X. II. y
devaient naturellement se présenter à leur esprit.
Le ministère de M. de Maurcpas une fois déclaré, on peut aisément se faire une idée de toutes les combinaisons des courtisans sur les changemens qui allaient s'opérer.
Le Roi, dans ses conversations avec son nouveau ministre, s'occupa très-sérieusement de ces changemens 5 et il fut résolu entre eux que la totalité du conseil serait remplacée ; mais l'objet qui exigea, sous tous les rapports possibles, les plus mûres réflexions, fut l'état de la magistrature dans toute l'étendue du royaume.
La subversion totale de Tordre judiciaire avait porté le trouble et un germe de division éternelle dans toutes les provinces, et Ton peut même dire , dans presque toutes les familles de chaque province. Quoiqu'on ne pût pas se dissimuler qu'à cette époque, et même depuis long -temps, les abus ne se fussent multipliés à l'infini ? soit dans le parlement de Paris, où la corruption était en proportion des fortunes et des circonstances dépendantes de la proximité de la cour, soit dans les autres cours de justice du royaume, auprès desquelles les commandans de province ou les intendans étaient les agens des ministres } et
faisaient jouer les mêmes ressorts $ quoiqu'il fût instant, pour le bon ordre et pour l'intérêt de l'Etat, de porter remède aux grands abus dont le peuple avait à se plaindre, on n'aurait jamais dû, dans un temps où la corruption était portée à son comble, tenter une subversion aussi totale que celle qui fut exécutée par le chancelier de Maupeou, dont la noirceur de caractère et l'esprit de vengeance dictèrent toutes les dispositions et présidèrent à tous les remplacemens.
Au milieu de ces abus, contre lesquels on criait, avec juste raison, la base entière de Tordre judiciaire était respectée des peuples, qui y tenaient par habitude. Chaque parlement contenait sans doute des sujets dont il était utile de se défaire ; mais il en existait, et beaucoup, qui avaient les talens et les vertus de leur état ; qui tenaient aux formes anciennes par principe, et qui devaient nécessairement préférer périr avec leurs compagnies, que faire partie des nouveaux tribunaux, devenus odieux.
Le chancelier de Maupeou, qui ne voulait pas reculer, fit de vains efforts pour arriver à la composition complète de tous les tribunaux. La destruction des cours des aides et des chambres des comptes , lui fit espérer qu'il