TITI LE PARISIEN
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Plus de six cents restèrent prisonniers; mille environ se noyèrent en cherchant à repasser la rivière ; beaucoup d'autres furent tués sur place.
L'ennemi se mit sur tous les points en retraite et fut poursuivi jusqu'au village de Robbia.
Dans ce combat les zouaves avaient justifié le titre de cavalerie à pied que Ton donne aux troupes d'Afrique^ ex» pression pittoresque qui peint admirablement l'activité, l'élan, la fougue de ces soldats, lorsque, lancés à l'assaut des rochers derrière lesquels se retranchent les Arabes, ils grimpent jusqu'au sommet, et font, au moment de la redoute, l'office des escadrons lancés à la poursuite des fuyards.
Le glorieux fait d'armes de Palestre fut mis à l'ordre dujour de Tannée.
Une grande victoire, qui suivit presque immédiatement ce brillant combat, ouvrit à Tannée alliée la route de Milan.
Le 4 juin avait été fixé par Tempereur pour la prise de possession du sol lombard au delà du Tessin.
Dès la veille le corps d'armée du général Mac-Mahon; suivi par une division de Tarmée sarde, avait passé le Tessin vers Turbigo. Les turcosy régiment do tirailleurs
algériens, généralement composé d'Arabes, faisaient partie de ce corps.
A peine ces troupes avaient-elles pris position sur la rive lombarde, qu'elles y furent attaquées par un corps autrichien venu de Milan. Les turcos, qui n'avaient pas encore donné depuis le commencement de la campagne et dont le succès des zouaves à Palestre avait troublé le sommeil, donnèrent à Turbigo un beau pendant à ce brillant fait d'armes.
Après une canonnade d'une heqre environ, le général Maç-Mahon les lança contre les masses autrichiennes. Ils avaient, en partant de Gnées, fait le serment de ne pas brûler une cartouche et de n'aborder l'ennemi qu'a la baïonnette. Ils tinreqt parole. L'ennemi avait yine batterie de seize pièces de canon qui foudroyait Iqs rangs français. Au signal du clairon, s'éparpillant dans toutes les directions, se couchant à plat ventre ou s'avançant par bonds gigantesques, les turcos lancés contre ces pièces ressemblaient plutôt à des tigres qu'à des hommes. Chaque fois qu'ils se soulevaient pour bondir en avant, il poussaient un cri aigu qui dominait la voix de l'artillerie. C'était un spectacle aussi extraordinaire qu'effrayant.
A peine étaient-ils à moitié du trajet qu'ils avaient à parcourir qu'une des deux batteries, voyant s'avancer sous la pluie de la mitraille, ces grands diables tout noirs, détale au grqnd galop. Furieux devoir ime partie de leur proie leur échapper, les turcos tombent comme la foudre sur les canons restés en ligne, clouent les çanonniers sur leurs pièces, massacrent à la baïonnette
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les Compagnies ennemies de soutien et rejoignent le corps du général Mac-Mahon avec sept canons pris au pas de course.
pur iM ÊMtwUikMm.
Le lendemain, 4 juin, tout était disposé par Tannée franco-sarde pour s'assurer la rive gauche du Tessiti. Le corps d'armée du général Mac-Mahon, renforcé de Id division des voltigeurs de la garde impériale et de toiilë Tannée du roi de Sardaigne, devait se portet* de Turbigo sur Boffalora et Magenta^ tandis que la division des grenadiers de la garde impériale s'emparerait de la tête du pont de Boffalora sur la rive gauche et que le corps d'armée du maréchal Ganrobert s'avancerait sur la rive droite pour passer leTessin au même point.
Quelques-uns de ces accidents avec lesquels il faut compter à la guerre entravèrent l'exécution de ce plan d'opérations et faillirent changer en revers la brillante victoire qui allait inaugurer cette journée.
En effet, T^oapeteur, aVec la division de la garde, s'était porté de sa personne vers la tête du pont de Boffalora. Ignorant les retards éprouvés par les divers corps d'artnée pour entrer en ligne, ayant entendu veis deux heures une fusillade et une canonnade très-vives du cêté de Boffalora, où devait arriver le corps du général Mac^Mahon, crut naturellement que ce général
arrivait et que c'était le moment de le soutenir en marchant sur Magenta. Il lança les brigades Wimpfen et Cler des divisions des grenadiers de la garde contre des positions formidables qu'occupaient les Autrichiens sur ces hauteurs qui bordent le Naviglio^ande, et où ils s'étaient formidablement retranchés au nombre de cinquante mille hommes. Leurs grand'gardes et leurs avant postes étaient placés de manière à dissimuler leurs forces répandues dans les haies, derrière les bouquets d'arbres et dans les blés. Les grenadiers ne trouvèrent d'abord qu'une faible résistance; mais à peine eurent-ils franchi le Naviglio-Grande que l'ennemi, démasquant ses batteries, fit pleuvoir une grêle de mitraille. En outre^ les Autrichiens^ disséminés aux environs et protégés parles haies, tiraient sur les Français presque à bout portant.
Au lieu de battre en retraite^ ces braves grenadiers marchèrent droit à l'assaut de la position. Repoussés une première fois, ils revinrent à la charge et fiirent ramenés jusqu'à quatre fois par leurs généraux sous le feu de cinquante canons. Après trois heures de lutte héroi*' que, ces positions restèrent en leur pouvoir; mais, engagés devant des masses considérables, ils se trouvèrent exposés à soutenir à eux seuls tout l'effort de l'ennemi.
Cette position était des plus critiques. Voici ce qui l'avait amenée.
Lorsque les Autrichiens avaient appris le 3 juin que Tannée française avait surpris le passage du Tessin à Turbigo, ils avaient fait rapidement repasser, à Yigevano, ce fleuve par trois de leurs corps d'armée, et lé 4 au
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matin, ils s'étaient trouvés devant l'empereur au nombre de 125,000 hommes.
C'est contre ces forces si disproportionnées que }a division de grenadiers de la garde avait seule à lutter.
Vainement les généraux français firent preuve de la plus grande énergie. Le général Clerc tomba mortellement frappé. Le général Wimpfon fut blessé à la tête. Le général de division Mellinet eut deux chevaux tués sous lui. Les commandants Desmé et Maudhui des grenadiers de la garde furent tués. Les zouaves, les grenadiers subirent des pertes considérables. Cette poignée de braves engagés contre toute une armée, soutenant sans reculer les attaques de Tennemi y allait être forcée de céder au nombre, lorsqu'après quatre heures de terrible anxiété, arrivèrent successivement en ligne des divisions du maréchal Canrobert, du général Niel et du général Mac-Mahon.
Dès ce moment, Tarmée française reprit l'offensive, et pendant qu'une attaque générale avait lieu sur toute la ligne àBoffalora, à Cascino-Nova, à Magenta, le général Auger, commandant l'artillerie du 2* corps, fit mettre en batterie 40 bouches à feu qui, prenant en flanc et d'écharpe les Autrichiens défilant en grand désordre, en firent un carnage affreux.
AMagenta, qui devait donner son nom à la bataille, le combat fut terrible. L'ennemi défendit ce village avec acharnement. On sentait, de part et d'autre, que c'était la clef de la position. Les Français s'en emparèrent maison par maison, en faisant subir aux Autrichiens des pertes énormes.
