‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 23 sur 74 · VOYAGE AUX DO H US DU H II IN · texte numérisé non relu

VOYAGE AUX DO H US DU H II IN

EXTRAITS DE LETTRES PARTI CU LIER ES ECRITES PAR HETTER5ICII A SA FAMIIIR, DU 31 AOUT AU 24 SEPTEMnRE 1818.

258. Arrivée à Francfort. — Indisposition. — 209. Appniilion de Mcttcniirli i la Diôtc — 260. Succès complet. — Stnudcnheiin et le prince liéréditaire de Ilcssc-IIombourp. — 261. Première visite au Joliannisl)or{». — 262. Description de Cohientz, la ville natale de Mettornich. — 26îJ. Hôtes i\\ .I()liaiinishi.'r{j. — Projet d'érection d'un monument national sur un tertre du .lo1iaunisber{;. — Les « légendes populaires o . — Les Rromser de lUidc>lieim. — Le litre de duc de Portella. — 264. De Mayence. — Arrivée de l'Empereur François dans cette ville. — 265. De FJingcn. — Magnififpie ▼oyaj^e sur le Rliiii. — Affection du peuple pour l'Empereur François. — Dîner offert à l'Empereur au Johannisberg.

MetternicK à sa femme. Francfort, ce .31 août 1818.

258. Je suis arrivé ici heureusement, ma chère amie, avant-hier au soir. Je suis descendu comme à Tordinaire à la maison Miilhens, où je suis logé comme je voudrais l'être toute ma vie. On ne conçoit pas comment un ancien petit commis de marchand épicier a eu le goût de faire hàtir et meubler un hôtel comme celui-ci, ni comment un avare a pu dépenser six cent mille florins pour être bien logé.

J'ai passé hier la plus agréable matinée du monde. Depuis dix heures jusqu à quatre, j'ai reçu toute la Confédération, députations du Magistrat, corps diplomatique, etc., etc. Pour surcroît d'agrément, j'avais pris en route, par un froid intense et une humidité infernale, l'un de mes bons rhumes de cerveau, et comme la Diète in corpore n'est pas faite pour rien guérir, j'ai été obligé hier soir de me coucher pour rétablir ma transpiration. Staude' heim, qui ne plaisante jamais , m'a déclaré ce matin qu'il lui serait agréable que je restasse couché la journée, et moi, bénin malade, je me suis soumis.

Je resterai ici demain et après-demain, et j'irai au Johannisberg le 3. On ne se fait pas une idée de la différence du climat de ces pays -ci avec le nôtre. J'ai manqué mourir

de froid en Bohême , et ici nous n'avons pas une seule journée fraîche. Il a plu pendant huit jours, et il a fait constamment chaud; aussi le vin va-t-il à merveille. On me fait des offres folles pour les vendanges du Johannisberg, mais je les refuse toutes. Il y en a eu une de cinquante mille florins payables sur-le-champ, le vin devant rester déposé et scellé pendant six ans au Johannisberg , puis vendu à notre profit commun , c'est-à-dire que je partagerai la moitié du bénéfice au delà des cmquante mille florins. Mais je ne veux pas de partage , et je tiens , en plus , à bien établir la réputation de la cave.

Ce 4 septembre.

2t>9. ... On ne se fait pas une idée de l'effet qu'a produit mon apparition à la Diète. Ce qui peut-être ne se serait jamais terminé, s'est conclu en trois ou quatre jours. J'ai tous les jours davantage la conviction qu'on ne fait de grandes affaires que par soi-même. Tout ce qui est en seconde ligne se tourmente, se tue, et n'avance pas. Je suis devenu une espèce de puissance morale en Allemagne, et peut-être même en Europe, puissance qui laisserait sentir du vide le jour où elle disparaîtrait, et pourtant elle disparaîtra, comme tout ce qui tient à la débile et pauvre nature humaine. J'espère que le Ciel m'accordera le temps nécessaire pour faire encore quelque bien ; c'est mon vœu le plus cher.

Ce 11 septembre.

260. Enfin, ma bonne amie, je suis en train de partir. Je coucherai demain au Johannisberg, pour me remettre en route le lendemain matin. Je dînerai à Coblentz et y passerai le 14 et le 15. Le 16, je serai de retour au Johannisberg, et j'y resterai jusqu'au 22.

Je me fais un véritable plaisir de ces différentes courses ; je vais me retrouver aux lieux de ma jeunesse, et je crois que je les trouverai changés, comme on m'y trouvera changé moi-

VOYACK AI X IIOIIDS 1)1 IIIIIN (IKIS). ||3

même. Les murs y rrshnl iiihicis, les Immincs ont plus ou moins tous dispaïu. .)(; suis conviiincii (|uc jf ne trouvcr:ii pas à r.oMculz ciiKj personnes de eoiuiaissanec ; je vous (lonncrai tles (lelail> cpii ne sauraient vous inicresscr, mais qui seront pour ma mère. .1 irai visiter tou^ les lieux (pTelIc; ronnait et oii elle u passé les plus belles aimées de sa vie. l'^lIc y a été jolie et aimée, et il ne laut (juèrc plus pour que des lieux plaisent et que leur souvenir reste cher. Voili*» le bon coté des femmes. Nous autres hommes, nous avons besoin de plus d'infjrédients pour emporter d'agréables souvenirs de nos séjours . Je ne compte les miens que par des affaires, des né(jociations et des traités ; heureux si les derniers ne me cassent pas le cou !

Mon séjour ici a été couronné du plus grand succès. Je suis venu à Francfort comme le Messie pour délivrer les pécheurs. La Diète a pris un aspect nouveau , depuis que je me suis mêlé de ses affaires; tout ce qui avait Tair de ne pas pouvoir se faire est fini. Je ne crois pas que jamais douze jours aient porté plus de fruit dans un moment aussi important. Tout ce que des intrigants visaient à porter à Aix-la- Chapelle pour y enchevêtrer la marche des affaires, n'est plus de leur domaine. J'ai , en un mot, la conviction d'avoir mérité mieux de la cause du bien dans cette occasion , qui a l'air de ne point offrir d'immenses avantages , qu en vingt autres occasions plus brillantes. Celle-ci ne sera cependant pas moins utile.

