‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 45 sur 52 · PORTRAIT TRACÉ PAR LE PRINCE DE METTERMCH EN · texte numérisé non relu

PORTRAIT TRACÉ PAR LE PRINCE DE METTERMCH EN

C'est une entreprise difficile que de faire le portrait de l'Empereur Alexandre.

Celui qui a le mieux caractérisé ce prince, c'est Napoléon. Dans le cours d'un de nos entretiens, en 1810, il me demanda si je connaissais de près l'Empereur de Russie. Je répondis que je n'avais eu des relations personnelles avec lui qu'en 1805, à l'époque de son séjour à Berlin. « Eh bien! répliqua Napoléon, l'avenir pourrait bien vous rapprocher encore. L'Empereur Alexandre est une de ces figures qui vous attirent et qui semblent faites pour exercer un charme tout particulier sur ceux qui viennent à être en contact avec elles. Si j'étais homme à me laisser aller à des impressions purement personnelles, je pourrais m'attacher à lui de tout cœur. Mais à côté de ses grandes qualités intellectuelles et de cet art de captiver ceux qui l'entourent, il y a en lui quelque chose que je ne puis définir C'est un je ne sais quoi que je ne pourrais mieux expliquer qu'en vous disant qu'en tout il lui manque toujours quelque chose. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'on ne peut jamais prévoir ce qui lui manquera dans un cas donné ou dans une circonstance particulière ; car ce qui lui manque varie à l'infini. »

En prévoyant que le cours des événements me mettrait en rapport direct avec l'Empereur Alexandre, Napoléon avait parlé en prophète ; mais il était certainement loin de croire que sa prédiction dût se réaliser si tôt. Trois ans plus tard, je me trouvai en relations directes et journalières avec ce prince. Nos rapports ont duré sans interruption pendant treize années, avec de perpétuelles alternatives d'intimité réelle, de refroidissements plus ou moins marqués, de brouilles secrètes et publiques. Chacune de ces phases m'a mis à même de constater l'exactitude du jugement porté par Napoléon sur l'Empereur de Russie.

Mais d'autre part ce commerce si long et si plein de vicissitudes m'a permis de me rendre un compte exact du caractère de ce prince.

Pour moi , je ne saurais mieux rendre mes impressions qu'en les résumant sous la formule suivante : Le caractère d'Alexandre offrait un singulier mélange de qualités viriles et de faiblesses féminines.

L'Empereur Alexandre avait certainement de l'esprit ; mais son esprit, quoique fin et subtil, manquait absolument de profondeur; il s'égarait avec une égale facilité, soit qu il s engouât de théories fausses, soit qu'il s'en défiât outre mesure. Son jugement se laissait toujours influencer par des idées favorites ; ces idées lui venaient comme par une inspiration soudaine, et il les embrassait avec une ardeur extrême. Elles ne tardaient pas à emporter la balance au point de le dominer entièrement et de permettre à ceux de qui il les tenait d'asservir sans peine sa volonté.

Les idées de ce genre prenaient bien vite à ses yeux la valeur d'un système; comme il était changeant et que sa pensée était d'une mobilité extraordinaire , les systèmes qu'il embrassait ne se heurtaient point chez lui, mais se succédaient. Tout entier à celui qui dans le moment avait sa faveur, il arrivait sans s'en apercevoir, et en passant par différents degrés intermédiaires , au système diamétralement opposé , et ne gardait de la conviction dont il était pénétré naguère, d'autre souvenir que celui des obligations qu'elle lui avait fait contracter envers un

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certain nombre d'individus. De là, pour l'esprit comme poulie cœur du Czar , une somme très-lourde d'embarras plus ou moins inextricables; de là ces engouements successifs pour des hommes et des choses que séparaient des différences radicales; de là la difficulté de comprendre son attitude pour les observateurs qui n'étaient pas à même de pénétrer les véritables causes de ces singuliers phénomènes.

La vie d'Alexandre s'est usée au milieu de perpétuelles alternatives d'illusion aveugle et de désenchantement ; ses inspirations étaient vives et spontanées, et, chose étrange à dire , elles se produisaient avec une sorte de régularité périodique. Plus tard j'appuierai mon assertion de preuves concluantes.

Il était homme de parole et contractait facilement des obligations, quelle que fût la direction de ses idées; il évitait très-adroitement ceux qui auraient pu le pousser dans une voie contraire à celle qu'il suivait; mais comme ses idées prenaient facilement la forme d'un système et qu'elles étaient sujettes à changer sans cesse, le respect qu'il avait pour la parole donnée embarrassait sa conscience, gênait son attitude, et le mettait dans une situation aussi pénible pour lui que nuisible à la cause publique.