46 MÉMOlAEâ AtlTIIENTtQUES
Ehfib, Tërs huit heures et demie du soir, larmée française resta maîtresse du champ de bataille, et Fcn* Dei&i se Mtiràit lais^àht entre ses mains 4 canons, 2 drapeaux, ï,000 priboiiiiiet's, 20,000 morts ou blesses sur le chainp de bataille, 12,000 fusils et 30,000 sacs.
Âihsi, cih(| Jours après le départ d'Alexandrie, Tarmée alliée avait livré trois combats, gagné une bataille, débarrassé le Piémoiit àeé Autrichiens et ouvert les portes de Milah. Dejpuis le combat de Montebello, Tannée autrichieniie avait perdu 25,000 homiiies tués ou blessés, 10,000 prisonnier^ et H canons. tJn mois auparavant, à leur pas^ge du tessin, les Autrichiens se flattaient d'être à Turin avant l'arrivée des Français, et c'étaient les Français (}ui allaient être à Milan. tJn mois avait suffi à ces derhierspour organiser une armée de 200,000 hommes en £ace de l'ennemi, tenir en échec cet ennemi depuis longtemps t)répa]'é à la guerre, massé sur des ligtiës qu'il s'était iôhoistës, sui^ des positions longtemps étudiées, et le battre en toute rencontre, à Montebello, & Paledtto, ft Tutbigo et à Magenta.
Le Vaste lâbyritithe dés tiîières, les nombreux cours d*èâti^ le hôtttbrë de rentiemi, la force de ses positions, les marches, les veilles, ils avaient s(i tout souffrir, ils avaient sU tout Vainctë. L'oppression de TAutriche semblait téiidier îi lioti teime. Les enfants de la France étaient toujours les soldats dés grandes luttes.
SUB GfAm^ÀLDI. «7
AdrMM de I» nanielpaliAé de MilMi à I
Un Te Deum polennel, chanté k Paris et à Turin, re* merciade ces premiers succès le Dieu des causes saintes, le Dieu de Tindépendance et de la liberté des peuples.
Le résultat de cette victoire fut d'ouvrir aux alliés les portes de Milan. Les Autrichiens l'avaient évacué le 6 juin, laissant dans la citadelle une énorme quantité ile munitions, de provisions et les caisses de l'armée. Le même jour, la municipalité de Milan se présenta au quartier général de Tarmée alliée, et remit au t<A de Piémont, en présence de rempereur» l'adresse suîvaiite;
f Sire,
c La piunicipalité de Vilan e^t fière 4'user aujourd'hui d*un de ses plus précieux privilèges ep se rçnctant Vin^erprète des vœux de ses concitoyens dans le^ graves circonstances où nous sommes.
€ Elle veut renouveler visr4f-vis de vous le pacte de 1848, et proclamer de nouveau, à la face de la nation, ce gr^ad fait que onze années écoulées ont mûri (ianf( )es iptelligepces et dans les cœurs :
c L'annexion de la Loqibardie au Piémont, q^iii a été proclamée ce matin au moment où Tartillerie ennemie pouvait encore foudroyer la ville, et tandis que ses bataillons défilaient sm nos places.
c L'annexion est le premier pas fait dans la voie d'un nouveap droit p(d>lic qui laisse les peuples arbitres 4e leurs ^si^nées.
g Vbérqïque armé§ Sfirde et celle de son ?iu^(e ^(Ué, qi)i
veut ritalie libre jusqu'à l'Adriatique, achèveront bientôt leur magnanime entreprise.
« Daignez, Sire, agréer l'hommage que Milan vous adresse par notre organe. Croyez que tous nos cœurs sont à vous^ notre cri est : Vive le roi ! vive le statut de l'Italie ! »
La Lombardie avait changé de maître.
ftalrée me lV»p«lé«n m et de TieCor-Enaumuel A Hlllaa. diamp do bataille de Masenta.
L'entrée des deux souverains à Milan fut triomphale^ elle eut lieu le 8 juin. L'Italie parut y respirer à pleins poumons Tair vivifiant de la liberté. Depuis le matin jusqu'à minuit ce ne furent que pluie de fleurs sur la tête des soldats^ que processions aux flambeaux aux cris de Viva l'Italia! Viva la Franda ! mille fois répétés avec Fenthousiasme le plus frénétique.
Le CarsOf où devait défiler le cortège, avait pris un air tout spécial de fête. Chaque maison était pavoisée de drapeaux tricolores italiens et français. Les fenêtres étaient enguirlandées, les balcons recouverts d'étoffes en soie ou en velours brodé d'or. Dans le Corso et les rues adjacentes stationnaient une foule compacte, hommes et femmes, avec la cocarde aux couleurs italiennes.
Dès sept heures du matin, toutes les cloches de la ville se mettent en branle, les tambours battent aux
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champs, les clairons jettent à l'air leurs notes perçantes. C'est le cortège qui commence à défiler. Les cent-gardes l'ouvrent ; puis viennent l'empereur et le roi : le roi au milieu de la rue, l'empereur victorieux à sa droite, comme pour prouver à l'Europe qu'il n'avait pas entrepris une guerre de conquête.
Dès ce moment, de tous les balcons, de toutes les fenêtres, des femmes aux brillantes parures, leurs cheveux tordus comme des serpents, portant crânement la cocarde à leur coiffure, ouïe ruban tricolore en sautoir, ag^ntleurs mouchoirs, lancent d'énormes bouquets, des couronnes delauriers, desroseseffeuillées, qui, en quelques instants, font aux deux souverains une litière de lauriers, de roses et de fleurs. Puis viennent les troupes piémontaises elles troupes françaises, infanterie, cavalerie, artillerie. Chaque soldat porte un bouquet au bout de son fusil. Chaque bouche de canon est enguirlandée de lauriers. La pluie de fleurs, de roses, de laurier, de bouquets, de couronnes recommence de plus belle. Milan avait dépouillé tous ses parterres, dévasté tous ses jardins pour fêter ses libérateurs. Les vivat, les bravo, les cris, les trépignements, les éclats de voix, les gestes, la fougue, l'entrain de toute cette foule heureuse de ne plus entendre le Wer geht da des sentinelles autrichiennes est indescriptible. Ce n'était pas de lenthousiasme, c'était du délire.
Etrange contraste de la vie ! Terrible spectacle des folies humaines ! A Milan était le beau côté de la guerre, Fovation, le triomphe, le délire de la joie. A quelques lieues de là, sur le champ de bataille de Boffalora et
de Magenta, était le revers de la médaille. Des qiqiiceaux de cadavres couchés sur le sol, sanglants et défigurés ; d'autres entassés dans la poussière ; de longs convois de blessés ; des chevaux morts ou agonisants ; des gémissements, des rages, des cris d agonie et de douleur ; çà et là des larmes furtives qu'arrachait le souvenir d'une mère ou d'une amie; partout des armures brisées et des flaques de sang : tout cela au milieux d'une nature riche et verdoyante qui conviait à la vie, qui in-vitait à la Joie, et, dans un massif de peupliers ébranchés par le canon de la veille, un rosâgnol qui chantait gatment ses amours.
VroclanuUioii de napoléon lO aux ItolieiM.