Je verrai demain pour la première fois le Johannisberg , et il est impossible qu'il ne soit pas beau sous tous les rapports , car tous ceux qui en reviennent en raffolent Je l'ai toisé vingt fois de bas en haut; je vais changer de rôle, et j'espère que je n'y perdrai rien. Je pense souvent à mon pauvre père; la jouissance qu'il aurait eue à ma place eût été mille fois plus forte; il aurait mieux valu, sous ce rapport, qu'il en eût été le propriétaire. Il n'a pas non plus eu le bonheur de me voir faire une belle motion pour les médiatisés , qui va paraître tout à l'heure. Je la lui avais promise pour mon séjour à Francfort ; je crois remplir un devoir envers lui en lui tenant parole, ni. 8

il4 RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-1822),

et je VOUS jure que je trouve plus de motifs de satisfaction dans ce sentiment que dans le fond même de la question. Quelle bonne heure il eût passée à ma place ce matin! Il m'enviera peut-être de l'autre monde , — si le sentiment de l'envie va jusque-là , — celle que j'ai eu le malheur de passer avec un infernal M. de Schmitz, homme d'affaires de la maison de Linange , et de tous les médiatisés qu'il a adorés sur terre. J'ignore si, à Tâge de soixante-dix ans, j'aimerai les ennuyeux et les pédants ; je n'en suis pas là , à l'heure qu'il est. J'ai assisté hier à une conférence que Staudenheim a eue avec le Prince héréditaire de Hesse-Homhourg. Ce dernier l'a consulté sur un mal que Staudenheim a fini par déclarer une goutte volante, mais qui prend chez lui la tournure de toute chose, c'est-à-dire qu'elle ressemble à de la folie. J'ai regretté de ne pas avoir eu à ma disposition un sténographe ; il m'eût fourni un excellent chapitre pour un roman comique. Le point sur lequel la négociation a manqué se rompre entre le médecin et le malade est celui du déjeuner de ce dernier. Le Prince n'a pas voulu se dessaisir d'une demi-aune de cervelas , avec laquelle il a l'habitude de commencer son tiavail du jour. Staudenheim est entré eu fureur, le Prince s'est mis à jurer, et ils avaient l'air de tenir le cervelas par les deux bouts et de lutter à qui l'arracherait à son adversaire. Staudenheim a fini par emporter le cervelas, et la cure va commencer sous les auspices de la Princesse Elisabeth d'Angleterre.

Johannisberg, ce 12 septembre.

261, Je suis ici, ma chère Laure, depuis cinq heures du soir. Je suis arx'ivé assez à temps pour voir encore , du haut de mon balcon, vingt lieues du cours du Rhin, huit ou dix villes, une centaine de villages , et des vignobles qui donneront cette année pour vingt millions de vin , coupés par des prairies et des champs qui valent des jardins , de beaux bois de chênes, et une plaine immense couverte d'arbres qui ploient sous le poids d'excellents fruits. Voilà pour le dehors. Quant au dedans, j'ai trouvé une grande et excellente habitation , de

VOYACr. AI \ ItOliDS 1)1' lïlllN (IKI8). HT,

laquelle ou peiil faire un hcaii eliàlcau ; niais nous sommes eneore loin de l'avoir tel. J'ai <le|»cns«* à [)eu prés dix mille (lorins, dans les deux derniers mois, pour y mettre ce qu'il faut pour y «ilrc lo{jc passablement. Mou ami Ilandel s'est charge du clioix des papiers et fies meuliles. Ce qu'il a mis de papiers sur les murs est inconcevable; il" est inconcevaMe surtout qu'il ait pu trouver ce qu'il a choisi. Le mal se borne toutefois à trois chambres, car le reste des appartements est peint en une seule couleur.

J'ai d'abord parcouru tout le château, les écuries, les établissements pour le A'in. Je n'ai pas visité les caves, parce qu'il n'y a pas de vins, et parce que je sors d'une fièvre rhumatismale. J'ai fait la connaissance du Père Arndt, fameux adminisiratcur du lieu et le premier des emplovés dans une administration de ce genre. Figurez-vous un vieil abbé d une soixantaine d'années, vertueux par état, et, je crois, par conviction, qui même n'a pas le premier et le plus commun des défauts des vieux moines. Le brave liomme a rme telle horreur du vin que, depuis qu'il est au Johannisberg, il n'a pas bu une bouteille ; il est en même temps le premier des connaisseurs du canton, mais il déguste par le nez. Il lui suffit de flairer un verre de vin pour décider de sa qualité, de son cru et de l'année; il va jusqu'à distinguer les mélanges, et l'exemple d'une erreur n'est pas connu. Le Ciel la fait pour ce métier-là, faute d'être né chien d'arrêt. Il compte sur quarante-six tonneaux cette année , poui- le moins: quand il ajoute cette pbiase , on sait dans le pays que quarante-six font cinquante-deux.

Je suis ici avec Floret, qui regrette seulement que l'année 1817 ait été mauvaise et qu'il ne se trouve pas un petit reste des années précédentes; S^voboda, qui ne croit pas que hors des frontières de notre belle IMonarchie il puisse y avoir un canton passable, et M, de Handel, fier comme Artaban du choix qu'il a fait des meubles. Il m'a rendu singulièrement attentif à un Amour qui, malheureusement, est estropié des quatre pattes , et qui se fait distinguer au-dessus d'une porte par son air enflammé; il semble avoir bu tout ce que le Père

Arndt n'a pas bu. Handel se vanle également du choix qu'il a fait d'une {grande table ronde dont le dessus pèse cent livres et qui repose sur un pied de grue tellement mince que Gentz n'entrera jamais dans la chambre où elle est placée de crainte d'en être estropié.

