-postes. Souvent, déguisé en paysan, il compromet sa sûreté en poussant des reconnaissances, mais plus fréquemment placé sur une éminence qui commande les environs, il passe des heures entières à examiner les lieux à l'aide d^un télescope.
« Lorsque le trompette du général donne le signal de se préparer au départ, les lazzo^ servent à saisir les chevaux qui ont été lâchés pour brouter Therbe en liberté. L'ordre de marche est toujours arrangé sur le jour précédent^ et le corps se met en mouvement sans jamais savoir où il arrivera le jour d'après.
« Grâce à cette simplicité patriarcale, peut^tre poussée un pea trop loin, Garibaldi apparaît plutôt comme le chef d'une tribu dlndiens que comme un général; mais, à rapproche du danger et à la télé des combattants, sa présence d'esprit et son courage sont vraiment admirables; et alors, par Tétonnante rapidité de ses mouvements, il remplace, dans une grande mesure, le défaut de ces qualités que l'on suppose en général être absolument nécessaires dans un bon général. » fl Volontari italiani di Emile Daiuldo. — Trad. de C. Paya, Hist. de la guerre d'Italie. In-V. Barba.)
8nR GÂRIBALDL 317
LorâqueGaribaldi était arrivé à Rome» la république romaine était menaoée de rintervention armée de toutes les puissances catholiques : rÀutriche était en armes sur sa frontière septentrionale ^ Naples et TEspagne sur sa frontière méridionale. Redoutant l'influence que^ par leur intervention, ces puisss^ces auraient pu acquérir à son détriment en Italie, la France s'était décidée à intervenir aussi et à devancer les autres. Elle s'était ainsi trouvée à Rome, pendant que les autres étaient en route pour s'y rendre.
Le gouvernement de France d'alors, né d'une révolution, avait pour base le même principe que celui de Rome : la souveraineté nationale. Son intervention était dès lors considérée dans des sentiments bien moins hostiles que celle des autres puissances. Aussi, pendant que les Français débarquaient aux portes de Rome, ne pouvant se faire à l'idée de voir en eux des ennenûs, les triumvirs dégarnissaient, en quelque sorte, Rome de troupes, et conféraient à Garibaldi un commandement extérieur. On le chargeait de protéger la frontière de TËtat, que menaçaient les armées de Naples, du côté de lltalie méridionale, celles d'Espagne du côté de l'Ombrie, et celles d'Autriche par la Yénétie.
. Avant l'arrivée des Français, Garibaldi avait établi son quartier général à Rieti, sur le Yelino, où, en 1798, les Français avaient battu les Napolitains, et d'où, un demisiècle plus tard , devait partir le hardi général pour les battre encore.
En effet, dès le débarquement en Italie du corps expéditionnaire français, ralTaire parut devoir se traiter
diplomatiquement entre les deux républiques. Il j eut une sorte de suspension d'armes. Le général>0ttdinotf commandant l'expédition française, renferma ses opéra* lions dans la partie du territoire qui avait Givita-Veochia pour base, et le triumvirat romain s*oocupa des autres ennemis, contre lesquels la lutte ne pouvait se terminer que par les armes.
Après avoir protesté devant toute l'Europe, au nom dé la nationalité violée, il publia, contre rintervention na-> pqlitaine, la pièce suivante, remarquable par safûrouclie énergie: . . '''
k Le roi de Naples arbore la bannière du despotisme et de la tyrannie illimitée; ses premiers pas laissent des traces de sang. Des listes de proscription sont écrites eu lettres sanglantes. L'heure décisive a s^onné. Esclavage tel que vous ne Tavez jamais euj ou liberté digne des antiques gloires, longue sécurité, admiration de toute TEurope ! Que ce soit Ici une guerre universelle» inexorable. Puisqu'ils la veulent, elle sera courte.
« Pendent que T^^uieimi attaquera Rome, inquiétez-le, harceler le sur les flancs; que des guérillas s'organisent : cinquante hommes formeront une bande, et que tout homme qui réunira cinquante hommes soit capitaine. La république se trouvera reconnaissante : argent, terres, honneurs, la république en dotera ses braves.
c Enlever à Tennemi ses vivres, son sommeil, sa confiance, le 'démoraliser, Vétteindre d'une ceinture de fer, voilà notre devoir. .Que Finsurrection devienne le cri normal, le pouls, l'haleine de .chaque patriote. Honte aux tièdesl Mort aux traîtres t
a Donné à la résidence du triumvirat, le 3 mai. »
L'armée napolitaine, cependant, composée de vingt vm]\o hommes commandés par le roi de Naples en per-
SUR GÀbtBALDl. SU
Bonne, occupait Àlbano^ Vdletri, Palestrimi, petite ville à quelques lieues de Rome.