Le jour même de cette entrée triomphale à Milan, l'empereur adressait aux soldats de Tannée dltalie Tordre du jour suivant, qui résumait les succès obtenus:
« Soldats!
c II 7 a un mois, confiant dans les efforts de la diplomatie, j'espérais encore la paix, lorsque tout à coup l'invasion du Piémont par les troupes autrichiennes nous appela aux armes. Nous n'étions pas prêts. Les hommes, les chevaux, le matériel, les approvisionnements manquaient, et nous devions, pour secourir nos alliés, déboucher à la hâte, par petites fractions, au delà des Alpes, devant un ennemi redoutable et préparé de longue main«
« Le danger était grand; Ténergîe de la nation et votre courage ont suppléé à tout. La France a retrouvé ses anciennes ver-
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tus, et, unie dans un même but comme en un seul sentiinent, elle a mohtrè là puissance de ses ressources et la force de son' patriotisme. Voici dix jours que les opérations ont commencé et déjà le territoire piémontais est débarrassé de ses eUvahis-^ seurs.
€ L'armée alliée a livré quatorze combats heureux et remporté une victoire décisive qui lui ont ouvert les portes de la capitale aé la Lombardiè; vous avez mis hors de tombât plus de 35,0W Autridiîeiis, pris 17 canons, 2 drapeaux, 8,000 prisonniers; mais fout n'est pas terminé, tlôus auirons encore des luttes à soutenir, des obstacles à vaincre.
€ Je conipte siir vous ; courage donc, braves soldats de l'armée d'Italie! Du haut du ciel vos pères vous contemplent avec
orgueil l
c Napoléon. »
En mêQie temps il adi^saît aux Italiens cette proclamation qui définissait à la fois, de la manière la plus heureuse, la portée de cette guerre et son but ;
c Italiens,
€ La fortune de la guerre nous conduisant aujourd'hui dans la capitale de la Lombardiè, je viens vous dire pourquoi j'y suis.
€ Lorsque l'Autriche attaqua injustement le Piémont, je résolus de soutenir mon allié le roi de Sardaigne : Thonneur et les intérêts de la France m'en faisant un devoir. Vos ennemis, qui sont les miens, ont tenté de. diminuer la sympathie universelle qu'il y avait en Europe pour votre cause, en faisant croire que je né faisais la guerre que par ambition personnelle ou pour agrandir lè territoire de la Fraïice.
« SU y a des hommes qui ne comprennent par leur époque, je ne suis pas du nombre. Dans l'état éclairé de l'opinion publique, on est plus grand aujourd'hui par l'influence morale qu'on exerce que par des conquêtes stériles, et, cette influence morale je la recherche avec orgueil en contribuant à rendre libre une
des plus belles parties de l'Europe. Votre accueil m'a déjà prouvé que vous m'avez compris.. Je ne viens pas ici avec un système préconçu pour déposséder les souverains ni pour imposer ma volonté ; mon armée ne s'occupera que de deux choses : combattre vos ennemis et maintenir Tordre intérieur; elle ne mettra aucun obstacle à la libre manifestation de vos vœux légitimes.
f La Providence favorise quelquefois les peuples comme les individus en leur donnant l'occasion de grandir tout à coup ; mais c'est à la condition qu'ils sachent en profiter. Profitez donc de la fortune qui s'offre à vous ! Votre désir d'indépendance, si longtemps exprimé, si souvent déçu, se réalisera si vous vous en montrez dignes. Unisses&-vous donc dans un seul but, l'affranchissement de votre pays. Organisez-vous militairement. Volez sous les drapeaux du roi Victor-Eomianuel qui vous a déjà si noblement montré la voie de l'honneur. Souvenez-vous que sans discipline il n'y a pas d'armée et, animés du feu sacré de la patrie, ne soyez aujourd'hui que soldats; demain, vous serez citoyens libres d'un grand pays.
f Fait aa quartier imp^al de NOUn, 8 juia 1880.
C NAPOLJkON. »
C«iiil^ai de Marisnaiii — EraevaéleB de PATte^ mai^ABeef FIsmW Khe«oae, par le« AnirleUeBS. — Reéniiie de« AntrîeUeMi eiir le Miàefe.
Les Italiens étaient sous Tenthousiasme de cette proclamation qui Idur promettait une patrie* lorsqu'on entendit retentir le canon à quelques lieues de Milan.
Voici ce que c'était.
Le jour même de rentrée des deux souverains dans la capitale de la Lombardie, Tempereur avait ordonné
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au maréchal Baragaay-d'Hilliers d'occuper la position de Malegnano (Marignan), d'où il menaçait à la fois deux lignes de retraite de l'ennemi. Mais les Autrichiens, ayant compris toute l'importance de cette position pour couvrir leur retraite, avaient prdité des restes de fortication que présentait cette ville et s y étaient solidement retranchés au nombre de 25 à 30 mille.
n fallut les déloger. Le maréchal français les fit immédiatement attaquer de front par les divisions Bazaine et Ladmirault, pendant que la division Forey devait les tourner. Le général Ladmirault, qui commandait la gauche, s'empara du château et tomba sur le village où s'étaient repliés les Autrichiens en se barricadant dans les maisons . Là s'engagea une lutte meurtrière , corps à corps, qui dura plus d'une heure et à la suite de laquelle les Autrichiens, successivement chassés de toutes leurs positions, perdirent deux mille hommes tués ou blessés et laissèrent aux mains des Français douze cents prisonniers.
C'est sur ce môme champ de bataille que le 13-14 septembre 1515, François I" remporta sur les Suisses la victoire de Marignan, qui lui assura la conquête du duché de Milan.
Après ces défaites réitérées, les Autrichiens repassèrent TAdda, brûlant tous les ponts derrière eux, et abandonnant successivement Pavie, Plaisance, Lodi, Pizzighetone, et, sur d'autres points, Brescia, Bergame, Reggio, Modène, Bologne et jusqu'à Ancône, qui appartenait au pape et que l'Autriche occupait militairement depuis dix ans.
Si MÉMOIRES AUTHENTIQUES
nodètte, BoUCBO) 1» Romagne me proB«noeM« ponr la «awie de riiidépeiid*a«e.
A ce moment se révéla un fait tout nouveau et réellement extraordinaire. Toutes ces viDes îtalîentes et d'autres, une fois délivrées des Autrichiens, se levaieht immédiatement pour la guerre de l'indépendance et proclamaient la dictature de Victor-Emmanuel, attendant ensuite les ordres du chef qu'elles s'étaient donné. Elles n'avaient pas chassé leiu*s maîtres : c'étaient ces maîtres eux-mêmes qui, abandonnés par leurs auxiliaires d'Autriche, effrayés du monstrueux désaccord existant entre leurs sujets et eux, avaient quitté leurs Etats, laissant leurs pleins pouvoirs à des juntes, des municipalités^ des gouvernements provisoires. Ceux-ci, ne pouvant se maintenir après le départ des souverains, cédaient^ à leur tour, leurs pouvoirs à d'autres juntes, d'autres municipalités, d'autres gouvernements provisoires, choisis parmi des hommes appartenant à ropinion nationale et patriotique. Les drapeaux aux couleurs nationales flottaient immédiatement à toutes les fenêtres, et sur les débris du gouvernement du souverain qui avait déserté son poste et du gouvernement qu'il avait délégué^ surgissait dans le même jour, sans lutte, sans effusion de sang, mais comme par un consentement unanime, un troisième gouvernement qui proclamait la dictature de Victor-Emmanuel, et au milieu des fêtes et de l'enthousiasme des populations, se préparait à la guerre de l'indépendance.
