‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 44 sur 52 · LE MANUSCRIT DE SA INTE - HÉ L ENE · texte numérisé non relu

LE MANUSCRIT DE SA INTE - HÉ L ENE

Dans le temps où il parut, le Manuscrit de Sainte-Hélène fit un grand effet en Europe.

Cet opuscule fut regardé généralement comme un précurseur des Mémoires que Napoléon étaiteensé écrire dans le lieu de son exil. Il suffit en effet de le lire pour être frappé de l'analogie des pensées et du style avec ce qui jusqu'à cette heure avait été connu de Napoléon. Une seule considération a dû frapper : c'est la singularité du fait qu'un auteur se serait permis de livrer à ses contemporains dans la forme d'un court abrégé, pour ainsi dire, le résumé d'un ouvrage qu'il s'apprêterait à publier in extenso, et de consigner dans cet abrégé une foule de sentiments et d'idées dont la reproduction eût,

sans contredit, formé la partie la plus essentielle de l'ouvrage lui-même. Ce qui affaiblit ce raisonnement, c'est la considération de l'avantage que Napoléon aurait pu trouver à tenir les esprits en Europe en mouvement et à les occuper de ses pensées; la hardiesse des vues exprimées et leur conformité permanente avec les antécédents de sa vie.

Les opinions sur le compte du pamphlet se partagèrent cependant bientôt, et, s'il ne s'éleva pas un doute sérieux sur la nature de son contenu, qui fut attribué universellement à Bonaparte lui-même, les uns le crurent émané de Sainte-Hélène directement, d'autres ne le prirent que pour une compilation des opinions et des vues de Napoléon sur les actes principaux de sa vie politique, rédigée par quelque personne qui, à des époques antérieures, aurait été à même de connaitre et de recueillir à leur source l'expression de ses pensées et de ses vues. Mais pour rédiger dans un style aussi individuel les pensées d'un tiers, il devenait nécessaire de supposer dans l'auteur de l'entreprise un talent tout particulier. Le bruit ne tarda pas à se répandre que l'entreprise avait été conçue et exécutée parmadame de Staël. Madame de Staël, de son côté, attribua l'œuvre à Benjamin Constant, dont à cette époque elle s'était séparée par suite d'une brouille. Plus tard, on sut que l'auteur était le marquis Lullin de Châteauvieux, un homme du monde que personne n'avait soupçonné de savoir tenir une plume.

ALEXANDRE Ier, EMPEREUR DE RUSSIE.

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