« Le 15 mai, dit Ricciardi (1), pour attaquer les troupes que le roi de Naples avait amenées en personne^ jusqu'à Palestrina, le général en chef des troupes ro-j tt^aines» Pierre Koselli/ avait été placé à la tête de Texpédilion; mais, en réalité, c'était Garibaldi qui la Commandait, Garibaldi, qui, secondé par son intrépide légion, fut le héros de l'épopée romaine en 1849. Les troupes napolitaines furent battues, par lui d'abord, à Palestrina, puis à Âlbano, enfin à Yelletri. À cette der-^ nière affaire, le roi de Naples n'échappa que par miracle aux mains des répiâblicainSé Garibaldi et sa légion en recueillirent tout l'honneur. Avec trois ou quatre mille hommes, sans canons, ils en battirent plus de dix mille, pourvus d'une artillerie nombreuse. La victoire fut généralement attribuée à la terreur que le nom de Gari«^ baldi inspirait aux Napolitain8« Tous ks priâpunienr s'accordèrent à dire qu'on le considérait plutôt comme un démon que comme un homme. Dans là superstition de ce peuplei tout contribuait à Êivoriser une aussi aln surde croyance, et la tunique écarlate surtout portée par le commandant etseslégionnaires était considérée comme une livrée du diable, et un emblème d'alliance avec les puissances infernales. »
Garibaldi se mit à la poursuite des Napolitains el franchit la frontière. Comptant sur un soulèvement po«
(i) Hiitoriâ d'Ita&a^per Gmeppe tUccutrii^ depuiaiô aW partameiUo di NâpalL i^k». '
pulaire dans le royaume de Naples, son projet était de Fenvahir, lorsqu'il fut rappelé en toute h&te à Rome, oii, pour le malheur de la république romaine, un dissentiment entre Tambassadeur français, M. de Lesseps, * et le commandant de Texpédition française, le maréchal Oudinot, allait rendre inévitable une lutte armée entre les deux républiques française et romaine.
En effet, à son retour à Rome, Garibaldi trouva les troupes des deux républiques en présence.
L'armée romaine se composait de dix-huit mille hom^ mes au plus, seize mille Romains, deux mille Italiens ou étrangers, et cent pièces d'artillerie de tout calibre, dont la moitié à peine était en état de service.
Avec ces faibles forces, elle avait à défendre Rome, dont les murs ont vingt milles de circuit, contre une armée française composée de 45 bataillons d'infanterie, 8 escadrons de cavalerie, 76 canons de campagne, 70 pièces de siège, une compagnie de mineurs et une de pontonniers.
Le dimanche 3 juin, à trois heures du matin, la lutte s'engagea.
Le ministre de la guerre Avezzana avait conféré à Garibaldi le grade de général, qui, on se le rappelle, lui avait été conféré déjà à Montevideo.
C'est avec ce grade qu'il allait être le bras droit de la défense de Rome et, comme dit l'historien Ricciardi, le héros de V épopée romaine.
Dans la nuit du 2 au 3 juin, avant que la lutte eût commencé, appelé, pour y donner son avis, devant le comité de défense convoqué extraordinairement, ilpro-
SUR GARIBÂLDL Z^i
nonçà le discours suivant, dont l'éloquente et sauvage énergie porte, dans chacune de ses pensées^ l'empreinte du dévouement patriotique porté à sa dernière puissance :
c Citoyens, ^
c Vous demandez mon avis sur le résultat de la lutte suprême qui va s'engager. Le voici :
t Rome se défendra autant que ville gardée par les hommes puisse se défendre. Nous avons dans les triumvirs un gouvernement loyal, ferme et pur. Nous avons de vaillantes épées au service de la république : le peuple a ouvert sa grande âme à l'œuvre de l'indépendance qui lui fera faire des prodiges. Tout semble s'unir pour le succès dé nos armes*. ., et pourtant nous sommes perdus.
« Laissez l'aspect de la confiance régner dans la cité pour soutenir ce malheureux peuple I Laissez nos proclamations, répan* dues.sur toutes les murailles, recommander le courage et prédire le succès ; montrez les drapeaux, les canons des ennemis amenés sur la place Saint-Pierre ; soutenez partout l'apparence de Ye^ poir, de la sérénité qui n'attend que le moment du triomphe !
€ liais ne nous faisons pas d'illusions insensées.
f Nous serons vaincus. Roime ne peut pas tenir contre quatre nations ennemies. Quand, par impossible, nous aurions repoussé les Français, le roi de Naples, drapeau vivant du despotisme, serait derrière eux. Après lui viendraient les Espagnols, déjà débarqués sur la plage de Terracine, et accoutumés à verser partout le sang pour ce qu'ils nomment le principe religieux ; puis les soldats du Nord, qui commencent à Radetsky, qui ne finissent qu'aux dernières glaces de la Russie, et qui, dans toute l'Europe, sont toujours prêts à massacrer les peuples.
a C'est l'esprit armé du vieux monde qui marche contre nous. Nous ne pouvons espérer une victoire sur lui, ni même une da ces révoltes heureuses qui, en sacrifiant les hommes, laissent, au
prix du Mâ(» quelque progrès libéral acquis t ravénir. Non, ,. Rome tombée sera plus opprimée^ plus esdive que Jamais.