C'était là un spectacle sans précédents dans Thistoire et qui seul pouvait servir à donner la mesure de la haine qu'inspirait l'oppression autrichienne et de la vivacité des élans de nationalité de Tltalie entière. En somme, quelque divergence d'opinion qu'il y eût quant à la puissance quidevaitgouvemerritaliedepuislesÂlpesjusqu'au détroit de Messine, il existait une merveilleuse unanimité pour savoir quelle était celle qui ne gouvernerait pas.
ETénemeiiUi de Péroiue.
Une seule tache de sang vint assombrir ce consolant tîibleau, et la chrétienté vit avec un sentiment douloureux que cfitte tache était l'œuvre du pontife d'un Dieu de miséricorde et de paix.
Parmi les viDes des États romains, Pérouse s'était ralliée des premières à la cause de l'indépendance. Le gouvernement romain envoya contre elle un corps de rettres, allemands ou autrichiens, à sa solde sous le nom de suisses, et cette horde furibonde étouffa dans le sang les sentiments généreux des patriotes de Pérouse.
 cet égorgement succéda dans la ville un gouvernement militaire, calqué sur les institutions paternelles que l'Autriche infligeait aux malheureuses populations rivées à son joug de fer.
Qu'on en juge.
< Gouvernement militaire.
f Dans les vingt-quatre heures, on devra déposer chez le commandant inilitaîre toutes les armes blanches ou à feu et les munitionsde toute espèce.
« Est interdit l'usage de toute distinction militaire.
« Est interdit également toute marque ou manifestation séditieuse.
« Les contrevenants seront punis selon la rigueur des lois militaires..
f La remise des armes et munitions aura Heu dans la salle dite des notaires.
c Péreuse, 21 juin 1859,
« Le colonel commandant,
c Comm. Antoine Scbmid. »
Le gouvernement pontifical aurait pu, on l'avouera, trouver un plus noble exemple à imiter dans cette Italie qui, levée tout entière pour Tindépendance, prononçait, sur la tombe des volontaires qui mouraient pour cette sainte cause, des paroles comme celles de Jbseph Montanelli à la mort prématurée d'un chasseur des Apennins :
« Ne pleurez pas. Les jours ne sont point faits pour les pleurs.
< La tombe d'un soldat de Findépendance est Tautel sur lequel on renouvelle le serment des résolutions héroïques.
« Des combats de géants restent à livrer pour que l'Italie soit la libre patrie des Italiens.
c Les guerriers qui s'en vont augmentent les devoirs des guerriers qui survivent.
« Ne regardez pas ce cercueil : le jeune guerrier n'est pas là.
€ 11 revit (dans le del des braves, les étincelles de son âme enflammeront d'autres âmes qui viendront allumer leur enthousiasme à ce flambeau... »
C'est par de telles oraisons funèbres dont le ton chevaleresque rappelle le chant du barde d'Erin que Tltalie se préparait à être libre.
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Covni de0 opératioiM militaires.— Balletin aatriehieii.
Après avoir abandonné la ligne de FAdda, l'armée autrichienne sembla vouloir disputer celle de la Cliièse et se retrancha fortement à Lonato, Castiglione et Monte- Ghiaro; mais elle abandonna peu après ces fortes position et se retira derrière le Mincio.
Un fait curieux, qui prouve le sans-façon du gouvernement autrichien à l'égard des peuples qu'il gouverne, c'est qu'au moment où, après des défaites successives, ayant perdu la Lombardie entière et tous les petits États, Modène, Parme, les Légations, sur lesquels elle avait étendu son joug; au moment où, devant Tarmée franco-sarde victorieuse, elle opérait sa retraite derrière l'Adda, la Chièse, le Mincio, elle faisait placarder à Trieste le bulletin suivant et provoquait une immense illumination :
Bollettino officiale. Dispaccio tekgrafico.
Vérone, 8 giugno 1859, di sera arrivato in Trieste nella notte medesima.
Dopo una pugna sanguinosa restammo vincitori pressa Ma-' genta.
leri, 7 giugno, non eravi piû un Franceae sopra H suolo lombardo.
< Trieste, 9 gktgno 1859^ Upographia del govemo.
« Bulletin officiel.
f Vérone, 8 juin 1889,
c Dépêche télégraphique arrivée dans la nuit même à Trieste.
« Après un combat sanglant, nous sommes restés vainqueurs près de Magenta.
« Hier, 7 juin, il n'y avait plus un Français sur le sollombard.
f Trieste, 9 Juin 1859, typographie da gouvernement, i
xxiy
JLe temenx «nadril^lère. — IlAtaille de Solférine. «-PMMttftedn
Enfin, le 24 juin, Tannée française avait repassé le Mincie et se trouvait au centre du fameux quadrilatère, l'une des dispositions strat^ques les plus fortes de TEurope et qui assure à son possesseur la domination de l'Italie septentrionale et centrale.
Un mot sur cette position.
On a donné le nom de quadrilatère au territoire compris entre le Mincie, TAdige, le lac de Garda, le bas Pô depuis Mantoue jusqu'à PoUesiUa, aux quatre angles duquel se dressent les quatre places fortes de Mantoue, Peschiera, Vérone et Legnano, le tout ayant, du côté de Milan, pour front défensif, le Mincio qui s'étend de Peschiera à Mantoue, sur une étendue de six lieues à vol d'oiseau.
C'était là que s'étaient réfugiés les Autrichiens comme en une forteresse inexpugnable.
C'était là probablement qu'allait se décider le destin de ritalie et, avec lui, l'une des grandes questions des temps modernes, celle de savoir si les vieux principes d'oppresçion et de partage des peuples allaient Tem*
LE^IfTBï
GlULAY.
SUR GÀRIBÂLDI. 59
porter sur les libertés publiqus et sur les droits des nations.
Le feld-maréchal Giulay, dont chaque jour avait été marqué par un revers depuis qu'il avait eu devant lui des ennemis armés, avait été renvoyé à Vienne, etTempereur François-Joseph avait, par un ordre du jour, annoncé à ses troupes qu'il prenait le oommandement en chef de Tarmée autrichienne.
On était alors au 18 juin.
Six jours après, le 24 juin, avait eu lieu une de ces grandes batailles qui, si elles ne terminent pas la guerre, permettent au moins d'en pressentir la solution»
Après la bataille de Magenta et le combat de Mari-* gnan, Tennemi avait précipité sa retraite sur le Mindo, en abandonnant, Tune après l'autre, les lignes de TÂdda, de rOglio et de la Chièse* H paraissait vouloir concentrer toute sa résistance dsqas le quadrilatère et il était important pour Tannée alliée d'occuper le plus tôt possible les points principaux des hauteurs qui s^étendent de Lonato jusqu'à Volta et qui forment^ au sud du lac de Garde, une agglomération de mamelons escarpée.
Mais, en se retirant précipitamment derrière leMincio, Farmée autrichienne avait voulu se ménager un retour offensif. Cette retraite, si décidée en apparence, derrière la ligne qui forme le front de défense du quadrilatère du côté du Milanais, nuasquait un plan très-hardi, fort heureusement conçu et reposant sur une hypothèse assez probable. On s'était dit : En laissant un vaste champ à la rapidité des mouvements de Tannée franco-sarde, on hii inspirera une confiance
aventureuse. La fougue française poussera les co'tonnes en avant et, par une attaque soudaine, il nous sera aisé de couper, d'isoler et d'envelopper ces colonnes forcément éloignées les unes des autres par Tordre de marche.
