DE L’AINÉVRYSME PAR TRANSFUSION
ou ANÉVRYSME VARIQUEUX (2).
Valet enim hic trilum illud: non lectione, non meclitatione , non dispulatione , scd usu fieri arlificem et magistnim.
Laur. Heister,
LXXXI. Quoique le mot auevrysme signifie, dans son sens étymologique, une dilatation, cependant l’usage a preValu, et, comme nous l’avons déjà vu, l’on désigné encore sous ce nom, toutes les solutions de continuité des artères. L’anévrysme faux est la blessure d’une artère par un instrument vulnérant; que le sang jaillisse au dehors, qu’il pénètre tissus voisins du vaisseau lésé, ou qu’il filtre, peu h peu, dans le tissu cellulaire entourant l’artère, pour le dilater et y produire une tumeur circonscrite, c’est toujours un anévrysme faux.
§ LXXXII. L’anévrysme variqueux ressemble, sous quelques rapports, à ce dernier état; mais il faut ici que la veine accompagnant l’artère et qui est accolée à ses parois, soit traversée de part en part, avant que l’instrument atteigne l’artère ; le sang de ce dernier vaisseau passe dans la veine et réciproquement. Il se fait
(1) Désigné ainsi par M. Diipuytren.
(2) W. Humer. On a encore nommé cet anévrysme artérioso veineux.
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ainsi LUI double naëlange des deux espèces de sang. Quelquefois enfin ^ en meme temps qu’il existe un anévrysme variqueux ^ il peut se former simultanément un ane'vrysme faux primitif ou un ane'vrysme faux conse'cutif.
^ LXXXin. On a de'signë sous le nom de varice anévrysmale un ëtat analogue à celui de X anévrisme variqueux ; mais, dans le premier cas, le sang rouge passe dans les veines et les distend sans donner lieu à aucune tumeur circonscrite, dans aucun point du tiajet de ces vaisseaux.
$ LXXXIV. Le mode de formation, de dëveloppement et les symptômes de ces maladies sont trop connus pour que nous devions nous arrêter beaucoup sur cette partie de leur histoire. 11 n’en est pasdeméme de leur traitement; a cet egard on ne trouve que dissidence ou incertitude dans les opinions ëmises par les auteurs les plus graves. Faut-il abandonner la maladie à ellemême? faut-il faire une ligature? et, en prenant ce dernier parti convient-il mieux de la placer au-dessus et b une certaine distance du point alfectë,ou n’est-il pas préférable de comprendre la tumeur entre deux anses de fil? L’une et l’autre pratiques ont été suivies avec des résultats variés, et jusqu’ici aucune raison démonstrative suffisante n’a été donnée pour guider l’opérateur dans ces cas douteux et difficiles.
^ LX XXV. Nous a vous entrepris de traiter ce point de doctrine, et nous comptons appuyer notre opinion de raisonnemens physiologiques, de démonstrations anatomiques ^ct enfin d’observations pratiques recueillies dans le plus vaste hôpital de France, où des cas de même espèce se reproduisent h nos yeux avec toutes les nuances et totucs les variétés imaginables. Nous laisserons parler l’expérience, parce qu’elle est le critérium le plus sur et le seul flambeau qui puisse faire évitei’ l’erreur (i).
(i) La plupart des fails rapportés dans ce mémoire sont connusd uii inernluc de celte académie ( M. le professeur Dupuytren), et plusieurs sont empruntés à sa clinique. Ces principes, d’après lesquels les cliirurgiens de l’Hôtel-
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$ LXXXVI. Les circonstances les plus ordinaires dans lesquelles l’anevrysme variqueuxest produit, sont la saignëe au bras, une blessure faite avec un instrument .piquant , une broche rouge, un projectile lancé par l’explosion de la poudre à canon, soit une balle, des chevrotines ou simplement du plomb à giboyer. De toutes ces causes, la phlébotomie est la plus fréquente ; mais il faut que cette opération ait été pratiquée par une main ignorante ou très-inhabile, que l’on ait fait la ponction trop profondément ou trop perpendiculairement; enfin, il faut qu’on ait choisi la veine dont les rapports sont les plus voisins de l’artère et les plus immédiats; telle est, par exemple, la veine basiliquey ou la médiane basilique.