« Chaque jour de défense est un jour de grâce avant la mort. En en comptant quelques-unâ, nous faisons On suprême effort dont la postérité vous tiendra compte. Sur Dieu et sur nôtre épée, nous tomberons avec gloire... Mais notre chute est certaine, et tout doit être grand dans Rome, même sli chute.
€ Mainlenant quekkittd est tenue, qu'Aile soit inexorable. Que la guerre soit partout dans les.iknlrs ; qu*rtlt sml àÊsm les campagnes, dan» les valléesi sur kto monts ; que l'itisurrection devienne la vie» rame de la nàtkm» Que tout hOBooie soit jour et Buiteous les araei; qu*U trouve dsû& son génie éÊèÉÊOjttm {dus violents que ceux que nous ont faits le fer et la âim]Be«.« Dans d'autres soulèvementSi tous les hottmes sont mÀàM; ici, que tout soldat soit capitaine» qu'à hii seul il Vaille Une con^Mgnie de braves...
* « RomeatôHioiireM leeosiirderilstte^ qu'éDe en ««vienne le bras aujourd'hui» et que dieu dofuie la fijroe à ce lirae pour ^il fasse tomber autour de iiii i
Un sentiment profondément sympathique se manifiseta parmi les membres du comité. Mais ce n'élAit {m Téhn de Tâme par respéranoe^ c'était^ Mt ttê têtes dé patriotes, Téxpression itûpôsante et gfate d'ntie énergique résignatioA.
îl était alors environ trois heures du matin. Au milieu du recueillement religieux qui avait suivi le disc^un de Garibaldi, retentit uû violent coup de canon^ dontteus les échos des vieux toonumeut» de la vieille home répétèrent le ÊOû.
C'était le signal de la seconde attaque des Français.
Tous les membres du conseil de défense volèrent delà salle du conseil aux remparts*
COt OARIBALDI. m
Les opérations du liége s'étendaient dâ Ponto^HoUa à la villa Pamphili. Près la porte Saint^Pancrace^ au Yarcello, Garibaldi avait établi son quartier général. II avait avec lui ses hardis et terribles volontaires» la l^on lombarde, que commandait le brave Manara, vaillant jeune homme qui devait, des premiers, trouver la mort sur la brèche ; le vénérable et valeureux Ugo Bassi , qui devait, dans cette guerre, mourir aussi martyr de Tin**' dépendance) Angelo Brunetti ; ce même Gicero Vacchio, le tribun populaire que Garibaldi avait rencontré jadis au miUeu des raines du Golisée, qui, comme Hanara et Ugo Bassi, devait mourir martyr de l'indépendanoe, «t dont la mort et la tombe devaient rester inconnues.
Mille autres braves qui devaient inscrire leur nom dans le martyrologe de Findépendance italienne, soi» valent la bannière de Garibaldi.
Pendant vingt-cinq jours qu'allait durer le siège de Rome, on allait le voir exécuter avec eux las mançeuvres les plus hardies.
Tantôt, voulant enclouer les canons qui menaçaient leTranstevère, à la tête des siens. Intrépides comme lui, il sort par la porte Saint-Pancrace, marche sur la trauf* chée et parvient à forcer les avant^postes français.
a C'était par une nuit de tempête. Les immenses lueurs de Torage Tenv^loppaieutt Garibaldi était monté sur son cheval de guerre, dont l'œil Jetait des flammes, dont la selle portait au loin des tètes de mort; le nègre Ralla, son serviteur fidèle, apparaissait derrière lui. Garibaldi, l'épée nue, la pancarte entourée d'étincelles, drapé dans ce manteau rouge, plus rouge encore sous les
m MÉMOIRES AUTHENTIQUES
feux de la foudre, protège ses soldats de sa ^présence, fait enclouer les canons ennemis et disparait dans les ténèbres, ne laissant auxFrançâis que lastupeur indicible de son apparition surnaturelle. » (Clémence Robert, Garibaldi et les Romains ^ feuilleton de la République^ 16 octobre 1850.)
À cette sortie, regardée comme un des faits d'armes les plus audacieux de Garibaldi, succéda peu après un combat nocturne où l'audace du guérillero se ré?éla dans toute sa valeureuse témérité.
C'était le soir de la fête de Saint-Pierre. Les Français avaient commencé l'attaque de la porte Saint-Pancrace, où Garibaldi avait établi son quartier général. A la nuit, le combat cesse. En mÔme temps, enThonneur du patron de la vieille cité papale, la coupole de la basilique, brillamment illuminée, resplendit de mille feux. Mille autres monumeaits, les maisons prindères, dont Rome est couverte, étincellent de gerbes de feu qui répandent sur la ville des flots de lumière. Ce n'est plus la nuit, c'est le jour, un jour féerique. Le combat recommence. À la lueur des feux de la fête se joint celle de la fusillade et des canons : on eût dit des milliers d'éclairs et de tonnerres sous un soleil resplendissant, pour donner à ses gardes rouges des proportions fantastiques.
Enfin, ils étaient partout, pendant ce combat nocturne, partout terribles, à la brècbe et aux pièces.