C'est à tort que beaucoup de contemporains ont cru reconnaître dans Alexandre une violente ambition. Il n'y avait dans son caractère ni assez de force pour faire de lui un véritable ambitieux ni assez de faiblesse pour le faire rester dans les limites de la simple vanité. Il agissait ordinairement par conviction, et si parfois il affichait des prétentions, c'était plutôt en visant aux petits triomphes de l'homme du monde qu'aux succès du souverain.

Sa jeunesse remontait à une époque unique dans les annales de la Russie. Sous le règne de Catherine, il vit de grands exemples d'un despotisme brillant; sous celui de Paul, il fut souvent sur le point d'être lui-même la victime d'un despotisme vil et mesquin jusque dans le choix de ses procédés. 11 suffit d'avoir connu la Russie sous ces deux règnes pour comprendre qu'un esprit comme celui d'Alexandre ne pouvait

trouver dans un passé pareil ni des modèles à suivre ni des conseillers à écouter.

La première éducation d'Alexandre avait été confiée par Catherine II à La Harpe. Il ne faut donc pas s'étonner que de fausses idées de libéralisme et de philanthropie aient longtemps exercé un si grand empire sur l'élève d'un tel maître , et que le singulier mélange des leçons d'un mentor libéral et des agissements du gouvernement russe ait faussé son jugement et sa conduite , et l'ait emporté bien loin au delà du point où l'expérience pouvait venir à son secours.

La méthode d éducation de La Harpe était bien faite poui remplir l'esprit de son élève de principes faux et absurdes dans leur application , plutôt que pour l'enrichir de connaissances positives. Il était certainement convaincu que l'Empire que son élève serait un jour appelé à gouverner n'était pas encore assez avancé dans la voie de la civilisation pour se plier immédiatement au joug de ces doctrines; aussi travaillait-il à se préparer, dans le futur Souverain, un levier puissant qui lui permît de bouleverser à coup sûr les pays plus avancés , et notamment sa propre patrie, la Suisse. De cette manière, le rôle d'un prince philanthrope se présentait au Czar comme devant lui assurer une gloire certaine , une gloire facile à gagner pour un monarque qui se voyait à l'abri des dangers que le libéralisme créait pour les autres trônes et pour les vieilles institutions de l'Europe centrale.

Simple dans ses goûts , froid par tempérament , se livrant à des penchants que j'appellerais volontiers bourgeois, Alexandre était trop docile pour ne pas donner à ses guides la tentation de tirer parti de leur influence sur lui.

Une longue étude des qualités morales du Czar et de sa conduite politique ma amené à découvrir ce que j'ai désigné plus haut comme les évolutions périodiques de son esprit. Chaque période embrassait à peu près un espace de cinq ans ; je ne saurais rendre plus exactement le résultat de mes observations.

L'Empereur s'emparait d'une idée et ne tardait pas à suivre le courant où elle l'entraînait. L'idée mettait environ deux ans à se développer, de sorte qu'elle prenait insensiblement à ses

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yeux la valeur d'un système. Pendant la troisième année, il restait fidèle au système adopté , s'y attachait , écoutait avec une véritable ferveur ceux qui le patronnaient; quant à calculer la valeur de l'opinion qui le captivait et les conséquences funestes qu'elle pouvait entraîner, il était incapable d'y songer. Dans la quatrième année, à la vue de ces conséquences, ses yeux commençaient à se dessiller; la cinquième année n'offrait plus qu'un mélange informe du système en train de disparaître et de l'idée nouvelle qui commençait à germer dans son esprit. Cette idée était souvent diamétralement opposée à celle qu'il venait d'abandonner. A l'appui de cette observation , je citerai les faits historiques que voici :

Mes premiers rapports avec l'Empereur Alexandre remontent à l'époque de ma mission à Berlin (1805). En ce temps-là il était libéral , dans l'acception la plus large de ce mot. II était l'ennemi acharné de Napoléon, et détestait en lui à la fois le despote et le conquérant. En 1807 s'opéra un changement considérable dans sa manière de voir. En 1808, il y eut même en ses sentiments personnels un revirement en faveur de l'Empereur des Français. L'année 1812 amena une phase nouvelle. Lors même que Napoléon n'eût pas fait la guerre à la Russie , les sentiments d'Alexandre à son égard ne s'en seraient pas moins éteints. Ses anciennes idées de philanthropie et de libéralisme non-seulement avaient repris leur empire sur son esprit, mais encore elles s'enflammaient à l'ardeur des idées du temps. En 1814, elles étaient à leur apogée. En 1815, elles avaient déjà fait place au mysticisme religieux. En 1817, ce nouveau courant d'idées se modifia profondément. En 1818, quand je vis le Czar à Aix-la-Chapelle, il était l'ardent défenseur des principes monarchiques et conservateurs, et l'ennemi déclaré de toute tendance révolutionnaire ; en outre , il était déjà sur le point de revenir à son mysticisme religieux. Jusqu'en 1 823 il ne varia point. A ce moment se produisirent les embarras que lui avaient suscités ses propres conseillers à l'occasion des affaires de Grèce ; il put alors constater la diffusion et le débordement des principes révolutionnaires, de ces mêmes principes dont il avait, dans son aveuglement, répandu jadis les