$ LXXXVII. L’anatomie nous apprend que toutes ou presque toutes les artères sont accompagnées par une ou deux veines qu’on nomme veines satellites, mais indépendamment de cette disposition anatomique normale, il faut que les connexions des deux vaisseaux sanguins, l’artère et la veine, soient telles que le dernier vaisseausoit immédiatement accolé au premier, qu’il le recouvre et que du tissu cellulaire, plus ou moins serré les unisse. L’instrument, traversant la veine de part en part, va diviser l’artère dans le point correspondant à la veine et, dès lors, il se fait un mélange entre les deux espèces de sang. On croit, communément, que le sang artériel passe dans le tube veineux, le distend dans une étendue plus ou moins considérable, et plus particulièrement dans un point, pour constituer la tumeur anévrysmale; mais il est hors de doute qu’il se fait un échange et qu’en meme temps qu’il passe du sang artériel dans la veine, l’artère ellemême reçoit une quantité déterminée de sang veineuxr C’est ce que démontrent les symptômes pendant la vie et la vue despar-
Dieu agissent aujourd’hui dans cet hôpital, sont déduits des faits qui ont été observés dans cet établissement, et ces principes y sont depuis très-long- temps professés dans les leçons cliniques et mis en pratique chaque jour sous les yeux de nombreux élèves.
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lies lors de l’operation sur la tumeur elle-même ; c’est aussi ce que démontrent les alte'rations des vaisseaux lors de l’examen des cadavres : le raisonnement et les faits sont ici dans une parfaite harmonie.
^ LXXXVIII. Partout oùl’anatomieafait connaître la concomitance des veines et des artères dans des rapports plus ou moins immédiats, l’observation clinique a démontré qu’il pouvait y survenir des anévrysmes variqueux; ainsi, le bras dans toute son étendue , mais surtout au pli du coude; et pour les membres inférieurs, le pli de l’aine, le creux du jarret, la partie moyenne antérieure et interne de la cuisse, sont les endroits où ces anévrysmes ont été le plus souvent observés. On a vu aussi de ces tumeurs à la partie inférieure du cou, dans lé creux de l’aisselle ou a la partie antérieure et interne de la clavicule. Indépendamment de la disposition anatomique, il faut qu’une piqûre vienne comme cause déterminante produire la maladie.
$ LXXXIX. Si les deux vaisseaux sont dans un rapport parfait, que du tissu cellulaire dense les unisse, et que l’incision des tégumsns et celle des deux vaisseaux soient dans un complet parallélisme, l’anévrysme variqueux se formera seul , et au bout de quelques jours la tumeur se manifestera.
$ XC. Le premier accident de cette blessure sera la sortie d’un jet de sang artériel , reconnaissable par sa force , son impétuosité, car il jaillit quelquefois à plusieurs pieds de distance, la couleur d’un rouge rutilant du liquide et sa sortie par saccades correspondantes aux mouvemens du pouls. Une compression exercée sur l’ouverture, tout en s’opposant a l’hémorrhagie, n’empéchera pas l’anévrysme variqueux de naître.
$ XCI. 11 paraît sous la forme d’une petite tumeur irrégulière, circonscrite en haut et en bas, se continuantavecuneveine beaucoup plus développée qu’auparavant : quelquefois meme ces vaisseaux sont volumineux et dilatés dans une assez grande étendue. La tumeur, molle, diffluente, disparaissant sous la pression du doigt, se reproduit dès que cette pression n’est plus
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exercëe; elle offre des pulsations isochrones à celles du pouls se propageant, mais comme un fre'missement, à une certaine distance dans les veines variqueuses; enfin l’oreille, appliquée immédiatement sur la tumeur ou par l’intermédiaire d’un cornet acoustique ou d’un stéthoscope, reconnaît un son particulier qu’en latin on a rendu avec une exactitude imitative, par le mol sus U iT as y et en français par celui de hndsse/nent. Ce bruit résulte de la vibration des bords de la plaie des vaisseaux par la colonne dusang passant continuellement de l’artère dans la veine et réciproquement. Si l’artère est comprimée entre le cœur et l’anévrysme, on voit diminuer et parfois disparaître complètement^ la tumeur et cesser le 'bruissement'.^ cette compression, exercée au-dessous de la tumeur, c’est-à-dire entre l’anévrystnc et les extrémités capillaires des vaisseaux, ne produit ni la cessation du bruit et des pulsations, ni la disparition de l’anévrysme. Le bras est-il élevé, la tumeur et les veines variqueuses j)araissent diminuer de volume, tandis que ce volume augmente lorsque le membre est pendant et abandonnéà son propre poids.