Je compte me mettre en route demain , à dix heures du matin , pour arriver à Coblentz à six heures du soir.

Metternich à sa mère, Colilentz, ce 15 septembre.

262. Il faut, ma bonne maman, que je vous écrive d'ici, ne fût-ce que pour que vous ayez de votre fils une lettre écrite de ce lieu.

Je suis arrivé ici avant-hier soir, à la nuit tombante. Il serait difficile de rien imaginer de plus beau que le chemin qui conduit de Bin."^en ici. Je crois même qu'il est préférable à la descente sur le fleuve même; on le longe continuellement sur une route superbe et qui ne laissera rien à désirer dans deux ans d'ici , car les garde-fous que l'on y place ne sont pas de trop en maint endroit.

Les environs de Coblentz sont prodigieusement embellis, ne fût-ce que par les belles routes qui y aboutissent de tous côtés. On est étonné de se trouver dans les quinconces, devant le château, sans avoir éprouvé une secousse au bas de la Chartreuse et à travers les jardins où feu Kintelius père croyait exercer le jardinage. Les arbres que nous avons vu planter devant le château sont immenses; ou se croirait au milieu d'une vaste forêt; c'est une triste chose que ce coup d'œil pour ceux qui les ont vus gros comme des bâtons. Le château lui-même offre l'aspect d'une maison délaissée ; portes, fenêtres, tout y est brisé. Il sert aujourd'hui à quelques établissements militaires; le Roi veut le faire rétablir, mais sa destination n'est pas encore absolument décidée. La ville même en est là où nous l'avons laissée. L'intérieur de la ville ancienne vaut mieux, non que les maisons y aient changé, mais les rues sont mieux pavées, et les terribles enseignes qui obstruaient la vue ont fait place à des éciiteaux à la parisienne. On voit en

vovAcr. Ai'\ iioiirts uv niiiN (ikih). m

f][i^n(5riil )|ii<' la ville a passe* (1rs nnndes sons la (lomiiialioii (laiwaisc; son inMiiciicc <*->t visihie rlaiis l)(>au('()ii|) (K; choses, iiolaïuiiu'nt dans les houliqucs. H y a, cnlri" aulres, sur les places, clos fontaines bien construites. Devant l'église de Saint- Castor ou en trouve une avec rinscription suivante : Erigée par le préfet l'an 1812, mémorable par la campagne de llussie; et au-dessous : Vu et approuvé par nous, commandant russe à Coblenlz, le {"janvier 1814..

On lail (les l'orlificalions solides et belles sur les trois points (jui dominent la ville : à Khrenbreitstein, sur la nionta/ifne de Sainl-lMerro (le ci-devant Drunnenstiïbchen)^ et derrière la Charlreuse. Les environs de Coblenlz comptent certes parmi les sites les plus remarquables du lîlùn. Notre jardin près de la Moselle est un cliamp ; j'ai été visiter la maison ; l'entrée est comme elle aurait dû être de tout temps. Le manège, les remises, la vieille porte, les murs de séparation entre les deux cours, tout a disj)aru. II y a un petit mur, avec deux portes à pilastres qui forment Feutrée de la cour, et une petite place publique a remplacé les maisons qui en obstruaient l'entrée. La maison est dans 1 état le plus piteux et surtout le plus sale : on n'y découvre plus que les traces de ce qu'elle était. Le tribunal d'appel en occupe la majeure partie, et la petite maison est habitée par un général, qui, je suppose, s'y trouve fort à l'étroit. J'ai parcouru le jardin ; la partie anglaise est remplacée par une vingtaine de gros arbres plantés sans ordre, et .qui se sont élevés à la place des anciennes broussailles; l'ermitage a disparu , le tertre sur lequel il se trouvait en marque encore la place. La prairie est conservée; le petit espalier s'est changé en grands arbres comme on en voit dans les champs; sur la terrasse, les tilleuls sont immenses et masquent en partie la vue. Les peintures à fresque ont seules résisté aux ravages du temps ; le mur de l'écurie en est couvert, et elles m'ont frappé par leur horreur.

Il n'y a plus ici, en fait de connaissances, que le vieux comte d'EItz, qui se meurt (il a l'un des côtés de la figure rongé par un cancer), et le comte Remui, qui habite la maison de Burresheim quelques mois de Tannée. Les deux demoi-

selles, ses tantes, vivent et comptent se marier, si toutefois il se présente des épouseurs. Le reste de la noblesse a disparu, elle et sa petite fortune. Fidèles aux habitudes du pays, tous ces messieurs se sont ruinés, plus que la Révolution ne les a ruinés. Le comte de Boos est le dernier qui vient d'y passer; il est à Sayn, où il se meurt des suites d'un séjour qu'il a fait à Paris, où il a détruit sa santé et perdu toute sa fortune au jeu. La maison Kerpen porte l'écriteau d'un marchand de draps; l'hôtel de Leyen, qui est en très-bon état, est occupé par le gouverneur militaire. La burg de Kesselstadt est transformée en fabrique de tôle ; la maison de Bassenheim croulera un de ces jours sur la tète d'un général qui y loge. Le Laacher-Hof porte sous son ancien nom l'écriteau d'une auberge. Je loge à l'hôtel de Trêves, qui est l'une des plus mauvaises auberges d'Europe ; la meilleure se trouve au Thaï.

Le vieux château sous Ehrenbreitstein n'offre plus de traces ; il est remplacé par une batterie de vingt-quatre pièces de canon.

Tel est l'aperçu de la ville, qui est bien à son ancienne place, sans que pour cela elle soit l'ancienne ville. Je n'ai pas rencontré, depuis que je suis ici, deux figures de connaissance. Il suffit d'être venu ici, comme moi, pour ne pas douter que vingt-cinq années suffisent pour englober une génération entière. Les rues sont remplies d'enfants des enfants de notre temps, et l'on me regarde comme un revenant d'un autre monde.

