LES FILS DES DÉLIVRÉS DE MARENGO
Le soir, la ville fut illuminée à giorno. La vue était
féerique. Le port^ la darse, les mâts des navires^ les quais, les collines^ la mer, les palais partout étincelaient des feux aux mille couleurs. Ou eût dit un immense incendie.
Au théâtre Carlo FeUce^ où parut le soir l'empereur, partout, des six rangs de loges où étincelaient de belles femmes couvertes d*or, de soie et de diamants, un ton* nerre d'applaudissements salua Farrivée du chef de l'armée libératrice : un enthousiasme indescriptible accueillit une cantate de circonstance dont voici la traduction libre :
< Monarque généreux, vaillant champion de Dieu, te voilà en* fin parmi nous!
€ Tu as relevé la France, tu vas relever l'Italie.
< C'est par toi que le droit des peuples sera reconnu ; c'est toi qui déchireras le pacte injuste qui voudrait partager Thumanité en deux camps :
< Les oppresseurs et les victimes. C'est toi qui feras reparaître la liberté, ce nouveau soleil de l'Italie!
c L'aigle impériale, l'aigle de France plane déjà sur ce pays, qui a été le berceau du génie et qui a dicté la loi au monde. La France et l'Italie fraternisent déjà dans un même désir.
c Nos mains se serrent, elles tirent ensemble le glaive pour accomplir ton noble dessein, pour régénérer l'Italie et assurer ainsi la paix du monde!
c Les opprimés voient renaître l'espérance ; le coeur des mères se réjouit à l'avance: il ne tremblera plus pour le sort de ses enfants! L'oppresseur s'en aperçoit, il frémit, il recule!
€ n recule en voyant les deux champions s'avancer l'épée à la main, pour affranchir ce beau pays. Les deux aigles, l'aigle française et l'aigle de Savoie, dirigent leur vol vers les villes flétries par l'oppression.
c Le drapeau autrichien n*excite plus Tindignation et la colère ; il ne sera plus l'emblème de la douleur. Arraché et roulant dans la poussière, il tombera aux pieds du roi italien» aux pieds du monarque français. »
de rannée fWmeeniArde ûmmm I» Iilsorie. — Ortfre du Jour de If epoléoa ai à rermée.
Après les fêtes, la guerre. Gênes n'était pas destinée à être une Capoue pour l'armée libératrice. Les colonnes françaises arrivaient en masse de France et d'Algérie : il fallait les organiser, et ce fut sous les brillants auspices de ces ovations triomphales que Ton procéda à cette opération, l'une des plus importantes de la guerre.
La vapeur, qui a évidemment transformé l'art de la guerre^ avait facilité cette organisation. En vingt jours^ 150,000 hommes avec leurs chevaux, matériel, magasins, ambulances, partis de tous les points de la France, se trouvèrent prêts à entrer en ligne de Gênes à Suze, de la Scrivia aux Alpes, quelques corps à plus de 300 lieues de leur point de départ. Les généraux avaient pris leurs positions; les troupes s'étaient dirigées de toutes parts vers les points assignés. Tous les bataillons, disséminés dans les premiers jours de leur arrivée, obéissaient à l'impulsion du commandement en chef, et de Gênes à Turin, un signe de l'empereur pouvait faire mouvoir des divisons et des corps d'armée.
Le 12 mai, en prenant le commandement de cette armée de l'indépendance, Tempereur, par Tordre du
jour suivant, lui traça son itinéraire calqué sur les étapes victorieuses des phalanges républicaines de 1796 etdei