OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES DE L'ÉDITEUR
L'abondance des matières qni forment le livre III ne nous permet pas de faire entrer dans ce premier volume tous les documents relatifs aux faits accomplis jusqu'en 1815; on en trouvera donc la suite dans le tome II. Nous croyons devoir appeler particulièrement l'attention du lecteur sur ce point, parce que les arrangements que nous avons pris sont indépendants du système suivi par nous, et nous étaient commandés uniquement par des considérations typographiques.
Les écrits, lettres, dépêches, rapports et mémoires , autographes pour la plupart, qui composent le Recueil de documents, sont rangés à la fois par ordre numérique et par ordre chronologique; ils sont réunis sans nuire au principe de la conservation de l'ordre dans lequel ils se sont produits; ils portent des en-tête qui les rendent plus faciles à trouver, et concordent avec les chapitres de l'Autobiographie, qu'ils servent à compléter et à expliquer, en formant des groupes ayant les mêmes titres.
Les documents que nous avons insérés dans le premier volume ne vont pas plus loin que la fin des « années d'études » ; nous ouvrons le deuxième volume par les pièces qui se rapportent à 1' « entrée de Metternich au service de l'État » , c'est-à-dire par une période qui nous a paru justifier le mieux la séparation du livre III en deux parties ; car à ce moment commence une nouvelle phase de la vie de Metternich, son action comme homme d'Etat se montre au premier plan, et donne à ce qu'il écrit un caractère avant tout politique.
Sous ce rapport, la plume infatigable de Metternich s'est montrée prodigueen ce qui concerne son actiondiplomatique comme ministre plénipotentiaire à Dresde et à Berlin, plus tard comme ambassadeur à Paris, enfin comme ministre des affaires étrangères d'Autriche : elle a créé un tel trésor de documents, qu'il n'était vraiment pas facile, dans le choix des pièces à faire entrer dans le Recueil, de trouver le juste milieu entre les exigences pratiques d'un ouvrage destiné à être abordable à un grand nombre de lecteurs et la légitime attente de ceux qui font de l'histoire une étude sérieuse; car,
à vrai dire, aucune source n'est à dédaigner pour eux quand il s'agit d'une aussi grande figure que celle de Metternich, de cet homme d'État dont l'action a été si puissante sur les événements de son époqne. Le feu chancelier lui-même, par conséquent la main la plus autorisée pour faire un recueil de ce genre, a coopéré directement à la solution de ce grave problème : c'est ce que nous avons déjà fait ressortir ailleurs; mais nous relevons encore l'importance de ce fait pour l'édification des lecteurs, et dans le but de diminuer, au moins dans une certaine mesure, notre part de responsabilité.
Vu la nature et le but de ce recueil, les documents choisis ne doivent pas être considérés comme des suppléments au contenu desquels se rapporterait le texte de l'Autobiographie, ni comme des pièces justificatives destinées à compléter certains détails donnés par les Mémoires. Aussi dans beaucoup de pièces on constatera Fabsence d'un lien direct avec l'Autobiographie; parfois même on ne remarquera d'autre rapport entre les différents documents que le but commun que doit remplir leur publication : ce but est d'expliquer l'action de Metternich et d'en compléter l'histoire aux endroits où l'auteur se contente de quelques indications rapides ou même se renferme dans un silence complet. Nous n'en avons pas moins été fidèle à notre principe, et nous nous sommes abstenu de toute remarque pouvant guider le lecteur pour l'intelligence des divers documents. On ne trouvera donc pas de commentaire accompagnant le Recueil, ni une addition de détails biographiques, aussi peu qu'une revue critique des nombreux ouvrages d'histoire que nous possédons. L'Éditeur n'aurait pu faire ni l'un ni l'autre sans s'exposer au danger d'altérer le caractère positif de la vérité historique et d'être entraîné sur un terrain où il ne voulait pas s'aventurer lui-même ni voir les autres s'aventurer : il tenait à ce que les écrits du chancelier d'État ne fussent pas présentés au public sous un jour autre que celui qu'ils reçoivent d'euxmêmes. D'ailleurs on ne sera peut-être guère sensible à l'absence de notes explicatives de ce genre; le lecteur y trouvera plutôt un avantage, celui de garder son impression tout entière, de ne la voir altérée ni par des apologies du chancelier d'État, ni par des critiques contre ses adversaires : ne subissant l'influence d'aucun jugement étranger, il apprendra la politique de Metternich de la bouche même du prince.