La prudence de l'empereur Napoléon déjoua ce plan. L'armée alliée s'avança précipitamment en effet dans le vaste champ ouvert à son courage ; mais, tout en avançant, les colonnes se fortifiaient les unes les autres en se resserrant.
Ce fut heureux pour elles.
Revenant sur ses pas dans la nuit du 23 au 24 juin, toute Tannée autrichienne repassa leMincio; le centre occupait Gaëte, Valeggio, Mozambano, Peschiera, Solferino, San~Gassiano, Gavriano. Soutenue par une .nombreuse artillerie, elle couronnait toutes les hauteurs jusqu'à Volta. Sur leur gauche, dans la plaine , s'avançaient de nombreuses colonnes d'infanterie, artillerie, cavalerie, pour déborder la droite ennemie et la tourner. Â la droite, entre Solferino et Peschiera, des forces considérables devaient couper l'armée du Piémont marchant de Dezenzano sur Pozzolengo.
L'armée autrichienne ainsi retranchée dans des positions avantageuses sur une b'gne d'étendue de cinq lieues, offrait partout un front offensif formi-dable.
Le général autrichien Schlick, qui avait conçu ce plan de bataille, montrant des hauteurs de Gavriana à l'empereur François-Joseph les dispositions prises pour assurer la victoire, lui avait dit :
SUR 6ARIBALDI. ei
(( Votre Majesté va assister à une grande bataille et, je l'espère, à un succès. »
Cette confîancen'était pas sans fondement.
En effet, le terrain sur lequel allaient se charger deux grandes armées formait une plaine immense de prairies, de champs de blé, de vignes, dominée d'im côté par une chaîne de mamelons surmontés de tours et de villages : touty.hauteurs, mamelons, tours, villages hérissés d'artillerie et occupés par les Autrichiens. En outre, cette armée autrichienne si fortement appuyée pouvait, à chaque instant, àl'aide de ses chemins de fer , amenerdes munitions, des troupes fratchesde Peschiera etde Mantoue.
L*armée française, débouchant de divers points dans la plaine, avait dès lors à rejeter Tennemi vers les hauteurs sur une étendue d'au moins quatre lieues et, cette première opération accomplie, de s'emparer de tous les mamelons à la baïonnette.
L'empereur Napoléon disposa immédiatement son plan de bataille. Le 17 corps (maréchal Baraguay-d'Hilliers) s'engagea devant Solferino, pendant qu'à sa droite, dans la plaine, le 2*" corps (maréchal Mac-Mahon) s'é*tendait vers sa propre droite, pour se relier avec le 4* corps (maréchal Niel), qui marchait sur Medole. L'infanterie et l'artillerie de la garde s'établirent entre le 1" et le 2' corps pour enlever San-Gassiano. Toute la cavalerie de la garde et les deux divisions de cavalerie du 1*' et du 2*" corps renforcèrent la droite du maréchal Mac-Mahon, un peu vulnérable à cause de l'éloignement du maréchal Niel. Le maréchal Canrobert fut chargé de surveiller le mouvement des Autrichiens attendue
62 MÉMOIMS AUTHENTIQUES
du c6té de Mantouet et, à Textréme gauche de Tannée alliée, l'année piémontaise dut tenir tête aux divisions autrichiennes qui s'avançaient de Pozzolengo et de De- 2enzano.
Le plan de bataille de l'armée française ainsi dispo« sée était, par un demi -tour de conversion sur la gauche, de se porter sur Gavriana, quartier général de l'empereur François-Joseph et objectif de la guerre, pendant que Tarmée sarde» placée de Fautre côté des mamelons, exécuterait le même plan de conversion sur la droite.
Ces dispositions prises, Tannée franco-sarde prit Toffensive sur toute la ligne.
 cette attaque, Tennemi répondit par ses bordées lancées de la plaine et des mamelons. Dès ce moment, le bruit des détonations fut continu, et les nuages de fumée se condensant, en certains instants, en épaisses ténèbres, dérobèrent la vue des' deux armées.
Pendant toute la journée, on sè battit, Tarmée alliée avançant lentement, mais avançant toujours. Après un combat acharné, le maréchal Baraguay-d'ffilliers, engagé au centre devant Solferino, enlève toutes les hauteurs, le village, et les occupe de haute lutte.
D'autFB part, la garde couronne les crêtes de San- Cassiano et Gavriana et enlève avec un grand entrain ce dernier village. Les greûadiers hissaient les pièces de canon à bras sur les crêtes des mamelons; d autres remplaçaient les artilleurs tués et chargeaient les pièces, inaugurant ainsi par un héroïque entrain ces formidables canons rayés qui, dans cette guerre^ figu-
SUR GÂRIBÂLDI. 63
raient pour la première fois sur les champs de bataille.
 Taile droite, le maréchal Niel, avec le 4* corps, bien que faiblement relié avec le 2*, gagnait cependant toujours du terrain. Un moment, les Autrichiens firent un suprême effort pour s'étaMir entre ces deux corps dans le vide que remplissait la cavalerie de la garde et les deux divisions de cavalerie des 1^ et 3"" corps. Une lutta acharnée s'engagea. L'infanterie, Tartillerie y prirent part, et la cavalerie, par plusieurs charges, acheva de décider le succès de cette grande journée.
Ce fut le dernier acte de la bataille. Le double demitour de conversion dont l'empereur Napoléon avait arrêté le plan au début de la bataille, avait été exécuté avec une habilité de mouvement et une sûreté en quelque sorte mathématiques. Au centre, à la droite, Tarmée française s'était emparée de toutes les hauteurs. Â Textrème gauche, l'armée sarde avait tenu tête à dn^ quante mille Autrichiens et les avait délogés de positions formidables.
Battus sur tout leur front, les Autrichiens se mirent en retraite sur toute la ligne, laissant aux mains des vainqueurs, des canons, des drapeaux, des prisonniers.
La bataille avait duré quinze heures, de cinq heures du matin à huit heures du soir. Les deux dernières heures, les armées furent assaillies par un orage épouvantable, une trombe affireuse mêlée de vent, de grêle, de tonnerre. On eût dit une protestation du ciel contre ce grand égorgement. Une chaleur étouffante, d'énor-
mes gouttes d'eau en marquent le début. Un véritable déluge les suit. On ne distingue plus rien sur le champ de bataille. La foudre procédait à la fois par éclats et par roulements , et les éclairs jetaient les soldats dans des alternatives effrayantes de lumière et de ténèbres. Les clartés étaient parfois si vives qu'elles blessaient la prunelle comme un fer brûlant. Les chevauxs'effrayaient et ne pouvaient avancer sur ce sol détrempé. Le soldats ne savaient où poser les pieds au ^milieu de cette surface qui ressemblait à une mer. L'ouragan ^ tant qu'il dura, s'opposa à la rapidité de leurs allures, et quand il se dissipa, l'ennemi avait disparu.
Harrassée d'une si longue lutte , l'armée victorieuse n'essaya pas de le poursuivre , et, dans la nuit, Farmée autrichienne put mettre le Mincio entre les vainqueurs et elle.
Deshauts faits d'une énergie, d'une bravoure incroyable, avaient signalé cette grande journée de tous les régiments : toutes les armes de l'armée eurent leur part et leur grande part de dangers et dé gloire. L'empereur les remercia tous par Tordre du jour suivant daté de Gavriana le 25 juin :
ORDRE bu JOUR A L'aRMÈB.