Au bastion n"" 7, une pièce prenait d'enfilade une colonne'd'attaque et faisait un mal horrible aux Français. Un chasseur de Yincennes, posté en tirailleur, tue un à un tous les servants de cette pièce. Six gardes rouges de
SUR GARIBALDl. 3t5
Garibaldiy sont successiTement tombés moris. Nul n'osait plus se dévouer pour y mettre le feu. Garibaldi, ne vopnt personne s'avancer, s'approche de la pièce, la chaire, la pmnte, y met le feu, et coupe en deux par un boulet le chasseur de Vincennes qui en avait paralysé le service.
Ce fut pendant cette nuit qu'Ânnita, retenue au lit par une assez grave indisposition, lui écrivit ce billet :
. Mon amif à C heure de la bataille y ne songe ni à moi ni à nos enfants; ne songe qu'à t Italie.
ArauTA Gabibaldi.
Une Lacédémonienne n*eùt pas dit ipieux.
Tant d'héroïsme dans la défense pouvait bien retarder la chute de Rome, mais ne pouvait la conjurer.
Un jour vint où il fallut céder à la force. Ce jour fut le 30 juin.
Nous laissons ici parler Clém^ice Robert :
(( La journée du 29 juin se leva à Rome, chargée encore des vapeurs de Forage et des plus sinistres pressentiments. Elle apportait le dernier désastre à cette héroïque population soutenue, contre des forces accablantes^ par les seuls élans du patriotisme et du courage; elle apportait la mort de ses plus généreux défenseurs.
(( Dès la pointe du jour, la vaste demi-lune que formait l'armée française devant les murailles occid^tales réscmna des sons puissants des tambours, des. clairons, du son sonore des armes. A Tintérveur <fe l'enceinte, les
92e MËMOIRBS AUTHBNTIQUBS
muraflles» à demi rainées par le temps et le feu, étaient chargées de combattants qui oomblaient leurs dboale-ments^ réparaient leurs brèches. Les sommets de Testaccio, du mont Àventin, du Montorio, du Janicule, se baissaient d'artillerie^ qui^ par Féclat dubronze, des-^ sinait, sur ces hauteurs^ la ville aux sept collines. j
ft Toute l'immense étendue frémissait du souffle dej la guerre.
<c L'assaut général eut lieu. Il fut donné et soutenu' avec la fureur qu'un mois de lutte terrible avait amassée dans Tàme des combattants. Pendant toute cette journée si longue, le feu ne cessa pas. Le seuil de ces portes de Rome qu'on se disputait, ces vieilles mu* railles construites par Bélisaire, celles qu'y ont ajoutées les papes Pie IV, Urbain VIII, Clément IX, étaient noires de poudre, brûlantes de projectiles enflammés, inondées de sang.
a Le ciel, pour les regards mêmes des hommes vieillis dans la guerre, avait un aspect étrange. La zone qui s'étendait au-dessus de la tête des combattants était teinte d un rouge ardent, et tellement chargée de nuages de poudre brûlée qu'on eût dit un brouillard épais.
« Cette atmosphère, en se reflétant dans Tenceinte de Rome, y répandait une impression lugubre.,. Le tocsin, qui ne cessait de résonner, semblait devenir plus sinistre et rendre plus profondément les accents de Tagonie. Le tableau saisissant, animé, solennel, que la ville assiégée avait présenté au début du siège, s*assombrissait à mesure que le temps avançait et que chaque jour il y af ait moins de combattants sur les
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retapirti et plus de mxpttB diteléftciilietièra ottotmibréi.
« Toute la ville •'éfaranlatt «oui lei bbuleU^ les obu<. Lès monuments laaissieat tomber leoia {Certes oMise^ oées. Plus de 150 bombes avaient été lanoées danfe te ieol joilr^ Le palais Madamei le paiaii de Venise» la Cbaâoelkrie, la coupole deSaiftt^Pielte, le Panthéon, leCapitole étaient atteinte* Le vieux Tratostev^ était iMèndié par des fuSées à la G>ngrève» La statue de TAurore, du Guide, la statue de Pompée tosftbaiant soOs dos boulets. Le temple de la Fortune Virile était d^ moli» renvoi séi Partout^ dails Rome,« massacrés par lès feux de TartilleiMi pleuvaiellt des débris de cheb^ d*09uvre antiques*
« La population^ eepéndant^ resUdt grande et forte jusqu'au dernier moment : eheb et peuple vivai^t de constance et d'énergie. Les triumvirs étaient immwbles dans le courage, généreux dans le désastre. Calons dè^ vaut l'aUne. Le peuple» dans la résiguatioii auî sonf» franoès, dsAis l'atdeur h une Inlte dése^rée^ tTâeinit à la hauteur du sacrifice* Les vivtee manquaient^ fos mu** nitions de gueite diaient manquer^ cl l'en n'entendait pas un murmure. Les blessés passaient en s'écriani i Viife Bomeî Vke Cfuduî SeueM VmUpeiuktnoeî Sm^ ve^larépMiqUel
« VkoUx impuissantsi L'assait définitif de la place eut lieu le lendemain 30 juin^ V«s denx beares du malin^ les Fnmçais pénétrent psr tlois cofennës compadeei A travers les brèches fiâtes la veille, êtes ifuentaufAi de diacre vers le oraipemettt rdmrâi. Ois eftt dH troia tOKtentfe se tenant un pasbage pat ijea lits e^euads par
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les boulets et la mitraille. On n'entend partout que des hourras, des cris de détresse ou d'appel aux armes, des roulements de tambour, des soas de clairon, des bruits de fusillade, des cliquetis d'armes. Du premier ^an, les Français s'étaient emparés d'une barricade éleyéedeirant la villa Spada. C'était là que Garibaldi avait établi son quartier général, après que le feu de l'ennemi eût réduit à la seule carcasse la villa SavonarelU où il était d'abord. Au chant d'un hymne patriotique, Tépée nue à la main, il s'élance au-^levant des assaillants à la tête des siens. Au milieu du tumulte et d'un horrible carnage, la barricade est alternativement prise et reprise. Au lever du soleil, le combat devient général sur tous les points. Pendant plusieurs heures, il est vigoureusement soutenu ; mais enfin, attaqua par des forces supérieures, les Romains mollissent partout. Une dernière charge à la baïonnette, conduite par Garibaldi, rejette cependant les Français derrière leur seconde ligne; mais ce fut le dernier effort du désespoir : il épuisa ce qui restait dé force aux Romains.