germes dans son propre Empire. Tontes ces pénibles circonstances jetèrent son caractère et son esprit dans un affaissement visible. C'est à partir de ce moment qu'on le vit commencer à être fatigué de la vie. Le moral réagit sur sa constitution, en apparence si robuste. Ce fut pendant son séjour à Vérone, vers la fin de l'année 1822, qu'Alexandre confia à lEmpereur François le pressentiment qu'il avait de sa fin prochaine. Le mal ne fit qu'empirer, et en 1825 Alexandre succomba à un incurable dégoût de la vie.

Il est hors de doute que parmi les causes qui ont directement contribué à abréger ses jours , il faut compter ce douloureux conflit de sentiments dont le menaçait la perspective du procès de conspirateurs dont les principaux coupables pouvaient reprocher à l'Empereur de les avoir lui-même entraînés dans cette voie criminelle.

En traçant le portrait de ce prince extraordinaire, que le monde aura de la peine à juger sainement, je crois donner la clef de mainte anomalie qui resterait sans cela une énigme inexplicable.

La constance dont le cœur de l'Empereur Alexandre était capable semblait s être concentrée dans le sentiment qu'il éprouvait pour l'Empereur François. Les détails que je puis fournir sous ce rapport compléteront la peinture du caractère de ce Souverain, et jetteront aussi quelque lumière sur ses rapports avec moi.

Les deux Empereurs se virent pour la première fois pendant l'automne de l'année 1805, sur les champs de bataille de la Moravie. Les revers que les regrettables dispositions des généraux autrichiens avaient préparés dés le commencement de l'unique campagne de cette guerre, ne tardèrent pas, par suite des fautes des généraux russes, à se changer en désastres à la fin de cette funeste entreprise. L'Empereur Alexandre, qui était jeune et sans expérience militaire, aimait mieux accueillir des combinaisons ambitieuses et chimériques que les conseils sages et pratiques qui répondaient à la froide raison de l'Empereur François. Tout ce que ce prince avait prévu et prédit à son allié se réalisa malheureusement coup sur coup. Ce fait

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est toujours resté présent à l'esprit du Czar \ il a été la cause première de cette confiance absolue qu'il n'a jamais cessé de témoigner à son ami. Les événements politiques ultérieurs ont souvent empêché Sa Majesté Impériale de manifester ce sentiment, mais il n'en existait pas moins en principe. Les événements des années 1814 et 1815 créèrent entre les deux Souverains des rapports directs qui durèrent sans interruption pendant bien des années, et finirent par les unir véritablement de cœur.

Une amitié qui avait résisté à toutes les épreuves et que rien ne pouvait ébranler, malgré les plus grands intérêts politiques, et, chose étrange, malgré les différences radicales que présentait le caractère des deux amis, une amitié pareille est certainement un problème qu'on ne peut résoudre qu'en étudiant à fond le caractère des deux Souverains.

Les qualités si précieuses et si positives que réunissait l'Empereur François : son calme , son impartialité , la sûreté de son jugement, cette égalité d'àme qui ne se démentait jamais, tout cela inspira au Czar un attachement que je ne puis mieux qualifier qu'en l'appelant une sorte de respect filial. Plus tard ce sentiment grandit encore, par suite de la teinte de mysticisme religieux qui caractérisait l'esprit de ce prince. L'Empereur Alexandre considérait son ami comme le monarque selon la volonté de Dieu, comme le représentant de la volonté, de la sagesse divine. Il lui vouait une espèce de culte. Dans différentes circonstances où l'Empereur François combattit énergiquement les tendances personnelles du Czar, le sage monarque n'eut qu'à exprimer son opinion pour suspendre les résolutions d'Alexandre et pour le décider à les abandonner tout à fait ou à les modifier dans les points essentiels.

L'attachement du Czar pour l'Empereur François fut de tous ses sentiments celui qui exerça le plus d'influence sur lui jusqu'à la fin de ses jours.