€ L'ennemi, qui avait cru nous rejeter au-delà de la Chièse, a repassé 1q Mincio; vous avez su comme toujours défendre dignement l'honneur de la France. Solferino surpasse les éclatants souvenirs de Lonato et Castiglione. Pendant douze heures, vous avez repoussé les efforts de 150,000 hommes ; votre élan n'a été arrêté ni par la nombreuse artillerie de l'ennemi, ni par des positions formidables s'étendant sur un rayon de trois lieues. La patrie, qui vous remercie de votre bravoure et de votre persévé-
SUR GÂRIBALDI. 65
rance, déplore le sort de ceux de ses enfants qui sont tombés. « Nous avons pris 3 drapeaux, 30 canons et fait 6,000 prisonniers. L'armée sarde a tenu têt^ avec la même valeur à des forces numériquement supérieureé.'EUe est digne de marcher à vos côtés. Le sang versé ne Taura pas été inutilement pour la gloire de la France et le bonheur des peuples. »
À la suite de cette victoire ^ Tarmée franco-sarde passa le Mindo.
AouUatto de T*le«;ie. - FkIz de TIUaUpimm»
Les événements, cependant^ marchaient et marchaient vite. Depuis Pâques jusqu'au plein cœur de Tété , la guerre avait poussé son caurant vers Test. Arrivée derrière le Mincie^ au centre du fameux quadrilatère ^ rénorme vague s'était arrêtée un moment derrière ce dernier rempart de TÂutriche pour s'élancer bientôt par-dessus lui.
Aux premiers jours de juillet , Tarmée française continuait à marcher sur Vérone où s'étaient concentrées les troupes autrichiennes. L'armée sarde se préparait à bombarder Peschiera ; des canonnièresapportées démontées de France par le chemin de fer, remontées sur place f et lancées à Dezenzano sur le lac de Garda , devaient singulièrement faciliter ce bombardement. La flotte que commandait, dans TAdriatique, l'amiral Romain-Desfossés s'était emparée de File d'Asera et du port de Lassini-Piccolo , port commode et spacieux dé-
6e MÉMOIRES AUTHENTIQUES
pendant du groupe des îles îUyriennes. Pour les dépôts de charbon , de munitions , de vivres et pour les hôpitaux de la flotte y ce port était destiné à être le Kamiesh de l'Adriatique.
Cotte flotte» partie de siège et partie de debarquementy composée de près de cinquante stamersjde guerre, vdisseau}L de ligne, frégates, batteries flottantes , canonnières^ menaçait sérieusement Venise et allait enfermer l'armée autrichienne tournée dans ses places fortes du quadrilatère, lorsque, le 8 juillet, un armistice de cinq semaines, arrêté à Valeggio entre les deux armées, fut suivi, le 12, de la conclusion de la paix. Après une entrevue des deux empereurs à Villafranca, la paix avait été conclue entre les deux souvierains sur les bases suivantes :
1. -- « Confédération italienne sous la présidence honoraire du pape.
2. — « L'empereur d'Autriche cède ses droits sur la Lombardie à l'Empereur des Français, qui les remet au roi de Sardaigne.
3. — « L'empereur d'Autriche conserve la Vénétie; mais elle fait partie intégrante do la Confédération ita*lienne.
« Amnistie générale- »
SUR 6ARIBALDL M
méMUIni de ran»l«ilM «• de la pals. - Effet de eet«e paix ««'
IlCalie.
L'armistice du 8 juillet et la paix qui le suivit avaient été le résultat d'une lettre de l'empereur des Français et d'une réponse courtoise de l'empereur d'Autriche. L'esprit public, excité par la brusque cessation de la guerre , chercha à deviner quels pouvaient être les incidents dramatiques, les causes occultes d'un événement aussi peu attendu , qui fut pour Tempereur François-Joseph comme de Feau répandue sur la blessure d'un soldat et qui arriva juste au moment où son armée n'avait plus conGance en lui.
Mais, quelles que fussent ces causes, pour quel'empereur des Français eût consenti à clore si brusquement la première étape de sa carrière militaire , la campagne était jusqu'à un certain point complète et il n'avait éprouvé aucun obstacle à ses succès. Les Autrichiens avaient envahi le territoire de son allié ; Napoléon III les en avait chassés et leur avait rendu la pareille en envahissant leur territoire à son tour. LesÂllemandsavaient déclaré par leurs organes de la presse qu'ils viendraient au secours de l'Autriche; mais l'empereur des Français lit comprendre à l'Autriche qu'elle était à sa merci et à la Prusse qu'il était loin de la craindre. Juge des avantages qu'il y avait de s'abstenir de faire tout ce qu'il pouvait incontestablement accomplir, il en fit assez pour
6g HÉMOIRES AUTHENTiQUES
convaincre François-Joseph qull tenait l'Autriche dans le creux de sa main^ qu'il pouvait fermer les doigts quand il voudrait et qu'il ne les fermait pas.
Peut-être agit-il en cela plus sagement que de marcher survienne; peut-être aussi espéra-t-il faire d'un ennemi humilié un ami reconnaissant. Cette méthode de faire ses levées d'amis à la tête d'une armée de 150,000 hommes lui avait réussi une fois déjà , et le vigoureux serrement de main donné en Crimée à la Russie lui avait valu 9 dans le czar Alexandre , un allié loyal pendant toute cette guerre de Tindépendance. Il pouvait espérer que les conditions accordées à l'empereur d'Autriche , pour prix de sa prompte soumission y lui vaudraient aussi un ami reconnaissant de ce côté.
L'avenir allait décider si cette prévision n'était qu'une illusion décevante.
BeCowp de FEmpcrevr ifapolèoii em VrMiee. — Me» dlMOsrs an sranis eorp« de Vmtmt et av eerps diplenaCHivc mir I» pertée do la cnerre dltaUe.
Quoi qu'il en soit, arrivé à Paris le 18 juillet, Napoléon se rendit directement à Saint-Cloud, et, dans sa réponse aux grands corps de l'État qui le félicitaient de son retour» exposa de la manière la plus nette les causes de la paix dont la conclusion si rapide avait étonné l'Europe. Pour obtenir les résultats qu'on s'était promis, il fallait non pas seulement s'emparer de Vérone et des forteresses, mais forcer les territoires neutres et accepter
la latte en Allemagne : il fallait aussi accepter partout franchement le concours de la révolution , et , au lieu d'une guerre de nationalités , risquer de se lancer dans l'imprévu d'une guerre de principes. L'empereur n'avait pas pensé que l'intérêt français engagé dans la guerre fût en proportion d'un pareil développement, et il s'était arrêté. ^
Voici , du reste , le texte de cet important document qui, tout en regrettant que les fruits de la guerre ne fussent pas à la hauteur des patriotiques espérances qu'elle' avait fait concevoir, était le véritable manifeste explicatif de la paix de Yillafranca et des idées d'après lesquelles devaient se développer les résultats de cette paix:
€ Messieurs,
c En me retrouvant au milieu de vous, qui pendant mon absence avez entouré rimpératrice et mon Fils de tant de dévouement, j'éprouve le besoin de vous remercier d'abord, et ensuite de vous expliquer quel a été le mobile de ma conduite.