() XCILLe développement de cet anévrysme est lent, successif; il n’acquiert jamais un grand volume; il ne compromet jamais la vie du malade par un prompt et subit accroissement, ni par sa rupture; mais si sa gravité est moindre que celle des anévrysmes faux consécutifs , il n’offre pas, comme eux, une guérison spontanée et sa persistance est illimitée. Cependant, lorsc|ue la tumeur a pris un certain volume, celui d’une noix, par exemple, et que la veine blessée et les veines communicantes sont très-variqueuses, le malade se plaint de stupeur dans la partie affectée et dans toute la longueur du membre dont les mouvemens sont moins faciles, dont la chaleur semble diminuer, ainsi que la force contractile des muscles, et sa coloration devient bleuâtre ou légèrement violacée : circonstances qui sont dues au passage d’une cpiantité de sang veineux dans les artères et d’une moins grande quantité de sang rouge apportée par les artères a toutes les parties situées au delà de la tumeur.
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§ XCHI.Ona signalé plusieurs symptômes généraux tels que des menacescle syncope, un trouble dans la circulation etdansles mouvemens du cœur, phénomènes qu’on a cru devoir attribuer à la petite quantité de sang passant de l’artère dans les veines et revenant au cœur avec le sang noir apporté par les derniers vaisseaux j mais, disons-le, ces accidens sont très-rares et peu d’observateurs en font mention.
§ XCIV. Quelles sont les altérations qui surviennent dans les vaisseaux lésés et dans les tissus voisins, comme effets de la maladie?
La plaie de la veine, correspondant a la peau, secicatiise promptement sous l’influence de la pression, et le sang cesse dès lors, soit de couler au dehors, soit de s’infiltrer dans le tissu cellulaire ambiant; l’ouverture de la veine en rapport avec celle de l’artère reste béante; les deux espèces de sang continuent a se mêler en passant de l’un dans l’autre vaisseau, et le pourtour de la plaie finit par se cicatriser de telle façon que les bords de la plaie de la veine s’unissent aux bords de la division de l’artère, et de la sorte, la voie de communication, entre les deux vaisseaux, restant constamment ouverte, le sang de l’artère passe dans la veine et réciproquement d’une manière indéfinie.
$ XCV.De cet échange continuel du sang entre les deux espèces de vaisseaux, résulte une véritable métamorphose dans leur tissu et dans leurs dispositions. L’artère recevant du sang veineux, le cours de ce liquide se ralentit clans ce vaisseau, le pouls devient faible, moins précipité; l’artère se dilate, ses parois s’amincissent, perdent leur résistance, acquièrent une mollesse comparable a celle des tuniques veineuses, elle devient flexueuse, revêt, peu à peu, les caractères d’une veine et d’une veine dilatée, et perd insensiblement tous ceux des tubes artériels, mais seulement audessous de la blessure. Celte dilatation de l’artère dans toute sa longueur avait déjà été aperçue par iHorand, h la suite des blessures de la veine et de l’artère dans la saignée au pli du bras. Ne pouvant concevoir cette dilatation, et ne sachant comment l’ex-
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plic[iier, les uns en avaient contesté la réalité, les autres prétendaient que cette expansion des membranes du vaisseau, dans une grande étendue, était antérieure à l’accident de la saignée. (Scarpa et S. Cooper. ) Il est certain qu’il se fait un véritable échange de sang entre les deux vaisseaux; le sang artériel passe dans la veine pendant le mouvement de sistole, et le sang veineux pénètre dans, la partie inférieure du tube artériel pendant la diastole de ce vaisseau. Sans cet échange, comment expliquer le ralentissement de la circulation, la diminution de la sensibilité et de la température dans les parties où l’artère lésée apporte le sang, et comment se rendre compte de la dilatation de ce vaisseau, de sa ressemblance avec une veine, et enfin de la teinte moins vermeille du sang qui circule dans l’artère?
