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« forme le plan de t'accuser de laisser faire . (c par les premiers commis de la guerre, un « coupable trafic des grâces du Roi. Ils ont « mis pour base de leur plan, qu'avec de l'ai- « gent on pouvait tout obtenir ; mais il ne « suffisait pas d'en faire courir le bruit pour « te perdre dans l'esprit public, ils ont voulu « avoir une preuve à mettre en avant; et c'est <c pour l'obtenir que le duc de Chartres a « consenti au sacrifice de trois mille louis pour « quiconque lui ferait avoir l'expédition du « brevet qu'il attend. Tout le plan de cette « intrigue infâme a été entendu par le nommé « Monsigny, un de mes valets-de-chambre ; il « m'en a rendu compte, et je n'ai eu rien de <( plus pressé que de venir t'en avertir. » Je fis à M.sr le duc d'Orléans les plus sensibles remercîmens 7 et je lui appris comment, dès la veille, j'avais été instruit par M. le comte de Maillebois. 11 me pria d'envoyer savoir si M. de Maurepas pouvait le recevoir. Pendant que mon valet-de-chambre se rendait auprès du premier ministre, ce bon prince fondit en larmes, déplorant le sort qui lui avait donné un fils qui se laissait entraîner aux plus mauvais conseils. Je suivis le prince chez M. de Maurepas; et sur ce qu'il nous signifia qu'il voulait voir le Roi, pour lui faire la même
déclaration , nous fîmes tout ce qui dépendait de nous pour l'en détourner, en lui assurant que, la trame étant découverte, et le plan des malveillans connu , il suffisait que M. de Maurepas se chargeât d'en rendre compte au Roi. Nos efforts furent inutiles ; rien ne put le détourner de son projet de voir le Roi et de lui rendre compte des menées de son fils. Sa Majesté nous fit appeler quelques instans après, M. de Maurepas et moi, et M.§r le duc d'Orléans répéta, en notre présence, ce qu'il avait déjà dit, et qui fut appuyé par les pièces que m'avaient remises M. de Maillebois.
Lorsque le duc d'Orléans se fut retiré , je suppliai Sa Majesté de vouloir bien faire appeler M. le maréchal de Duras, et de lui demander ce qui s'était passé entre M. le duc de Chartres et moi, dans le cabinet du conseil, le jour où le travail de sa nomination avait été approuvé. Un instant avant l'arrivée du maréchal de Duras, nous nous retirâmes, M. de Maurepas et moi. Le Roi parla seul au maréchal, et ne nous fit rentrer que lorsqu'il fut sorti.
Nous trouvâmes le Roi dans le plus violent accès de colère et d'indignation. Il avait donné l'ordre qu'on cherchât le marquis de Sourches , grand-prévôt de l'hôtel , pour lui
donner l'ordre d'aller arrêter le duc de Char* très, s'il était à Versailles, et nous eûmes toutes les peines du monde à empêcher l'exécution de cette résolution ) à laquelle le Roi tenait avec la plus grande fermeté. Je dis au Roi : « Sire , votre Majesté voit quels abymes « sont creusés sous les pas des ministres qu'elle « honore de sa confiance, dans les instans « mêmes où ils ne sont occupés que de reniée plir res intentions et ses ordres. Que votre « Majesté veuille bien réfléchir combien je dois ce m* estimer heureux qu'une pareille trame « ait été dévoilée, que des pièces probantes « aient pu être remises entre ses mains, et « que j'aie eu pour premier témoin et pour dé- « nonciateur de M.sr le duc de Chartres, son « auguste père. C? serait mal reconnaître tout « ce que je dois à ce prince magnanime, si je « n'employais tous les moyens qui sont en moi « pour obtenir la grâce du fds en faveur des « vertus du père. Je me jette à vos pieds pour « que Tordre donné au grand-prévôt soit ré- « voqué ». Ce ne fut qu'en réitérant sans cesse cette demande, et parce que le comte de Maurepas joignit ses vives instances aux miennes 7 que nous obtînmes que Sa Majesté se contenterait d'écrire au duc d'Orléans, pour lui témoigner sa satisfaction de sa conduite, à
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laquelle seule le duc de Chartres devait de n'avoir pas éprouvé les marques de son juste mécontentement. Sa Majesté chargeait le duc d'Orléans de prescrire a son fds de ne pas paraître à la cour ni en sa présence , pendant un mois, afin d'éviter le châtiment public de sa faute.