J'ai passé la matinée d'hier à recevoir les autorités civiles et militaires, et celles de la ville ; j'ai fait mes courses avec le chancelier Hardenberg , que j'ai trouvé , à ma bien grande satisfaction, dans le meilleur état de santé possible; j'ai dîné chez le gouverneur. Aujourd'hui j'irai à Engers ; je dînerai chez le ministre Ingersleben, je travaillerai, et demain je retournerai au Johannisberg. Voilà tout ce que j'ai à vous dire : je suppose néanmoins, ma bonne maman, que vous lirez ma lettre avec l'intérêt que l'on voue constamment à d'anciens souvenirs.

VOYAOK AI X IJOIIDS |)«; IIIIIN (1818). 119

Mcltcriiicli à sa ((•iimio. JoL.iniiiilierg, ce 18 scplcmlirc.

205. Je suis ici, non coiniiK; à la (-iiinpa^jiic , mais (.uiiinic ;\ un Congrès. J'y ni vu hier le chancelier IlardenhoiY;, le comte do Goitz et le (jrnéral Woi/.o/jcn, le comte de 15ur)|, Stei{;en(esci» , Wessenhcijj , Caraman, Maccalon, les comtes de MiMister, llechbei{} et Winlzingerode. J'ai avec moi Mercy, Spiejjel, Langenau, Gentz. Le chancelier est reparti hier pour Kreul/.nach; lîelhmann et une demi-douzaine de Francloilois arrivent aujourd hui. Pour loger tout ce monde, j'ai arrêté deux maisons dans un grand endroit qui est au bas de la colline.

Quelle vue, quelle richesse de pays! Que de beautés innombrables pour tout homme qui ne connaît pas le Rheingau ! Tous ceu.K qui arrivent restent ébahis sur le balcon du château, et cependant la vue n'est rien en comparaison de celle du salon qui fait le coin du côté de Torient. Quand le temps est clair, vous suivez le cours du Rhin en ligne directe à plus de neuf lieues de long; quand il y a de la brume, le fleuve, qui estinmiense, touche l'horizon et présente l'aspect de la mer. Il est continuellement couvert de vaisseaux à deux mâts, naviguant à pleines voiles, et ses bords sont comme ceux d'un ruisseau; l'herbe plonge dans l'onde. Je fais lever dans ce moment les plans du château et des alentours; j'ai appelé un excellent architecte de Francfort pour qu'il règle le plan d'après mon indication ; il faut quelques très-légers changements dans la distribution pour faire du château une habitation très-commode et pouvoir y loger avec une famille nombreuse et une douzaine d'étrangers. H y a près du château une place qui est cultivée en jardin à l'anglaise et qui ne se prête qu'à cela ; il s'y trouve , en face du Rhin, un tertre sur lequel je compte faire ériger un monument, probablement un obélisque, en souvenir des événements de 1813 et 1814. J'élèverai ainsi sur la terre la plus classique de l'Allemagne , et à peu de frais, un monument vraiment national. Les pierres de taille ne coûtent rien, et il ne faut que des blocs pour faire

une belle chose, qui avant tout doit être simple. M. de Handel a Tordre de vous envoyer un ouTrage qui renferme une trèsbonne description du cours du Rbin; je le destine à Marie, pour qu'elle sache ce qu'elle verra; veuillez le lui envoyer, mais lire les chapitres depuis Mayence jusqu'à Coblentz, et surtout celui qui termine le livre, et qui porte le titre de Légendes populaires . Vous y lirez les plus charmants récits historiques que vous rappelle dans ce voyage chaque pas que vous faites. II n'est pas un site pittoiesque qui ne renferme une ruine, et chaque ruine a son histoire ; chaque conte est plein de sentiments galants et chevaleresques ; les sujets pourraient inspirer les plus jolis tableaux du monde dont on se servirait pour orner une belle édition de cet ouvrage. Lisez surtout l'histoire de l'Empereur B'rédéric, d'Adolphseck et du chevalier Bromser de Rûdesheim. Cette famille s'est éteinte dans la nôtre, nous en avons été les héritiers; le lieu de la scène nous a appartenu , et j'ai été obligé de le vendre pour satisfaire quelques usuriers. La ruine, la plus belle des bords du Rhin, a été achetée par le comte d'Ingelheim, qui s'occupe de la transformer en habitation et dans le meilleur goût possible. Il ménage tout l'extérieur et fait creuser, dans des murs épais de vingt-cinq à trente pieds, des appartements commodes et conformes au style qui leur convient. Ce vieux château ne peut être qu'un castel romain, et ce qui le prouve, c'est la découverte que l'on vient d'y faire d'un caveau de sépulture dans lequel se trouvent une foule d'urnes cinéraires très-bien conservées, et à côté de chaque urne un sabre, une lance, un dessus de casque et beaucoup d'armes romaines. Pour ne rien déranger, on déblaye les avenues du caveau, et

on le fermera par une porte vitrée Je viens de recevoir un

beau décret du Roi de Naples, qui me donne le titre de duc de Portella, premier endroit du royaume que les troupes impériales ont touché lors de la campagne de 1815. Il y a de la galanterie dans le choix du nom, et un bon souveuii a perpétuer dans la famille.

VOYAGE AUX lîOIlDS Dl' IllIIN (1818). 121

Mayence, ce; 2'.i sriiicmlne.

liiii. J'ai (jiiilté hier, à mon (jr.niul regret, le Joliamiisl)ei{j. .l'en ai pris un tendre con{jé ; quand vous le verrez, — et ce sera un l)ien beau moment pour mol, — vous concevrez mes re{frets. J'ai trouvé ici mon quartier, préparé dans l'ancienne maison sur la BIciclic, qu'occupait mon père, et que j'ai quittée l'an 1788 pour aller à Strasbourg. H y a trente ans de cela; j'ai vieilli; la maison a rajeuni, sans avoir embelli; elle a perdu la tournure d'un bôtel , pour prendre celle d'une maison bourgeoise.