a Vaincus sur tous les points, il ne leur resta qu'à céder.
«c Pendant ce terrible combat, Garibaldi avait déployé le courage le plus héroïque. On le vit partout : ici, à la tète d'un bataillon pour une charge à la baion- , nette; là, ralliant des soldats qui mollissaient; toujours aux postes les plus périlleux, ne cessant de montrer l'exemple de cette bravoure dont il avait donné tant de preuves. Ânnita ne l'avait pas quitté : aux bastions, aux brèches, encourageant les combattants, donnant l'exemple de la plus vaillante intrépidité.
SUR GARIBÂLDI. 829
« Mais la dernière heure de la république romaine avait sonné, et le 3 juillet, la bannière de saint Pierre avait flotté de nouveau sur le château Saint-Ànge.
a Garibaldi en était sorti la veille avec les débris de Tannée républicaine.
<t Alors commença cette mémorable retraite^ à travers quatre armées occupant l'Italie centrale, et qui forme l'un des plus étranges épisodes non-seulement de l'année 1849, quais de la guerre d'Italie. »
CHAPITHË XI
Retraite mémorable de Garibaldi k travers quatre armées française, autrii^iêtfie, edpaiMie et ûapoHtalnè. ^ t^ii^des, pH^timM, sofilfraftccs, Hrttes, âétoongenat des inttiM» garitaldlemMM pendaM iMM i^traita. -*• Mort d*Aanita. — Garibaldi, parti de Rome avec faatre mille bommes et mille clietiax, arrite seul, j^foscrtt et tUgRif , dans le« États sardeft.
Le t Jtdllet, il te tiuit, Garibaldi avait eonvoqné les mfliced îépttbiicdiiies sur la place l^aittt-Pietre, et leur atait adressé ralloeution suivante ôd se peint admira^ ^ bleméttt rhomme de qtd elle émanait et ceux à qui die s'adressait :
« Amis, leur dît-il, ritafie est vaincue ; mais elle n'est « pas morte : en elle ont survéen à là' défaite tous les (c élans d'insurrection populaire pour une guerre d^in-* ce dépendance nationale. Ptour &vofisèf ces élans^ ce <c n'est pas du désespoir qu'il faut, c'est du courage. Il « nous sera facile d'exciter dans les protinces un non*' « veau soulèvement. Les peuples y sont déjà disposés € et préparés. Voule«-vous «le suivre? Voici ce que « j'ai à vous offHr : la clialmr et la soif pesant le jour^ « la faim et l'insonmie pendant lafmit; point de s^ylde,
(c point de rations^ point de repos , point d'abri ; mais a en revanche y une misère, une fetigue extrêmes, des <c alertes, des marches continuelles^ des charges^ des « combats, des privations et des périls à chaque pas. « Que ceux qui aiment la gloire et ne désespèrent pas « de ritalie me suivent ! »
i Cinq mille hommes répondirent à cet appel : A^OOO fantassins, 1,000 cavaliers. Il les divisa en deux légions par centuries, prît le commandement d'une légion^ confia l'autre au lieutenant-colonel Sacchi. Un offîder américain, le colonel Bueno, eut sous ses ordres la ca* Valérie. A Tavant-garde marcha le père Ugo Bassi, aumônier des légions, Gicero Yacchio et ses deux fils, et l'intrépide Ânnita, qui, bien que dans un état de gros* sesse avancée, avait voulu raccompagner. Prières, instances, rien ne put la dissuader. Elle savait toutes les fatigues, tous les périls auxquels cette retraite allait exposer ces glorieux débris de l'indépendance italienne. Ce fut un motif de plus pour la décider à les suivre. Garibaldi lamit à la tête d'une centurie.