Le marquis de l'Aubépine fut exilé , et noté pour n'être proposé pour aucun emploi. Cette affaire fut ainsi terminée en moins de vingt-quatre heures ; et je pus , comme je l'avais promis à M. de Maillebois, quand il vint dîner chez moi, lui remettre les pièces qu'il m'avait confiées , en même temps que l'ordre d'exil de son neveu.
Si mon cœur, dans cette occasion ^ écouta plus les sentimens de la reconnaissance et de la sensibilité , que la prudence et la prévoyance ministérielle, je m'en accuse, mais je ne m'en repens pas; M.sr le duc d'Orléans sentit si vivement ce que mon dévouement envers lui m'avait porté à faire auprès du Roi, que je dus m' estimer heureux d'avoir prouvé à cet excellent prince que j'avais mérité et senti toute l'étendue de ses bontés.
Malgré mon goût pour les femmes et l'habitude que j'avais eue, jusqu'au moment où j'avais été nommé directeur de la guerre, d'à-
voir toujours un Attachement , depuis que la personne qui m'avait long-temps captivé s'était séparée de moi, pour se marier au sieur Casanova , peintre célèbre , ainsi que je l'ai dit, je n'avais formé aucun engagement de ce genre. L'ambition en avait imposé la loi à mon humeur. Les connaissances à acquérir dans une carrière nouvelle et un travail assidu avaient rempli tous mes momens pendant les deux premières années de mon installation au département de la guerre, sous M. de Saint- Germain , ou en chef après sa retraite. Je ne me permis, pendant tout ce temps, que quelques légères distractions , qui furent même très-rares et sans suite, et de l'espèce de celles qui s'offrent ordinairement aux gens en place. Mais je dois dire qu'elles n'influèrent jamais sur les décisions que je portai, ni sur les choix que je mis sous les yeux de Sa Majesté. Je suis êi certain de la vérité de ce que j'avance, que je ne crains pas d'être démenti par personne à cet égard.
Tout entier à mes occupations ministérielles , l'idée de faire une nouvelle connaissance ne m'était pas même venue. J'avais trop bien vu les inconvéniens qui pouvaient résulter pour un ministre, de sa liaison intime avec une femme tant soit peu marquante , soit
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de la cour, soit de la ville. Je n'ignorais pas qu'une liaison de ce genre ne pouvait jamais rester cachée au public, et devait avoir, nécessairement, des résultats fâcheux, puisque l'amour réciproque ne faisant pas les premiers frais de cette union du besoin, et dont la jouissance était le seul objet, il fallait absolument que le ministre dédommageât la personne à laquelle il s'attachait, par des portions de sa confiance ou de sa fortune , au grand détriment du Roi et des affaires de l'Etat. En supposant même que la personne fût la plus honnête et la plus désintéressée, le ministre avait encore a craindre que ses parens et ses alentours, lui mettant sans cesse sous les yeux la perte de sa réputation , par la publicité de son intrigue, ne finissent par lui persuader de chercher à s'en dédommager, en se faisant des amis et des créatures, et en usant de son crédit sur le ministre pour les obliger. Aux raisons générales et communes à tous les gens occupant de grandes places, il se joignait pour moi une considération majeure, procédant de ma manière de vivre avec madame de Montbarcy, que je n'expliquerai point ici, mais qui pourra trouver sa place ailleurs, parce que notre position à l'égard l'un de l'autre exige des détails et quelques développe-
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mens. Il me suffit de dire, pour le présent, que, si elle avait été contrainte de venir de nouveau s'établir à la cour, lorsque j'avais été nommé directeur de la guerre, son attachement pour moi , et 1? liberté qu'elle conservait de rester chez elle, sans être astreinte à rien, qu'à faire les honneurs d'une bonne maison , l'avaient engagée à passer sur l'éloignement extrême qu'elle avait pour la cour, mais qu'elle n'aurait pas vu, sans un vif chagrin , qu'une autre femme, de son espèce, vînt partager le crédit et les droits qu'elle croyait avoir sur moi, et auxquels elle n'avait pas du moins renoncé publiquement.