€ Lorsqu'après une heureuse campagne de deux mois les armées française et sarde arrivèrent sous les murs de Vérone, la lutte allait inévitablement changer de nature, tant sous le rapport militaire que sous le rapport politique. J'étais fatalement obligé d'attaquer de front un ennemi retranché derrière de grandes forteresses, protégé contre toute diversion sur ses flancs par la neutralité des territoires qui l'entourent; et, en commençant la longue et stérile guerre des sièges, je trouvais en face l'Europe en armes, prête soit à disputer nos succès, soit à aggraver nos revers.
c Néanmoins la difficulté de l'entreprise n'aurait ni ébranlé ma rés(dution, ni arrêté l'élan de mon armée, si les moyens n'eus* .
70 HÉMOIRBS AUTHENTIQUES
dent pas été hors de proportion avec les résultats à attendre. Il fallait se résoudre à briser hardiment les entraves opposées par les territoires neutres, et alors accepter la lutte sur le Rhin comme sur TAdige. Il fallait partout franchement se fortifier du concours de la révolution. Il fallait répandre encore un sang précieux qui n*avait que trop coulé déjà : en un mot, pour triompher, il fallait risquer ce qu*il n*est permis à un souverain de mettre en jeu que pour Tindépendance de son pays. ^
c Si je me suis arrêté» ce n'est donc pas par lassitude ou par épuisement, ni par abandon de la noble cause que je voulais ser« vir, mais parce que dans mon cœur quelque chose parlait plus haut encore : Tintérêt de la France.
€ Croyez-vous donc qu'il ne m'en ait pas coûté de mettre un frein à l'ardeur de ces soldats qui, exaltés par la victoire, ue demandaient qu'à marcher en avant?
€ Croyez-vous qu'il ne m'en ait pas coûté de retrancher ouvertement devant l'Europe de mon programme le territoire qui s'étend du Mincîo à l'Adriatique?
€ Croyez-vous qu'il ne m'en ait pas coûté de voir dans des cœurs honnêtes de nobles illusions se détruire, de patriotiques espérances s'évanouir?
c Pour servir l'indépendance italienne, j'ai fait la guerre contre le gré de l'Europe; dès que les destinées de mon pays ont pu être en péril, j'ai fait la paix.
c Est-ce à dire maintenant que nos efforts et nos sacrifices aient été en pure perte ? Non. Ainsi que je l'ai dit dans les adieux à mes soldats, nous avons droit d'être fiers de cette courte can^ pagne. En quatre combats et deux batailles, une armée nombreuse, qui ne le cède à aucune en organisation et en bravoure, a été vamcue. Le roi de Piémont, appelé jadis le gardien des Alpes, a vu son pays délivré de l'invasion, et la frontière de ses États portée du Tessin au Mincio. L'idée d'une nationalité italienne est admise par ceux qui la combattaient le plus. Tous les souverains de la Péninsule comprennent enfin le besoin impérieux de réformes salutaires.
SUR OARIBALDL fi
c Ainsi, après avoir donné une nouvelle preuve de la puissance militaire de la France, la paix que je viens de conclure sera féconde en heureux résultats ; Vavenir les révélera chaque jour davantage, pour le bonheur de lltalie, Tinfluence de la France, le repos de l'Europe. »
Le lendemain , la pensée douloureuse qui perçait à travers ce discours j celle de s'être vu arrêté au plus beau cours de ses victoires y se dessina d'une manière encore plus nette et ne laissa plus de doute sur les graves préoccupations politiques qui avaient forcé Temperenr de laisser inachevé son programme de rendre l'Italie libre des Alpes à l'Adriatique.
Le corps diplomatique ayant manifesté le désir d^être admis par l'empereur àlui offirir ses félicitations au sujet delà conclusion de la paix, l'empereur répondit à son discours de féUcitation :
c VEurope a été en général si injuste envers moi au début de la guerre, que j'ai été heureux de pouvoir conclure la paix dès que l'honneur et les intérêts de la France ont été satisfaits, et de prouver qu'il ne pouvait entrer dans mes intentions de bouleverser l'Europe et de susciter une guerre générale. J'espère qu'aujourd'hui toutes les causes de dissentiment s'évanouiront, et que la paix sera de longue durée. Je remercie le corps diplomatique de ses félicitations. »
Tout cela était vrai : des jalousies mesquines, des Jactances ridicules y d'inintelligentes paniques , des insinuations malveillantes avaient accueilli chaque triomphe de Tannée française > 'et il était venu un moment
7i MÉMOIRES AUTHENTIQUES
OÙ, SOUS prétexte de la crainte d'être attaqués , tous les cabinets de FEurope s'étaient mis en mesure d'attaquer en choisissant leur temps d'attaque et leur heure. L'Angleterre, qui, au début de laguerre, n'avaiteu qu'un mot à dire pour l'empêcher, ne l'avait pas dit. La Prusse, dont la politique n'a jamais péché par excès de loyauté, n'y avait vu qu'un moyen de s'agrandir aux dépens de qui il appartiendrait. L'Allemagne, avec une inintelligence qui étonna tout le monde , se mit immédiatement à la remorque de la Prusse pour une guerre de hasard et d'imprévu. Tout le reste se tint sur la réserve et attendit. Partout l'opinion publiqueétait favorable à la France^ partout les cabinets ne Tétaient que peu ou point- Lors de la conclusion de la paix, l'Italie elle-même parut un moment aussi injuste. Les Italiens avaient tant souffert qu'ils doutaient de tout. Un moment ils avaient espéré, c'était au début de la campagne ; puis leurs espérances avaient grandi au fur et à mesure que les soldats alliés avaient inscrit leurs conquêtes sur le grandlivre de l'histoire. Tout à coup la paix fut conclue, et ils n'y virent que la France rentrant en deçà de ses frontières, et l'Autriche continuant à menacer TltaUe comme l'épée de Damoclès.
Aussi, le premier effet de cette paix, qui semblait livrer aux lenteurs de la diplomatie la majeure part de la question italienne, y fut un sentiment douloureux, un mécompte étourdissant, un mécontentement à peu près général.
Msds ce premier moment de mécompte passé, l'erreur d'optique qui n'avait laissé voir dans la paix que des su-*
SUR GâRIBâLDL 73
jets de déception, ne tarda pas à y être redressée, et, par la seule force des choses, chacun revint naturellement à des appréciations plus logiques. Comme lavait dit Tempereur dans son discours, on y comprit que c'était à l'avenir à développer les conséquences de la paix de Villafranca. Bien que cette paix, en effet, n'eût pas réalisé toutes les espérances conçues, Fltalie, livrée à ellemême, dégagée de l'occupation étrangère, constituant une grande confédération politique, pouvait commencer une existence toute nouvelle. Un grand pas venait d'être fait dans ce sens. La cause de la liberté y avait reçu de la guerre actuelle une force d'expansion que l'avenir était appelé à organiser partout, si les Italiens savaient oublier leurs discordes séculaires et se rendre dignes de cette liberté, que le sang de la France venait de leur assurer en partie.
Ce fut sous l'impression de ce sentiment nouveau que la municipalité de Milan présenta à l'empereur Napoléon une adresse de gratitude et de confiance.
En même temps Fillustre ami, le continuateur de Manin, Tomaseo, adressait aux Français, au nom de la démocratie italienne^ l'adresse suivante, document précieux que l'histoire doit recueillir comme un monument de pieuse résignation patriotique de nobles cœurs.
c Français!