En quittant Rome, la première pensée de Garibaldi avait été de se rendre à Venise où flottait encore le dra* peau de lltalie ; mais des lettres de Toscane lui ayant représenté le duché comme tout disposé à se lever pour une guerre d'insurrection nationale, il changea de plan et s'y dirigea.
Dès ce moment, commença cette mémoi*abIe retraite, dontRuggeri nous a transmis les péripéties émouvantes» et à qui nous empruntons les principaux faits (1).
(1) Délia rUiraia di GmbaUi oarrazione di B. Ruggerù Geaova, MoretU. 1860.
SUR GÂRIBALDL 333
Favorisée par l'obscurité de lanuit, cette petite troupe, à qui s'étaient joints les drapeaux, des divers corps de l'armée^ suivis de chars, de bagages et de munitions, [ franchit la porte de San Giovanni et, suivant les circuits ' des circonvallations, se mit en marche par la voie Tibur- ' tine. Les Français étaient sous les murs de Rome ; les Autrichiens^ les Espagnols, les Napolitains tenaient la campagne.
Celte marche imprévue de Garibaldi à travers lltalie centrale mit en émoi les quatre corps d'armée qui occupaient le territoire romain. Ne connaissant pas son yrai but, des colonnes françaises, autrichiennes, espagnoles, napolitaines se mirent à sa poursuite, les unes pour lui barrer le passage, les autres pour l'observer.
Le général français Oudinot, lui supposant Tintention de se jeter dans les montagnes d'Âlbano et de Frascati, pour de là organiser une guerre de partisans, envoya une division du corps expéditionnaire occuper ces deux villes, pendant que le général Morris, avec un nom^ breux corps de cavalerie, était lancé à sa poursuite dans la direction de Gvitta Castellana, Zorbi, Yiterbe et Orvieto.
Le général napolitain, lui attribuant la pensée d'envahir l'Ëtat de Naples, concentra un corps de troupes dans les Abruzzes pour lui disputer les rives du Tronto,
Les généraux autrichiens occupèrent TOmbrie et les Marches, et envoyèrent des colonnes mobiles aux fron-^ tières toscanes, dans le voisinage d'Âquapendcnte. .
Mais, tacticien ausai habile qu'actif général. Garibaldi
M4 MÉMOtRBS AtTlUfiMTïQUES
écliappa à toute àttaqne, & toute surveillsinee. Itàtteignît succéôsiveméW TIvoB, Mont!ceîH,Mottte-Rotôttdo, Poggîo-Mîrtîlo, franchit les petites thâlués qui se détachent des Apennldg et arriva le 9 juillet in Terni.
Là, sa troupe s'àccfut d^uû millier d'hommes sortis de Rome, sous les ordres du colonel Porbes, officier anglais qui avait vaillamment combattu pour Htalie, et l à qui Garibaldi confia le commandement d^Uttè de ses deux légions.
Mais alors déjà les longues marches^ les besoins, les privations, les obstacles, les embarras, les dangers de toute sorte avaient affaibli la colonne, et les milices républicaines désertaient par bandes et se répaiidaiéîit dans les campagnes, vivant, non plus de distributions régulières, mais d^exactions et de pillages.
Le 13 juillet, quand la colonne arriva à Lodi, elle était réduite à trois mille hommes et le bagage à 100 mulets portant chacun mille cartouches.
Ici commencent les funestes épisodes qui devaient marquer cette malheureuse retraite dont chaque jour allait avoir son désastre.
Les désertions continuaient. Vainement, pour exciter Témulation des soldats, les chefs dissimulaient -ils la faim, la soif, la fatigue, la chaleur! Vainement, pour leur faire prendre patience, leur distribuaient-ils jusqu'à leurs rations. Exténués par les fatigues et les privations, incertains du but qu'ils poursuivaient, mais très-certains des souffrances et des périls qui les attendaient, rien ne pouvait relever leurs esprits abattus. Excepté parmi les chefs, le découragement était partout.
SUR aAJiI9AlPI. 33S
UplaA de iretmt« de GanbaUi était de firaDcbir la frontière toscane, de la trav^wr de nouveatt du c6té des légatiops pour dérouter les colonnes à sa pounuita, les laisser indéciMS s'il porteniit rinsurrection en Toscane ou dans les Ronagnea, et sa jeter ensuite du c6tô qui serait le plus dé(;ami de troupes, U grande chaîne de l'Apennin avec ses nombreux contreforts, formant mille saillies secondaires avec leurs innombrables ondulations d'une mer à l'autre, lui offrait, par le £dt même des|^«ndes inégalités du sol, des moyens faciles, soit pour se défendre^ soit pour le dérober à l'ennemi.
la marche de Garibaldi sur Lodi avait laissé pressen» tir ee plan. I^es généraux aatricbiens d'Aspre àfîorence, Gorcowski k Bologne, se disposèrent aîors, avec des forces nombreuses, l'un à s'opposer en Toscane aux progrès des Garibaldiens, l'autre à leur fermer l'entrée des^omagnes, pendant qu'une colonne française, occupant YiterbOt avait campé en observation prés de Collereco.