En tout ce qui avait rapport à la vie privée, Alexandre n'avait que des goûts purs et simples, qui portaient, il est vrai, le caractère d'une remarquable élégance. Il s'est peu occupé des sciences, et je n'ai jamais découvert en lui un goût pro-

nonce pour une branche quelconque des sciences positives. En fait de beaux-arts, il n'aimait que l'architecture. Sa vue basse et une certaine dureté d'oreille l'empêchaient de se livrei au culte des autres arts libéraux, dont on ne peut jouir qu'au moven de ces sens dont il n'avait pas le plein usage. Il aimait le travail de cabinet, tant qu'il ne s'écartait pas de la sphère politique et des détails militaires. Il avait un éloigneraient prononcé pour les affaires purement administratives, et, quand il s'en occupait, il arrivait infailliblement qu'il se laissait influencer par les théories politiques vers lesquelles la nature particulière de son esprit l'a entraîné de tout temps. L'histoire administrative de son Empire pendant toute la durée de son règne prouve combien ces influences ont été à la fois puissantes et funestes.

A ces traits principaux j'ajouterai encore quelques éclaircissements puisés dans mes rapports avec le Gzar. Ils ne seront pas inutiles pour marquer le vrai caractère de l'histoire du temps, et en même temps ils serviront à confirmer le jugement que j'ai porté sur l'esprit et sur le caractère de ce prince.

Je commencerai par établir d'une manière générale que rien ne peut offrir moins de ressemblance que les idées du Czar et la direction de mon esprit. Aussi y avait-il des différences marquées entre ses goûts et les miens, — sauf une certaine conformité dans le choix de nos relations sociales, — et si l'intérêt immense qui s'attachait aux questions à résoudre ne nous avait rapprochés, il est probable que rien n'aurait pu établir entre nous des rapports si durables et parfois siintimes.

J'ai déjà dit que c'est à Berlin (1805) que je me suis trouvé pour la première fois en relation directe avec le Czar. Alexandre était arrivé dans cette capitale pour représenter en personne la cause et les intérêts de l'alliance austro-russe. Le fait de défendre la même cause rapproche facilement deux hommes, quelle que soit ïa différence de leur position.

L'Empereur avait l'habitude de traiter lui-même les grandes questions politiques, et d'être ainsi, comme il aimait à le dire, son propre ministre. C'est à partir de cette époque que nos rapports devinrent directs, et plus tard même intimes.

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La paix venait d'être conclue à la fin de la même année entre l'Autriche et la France ; comme le comte de Stadion, alors ambassadeur à Saint-Pétersbourg:, avait pris le portefeuille des affaires étrangères, Alexandre désira me voir représenter l'Autriche près de lui. Un singulier enchaînement de circonstances me fit nommer ambassadeur d'Autriche en France. Lorsque sept ans plus tard je revis le Gzar à la frontière de Bohême, je le trouvai visiblement réservé à mon égard. J'ai exposé les motifs de cette réserve dans une autre partie de mes Mémoires*. Avec cette irrésistible bonté de cœur qui le caractérisait, le Gzar semblait me reprocher d'avoir été un ami infidèle. La conclusion de l'alliance dissipa ces nuages, mais nos rapports personnels ne commencèrent à redevenir intimes qu'après l'insuccès de la première entreprise militaire des alliés contre Dresde. Les efforts inutiles que j'avais faits conformément aux vues de l'Empereur François et du feld-maréchal prince de Schwarzenberg pour empêcher cette opération, la franchise des déclarations que je fis à l'Empereur Alexandre sur ce sujet, peut-être aussi la justesse de mes prévisions, servirent à amener ce rapprochement.

Malgré la différence bien tranchée de notre manière de voir sur une foule de questions, malgré bien des circonstances importantes et les froissements qui auraient pu si facilement résulter de la divergence de nos idées, rien ne troubla l'intimité de nos relations journalières pendant les campagnes de 1813 et de 1814. C'étaient vraiment des rapports comme il en a rarement existé entre le Souverain d'un grand Empire et le chef du Cabinet d'une autre grande puissance.

Pendant tout le temps que durèrent les opérations militaires, je passai les soirées avec Sa Majesté Impériale. De huit ou neuf heures du soir jusqu'à minuit, nous restions en têteà-tête, causant familièrement. Nous parlions des objets les plus divers, des faits de la vie privée aussi bien que des grandes questions morales ou politiques, et des affaires de jour. Nous échangions nos idées sur toutes choses avec un

* Voir livre Ier, Autobiographie, page 143. (Note de l'Editeur.)

parfait abandon, et cette absence de contrainte donnait un charme particulier à nos rapports.

Jamais je ne déguisai la vérité au Czar, ni sur lui-même ni sur rien qui eût à mes yeux la haute valeur d'un principe. Je n'ai eu que trop souvent à combattre chez lui des idées favorites, qu'il soutenait avec beaucoup de force; souvent nos discussions étaient très-vives, — témoin le séjour à Langres que j'ai raconté plus haut *, — mais tout cela n'a jamais porté atteinte à notre intimité, et nos rapports n'en ont pas moins gardé fort longtemps le même cachet de cordiale franchise.