La paix qui vient d*être signée, quoiqu'elle interrompe le cours de nos espérances, n'ôte rien à la reconnaissance que nous devons à vos sacrifices.
c Nous soipme3 affligés de ce qui arrive, mais non pas sur«
• pris; on ne peut désormais s'en prendre à personne, mais seulement reconnaître la destinée qui poursuit une nation malheureuse. Vos regrets cependant doivent d'autant plus nous émouvoir et rendre nos remerctments plus vifs et nos adieux plus touchants. Les ovations avaient précédé la victoire, parce qu'elles allaient aux intentions dont le mérite ne saurait être détruit, même par des effets contraires qui surviendraient dans la suite.
c Soldats français, vous avez fait de nobles choses, et vous étiez en train d'en faire de bien plus généreuses. Vos mains dans la guerre ont été aussi pures que vaillantes, vos cœurs aussi bouillants que modèles; vous avez montré comment Ton peut joindre le recueillement de la foi à l'entraînement du courage, prier et combattre, craindre Dieu et ne redouter ni l'ennemi ni la mort. Le sang français mêlé au sang italien a coulé sur la terre d'Italie; elle le gardera comme un trésor; et la voix de ce sang criera dans les siècles fraternité et rédemption, c
€ En retournant à vos foyers, vous ne pourriez raconter, sans qu'on croie à de la jactance, même aux personnes les plus chéries, tout ce que vous avez fait ; il n'y aura pas besoin de dire ce que vous auriez voulu faire, car toute la France le voulait avec vous. Dites à vos mères, à vos sœurs, qu'en deçà des Alpes il y a des cœurs qui ont partagé leurs angoisses, il y a des frères d'espérances qui sont fiers d'avoir combattu à côte des enfants de la France.
« L'homme de Sainte-Hélène, après une victoire, disait à ses soldats qu'il était content d'eux. Français, la France et l'Italie vous crient d'une seule voix : Nous sommes contentes de vous. L'empereur attachait à la bannière d'un régiment tout entier la croix de la Légion-d'honneur : l'armée d'Italie, en 1859, a été tout entière la légion de l'honneur. Bien des guerres néfastes ont souillé la terre et empoisonné ses entrailles; la guerre que vous venez de faire, et qui reste comme un monument inachevé, vivra non-seulement dans les souvenirs iomiortels de l'Italie et de la France, mais dans les fastes de l'humanité tout entière*
C N. TOMASBO. »
sua 6ARIBALDL •»
i iteli€ii. — PèiUloimemeiit. — Amevicnt «e ritolle. « Évaeiuilioife de ntalie |Mr l'Année française. — Conrérenee do Xnrieh. — ▼•!« de 1» Teseane et defl dnehés de« RomaciM* p#ar TMiBexieB »it Piémont. — Armement de Rome. — Armement de Iffoplefl. — msitrreetfott de Sicile. — Interrention de Oorf boldl dWM riMiaiveetion de Meile.
Les préliminaires de lapaixarrétés, Tarmée française dut évacuer Tltalie. Des fêtes Taccueillirent à son retour, comme elles Favaient accueillie à son arrivée : partout elle fut saluée des acclamations les plus enthousiastes. Partout les femmes distribuaient aux soldats en partance des bouquets de fleurs, des cigares, des rafraîchissements, des provisions de toute sorte et surtout des adresses aux nobles sentiments, aux patriotiques espérances, et où chacun, comme dans l'adresse des Milanais, semblait compter sur un avenir prochain.
« Français, disaient-ils, ce ne sera pas en vain que nos
enfants se seront battus à vos côtés dans les grandes batailles de l'indépendance : ils auront puisé des forœs nouvelles à votre exemple ; peut-être aussi emporterez-vous un bienveillant souvenir de vos frères d'armes, de ces vieux camarades que le patriotisme a improvisés, et que la patrie retrouvera, mûris par la discipline, le jour où Dieu permettra que ses destinées s'accomrplissent.
f Ce jour-là, nous en avons pleine confiance, nos drapeaux s'entrelaceront encore une fois, nos mains se presseront, nos cœurs battront Tun contre l'autre, tout comme nos drapeaux s'entrelacent, nos mains se pressent et nos cœurs battent aujourd'hui
76 HËHOIRES ÂUTHENTI.QUES
en se disant, non pas adieu, mais au revoir sur les chanqpsde l'honneur !
f Ce 25 JuiUet 1889.
c Les MitANAis. »
Le mouvement italien, cependant; se dessinait chaque jour avec plus de force et de netteté. De toutes parts, en Toscane, dans les duchés, ce n'était, comme en Lombardie, qu'adresses au Piémont et à la France, la plupart aussi remarquables par la vivacité de Texpression que par la force et Tunanimité du désir exprimé. Toutes demandaient l'annexion au Piémont, toutes rejetaient la domination des dynasties sous lesquelles ces malheureu-^ ses provinces avaient tant souffert. Ce n'étaient pas seulement quelques signatures qui appuyaient ces documents, lescitésselevaientenmasse,sevisitaient, pour fraterniser dans la pensée commune de nationalité, et ces démonstrations, qui se convertissaient toujours en fêtes populaires, avaient toutes les caractères d'un acte immense politique.
Sous rimpulsion de ce grand mouvement national, s'ouvrit une pbsise nouvelle, et c'est la phase où Joseph Garibaldi, prenant une généreuse initiative, allait peutêtre compléter l'indépendance de l'Italie et redonner à sa patrie la nationalité qu'avaient emportée les flots des siècles et les ambitions de la politique.
Quel que soit, dans les décrets de la Providence, le sort de la malheureuse Italie, voîci le résumé chronologique de cette campagne de l'indépendance italienne, dont les résultats ont été si rapides.
SUR 6ARIBALDI. - Vl-
10 mai 1859. — Départ de Femperenr Napoléon DI pour Farmée.
20 mai. — Victoire de Montebello.
30 mai. — Victoire de Palestre, l*' juin. — Passage du Tessîn.
3 juin. — Victoire de Turbigo.
4 juin. — Victoire de Magenta.
6 juin. — Entrée de l'empereur à Milan*
8 juin. — Victoire de Marignan.
1 8 juin. — Entrée de l'empereur à Brescia«
24 juin. — Victoire de Solferino.
26 juin. — Passage du Mincio. ^
8 juillet. — Amnistie de Valeggioi
12 juillet. — Paix de Villafranca.
Et puis successivement :
Pétîtionnement des divers Ëtats de lltalîe centrale pour leur annexion au Piémont.
Conférence de Zurich pour déterminer h portée de la paix de Villafranca.
Votes successifs des duchés deToscane, de Parme^ de Modène, des Romagnes pour leur annexion au Piémont.
Annexion des duchés au Piémont^ sinon légalisée^ du moins effectuée de fait.
Annexion des Romagnes, en litige entre les populations, le Piémont et la cour de Rome.
Armement de Rome contre les Romagnes.
. Armement de Naples pour aller au secours de Rome,
Insurrection de Sicile*
Tft MÉMOIRES AOTHBNTIQVBS SUR GARIBALD
C'est ici le point où est arrivé cette guerre de Tindépendance italienne, et où Joseph Garibaldi/ Tardent patriote, va personnellement entrer en scène^ comme pouvant donner, par son intervention dans Tinsurrection de Sicile, une vive impulsion au principe de l'indépendance de ritalie. C'est aussi le moment de dérouler cette vie intéressante, dont il n'était guère possible d'apprécier les inspirations généreuses qu'en exposant avec quelques détails les opérations de cette guerre où il a eu sa grande part de gloire, et qui sont devenues Favaht-propos de la période de sa vie, où les regards de l'Europe sont fixés sur lui comme sur l'homme du moment.