L'Empereur est arrivé ici à sept beures. Vous verrez par ce que vous communiquera Hudelist, ce qu'il a fait aujourd'bui. J'ai passé ma journée au travail, à parcourir les rues, à dîner chez l'Empereur, à faire des visites à la princesse de Hesse-Hombourg et à la princesse de Danemark, qui est jolie. J'ai passé trois heures de la soirée avec l'Empereur, qui est content de me ravoir, et puis j'ai vu les dernières scènes de Titus , qui ce soir a été bien cruel. Rien n'est plus mauvais que le théâtre de Mayence, si ce n'est celui de Baden.

Nous prolongeons ici notre séjour jusqu'à demain, pour ne pas nous rencontrer à Goblentz avec le Roi de Prusse. L'Empereur s'embarquera le 25, et dînera au Jobannisberg. J'y aurai une belle et nombreuse société, à peu près tous les princes qui sont ici.

Nous coucherons le 25 à Bingen, le 26 à Goblentz, le 27 à Cologne et le 28 à Aix-la-Chapelle. L'Empereur Alexandre ne va pas en Italie. Je n'ai pas besoin de vous dire que cela m'enchante.

Bingen, ce 24 septembre.

263. J'arrive ici de si bonne heure, ma chère amie, après une charmante journée, que je puis encore profiter d'une occasion pour Francfort, et vous écrire parle courrier militaire.

Vous lirez dans la gazette un article qui renferme le détail de noîre journée; mais ce que les gazettes et les lettres ne peuvent point vous apprendre , c'est le coup d'œil véritablement ravissant dont nous avons joui. Je ne crois pas que le voyage de Cléopàtre, de cette belle reine, aux nymphes et aux amours près, ait pu être plus pittoresque que le nôtre. Le Ciel nous a extrêmement favorisés ; la plus belle journée , le meilleur vent, le meilleur peuple et le plus amoureux : c'est le seul mot qui exprime le sentiment que l'on porte ici à l'Empereur; des centaines de barques, des milliers de coups de canon et de pétards, une vingtaine d'orchestres, outre la musique du régiment autrichien en garnison à Mayence ; un soleil ardent, un vent frais, et des milliers de figures riantes; tout cela sur le Rhin et au bord du fleuve. Voilà les éléments desquels s'est composée la fête, qui cependant n'est qu'un bien simple voyage.

L'Empereur a été frappé de la vue du Johannisberg, et le Prince de Danemark trouve qu'en Danemark et même en Norvège il n'y a pas de site plus riant, sous le ciel le plus doux. Je lui ai donné un très-bon dîner, et j'ai trouvé que j'avais assez bien doté le Johannisberg pour n'avoir rien à emprunter. Je suis, au reste, convaincu que jamais il n'a eu plus de célébrité que depuis quinze jours. Je suis, d'un autre côté, loin de désirer qu'il la conserve ; je préfère beaucoup y passer quelques bonnes semaines avec vous et les enfants, sans Souverains ni ministres. Le livre que j'y ai établi depuis mon arrivée, pour y recueillir les noms des visiteurs, ressemble aujourd'hui à un protocole de Congrès. Que Dieu me garde de le voir se remplir ainsi !

\ Nous partons demain à huit heures du matin, et nous serons entre une heure et deux heures à Mayence. L'Empereur, qui aime beaucoup qu'on lui témoigne de l'attachement, est enchanté d(; ce pays.

Nous avons un temps superbe, et mon Père Arndt m'a annoncé aujourd'hui, avec une mine véritablement bachique, qu'il répond de l'année. Je lui ai dit mon Jiat avec quelque bonté.

SKJOUn A AIX-r.A-CIIAI'I.I.I.K I T lir.KtlIt A VIENNE (l8l8). 123

SÉJOIMI A AIX-I,A-CIIAPEI.I.r, F.T nETOUn A VIENNE. EXTRAITS «K LKTH\ES PAR rini.I KtlIiS KCtAITKS PAU MK TTKnSICII A SA FAMII.I.E,

DU !''■ (icTonnK au 25 ukcemiuie 1818.

200. Arrivée à Aix-la-Cliapclli'. — A Cologne, Mettcrnich est pris pour rEmperciir. — Voyn[;c irioin|>lial sur le Rhin. — Visite à la cathédrale. — Les reli<|ne«. — l/EiU|)cr( ur Alexandre. — Commenci-mont descoiiféronces.

— 207. Dîner doniu' par le Hoi de Prusse en l'honneur de la fête de l'Einpcreur Fianrois. — l.e.s alf.iiros marclii'nt à merveille. — l'arlie de uhist.

— 208. Le traité d'évacuation est si{;i)é avec la France. — IMan d'un voya,",c en Italie. — 209. Plaisirs. — 270. Mort de lludelist. — Excursion à Sp^t.

— 271. Lawrence à Aix-la-Cliapelle. — 272. Projets de départ. — Accident ariivé à un éijuipajijc do la Cour. — 273. Les affaires sont réglées. —

274. Départ pour Bruxelles, avec Wellington. — La princesse Marie. —

275. De Donauw(rrlh. — 270. lîetour à Vienne. — L'Empereur Alexandre à la Cour. — 277. Parallèle entre Paris et Londres.

Mctternich à sa femme. Aix-la-Chapelle, ce 1" octobre 1818.

2G0. Me voilà enfin, ma bonne amie, dans la viile, but de mon voyage, .sans jamais avoir été celui de mes vœux.