Par suite da ces dispositions, Garibaldi semblait an-" fermé dans un immense œrcla d'bommes et d'obstades qui, à chacun de ses pas en avant, pouvait se resserrer sur lui et d'où il paraissait impossible qu'il pftt sortir sans être anéanti.
Son eqtérienoe consommée, ses savantes muvmh vres, ses hardies évolutions, son in&tigable activitét iui firent d^ouer tous les oalculs de l'ennemi*
n divisa sa troupe en %\x colonnes. Quatre dusent m montra sur les montagnes voisines de PérouM. oceupées par les Autrichiens, àa\i% sur celles de Viterba».
336 MÉMOIHES AUTHENTIQUES
occupé par les Français, les unes et les autres passer le Tibre, les premières près de Bagnarea/ les autres près d^Ovîéto, et, par une brusque conversion à droite et à gauche, gagner la frontière toscane et se rendre à Getona^ point fixé de ralliement pour toutes les colonnes.
Ce mouvèmient fut exécuté avec tant de précision et d'habileté, que le 20 juillet toute la petite troupe fat réunie à Getona; mais là de nouveaux obstacles Tattendaient.
Comme chef de flotte et comme général, Garilialdi avait servi de son bras et de son sang TÀmérique, lors* ^*une partie du nouveau monde avait voulu conquérir son indépendance ; rÀmérique reconnaissante lui ofirit ses bons offices et son or lorsque l'Italie voulut conquérir la sienne. On lui avait fait des propositions à Rome. On les renouvela pendant la retraite. M. Cass, représentant des Ëlats-Unis à Rome, lui offrit de mettre à sa disposition des bâtiments de guerre américains qui louvoyaient dans les eaux de San-Ste£amo. Mais la diplomatie d'Europe, alors liguée tout entière contre cette poignée d'hommes qui tenait en émoi quatre puissant tes armées, éventa les dispositions de l'ambassadeur américain et les communiqua confidentiellement aux généraux autrichiens. Ceux-ci se concertèrent alors pour couper à la colonne républicaine toute commimication avec la Méditerranée. Les uns concentrèrent un gros corps de troupes à Sienne ; d'autres campèrent dans les environs de Monte Pulciano.
Ce n'était pas tout : par un machiavélisme peu commun, les Autrichiens avaient eu l'idée d'opposer dans
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cette retraite des Italiens aux Italiens. Cette tactique avait un double avantage : d'abord de faire croire qu'en prolongeant la lutte, Garibaldi portait la guerre civile dans sa patrie ; ensuite^ de prouver que c'était moins contre Tétranger que contre les Italiens mêmes qu'il se battait. C'était amoindrir d'autant toute la sympathie qui pouvait s'attacher à la cause à laquelle le vaillant partisan avait voué sa vie.
Dans ce but, d'une part^ on souleva contre lui le rebut des populations des campagnes. Des prêtres, des moines se mirent à la tête des bandes armées, servant tantôt d'espion et de guide à l'étranger , tantôt assaillant jus«que sur les sommets de l'Apennin les traînards et les égarés de la colonne républicaine.
D'autre part, les Autrichiens manœuvraient de manière à n'engager le combat qu'avec des troupes toscanes, ce qui mettait Garibaldi dans la nécessité de tourner ses armes contre les Italiens, ses compagnons de la veille, ou de refuser de se battre.
Garibaldi sentit le piège et parvint à l'éviter, par une suite de marches, de contre-marches, de ruses, d'embuscades, d'évolutions, de stratagèmes inouïs, de divivisions de corps lancés dans des directions diverses et concentrées comme par miracle sur un point donné, enfin de chefs-d'œuvre de stratégie qui ont excité l'admiration de tous les hommes de guerre qui en ont étudié les combinaisons.
Mais, sans compter les fatigues et les privations, que de tortures physiques et morales 1 Près de Sienne, un commandant d'un de ses escadrons, envoyé en recon-
naissance, vend aux Autrichiens les chevaux et se sauve par mer en Amérique. A Ghiusi, un de ses détachements tombe en embuscade ^ et ses soldats ont à subir les plus vils traitements. De Montepulciano, par une proclamation remplie de sentiments énergiques et gêné* reux^ il appelle le peuple aux armes, et les libéraux toscans qui^ en le secondant, auraient rendu la position des Autrichiens très-critique, se bornent à sympathiser ouvertement avec lui, sans répondre à 3on appel par une prise d'armes. AArezzo, il marche vers la ville, au milieu de telles marques d'enthousiasme de la part des populations, que les Autrichiens qui le suivaient à la piste n'osèrent Tattaquer, et, arrivé devant la ville, le parti grand-ducal lui en ferma les portes* Partout, au fur et à mesure que le péril avait augmenté, la désertion avait diminué Teffectif des colonnes. Des ofBciers supérieurs des légions, le colonel de la cavalerie, des majors de cohortes, des chefs de centuries avairat déserté. Depuis Rome, la désertion parmi les soldats n'avait fait que s'accroître, et, après l'amère déception d'Arezzo, des six mille hommes, infanterie et cavalerie, composani; les deux légions après la jonction du colonel Forbes, il n'en restait gu^e plus de 1 ,500.