Pendant notre séjour à Paris en 1814, j'eus avec Alexandre mainte discussion à propos des principes que Louis XVIII devait suivre. A ce moment-là, le Czar était engoué d'idées libérales ; aussi nos vues sur le meilleur moyen de consolider la paix intérieure de la France sous la domination des Bourbons étaient-elles souvent diamétralement opposées.

Après la paix de Paris, je me rendis en Angleterre en même temps que l'Empereur de Russie et le Roi de Prusse. Pendant notre séjour dans ce pays, mes rapports personnels avec le Czar gardèrent le même caractère d'intimité. Plus d'une fois, des froissements assez sérieux entre Alexandre et Georges IV, alors prince régent, me mirent personnellement dans un singulier embarras. Également bien vu des deux princes et initié à leurs griefs journaliers et personnels, je devais viser à empêcher leur irritation réciproque de dégénérer en brouille déclarée. En réalité, les torts étaient toujours du côté du Czar, dont la susceptibilité était constamment excitée par la grande duchesse Catherine , qui était arrivée en Grande-Bretagne quelques semaines avant son frère. La conduite que tenait alors cette princesse , dont le cœur et l'esprit étaient ornés de qualités fort estimables, est toujours restée une énigme pour moi. Il est hors de doute qu'un des motifs de son voyage était le projet de rompre le mariage arrêté entre le prince d'Orange et l'héritière présomptive de la couronne d'Angleterre, et de mettre sa propre sœur sur le trône de Hollande. Mais ce

* Voir Autobiographie, page 181. (Note de l'Éditeur.)

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but, qu'elle atteignit d'ailleurs, ne suffit pas pour expliquer l'étrangeté de sa conduite , sa mauvaise grâce et les procédés auxquels le Czar se laissa entraîner par sa sœur.

Je crois devoir rapporter ici une anecdote qui est de nature à jeter quelque jour sur les idées bizarres et souvent inexplicables d'Alexandre.

Sa Majesté Impériale flattait volontiers les hommes les plus marquants de l'opposition anglaise. Un jour, elle demanda à lord Grey de lui soumettre un projet sur la création d'une opposition en Russie. Après l'audience, lord Grey vint me trouver pour me demander des éclaircissements sur l'idée du Czar, qui lui paraissait aussi incompréhensible que peu pratique. «Est-ce que le Czar, me demanda lord Grey, songe à introduire un parlement en Russie? Dans le cas où il serait résolu à le faire, — et je me garderai bien de l'y pousser, — il n'aura pas à se préoccuper de créer l'opposition ; elle ne lui manquera certainement pas. »

Ce fut le Congrès de Vienne qui amena un nouveau changement clans mes rapports avec le Czar.

La création d'un royaume de Pologne qui, sous le sceptre de la Russie, devait comprendre tout le territoire de l'ex-duché de Varsovie, et l'attribution du royaume de Saxe à la Prusse, avaient été résolues entre l'Empereur Alexandre et le Roi Frédéric-Guillaume III à l'époque des négociations de Kalisch. Nous le savions. L'incorporation de la Saxe à la Prusse heurtait les principes invariables de l'Empereur d'Autriche et devait en même temps provoquer des froissements regrettables entre ses Etats et la Prusse. Dès que ce plan surgit, l'Empereur François fut décidé à le combattre énergiquement; toutefois, il jugea prudent d'ajourner toute discussion sur ce point jusqu'après la conclusion de la paix avec la France , et de réserver la question au Congrès, qui devait régler la reconstitution des différentes puissances de l'Europe.

Cette importante question avait amené un refroidissement entre les Cours. Chacun hésitait à en parler. C'est ainsi que plusieurs semaines se passèrent, même après la réunion du Congrès, sans que personne eût même effleuré la question.

Ce fut l'Empereur Alexandre qui s'en ouvrit le premier à lord Castlereagh. Celui-ci m'en avertit aussitôt. Je lui dis nettement que les prétentions de la Russie et de la Prusse étaient inadmissibles. Quelques jours plus tard, le Czar m'entretint directement de ce sujet. Je le trouvai légèrement embarrassé. Lorsqu'il entendit ma réponse catégorique, il n'insista que faiblement, et finit par exprimer le désir de me voir discuter l'affaire directement avec le chancelier prussien. Le jour même de mon entretien avec Sa Majesté Impériale, le prince de Hardenberg me fit dans ce sens une communication qu'il appuya d'une note. Mes déclarations verbales et écrites furent les mêmes que celles que j'avais déjà faites à l'Empereur de Russie. Le prince de Hardenberg voyait tous ses calculs traversés et se trouvait personnellement dans une situation gênante. Très-irritable comme il l'était, empêché peut-être par sa surdité de bien comprendre toutes mes paroles, sachant par moi que le Czar avait mis peu de chaleur à défendre la thèse de l'incorporation dans son entretien avec moi, et regardant par suite l'affaire comme manquée, le chancelier prussien crut devoir aussitôt en appeler directement à la conscience de l'Empereur de Russie, qui pouvait s'être senti blessé par mainte fausse interprétation de mes paroles.