$ XCVI. La veine change aussi, autour de la blessure, audessous et surtout au-dessus; les parois de ca vaisseau prennent plus de solidité et de résistance, et quoique le vaisseau soit plus ample, ses parois ont cependant moins de souplesse qii’auparavant.
§ XCVII. G. Hunter, qui a été un bon observateur des symptômes de l’anévrysme variqueux et qui le premier en a fait rhistoire, quoiqu’avaiit lui il ait été observé par Sennert et par Giiattani, ne parait pasètreaussi bon physiologiste, surtout lorsqu’il cherche à donner une explication des faits; nous dirons même qu’il n’est pas toujours assez clair et assez rigoureux dans le choix de ses expressions, ce qui le fait paraître en contradiction avec lui-même.
« La veine se dilatera ou deviendra variqueuse, et elle offrira des pulsations accompagnées de tremblemens isochrones aux battemens de l’artère; elle fera également entendre un sifflement correspondant aux battemens artériels. L’artère, du moins je le suppose, deviendra plus grosse au bras et plus petite au poignet, que dans l^état naturel. On pourra s’en assurer en comparant la grosseur et les battemens de l’artère aux deux bras, ou dans diverses parties du bras. »
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^ XCVIII. Plus loin G. Hunter demande : « D’ ou vient que l’artère augmente de volume dans tout le trajet du hrasl Je pense, c’est G. Hunter qui parle, que cela provient de ce que le sang passe facilement de l’artère dans la veine, et mie telle extension est analogue à celle quojff^rent toutes les artères dans les coi'ps qui prennent de V accroissement ou dans les parties du corps qui s’ accroissent isolément y tout en conservant la structure vasculaire. On sait très-bien que les artères de l’utërus deviennent très-grosses pendant la gestation, etc., d’où je conclus que le phénomène dont il s’agit est généralement vrai, quant au fait, et que la raison que j’en donne est évidente » (i).
§ XCIX. G. Hunter compare ici, entr’elles, deux choses toutà-fait différentes. Lorsqu’un organe se développe, comme par exemple l’utérus en état de gestation, ou lorsqu’une partie s’hypertrophie , les artères prennent, dans toute leur étendue, un calibre plus considérable, tandis que dans l’anévrysme variqueux, suivant notre auteur, cette dilatation du vaisseau ne se lait qu’au-dessus de la piqûre. Ici il n’y a ni accroissement de nutrition, ni obstacle apporté à la circulation artérielle , puisqu’une voie nouvelle, celle de la veine qui reçoit du sang rouge, est ouverte à la colonne du sang artériel. Si, comme le dit Hunter, une plus grande quantité de sang arrive par le vaisseau audessus de sa lésion, d’où vient que le membre s’atrophie, qu’il se refroidit? d’où vient que l’artère diminue de calibre au-dessous de la blessure, ainsi que Hunter affirme l’avoir reconnu au poignet ?car, par l’afflux plus considérable de sang rouge, le bout inférieur de l’artère doit être indemnisé de la quantité de ce même liquide qui passe dans la veine. G. Hunter n’est donc ])as suffissament clair dans ce point de son histoire. Un nouveau débouché ouvert au sang artériel ne doit pas déterminer la dilatation du tronc vasculaire au-dessus de l’ouverture de la nouvelle vole; un obstacle à la circulation produirait bien plutôt cet
(i) Med. observai, and inq. , vol. II.
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effet, et c’est ce qui arrive dans les aneVrysmes faux consecutifs anciens. Le sang artériel dilate et le vaisseau au dessus de la tumeur et les branches collatérales. Les dilatations du ventricule gauche du cœur avec hypertrophie des parois de cet organe, ne sont-elles pas le plus ordinairement la conséquence d’un rétrécissement de l’artère aorte ou de quelque gêne du cours du sang dans les gros troncs artériels à peu de distance du cœur?
