CHAPITRE XV
Garibaldi ao service de la ligue. •— Enrôlement de vplopt^ire^« — Visites aux tombes d*Ànnita et d'Ugo Bassin — Le million de fusils. -- La société nch tioncUe réorganisée. — Appel aux Napolitains. — La démission de Garilnldi.
Voilà donc Garibaldi démissionnaire ou tout au moins en congé illimité. Le 13 août, il se rendait incognito à Gènes.
Mais dans cette ville , toute pleine du bruit de son nom et de sa gloire , il est immédiatement reconnu. Une foule immense lui fait cortège et l'accompagne de ses acclamations jusqu'à sa demeure.
Le soir même, il s'embarque pour Livoume, en compagnie du lieutenant-colonel Médici et des majors Nino Bixio et Vincent Malenchîni.
De nombreuses barques pleines de Génois suivent jusqu'en pleine mer le navire qui remporte»
Le lendemain, Livoume , prévenue de son arrivée, assistait tout entière à son débarquement.
Là^ il prend le chemin de fer de Florence^ et, à toutes les stations, les populations racclament.
Il arrive le matin dans Tancienne capitale des Médicis. Les mêmes ovations l'y attendaient, et, au moment où il se rend chez M. Ricasoli, président du conseil des ministres, le major Malenchini est obligé, sur la demande du général^ de prier la foule de lui laisser le passage libre.
L'entretien roule entre Garibaldi et Ricasoli sur l'indépendance acquise par les peuples de l'Italie centrale, et sur les mesures à prendre pour garantir cette indépendance et pour la défendre au besoin.
Le résultat de cet entretien fut connu du peuple le lendemain [15 août).
Trois décrets du gouvernement toscan transformèrent Tarmée toscane en 11* division de l'armée italienne, acceptèrent la démission du général Ulloa, et confièrent à Garibaldi le commandement de cette division.
Une nouvelle carrière s'ouvre devant notre illustre aventurier, et le voilà transformé tout d'un coup en organisateur régulier de la défense d'un pays.
Ce qu'il fallait faire, avant tout, c'était rassurer les populations, les raffermir dans les idées d'indépendance, pousser à l'armement de tous les citoyens, pour qu'ils fussent en état de répondre efficacement à toute attaque, de quelque côté qu'elle vint.
Dans ce but^ le lendemain même du jour où un décret lui confère le commandement, il entreprend une tournée.
Puis, d'autres causes, saintes comme toutes celles
SUR GARÏBALDÎ. Ait
cpi'îl embrasse, rengagent à ce voyage. C*est clans ces régions que nous Tavons suivi, errant et désolé, après la retraite de Rome. 11 se souvient qu*il a là quelques dettes de reconnaissance à payer, quelques souvenirs pieux à évoquer. C*est donc à la fois le général et l'homme de cœur qjije nous allons suivre dans son excursion à travers ritalie centrale.
Le 17 août, il arrive à Modène, où il est reçu avec le même enthousiasme par les populations. En saluant le héros de Côme et de Varèse, les Modenais saluent aussi le général en chef de Tarmée de Toscane, à laquelle un décret du gouvernement de Modène confie encore le commandement des troupes modenaises.
De cette ville, il se rend à Bologne. Là, sa première visite est à la tombe du père Ugo Bassi, le sublime apôtre de la foi chrétienne et de la foi italienne, lâchement fusillé en 1849. Du cimetière il se rend à la Montagnola, où en 1848 les Bolonais ont battu les Autrichiens.
La population entière de la noble cité raccompagne dans son pieux pèlerinage et dans sa patriotique visite. Elle se montre recueillie et silencieuse au champ du repos, enthousiaste et bruyante sur le champ du triomphe.
De Bologne il se rend à Parme , en compagnie de MM. Frapoli et Brofferio.
A son arrivée dans cette ville, l'enthousiasme est plus grand peut-être que partout ailleurs. La garde nationale détèle les chevaux de sa voiture et le traîne, ivre de jc^e, jusqu'au patlais du gouvernement.
Là, il adresse à la foule quelques paroles brèves et
bien senties, lui répétant que, pour assurer la liberté da pays, il faut que tous les citoyens s'arment et aient une foi entière en Yictor-Emmanuei.
L'assistance répond unanimement à cette proposition par des cris d'enthousiasme, protestant qu'au besoin elle saura défendre seule son indépendance si Fpn ose la menacer.
Le 26 août, le gouvernement de la Toscane publie un décret par lequel il fait un appel à ceux de ses volontaires qui sont de retour dans leurs foyers, après avoir servi sous lès ordres du général dans la haute Italie. Ce décret leur rappelle que, dans leur serment de fidélité à Victor-Emmanuel, ils se sont engagés à ne déposer les armes que lorsque la liberté de l'Italie serait assurée.
Il en résulta Tenrôlement à nouveau des andens soldats de Garibaldi sous les drapeaux de la ligue des quatre Ëtats de Tltalie centrale.
Le jour où il fut promulgué, la municipalité de Florence donnait à une de ses rues le nom de rimmortel général.
Le brave Ulloa, qui commandait avant lui Tarmée toscane^ fut, depuis sa démission, Tobjet des calomnies des partis rétrogrades. Des journaux môme Tattaquèrent sans pitié, poussés par un zèle trop ardent pour notre héros, prétendant qu'il n'avait trouvé qu'une année mal organisée, sans discipline , sans entrain , sans courage, et qu'il aurait bien de la peine à racheter les fSeiutes de son prédécesseur.
La situation devint intolérable pour l'illustre défen-^ seur de Venise. Connaissant trop le cœur de Garibaldi,
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la noblesse de ses sentiments et son amour de la vérité, pour le supposer capable d'aussi lâches calomnies, il prit le parti de s'adresser à lui pour faire cesser toutes ces odieuses insinuations.
Il s'en ouvrit à Malenchini, que l'illustre condottiere honorait de sa confiance* Malenchini en parla à Garibaldî' qui lui adressa sur-le-champ la lettre suivante, pour être publiée en réponse aux attaques qu'on ne cessait de diriger contre Ulloa :
a Mon cher Malenchini,
tt Plusieurs journaux ont prétendu que les forces K toscanes, commandées par le général Ulloa, avaient « été démoralisées, découragées et désorganisées par ce « général. Appelée à les commander, je dois déclai'er n sur mon honneur et ma conscience^ pour rendre hom- « mage à la vérité , que de pareilles assertions sont <K complètement fausses, et que j'ai trouvé ces troupes a en très-bon état. Les plaintes qui ont été formulées par <t les ofSciers et les soldats sont unanimes. Ces braves ne « regrettent qu'une chose, c est de n'avoir pu combattre a contre les ennemis de l'Italie, parce qu'on les avait ce appelés à faire partie du cinquième corps de l'armée « française, qui n'a point eu l'honneur, à son grand re- « gret, de partager la gloire acquise sur les champs de « bataille.
« Je dois ajouter qu'en raison de l'esprit de corps, « de la discipline et de l'aspect martial de ces troupes, a je n'hésite pas à déclarer qu'elles étaient dignes de
a combattre côte à côte avec les héros de San^-Martino, « de Solferîno et de Magenta. ^
De Parme, Garibaldi se rendit à Modène , ou Q avait établi le siège de son commandement. C'est dans cette ville que la municipalité de Côme lui adressa un message» lui annonçant qu'elle était dans l'intention d'ériger un monument commémoralif des exploits des chasseurs des Alpes dans le nord de Tltalie.
En réponse à cette ouverture, Garibaldi lui adressa la lettre suivante :
Hodène, 13 septembre 1859.