Cet incident poussa le Czar à un singulier coup de tête. Le lendemain de mon explication avec le chancelier prussien, l'Empereur mon maître me fit appeler de bonne heure. Sa Majesté m'informa que l'Empereur Alexandre venait de La quitter après une conversation très-animée dans laquelle ce prince, se regardant comme offensé personnellement par moi, avait déclaré à Sa Majesté qu'il était résolu à me provoquer en duel. L'Empereur ajouta qu'avant tout il avait fait remarquer au Czar ce qu'il y avait de singulier dans un pareil dessein; mais, voyant l'inutilité de ses observations, il avait fini par lui dire que, s'il persistait dans son idée, il me trouverait certainement prêt à répondre à une provocation que ma raison condamnerait sans doute, mais que l'honneur me commanderait d'accepter. Sa Majesté finit par me dire qu'Elle avait formellement insisté pour que le Czar, avant de me provo-

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quer, envoyât encore un tiers pour s'expliquer directement avec moi, et qu'Alexandre y avait consenti.

Je déclarai à Sa Majesté Impériale que j'attendrais tranquillement les démarches que ferait l'Empereur de Russie. A peine étais-je rentré chez moi que le comte Ozarowsky, un des aides de camp d'Alexandre, se fit annoncer. Il était, me dit-il, chargé par son auguste maître de me sommer de déclarer au chancelier prussien qu'il s'était glissé des erreurs dans ce que j'avais dit à ce dernier sur mon entretien avec le Gzar. Je priai l'aide de camp de donner l'assurance à son maître que jamais je ne rétracterais une parole dont ma conscience me garantirait l'exactitude ; que cependant, si le prince de Hardenherg m'avait mal compris, si par suite il avait mal reproduit mes paroles, j'étais prêt à faire toutes les rectifications nécessaires. Le comte Ozarowsky se retira. Quelques moments après, Sa Majesté Impériale me fit dire qu'elle ne viendrait pas au bal auquel j'avais invité pour le même jour tous les princes et tous les membres du Congrès. Je vis encore le même jour les ministres russes, et je mis le comte de Nessel rode au courant de ce qui venait de se passer II me dit n'avoir pas reçu d'instructions du Czar à ce sujet. Les conférences continuèrent comme s'il ne s'était élevé aucune espèce de difficulté, et elles eurent pour résultat de laisser au Roi de Saxe la moitié de son royaume.

Si ce singulier incident n'entrava en rien les importantes discussions du Congrès, si même les rapports de franche amitié qui unissaient les deux Cours impériales n'en ont nullement souffert, il n'en fut pas de même de mes rapports personnels avec l'Empereur de Russie. Alexandre, qui aimait beaucoup aller dans le monde, se plaisait particulièrement dans certaines réunions intimes que j'avais aussi l'habitude de fréquenter. Presque tous les jours nous nous rencontrions. Nous faisions semblant de ne pas nous voir. Ce qu'il y avait de singulier dans notre conduite pour les observateurs qui fréquentaient à cette époque les salons de Tienne, cessa bientôt d'être remarqué : on s'habituait à cette situation. Les membres de la famille impériale russe assistaient comme aupa-

ravant aux fêtes et aux réunions qui avaient lieu dans mon hôtel. Le Czar seul n'y venait plus. Le public s'était fait insensiblement à l'idée que Sa Majesté Impériale me boudait; mais comme les affaires n'en souffraient en aucune façon, l'inquiète curiosité des diplomates elle-même finit par ne plus trouver d'aliment dans cette singulière situation. Bien souvent j'ai reçu des invitations indirectes à faire le premier pas vers Sa Majesté. Je crus devoir laisser au temps le soin de remettre les choses dans l'état normal.

En réalité, notre brouille dura jusqu'au moment où un événement immense changea la face des affaires en Europe.

Je reçus la nouvelle du départ de Napoléon de l'île d'Elbe le 6 mars, à six heures du matin, par un exprès que m'avait envoyé le consul général d'Autriche à Gênes. Le rapport de ce dernier se réduisait à la simple énonciation du fait. Je me rendis immédiatement auprès de l'Empereur mon maître. Sa Majesté Impériale m'ordonna de transmettre aussitôt la nouvelle à l'Empereur de Russie et au Roi de Prusse. Il y avait trois mois que je ne m'étais présenté devant le Czar. Je fus reçu sur-le-champ. J'informai l'Empereur Alexandre de l'événement qui venait d'avoir lieu, et m'acquittai de la mission dont m'avait chargé mon maître. Le Czar s'exprima avec beaucoup de calme et de dignité dans le même sens que son auguste allié. Nous n'eûmes pas à discuter longtemps les mesures à prendre ; la décision fut prompte et catégorique.