§ G. N’est-il pas manifeste aussi, que G. Hunter donne une explication fautive et se trouve en contradiction avec luimême? comment se fait-il , en effet, que l’artère devienne plus grosse au bras et plus petite au poignet, que dans l’état naturel, et que plus bas il dise que l’artêre augmente de volume danstoutle trajet du bras? Pour expliquer une telle extension qui est due au passage d’unequantité de sang moindre qu’anparavant, il l’assimile à ce qu’offrent les artères dansles corps qui prennent de l’accroissement ; mais dans l’anévrysme variqueux, l’artère n’est pas seulementplusforteparle passage d’une plus grande quantité de sang artériel ; elle est encore dilatée et présente les caractères d’une veine. Les parties d’ailleurs ne s’accroissent pas; car, au lieu d’une hypertrophie réelle, il y a ralentissement dans la circulation, diminution dans la chaleur, la sensibilité et la motilité de la partie ; les tissus situés au-dessous de la blessure tombent dans un véritable état de torpeur et d’immobilité, et ce -n’est pas là le caractère des organes où la circulation est plus rapide par l’abord d’une plus grande quantité de sang.
§ CI. G. Hunter n’aurait-il pas confondu \ affaiblissement et la mollesse du pouls au poignet, avec la petitesse de l artère^ Dans la réalité, l’artère se dilate dans les anévrysmes variqueux anciens des membres et surtout dans ceux des membres inférieurs ; le tronc vasculaire principal , -ainsi que ses branches, sont manifestement dilatés et leurs parois deviennent semblables à celles des veines. Si la même quantité de sang rouge parcourt un vaisseau disposé de la sorte, les baitemens du pouls ne peuvent pas avoir les mêmes caractères que ceux de l’artère du
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membre oppose'. Nous pensons donc que ce changement dans les pulsations del’arlère, dans des anëvrysmes anciens, dépend et de la dilatation du vaisseau, laquelle est dëmontrëepar l’examen des cadavres, et duj)assage du sang veineux dans l’artère; car, comment expliquer liutrement cette artériectasie et la métamorphosé des parois du vaisseau?
Cependant, il ne faut pas croire que cette dilatation de l’artère, au-dessous de sa blessure, appartienne à tous les anëvrysmes variqueux. La situation de ces anëvrysmes a une grande influence sur la formation de cette artériectasie; car elle ne peut affecter que des troncs vasculaires d’un assez gros calibre, et encore faut-il que l’introduction du sang veineux puisse se faire dans l’artère et que la circulation de ce liquide, dans ce vaisseau, soit favorisée par les lois de l’hydraulique et par la force de gravitation. C’est pourquoi cette dilatation de l’artère blessée, considérée par nous comme la conséquence de l’admission d’une quantité donnée de sang veineux dans la cavité du vaisseau, se voit surtout à la suite des anëvrysmes variqueux des membres et non dans les anëvrysmes variqueux des vaisseaux du cou et de la région sous-clavière. Il faut encore que la blessure de l’artèré ait une certaine étendue, et qu’elle soit faite dans une direction qui détermine la production d’une ouverture constamment béante et en rapport direct avec celle de la veine. Les travaux de Jones, de J. Bell, de Béclard, de Guthrie, etc., et nos propres expériences sur les blessures des systèmes vasculaires, démontrent que le genre d’instrument agissant sur l’artère, la direction et l’étendue de la plaie faite aux parois de ce vaisseau, etc., ne sont pas des circonstances indifférentes pour les suites de cette lésion traum.atique ; car, suivant que la plaie de l’artère est parallèle ou perpendiculaire à l’axe du vaisseau, et surtout suivant que la plaie transversale a plus ou moins d’étendue, il en résulte une simple fissure ou une ouverture arrondie constamment béante, et conséquemment cette plaie se cicatrisera ou donnera lieu à un anévrysme variqueux, et celui-ci
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permettra, plus ou moins facilement, l’entree du sang veineux dans l’artère. Ces raisons nous paraissent suffisantes pour expliquer les différences observées dans l’état des artères et des veines, lors des anévrysmes variqueux^
La dilatation de l’artère humérale au-dessus de la blessure de ce vaisseau et sa flexuosité, observées par G. Hunter et considérées par lui comme un effet de l’afflux d’une plus grande quantité de sang dans cette artère, parce qu’une partie du sang qu’elle contient s’introduit dans la veine, ne nous semblent pas être des raisons bien suffisantes et bien en harmonie avec les lois de la physique. Ces changemens dans l’état du vaisseau, nous paraissent plutôt résulter du passage d’une petite quantité de sang noir dans l’artère par l’ouverture traumatique, la dilatation et l’allongement de l’artère ne pouvant pas se borner précisément à la partie de ce canal située au-dessous de la blessure. ‘ .