Un moment , cependant, après sa proclamatioii de Montepulciano, il put se bercer d'une bien flatteuse illusion. La sympathie la plus éclataâte accueillait partout le corps expéditionnaire. Les populatiom des bourgades, bannières et magistrats en tète, allaient audevant de lui, aux cris de Vive Garibaldi! VweVIUilie! Chacun semblait lutter d'émulation pour lui fournir des
vivres et des fourrages, du linge et des souliers. Rafraî* chissements de toutes sortes, paroles d encouragement^ offres de repos, lueurs d'espérance, on leur prodiguait tout. Sa présence seule avait suffi pour développer partout le germe d'une incroyable exaltation patriotique ; mais tout se bonm là. On lui offrit tout, or et soins , on lui donna tout, sauf ce dont il avait le plus besoin s des hommes et des bras.
Dans de telles conditions, la désertion diminuant chaque jour le nombre de ses soldats^ et auoun renfort ne venant l'augmenter, la position.de Garibaidi deve* nait de plus en plus critique. Mais, par des che£s-d'œu^ vre de tactique, échappant subitement aux Autrichiens chaque fois qu'ils s'apprêtaient à l'attaquer, Thabile général était parvenu à gagner, sans être entamé^ ks crêtes de l'Apennin et de là à descendre en Roma-^ gnç.
On était alors au 28 juillet ; la retraite durait depuis vingt-six jours : vingt-six jours de fatigues^ de priva-* tionfi, d'alertes, d'alarmes, de luttes.
Les Autrichiens étaient descendus en Romagna moins de quarante heures après les garibaldiens.
P^nni ceux^i, tant de ténacité dans la poursuite de la part de l'ennemi décourag^it les plus braves, tant de désertions de compagnons d'armes démoralisaient les plus intrépides. Ils ne se dissimulaient plus l'affaiblissement manifeste de cette confiance qui les avait soutenus jusqu'alors. S'ils se serraient encore autour du drapeau, ce n'était plus par Tespoir des hautes destinées dMit ite s'étaient bercés pour Tltalie. Attachés à
la fortune de Garibaldi, ils voulaient le suivre jusqu'au bout, par générosité^ pour ne pas abandonner dans le malheur le valeureux capitaine qui les avait guidés dans le succès.
Ces sentiments généreux dominaient parmi les chefs et quelques soldats. Chez le plus grand nombre, éclataient les plaintes et le mécontentement. Par les journaux réactionnaires qui tombaient entre leurs mains, ils se voyaient noircis de mille infâmes calomnies, accusés d'atrocités que pouvait seul inventer le vil esprit de parti. On les traitait de brigands, de pillards. Garibaldi était appelé chef de horde. Pour les flétrir, on avait ajouté de nouveaux mots au vocabulaire admis. Tout cela n'était pas £adt pour les encourager. Aussi nécoutaient^ils plus les conseils, les exhortations de leurs chefs : ils ne se contentaient plus de promesses^ ils demandaient des actes. Aigris par le désespoir, ils poussaient aux résolutions les plus extrêmes f ils demandaient une bataille pour y trouver une mort glorieuse qui pût mettre fin à leurs misères»
Vaine ardeur du désespoir 1 la bataille ne vint pas et la mort vint pour le plus grand nombre. Tant de désastres les affaiblirent à la fois , que la bataille la plus meurtrière n'eût pas fait plus de ravages parmi eux.
A ces divers symptômes, Garibaldi vit sans peine que tout dénotait une dissolution prochaine du corps expéditionnaire. Deux questions surgissaient pour lui : l'une d'ambition, Vautre d'humanité. Par la piimière
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mettant à profit cet élan de désespoir qui poussait ses soldats aux résolutions les plus extrêmes, il pouvait, risquant leur vie à chaque pas, tenter de les conduire à Venise où tendaient alors tous ses vœux ; par l'autre, il pouvait les abriter sur un territoire neutre, où la désertion et la reddition fussent moins désastreuses pour ceux de ces soldats mécontents qui méditaient Tune ou qui pouvaient se voir forcés de subir l'autre.
La question d'humanité remporta : il choisit ce dernier parti.
Après mille péripéties et divers engagements avec Fennemi, il atteignit le territoire de la petite république de Saint-Harin.
Cette marche de trois jours se fit à travers les montagnes les plus escarpées, les sentiers les plus abruptes, qui tantôt finissaient dans les bois, qui tantôt se perdaient en torrents ; les fugitifs n'avaient jamais sur Tennemi plus de deux ou trois heures d'avance. Ils parvinrent à lui échapper, mais tant d'efforts achevèrent d'épuiser les forces de la colonne. Hari*assés de fatigues, mourant de faim, les soldats jetaient leurs armes, s'endormaient sur place sans penser qu'une halte d'une heure pouvait les faire tomber aux mains de l'ennemi. C'était un véritable désespoir.
Enfin, le 31 juillet, parvenu au sommet du mont Titan arec les débris de ses légions, Garibaldi, par Tordre du jour suivant, délia ses soldats du devoir d'obéissance envers lui:
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