Une fois ce point réglé, l'Empereur me dit : « Nous avons encore à vider un différend personnel. Nous sommes chrétiens tous les deux ; or notre sainte loi nons commande de pardonner les offenses. Embrassons-nous, et que tout soit oublié. » Je répliquai à l'Empereur que pour moi, je n'avais rien à pardonner, mais que j'avais à oublier des incidents pénibles ; que, selon toute justice, Sa Majesté Impériale devait se trouver dans le même cas, que par conséquent je n'acceptais pas le pardon, mais que je proposais de tout oublier.

L'Empereur m'embrassa, et me congédia en me priant de lui rendre mon amitié.

Dans les fréquents rapports que nous eûmes dans la suite, il

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n'a plus jamais été question du temps où nous avions été brouillés. Nos relations ne tardèrent pas à redevenir intimes comme autrefois. Cette intimité dura tout le temps que nous restâmes ensemble en 1815, et quand nous nous revîmes à Aix-la-Cbapelle, en 1818, elle n'était nullement altérée.

Il me reste à parler d'un fait qui remonte à l'année 1822, et qui peut-être mieux que tout autre peut jeter du jour sur le caractère de l'Empereur Alexandre.

Environ six semaines après la réunion du Congrès de Vérone, je me rendis un soir auprès du Czar pour l'entretenir des affaires du jour. Je le trouvai très-agité, et lui en demandai aussitôt la cause. « Je suis dans une singulière situation, me dit Sa Majesté Impériale, j'éprouve le besoin de m'expliquer avec vous sur une question que je regarde comme très-importante, et je ne sais comment m'y prendre. » Je lui répondis que je comprendrais bien qu'une affaire importante pût l'absorber, mais que je ne voyais pas trop que, sentant le besoin de m'en parler, il pût éprouver quelque embarras à s'en ouvrir avec moi.

« Voilà précisément la difficulté, répliqua le Czar, c'est que cette question ne se rapporte pas à la politique ordinaire ; elle nous concerne personnellement, et je crains que vous ne saisissiez pas tout à fait bien ma pensée à cet égard. » Ce ne fut qu'après des efforts réels que l'Empereur en vint à me dire ces paroles mémorables : « On veut nous désunir, on veut briser les liens qui nous rattachent l'un à l'autre ; je regarde ces liens comme sacrés, car ils nous unissent dans l'intérêt commun Vous voulez le repos du monde, et je n'ai d'autre ambition que de le maintenir ; les ennemis de la paix de l'Europe ne se trompent pas sous ce rapport ; ils ne s'abusent pas non plus sur la force de la résistance que notre union oppose à leurs plans perfides. Ils voudraient à tout prix faire disparaître cet obstacle, et convaincus comme ils le sont qu'ils n'y réussiraient pas en agissant au grand jour, ils prennent des chemins détournés ; on m'accable de reproches parce que j'ai renoncé à mon indépendance et que je me laisse mener par vous. »

Je répliquai à l'Empereur avec beaucoup de vivacité que ce

qu'il m'avait fait l'honneur de me dire n'était pas nouveau pour moi, et que je n'hésitais pas à répondre à sa confiance par un aveu qui ne faisait que confirmer la vérité de ce qu il venait de me dire. « On vous reproche, Sire, de vous abandonner entièrement à mes conseils ; d'autre part, on m'accuse de sacrifier les intérêts de mon pays à mes rapports avec Votre Majesté. Les deux accusations se valent. La conscience de Votre Majesté est aussi pure que la mienne. Nous servons une seule et même cause, et cette cause est aussi bien celle de la Russie que celle de l'Autriche et de la société tout entière. Depuis longtemps je suis le point de mire des factions, et j'attache à l'union intime de nos deux Cours l'idée d'un rempart qui seul encore peut être opposé à l'invasion du désordre général. D'autre part, vous aurez pu juger, par l'extrême réserve de ma conduite personnelle, l'importance que je mets à la durée de notre intimité. Votre Majesté désire-t-elle un changement dans cette ligne de conduite? »

« — C'est là que je vous attendais, dit le Czar en m'interrompant , si j'ai éprouvé de la difficulté à vous avouer quelques-uns des embarras de ma position, ce n'est pas que je ne fusse fermement décidé à les braver; ma seule crainte, c'est que vous ne faiblissiez vous-même. »

Ensuite, nous parlâmes longuement des menées d'une faction qui comptait un grand nombre d'adeptes en Russie et même dans l'entourage de l'Empereur.

A la fin de notre long entretien, le Czar me fit promettre formellement « de ne pas me laisser intimider par de vains propos et de rester fidèle à notre union intime » ; il me pria « de recevoir de sa part la promesse non moins formelle qu'il ne faillirait jamais à la confiance inaltérable qu'il m'avait vouée » .