§ CIÎ. Si G. Hunter n’a pas pu compléter la théorie qu’il a donnée de laf^formation et du développement de l’anévrysme variqueux, accusons moins sa sagacité que le manque d’occasions pour examiner, sur le cadavre, la disposition.des parties offrant ce genre de maladie. Une observation cjue Dorsey, de Philadelphie, a placée dans ses Elémens de chirurgie, sur un cas d’anévrysme variqueux, suite d’un coup de feu à la jambe, indiquerait suffisamment l’exactitude de ce que nous avançons sur le passage du sang artériel dans une veine, et de celui du sang veineux dans l’artère, si nous n’avions pas d’autres faits pour démontrer cet échange des deux espèces de sang. .
§ CUL Après la guérison d’une blessure d’arme à feu, les veines du membre se dilatèrent; on distingua bientôt le bruissement caractéristique de l’anévrysme variqueux. Des ulcères existaient au pied, et l’on ne pouvait pas en obtenir la cicatrisation ; les veines devinrent considérablement dilatées depuis les orteils jusqu’à l’aine, et, pour y remédier, MM- Physik etWistar lièrent Partère fémorale à la partie moyenne de la cuisse.
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La gangrène survint bientôt et le malade succomba. Après la mort, l’examen du membre fit voir tout le tronc de l’artère fémorale énormément dilaté, et les veines élargies et distendues par du sang concrète'. On pouvait facilement faire passer une bougie de l’artère poplitée dans l’artère tibiale et de ce dernier vaisseau dans la veine, en traversant un sac correspondant à la partie interne de la jambe au-dessous du genou (i).
$ CIV. Cette observation démontre ce que, à priori y indiquait la physiologie.
^ CV. Lorsqu’on lie un tronc artériel principal, peu après la blessure d’une artère, on peut espérer voir la vie se conserver dans le membre, parce que les tissus seront dans des conditions favorables pour recevoir le sang par les vaisseaux d’un petit calibre. Les comunications anastomotiques entre le tronc vasculaire au-dessus et au-dessous delà ligature, trouveront la portion inférieure de l’artère saine et en état de réagir sur la colonne de sang qui y aborde et de favoriser ainsi la circulation. Mais , après l’opération de la ligature de l’artère, pour un anévrysme variqueux déjà ancien, la partie de l’artère située au dessous de la maladie, est dilatée, ses parois sont affaiblies, elles n’ont plus la contractilité nécessaire pour agir sur la colonne de sang , et la vie étant affaiblie dans tous les tissus frappés d’atonie et d’une sorte d’asphyxie, les fluides y stagnent, n’y circulent plus et bientôt ils sont frappés de gangrène ou de paralysie. La ligature du tronc artériel, d’après la méthode de J. Humer, appliquée aux anévrysmes variqueux, est donc dangereuse, le plus souvent funeste, et le moindre de ses inconvéniens est d’étre insuffisante.
§ GVL Cette espèce d’anévrysme, ignorée des anciens médecins , a été signalée pour la première fois, par G. Hunter, et bien mieux sous le rapport dtf mécanisme de sa formation et de son diagnostic, que sous celui de son traitement : c’est à tort
(i) Eléments of sitrgeij, loin. II, pag. 210.