Je vous ai écrit la dernière fois de Bingen. Le lendemain, j'ai côtoyé le Rhin jusqu'à Gobîeutz, où TEmpereur est arrivé par eau quelques beures après moi. Nous y avons couché, et j'ai poursuivi ma route le lendemain jusqu'à Colofjne. Jaî diné à Boim, et j'ai parcouru pendant deux heures cette ville. Rien n'est charmant comme le site de Bonn ; on voit les belles monta(}nes qui terminent la vallée du fleuve et qui semblent s'embellir encore pour vous laisser plus de regrets. Ces montagnes, connues sous le nom de Siehengehirge , sont d'un effet magique. D'un côté se trouvent les ruines de Rolandseck, et de l'autre celles du Drachenfels. Incertain si de Francfort on vous a envoyé la description du Rhin par Schreiber, j'en joins ici un exemplaire. Vous trouverez dans l'article Voikssagen l'histoire de ces deux châteaux. Plus loin commence l'immense plaine qui va se perdre dans l'Océan et dans la mer du Nord, plaine riche et couverte de villes, de villages, de champs fertiles et de forêts superbes.

Je suis arrivé à sept heures à Cologne. Une foule immense s'était portée au-devant de l'Empereur. Mes six chevaux et mes voitures de suite m'ont fait prendre pour lui. J'ai eu beau faire arrêter de cinq en cinq minutes pour assurer le peuple que j'étais indijjne de tant d'honneur, — rien n'y a fait; arrivé à la porte, le train a recommencé de plus belle. Les cloches, les vivat, la lage d'une population de soixante mille âmes acharnée contre ma voiture , ont couvert ma voix et celle de Gentz, que par hasard j'avais rencontré à Bonn et que j'avais fait monter avec moi. Tout ce que je suis parvenu à éviter, a été que l'on ne dételât pas mes chevaux. J'étais fuiieux, et Gentz tremblait de tous ses membres. Je n'ai entendu qu'une seule voix raisonnable dans cette foule ; un homme auquel j'assurais que c'était moi, me dit : « Nous aimons bien assez notre Empereur pour crier deux fois, si vous n'êtes pas lui ! »

J'arrive enfin h l'hôtel du vieux patricien Geyger. Monsieur, madame et mesdemoiselles ses filles, que je n'avais jamais vus, se sont emparés de moi à la descente de la voiture. J'ai été couvert de vieux et de jeunes baisers ; toute la maison pleurait, criait et jurait; elle pleurait de joie de m'embi'asser, moi, ministre d'Autriche ; elle criait des « Vive l'Empereur! » et jurait contre le sort qui avait déplacé l'ancien ordre de choses. Entouré de toutes les autorités du lieu, j'ai traîné la famille dans une chambre, et je l'ai suppliée d'être l'aisonnable. Ils m'ont répondu par l'assurance spontanée et catégorique qu'ils croyaient l'être ainsi, et qu'ils ne voulaient pas l'être autrement. J'ai commencé à entrevoir que mes raisons échoueraient contre une pareille détermination, et je me suis livré aux baisers avec un abandon héroïque. Rendu à la liberté, j'ai vu queGiroux* était aux prises avec les servantes; elles eurent l'air de ne pas s'apercevoir qu'il avait négligé de faire sa barbe depuis huit jours.

L'Empereur ai-riva enfin à son hôtel, à deux portes du

* Valet de chambre du prince de Metternicli, qui a fidèlement servi ce dernier pendant de longues années. (Note de l'Ldileur.\

SIsJODR A AIX-I.A-<:ilAPi:i,I,K KT FlF.TOUll A VIENNK (1818). I2b

mioii, ci la l'uuU^ et le-; liaisers allrrriit se jjorlcr à viii;;f jtas |)lus loin.

Certes, si Ton pouvait prétendre que le bonheur d'avoir étc Fram ais cl d'élre Prussien rem[)()rle, à Ccdorjnc et sur les bords du llbin, sur le souvenir de dix siècles, on se tromperait fort. Les presses d'imprimeurs gémissent pourtant sous ce menson{;e !

Le voya'je sur le Rhin a été un triomphe continuel pour l'Empereur, et qui a fini par être embarrassant pour lui. Tout le train a recommencé de plus belle à son arrivée à Aixla-Chapelle. Tout ne respire que l'Empire dans la ville natale et chérie de Charlemagne. Le peujde ici ne voit dans FEmpereur que son successeur; il se tait quand 1 un des autres Souverains passe, et il ne cesse de crier en foule partout oîi paraît l'Empereur : Vive notre Empereur !

Le site d'Aix, duquel je n'avais qu'un souvenir confus et qui date de vinjjt-six ans, est très-pittoresque. Il est plein de mouvements de terrain, et d'une très-riche culture. La saison est magnifique et invite à la promenade. Nous sommes tous bien logés, et les mesures qui ont été prises pour empêcher que la foule des diplomates ne s'y porte, font que nous sommes assez au large.

Nous avons été cette après-dînée, avec l'Empereur, visiter la cathédrale. Le Roi de Prusse y est venu également, car il n'y avait point vu les reliques , qui toutes datent de Charlemagne, et que l'on n'expose à la vue du public que tous les sept ans, ou bien quand une tète couronnée catholique vient les visiter. On nous a montré :

1" Un petit habit de Jésus-Christ, qu'on appelle à Vienne ein Kinder-Rôckerl (une petite robe d'enfant) ;

2° Une robe de la Sainte Vierge ;

3* La ceinture que Jésus-Christ avait à la croix;

4° Le linge dans lequel Hérodiade a porté la tète de saint Jean-Baptiste.

On a beau ne point croire que ces objets soient justement dénommés, il n'en est pas moins vrai que, donnés à l'Eglise par Charlemagne il y a mille ans , ce Prince ne peut les avoir

acquis que présentant toutes les preuves de la plus haute antiquité. On ne conçoit leur extrême conservation que par les soins extrêmes que l'on en prend. On montre aussi le crâne de cet Empereur et beaucoup de ses ossements, qui montrent quelle était sa haute taille. On avait placé un prie-Dieu sur sa tombe, où l'Empereur a fait sa prière. Le peuple, qui avait forcé les portes pour y voir l'Empereur, s'est agenouillé sur-le-champ, et j'ai trouvé le Roi très-mal placé, debout au milieu de son peuple. A sa place, je n'y serais point venu !