Ces considérations déterminèrent la résolution que je pris de me satisfaire, sans compromettre ma tranquillité intérieure, les intérêts de ma pince, et sans faire le sacrifice d'aucun des momens que je devais entièrement aux affaires. D'après ce plan, je me décidai j et, comme M. Lenoir, lieutenant-général de police, venait un jour de la semaine, travailler avec moi, pour les affaires de son administration qui avaient trait au militaire et a mon département, je pris le parti de m'ouvrir à lui, et de lui faire connaître ce que je voulais, en y sacrifiant de l'argent; et le priai d'employer tous les moyens qu'il avait
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entre les mains , pour que l'objet ne pût avoir aucun des inconvéniens que je craignais, soit par le choix de la personne, soit par sa conduite et ses alentours, qu'il avait le moyen de faire surveiller sans cesse. Mon parti pris, je cherchai l'occasion d'en parler avec M. de Maurepas, qui l'approuva, et j'eus même l'adresse d'en parler au Roi lui-même, qui, sans l'approuver, trouva, comme moi , que ce parti était celui qui avait le moins d'inconvéniens.
Huit jours après ces préliminaires , je vis arriver, à sept heures du soir, une jeune personne , dont la figure me parut agréable , avec une lettre du lieutenant-général de police. C'était la première fois que je la voyais. Nos arrangemens furent bientôt faits. Il fut convenu, qu'à des jours marqués, elle se rendrait à Versailles, dans un petit appartement qu'elle prit; qu'un de mes gens irait la prendre, et la conduirait dans ma chambre à coucher, par un escalier particulier, et que je ne la verrais jamais le jour. Cette liaison, purement physique, s'établit et se conserva sous cette forme, depuis le jour où elle m'apporta la lettre du magistrat, qui devait lui servir de passeport, sans que jamais elle soit entrée dans mon cabinet; et je proteste que je ne
suis allé qu'une seule fois chez elle, a onze heures du soir ; que je ne lui ai jamais écrit , qu'il ne lui est jamais arrivé de me parln d'affaires, ni en faveur de qui que ce soit; elle fut fidèle a nos premières conventions, et ne manqua jamais à cet article fondamental de notre liaison. Je lui avais, dès le début, spécialement signifié que le premier mot qu'elle prononcerait d'affaires ou de sollicitation serait le signal de notre séparation. Elle exécuta ponctuellement mes volontés à cet égard. Je la dédommageai par de l'argent , comme cela devait être. Le lieutenant-général de police, qui l'avait endoctrinée de son côté7 par amitié pour moi, et qui faisait surveiller sa conduite, n'eut jamais de reproches à lui faire, ni de plaintes à m'en porter. Si la calomnie, qui ne ménage rien, et surtout la conduite privée des gens en place, se permit des propos, elle ne put jamais les justifier par des faits, quelques efforts que mes ennemis aient pu faire pour acquérir des preuves propres à étayer leur méchanceté.
Je n'ai parlé en détail de ce qui a trait à mademoiselle Renard , que parce que , dans ce compte que je me rends à moi-même, je ne veux rien omettre; et que tout ce qui concerne la vie privée des hommes en place , n'est
jamais vu indifféremment par le public, qui interprète tout selon les intérêts des individus qui le composent. Le public croit que l'homme en place doit être au - dessus de tous les besoins , et croit se consoler de son élévation , en ne lui passant aucune des faiblesses qu'il éprouve lui-même. J'écris pour moi ; ce sont des souvenirs que je trace pour le temps où mon excellente mémoire aura subi, ainsi que toutes mes autres facultés morales et physiques, la dégradation que l'âge apporte toujours avec lui. Ce n'est ni un panégyrique de mes actions, ni la critique des actions des autres que j'écris; c'est un récit, simple et vrai , de tout ce qui m'est arrivé , de tout ce que j'ai vu, pendant le temps où j'ai été à portée de voir. J'écris dans une retraite dont je n'aurais jamais pu imaginer la possibilité, dans une circonstance, et après des événemens qui, en bouleversant la France, toutes les idées et tous les principes , rendront peut-être intéressant, un jour, tout ce qui se rapporte au gouvernement français, antérieurement à l'époque où j'écris. Comme, par ma position présente et future, selon toutes les apparences, on ne peut me supposer d'autre intérêt que celui de la vérité, je crois ne devoir taire que ce qui, intéressant l'Etat au premier chef, doit