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que Scarpa revendique, en faveur de Guattani, l’honneur d’avoir ëte le premier à faire connaître cette maladie. Cependant G. Huntern’a presque rien dit sur les indications curatives; considérant la maladie comme peu grave, il conseillait de l’abandonnera elle-même, d’en confier la guérison à la nature, et de se borner à faire changer de profesion au malade , si son état était trop fatigant ou s’il exigeait que les bras fussent toujours dirigés en bas. C’est ainsi que Cléghorn dit au jeune hom'me qui portait au pli du coude un anévrysme variqueux, de quitter le métier de cordonnier pour prendre celui de perruquier.
§ CVII. D’autres praticiens ont recommandé la compression long-temps continuée , soit sur la tumeur, soit sur toute la longueur du membre, à l’aide d’un bandage roulé.
^ CYIII. Les fomentations toniques , astringentes , les applications de compresses trempées dans l’oxicrat, dans l’eau éthérée et a une basse température; enfin, les applications de glace sur la tumeur, ont été mises en usage sans aucun ou presque aucun résultat satisfaisant,
$ CIX. Dans ces derniers temps, un de nos plus illustres et des plus habiles chirurgiens, membre de cette académie, a recommandé un moyen qui, jusqu’alors, n’avait pas été mis en usage dans ce "genre de maladie, et l’a employé avec succès : je veux parler du moxa (i). Nous n’avons connu l’emploi et les heureux effets de ce moyen, contre les anévrysmes du cœur et des artères, que depuis la terminaison de ce Mémoire, et, comme nous n’avons pas été témoin des résultats de cet agent thérapeutique , nous nous bornons à en signaler l’emploi par ce praticien célèbre (2).
(j ex. Quant à une opération sanglante dans laquelle on embrasserait l’artère blessée, avec des anses de fil, elle a été jugée inutile par la plupart des praticiens, et lorsque quelques uns ont
(1) M. le baron Larrey.
(2) Voir la Clinique chirurgicale ^ par D. J. Larrey, tom. III, observation IV, pag. iSb.
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reconnu l’indispensable nécessité d’y avoir recours, ils n’ont laisse' sur son emploi aucun prëceple pour nous guider.
^ CXT. Le raisonnement portait tout naturellement à employer ici la mëtliode d’Anel et de John Hunter, c’est-à-dire de lier l’artère entre le cœur et la tumeur ane'vrysmale. D’autres praticiens préféraient découvrir le vaisseau au-dessus et au-dessous de sa lésion et renfermer celle-ci entre deux ligatures.
§ CXII. Si l’on veut comparer les deux méthodes sous le rapport de la facilité, de la précision et de la promptitude de l’exécution, tous les avantages sont pour la première, ou méthode d’Anel ; car lorsqu’on divise les tissus dans le point correspondant à la blessure, le sang qui coule en grande quantité soit parles veines gorgées et distendues, soit par l’artère ouverte, les tissus peu reconnaisables et peu distincts les uns des autres par le liquide dont ils sont infiltrés, les rapports des vaisseaux, des nerfs et des autres parties qui sont changées par l’infiltration sanguine, par les caillots et par le développement de la tumeur, rendent l’opération longue et laborieuse.
L’avantage semblait donc devoir être accordé à la méthode d’Anel. Cependant cette préférence donnée à cette méthode , n’est pas toujours fondée, et ne saurait être absolue et applicable à tous les cas.
(J CXIII. Nous avons voulu, dans ce Mémoire, chercher la cause de l’insuffisance de la méthode d’Anel dans le traitement de l’anévrysme variqueux, et établir, d’après des faits, les véritables indications du traitement et de la méthode opératoire qui mérite la préférence.
§ CXIV. Etablissons d’abord, l’iitilité et même l’indispensable nécessité de recourir à l’opération sanglante, lorsque la tumeur se développe de plus en plus, et peut, par son volume, gêner l’exercice d’organes importans, comme par exemple, lorsque la tumeur est au cou, et qu’elle comprime l’œsophage ou la trachée-artère, ou lorsque, placée sur un point des membres, elle les fait tomber dans un état de faiblesse, d’inertie ou de
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paralysie plus ou moins complète : nul doute alors sur l’opportunite de l’operation.