L'Empereur Alexandre est arrivé ici le même jour, dans la soirée. J'ai passé chez lui trois heures, et nous nous sommes retrouvés comme en 1813.

Nous avons commencé aujourd'hui nos conférences sous les meilleurs auspices, et j'ai tout lieu d'espérer qu'il nous faudra trois ou tout au plus quatre semaines pour finir notre besogne.

Les résultats seront les plus généralement satisfaisants. L'Empereur Alexandre viendra d'ici à Vienne. Il n'est plus question de son voyage en Italie. Je ne crois pas que le séjour qu'il fera à Yienne puisse excéder quinze jours. Le 1" décembre, tout, par conséquent, sera rentré dans l'ordre.

Octobre.

267. Il fait aujourd'hui un froid scandaleux, et il grêle, en attendant qu'il gèle. L'Empereur, qui en a été tout à fait incommodé hier, est resté couché : aujourd'hui, il va mieux et il s'est levé. Moi , j'ai été tout à fait enrhumé hier, et je ne le suis plus guère aujourd'hui. Le résultat de cette heureuse coïncidence a été que ni l'Empereur ni moi n'avons assisté, hier à un dîner offert par le Roi de Prusse en l'honneur de la Saint-François, ni à un grand bal que la ville a donné. C'est peut-être pour la première fois de ma vie que j'ai trouvé dans un motif de santé qui m'a empêché de sortir, un véritable sentiment de bonheur. Je parie , au reste , que la ville croit que l'Empereur et moi avons sacrifié leur fêle à quelque pro-

SEJOiin A aix-la-(:iiaim;i,li; i: r iii;rorit a vienne (isis). fi'.

fond calcul j)olili(|uc. Il faut les laisser croire et se bien porter, ce dont je m'acquiCtc parfaitement aujourd'hui.

Nos alfaiii's (.((iilinuent ;\ aller h merveille, c'est vous dire (ju'flles (iuiroiil hicnlùl. Je n'ai jamais vu un plus joli petit Congrès; celui-ci ne me fera pas de mauvais sang, je vous en réponds. Vous me dispenserez de vous faiic; part de nos protocoles, et ce sont cu.v (pii nous occupent le plus. Je fais une partie de whist tous les §oirs avec le prince de Ilatzfeld, Zichy, Baring, Labouchère, Parish, — c'est-à-dire, avec des gens qui ne se trouvent pas dérangés ni même incommodés de la perte d'une bonne dose de millions. Nous nous réunissions d'abord cbez lady Castlereagh, mais j'ignore quelle inconcevable atmosphère d'ennui s'est emparée de cette maison. D'un commun accord, on a renoncé aux charmes de myiady, et Ton s'est fixé dans mon salon, qui est un peu plus petit que votre cabinet drapé en nankin.

Ce 10 octobre.

268. Nous avons signé hier le traité d'évacuation avec la France. Nous n'avons pas perdu de temps en réglant en onze jours les affaires diplomatiques, un payement de deu.x cent soixante-cinq millions, et tout ce qui est relatif à la marche des troupes. L'effet que produit en France celte résolution nous est déjà connu, car nous recevons ici nos lettres de Paris en quarante heures; tout va bien et continuera à aller de même.

Nos affaires ici seront terminées à la fin du mois. Je serai pi'obabiement à Vienne vers le 15 novembre, ou peu après.

Je vous ai informé dernièrement de notre plan de voyage pour l'Italie. L'Empereur compte quitter Vienne entre le 10 et le 15 février. 11 passera les derniers jours du carnaval à Venise ; les quatre premières semaines du Carême à Naples ; la dernière quinzaine et la semaine de Pâques à Rome ; trois semaines en Toscane ; trois dans la Lombardie ; ce qui le ramènera à Vienne vers la mi-juillet.

Ce 18 octobre.

26«). Nos affaires ici avancent bien vite ; je ne leur donne point de marge au delà du 4 ou du 5 de novembre.

Quant aux plaisirs, ils n'existent pas. Nous sommes abîmés de ieunes talents; tous les jours, des concerts de virtuoses entre quatre et neuf ans. Le dernier arrivé est un petit garçon de quatre ans et demi, qui joue de la contre-basse. Vous pouvez facilement juger de la perfection de l'exécution.

11 n'y a pas même de boutiques remarquables, et les drogues qu'on nous offre coûtent le double de tout ce que l'on trouve de parfait à Paris et à Londres. Si les marcbands ont spéculé sur nos bourses, ils ont compté sans leurs hôtes. Je ne sache pas que personne achète au delà du strict nécessaiie.

Nos dames ici sont : lady Castlereagh, trois ou quatre Anglaises plus ou moins mûres, c'est-à-dire qu'elles sont entie cinquante et soixante ans, — âge de jeunesse à Londres ; — la princesse de La Tour, madame de Nesselrode et trois dames russes. Il en est pour les dames comme pour les marchands : il existe un manque total d'amateurs.

Ce 27 octobre.

Ii70. Le courrier porteur de la triste nouvelle du décès du pauvre Hudelist* est arrivé ici ce matin, et je n'ai pas besoin de vous dire combien je le regrette. Il avait des qualités on ne peut plus essentielles, et des mérites que je ne trouverai guère moyen de remplacer. Mon travail va se doubler et peut-être même se tripler pour quelque temps ; j'avais si fort pris l'habitude de me reposer sur lui pour les objets de l'intérieur et de détail, que je regretterai toujours ce que je ne pourrai plus faire faire par lui , et certes pas de sitôt , par un autre employé.

