‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 22 sur 52 · ADMINISTRATION DES PAÏS ALLEMANDS CONQUIS · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DES PAÏS ALLEMANDS CONQUIS

L'esprit révolutionnaire, qui, en 1807, s'était caché sous le manteau du patriotisme prussien, et qui, plus tard, avait

*Le 18 octobre 1813, à onze heures du matin, je me Suis rendu au milieu de la suite des trois Souverains alliés et en même temps qu'eux à l'endroit que le feld-maréchal prince de Schwarzenberg avait choisi pour lui-même et pour les monarques comme étant le plus favorable pour voir et suivre la bataille. Je n'ai quitté ce poste d'observation qu'à six heures du soir, après la tin de cette sanglante journée, en compagnie des trois Souverains. 11 était inutile de leur annoncer l'heureuse nouvelle, car ils venaient d'assister euxmêmes à la victoire, placés comme ils l'étaient sur un point d'où l'on pouvail embrasser cette immense ligne de bataille. Dès midi l'issue de la journée était décidée (en ne tenant pas compte d'incidents peu probables, comme il peut s'en produire dans toutes les affaires). L'attitude prise par les troupes françaises après les premières heures de la matinée n'était et ne pouvait être que défensive ; Napoléon devait songer à s'assurer le passage des rivières qui coulent à l'ouest de Leipzig et qui formaient un obstacle très-sérieux à la retraite de son armée. Une attaque sur Schbnefeld (?), le point le plus avancé qui fût encore au pouvoir de l'ennemi, et la prise de cette position par la garde impériale du Czar, n'ont rien de commun avec les causes qui décidèrent de la journée. Comme je l'ai dit, la victoire était assurée depuis plusieurs heures, et les dispositions du général en chef n'avaient plus trait qu'à la poursuite de l'ennemi et à la prise de Leipzig, qui devait être enlevé le lendemain matin.

Il suffit de connaître les sentiments religieux des trois Souverains pour êjre convaincu que c'est avec une profonde reconnaissance que leur âme s'éleva dans cette journée solennelle vers l'Arbitre de toutes les destinées, et qu'ils lui firent à lui seul hommage de leur triomphe. Mais ajouter, comme on l'a fait, que le 18 octobre, en recevant la grande nouvelle, ils s'agenouillèrent sur la colline qui leur servait de point d'observation, et que là, en présence des armées, ils adressèrent au ciel leurs actions de grâces, ce n'est là qu'une fiction poétique.

arboré les couleurs teutoniques, fut introduit en 1812 et en 1813 dans les conseils de l'Empereur de Russie par le baron de Stein, le général Gneisenau et d'autres transfuges prussiens et allemands. On n'a qu'à lire attentivement quelques-unes des proclamations lancées par le Czar pendant la campagne de 1812 pour ne garder aucun doute à cet égard. Le même esprit présida aux négociations qui eurent lieu entre la Russie et la Prusse à Kalisch. Toutefois, l'intérêt direct des deux puissances ne fut pas négligé Elles promirent de s'assister mutuellement dans la conquête du duché de Varsovie pour la Russie, et du royaume de Saxe pour la Prusse. Les arrangements conclus sous ce rapport entre les deux Souverains les mirent plus tard dans une fausse position, quand il s'agit de poursuivre la grande œuvre de la restauration politique de l'Europe, et ils furent la source de grandes et nombreuses difficultés entre ces deux Cours et l'Autriche.

Dès l'année 1812, après la retraite de Napoléon, l'Empereur Alexandre avait jeté les yeux sur le baron de Stein pour en faire l'arbitre futur des destinées de l'Allemagne. Celui-ci joua un rôle considérable dans les conférences de Kalisch, et son influence ne cessa de se faire sentir jusqu'à la deuxième paix de Paris, en 1815. Pourtant ce n'est qu'à Leipzig que le Czar mit pour la première fois le baron de Stein en face du cabinet autrichien.

Le lendemain de l'entrée des alliés dans cette ville (19 octobre) , l'Empereur Alexandre me fit appeler pour me faire part de la nécessité de mettre le baron de Stein à la tête de l'administration des pays allemands reconquis et à reconquérir, administration dont il fallait s'occuper aux termes de la convention arrêtée à Teplitz , relativement à la situation provisoire de ces conquêtes Comme je connaissais de longue date les travers d'esprit du baron de Stein, j'opposai à ce choix une vive résistance. L'Empereur François appuya personnellement mes efforts. Ils restèrent infructueux. lie Czar finit par m'avouer qu'il avait fait des promesses formelles au baron de Stein , et qu'il lui faudrait absolument les tenir sous peine I d'être taxé de faiblesse excessive. Il n'y avait plus qu'à céder.

ÎTO AUTOBIOGRAPHIE.

On constitua le comité d'administration sous la présidence du baron de Stein; mais je constatai, en présence du Czar, que je prévoyais les suites fâcheuses qu'aurait forcément pour la constitution future de l'Allemagne l'influence d'un homme qui relevait directement du parti révolutionnaire. Les événements n'ont que trop justifié mes prévisions. L'administration , dont l'organisation fut réglée à Leipzig, a servi d'appui et de levier aux factieux, et c'est à son influence directe qu'il faut attribuer en grande partie l'essor révolutionnaire que, dans les années suivantes, l'esprit public prit en Allemagne. Cette administration était formée des gens qui étaient à la tête du parti populaire; c'est elle qui organisa la révolution qui n'aurait pas manqué d'éclater en Allemagne sans les efforts que firent plus tard les princes alliés pour se sauver euxmêmes et pour sauver leurs peuples. Il suffit de citer les noms de Jahn, d'Arndt, même de Gorres et de beaucoup d'autres, pour ne laisser aucun doute à cet égard.

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