ENTREE AU SERVICE DE L'EMPIRE (1801-1803). 2T
concevoir, mais jamais peut-être on ne s'y prit plus mal pour les réaliser.
Le ministère du baron de Thugut ne montre qu'une suite non interrompue de bévues et de faux calculs. Lorsqu'il était à l'apogée de sa puissance, il y avait deux partis qui, selon leur point de vue, suspectaient le ministre pour des raisons diamétralement opposées. On l'accusait d'être vendu à la France ; on prétendait qu'il était à la solde de l'Angleterre. Il est regrettable pour son nom et pour l'Autriche que personne n'ait voulu affirmer que Thugut a servi son pays avec désintéressement.
Pour nous, qui croyons que l'influence étrangère n'a été pour rien dans l'attitude politique de Thugut, nous n'avons pas même l'idée d'attribuer sa conduite à la trahison; car trahir, c'est toujours le moyen le plus dangereux et le moins certain pour réussir
Sorti d'une humble condition, fils d'un batelier de Linz, Thugut avait été élevé à l'Académie orientale et formé en vue d'un emploi subalterne. Habile et rusé, il ne dut ses succès dans la carrière politique qu'à ces qualités, qui, soutenues par une profonde dissimulation et parle goût de l'intrigue, ne passent que trop facilement pour des talents réels.
Il avait placé en fonds français la plus grande partie de la fortune qu'il avait amassée à Constantinople ; ce fut sans doute le désir de conserver cette fortune qui, au début de la Révolution française, l'aveugla ou du moins le fit rester dans l'inaction. Ce fut aussi à cette époque que le parti anglais commença à le soupçonner d'être vendu à la France. Quand plus tard la Terreur lui ôta toute espérance de sauver de la banqueroute générale même la moindre partie de sa fortune, quand avec un parfait sans gêne il changea d'allure politique, le public attribua cette volte-face à l'or anglais.
Non sans talent, revêtu de la plus haute dignité de l'Etat, vivant dans l'obscurité d'une retraite volontaire sans que sa froide ambition cessât de s'immiscer dans tous les détails du gouvernement, Thugut était, malgré tout, au-dessus de la corruption. L'histoire de son ministère peut se résumer en une
série de faux calculs qui, tous, n'ont fait que contribuera soutenir et à augmenter la prépondérance de la France (9).
A la suite de la paix de Luné ville, le baron de Thugut se retira des affaires. Le comte de Cobenzl fut rappelé de Saint- Pétersbourg et nommé à la direction des affaires étrangères, sous le titre de vice-cliancelier de la Cour et de l'État. Le comte, plus tard prince de Trauttmansdorff, premier grand maître de la Cour, eut le portefeuille pai ntérim. La paix avec la France devait tout naturellement donner une nouvelle impulsion à la diplomatie autrichienne.
Les postes de Londres, de Berlin et de Saint-Pétersbourg étaient occupés; il y avait des ministres plénipotentiaires à Stockholm et près quelques petites Cours d'Allemagne et d'Italie. L'Empereur éprouva le besoin de combler les lacunes que le baron de Thugut avait laissées se produire, fidèle en cela au système qu'il exagérait quelquefois. Uniquement absorbé parla guerre avec la Révolution française, Thugut n'accordait aucune attention à ce qui ne lui semblait pas se rapporter directement à cette guerre. Il en vint à ne plus lire les dépêches des envoyés de second ordre, et, par suite, à ne plus y répondre. Quand il quitta le ministère, il fallut nommer une commission pour décacheter et mettre aux archives des centaines de rapports qui émanaient de ces légations.
Quelques jours après avoir pris le portefeuille, le comte de Trauttmansdorff me fit appeler et m'informa que l'Empereur, avant résolu de pourvoir aux vacances diplomatique.-., lui avait dit de me laisser choisir entre le poste de Dresde ou de Copenhague ou celui de minisire de Bohême près la diète de l'Empire. Je lui demandai le temps de réfléchir, et me rendis auprès de I Empereur. J'exposai franchement à Sa Majesté me- niées sur la manière dont j'entendais la vie, et sur les aptitudes que je croyais avoir, ainsi que sur celles que; je me . déniais. L'Empereur accueillit ma profession de loi avec sa bonté habituelle, et quand il lit appel à mon patriotisme, je me rendis. « Votre Majesté, lui <li~-je, veut que je me lance dans une sphère que je ne crois pas cire la mienne. Je me soumets à ses ordres. Que Votre Majesté ne mette jamais en