En effet, le parti du mouvement, ainsi que quelques ambitieux et la niasse des courtisans du Czar, gens aussi frivoles que prétentieux, avaient compté voir se relâcher le lien qui unissait les deux Empereurs et leurs Cabinets. En contact direct avec le libéralisme du jour, ces hommes suivaient l'impulsion des idées nouvelles, et devenaient instruments quand ils croyaient, dans leur aveugle présomption, conduire les autres.

ALEXANDRE 1er, EMPEREUR DE RUSSIE. 331

Une alliance qui n'avait d'autre but que la protection de la véritable liberté politique, qui avait pour principe le respect le plus complet de la réelle indépendance des Etats, qui aspirait à fonder ainsi la paix publique, à réprimer tous les désirs de conquête, à écarter toutes les causes de trouble, une telle alliance ne pouvait être du goût des sophistes et des ambitieux.

Plus tard l'insurrection grecque fut provoquée par ces mêmes hommes. D'après les calculs des agitateurs, ce devait être le coin destiné à séparer les puissances, et particulièrement les deux Cours ; c'était le grand moyen qui devait servir à dissoudre l'alliance. Leurs calculs étaient justes, mais ils se réalisèrent dans un sens que les meneurs n'avaient pas prévu. Le Souverain qui, dans son propre Empire, avait si bien fait le jeu des révolutionnaires, succomba moralement et physiquement à la lutte. L'Empereur Alexandre est mort du dégoût de la vie. Se voyant déçu dans tous ses plans et dans toutes ses espérances, placé en face de la nécessité de frapper de grands coups contre toute une classe de ses propres sujets, qui avaient été égarés et séduits par des hommes et par des principes que lui-même avait longtemps soutenus, il s'affaissa; son âme s'écroula, pour ainsi dire, et les événements qui assombrirent les débuts du règne de son successeur sont là pour attester les douloureuses préoccupations qui empoisonnèrent les derniers moments d'Alexandre.

L'historien fidèle aura de la peine à bien juger le caractère de ce prince. Trop souvent ses regards s'égareront sur des contradictions flagrantes, et son esprit trouvera difficilement ce point d'appui solide qui est si nécessaire pour celui qui se sent appelé à la noble mission d'écrire l'histoire.

L'esprit et le cœur de ce monarque embrassaient des dispositions morales tellement opposées, que, malgré la force de caractère relative dont il était doué, il était impossible pour lui de maintenir l'équilibre entre ses inclinations.

Chaque partie de sa vie fut marquée par des fautes et par des erreurs assez graves pour devenir vraiment dangereuses pour la cause publique. Toujours entraîné par l'exaltation du

moment, toujours inconstant dans ses idées, Alexandre n'a jamais goûté la douceur d'un moment de véritable repos. Il avait des qualités précieuses, de nobles sentiments ; il élait esclave de sa parole. Ces avantages étaient accompagnés de grands défauts. S'il avait été perdu dans la foule, il ne se serait pas fait remarquer ; mais, comme il était placé sur un trône, il devait en arriver autrement. S'il avait gouverné un tout autre Empire que la Russie, ses défauts auraient été certainement moins en vue, mais aussi ses qualités auraient moins appelé l'attention. Alexandre ne pouvait se passer d'un appui ; il fallait que son" esprit et son cœur fussent dirigés et soutenus. Si les princes en général ont beaucoup de peine à trouver des serviteurs franchement désintéressés, assez indépendants par leur caractère et par leur position pour s'élever au rôle d'un ami, un Empereur de Russie est incontestablement dans une situation moins favorable que n'importe quel Souverain pour rencontrer cette bonne fortune.

Alexandre — il ne faut pas l'oublier — a régné à une époque où les chefs de tous les gouvernements étaient aux prises avec des difficultés sans nombre, et si cela peut se dire de tous les Souverains du temps, cela était vrai surtout pour Alexandre

Avant lui déjà, les germes d'une fausse civilisation étaient répandus sur le sol de ce vaste empire qui est gouverné despotiquement, qui n'a pasd institutions proprement dites, et où la masse de la population est plongée dans des ténèbres profondes. Ces germes, Paul Ier voulut les étouffer. Après le règne très-court de ce prince*, vint celui d'Alexandre. Des révolutionnaires connus, après avoir dirigé son éducation, surent exercer sur l'esprit du jeune Souverain une influence durable. Alexandre, qui manquait d'expérience et qui avait l'esprit plein de vaines théories, fit le mal quand il n'avait en vue que le bien. Il s'est trompé, et la découverte de ses erreurs l'a fait descendre au tombeau.

Une àme exposée à de tels retours doit être comptée pai mi les âmes tendres; elle ne saurait être rangée parmi les âmes fortes.

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