* Le conseiller d'Etat Hudelist était directeur de chancellerie à la chancellerie d'État. (Noie de l'Éditeur.)

si.jDru A Aix-i,A-(.iiAiM.i,i.i, Il m; loi n a vii:nm, (ikih). 129

.l'coris à lUiiilaiMC llmiclist, cl je vous prie de lui nivoyer la Icllro vous-nuMiic , en lui écrivant (|iio j'ai choisi celle voie, convaincu qu'elle lui rendra sa réception moins pénihie. J'esprre i\uc IKnipereur l'era quel(|ne chose pour elle, (raillant plus ipic je suis sûr (jue son mari ne laisse (jue Irés-peii de fortune.

J'ai lait avanl-hier une cours<; à Spa avec M. et

madame de Nesseh'ode, le comte et la c<jmtesse de I^ieven, Stcifjentcsch, /ichy, Lcbzellern, le Prince de liesse^ et Floret. Nous y avons passé la nuit ; nous avons parcouru hier matin les environs de Spa, nous y avons dîné, et nous avons été de retour ici à huit heures du soir. Le temps était superbe, et notre course très-bien organisée. Spa est vide ; nous y étions les seuls étranfjcrs; notre effet a donc été complet. Le vova^e d'ici à Spa est cliarmant ; rien n'est beau comme le pays de Limbourg, avec ses prairies et ses habitations sans nombre.

Ce 3 noveiiibro.

271. Nos affaires sont à leur déclin. Je ne crois pas qu'elles puissent aller au delà du 15 de ce mois, jour fixé pour la fin. Si tel est le cas, je serai dans les derniers jours de novembre ou les premiers de décembre à Vienne, et, certes, charmé de m'y trouver.

Le peintre Lawrence , le premier du monde , est ici par ordre du Prince régent, pour faire les portraits des Souverains et des ministres. Celui de l'Empereur est à peu près fini, ainsi que le mien. Je suppose que vous verrez ces deux tableaux, car Lawrence va à Vienne pour peindre le prince de Scliwarzenberg. Je ne crois pas que l'on puisse faire un plus beau tableau que celui de l'Empereur. Mon portrait, je crois, sera excellent. Je tâcherai d'engager Lawrence à peindre Clémentine*.

Notre vie va toujours son même train; nous conférons, nous nous promenons, nous dinons. Je fais ma partie le soir,

* La princesse Clémentine, fille du prince. (Note de l'Éditeur.)

et je me couche. Tous les étrangers nous ont quittés; ils n'y tenaient plus.

Ce 11 novembre.

272. Je puis vous annoncer maintenant, ma bonne amie, que nous sommes très-près de notre résultat. La dernière conférence aura lieu, — à moins d'un incident très-peu probable, — le 16 ou le 17. L'Empereur se mettra en route le même jour. Il sera à Vienne le 2 décembre, après s'être arrêté cinq jours à Munich.

Je compte partir le 18 pour Bruxelles. J'y resterai jusqu'au 23 ou 24, et je serai à Vienne du 7 au 8 ou 9.

Je n'irai décidément pas à Paris. Je ne pourrais y rester que quatre ou cinq jours, qui seraient pris entre tous les Piinces et ministres, et je ne trouve pas qu'il y ait un motif raisonnable pour aller s'embarquer de gaieté de cœur dans une pareille galère. Je quitterai donc les enfants à Bruxelles.

Marie se porte à merveille. Elle a ici tous les succès imaginables : ils se bornent à si peu de chose, qu'il est permis de s'en vanter. Elle a été voir l'Empereur, qui, — pour lui plaire, je crois, — a mis un uniforme de chasseur. Elle a passé sa soirée d'hier à danser des polonaises avec l'Empereur Alexandre et le Roi de Prusse , et elle est en ce moment au spectacle, pour voir jouer un nommé Wurm, excellent acteur comique de Berlin, qui l'enchante.

Vous lirez, entre autres, dans toutes les gazettes, que j'ai fait une affreuse chute de voiture et que je suis resté évanoui pendant, je crois, cinq ou six heures. Le fait est que je n'ai pas fait de chute , et que par conséquent je n'ai eu ni accident ni évanouissement. Il y a une quinzaine de jours qu'en partant de chez notre Empereur, dans l'un des excellents équipages de la Cour, l'essieu s'est cassé; la voiture pencha de côté; mon laquais a ouvert la portière, je suis sorti de la voiture, et je suis allé à pied à une soirée que nous avions chez madame Gatalani. Le cocher est tombé et s'est fait un bleu. Tous les gazetiers anglais ont des correspondants ici; or, il faut qu'ils

SI..IIHIIt A AIX-I.A-CIIAPII.I.I, Il l'.l.lOIIII A VlINNi: (IHIH). 131

l'crivenit, — <*( , Cwiilc d avoir à pai Icr de la mai clic (lc> alTaircs, il> s'aïuiisciil à liicr l(>s ministres.

Nos pnrtiails de f^awiciicc (Icvicimoiil (!<? vrrilaltles clicCs- (rd'uvrc. Le mien, <ju'il a à peu j»rès terminé, est un des meilleurs*. Il le portera à Vieinie, où je le ferai copier, sauf à ne plus jamais me laisser peindre.

.le suis sûr (pie Marie vous en parlera de son côté. Vous rirez en le voyant.

Ce 16 novembre.

275. Nos affaires sont signées. L'Empereur Alexandre est parti ce matin pour Bruxelles ; notre Empereur part demain pour Vienne. Je vais après-demain, de grand malin, me mettre en route pour Bruxelles, où m'attendent d'importantes affaires ; j'y passerai quatre jours entre elles et l'infernale étiquette qui les accompagne naturellement.

Je passerai mes journées à travailler, et tout ce que je puis vous assurer, c'est que je me porte à merveille, et que je ne suis pas encore prêt à devenir fou. Il part ce soir un courrier pour Vienne. Je serai de retour ici le 22 ou le 23, et je m'y arrêterai deux ou trois jours , parce que la conférence reste en permanence jusqu'à mon retour. Je serai à Vienne du 8 au 10 décembre, et l'Empereur y sera le 2. L'Empereur Alexandre me suit de près ; il arrivera à Vienne le 12.

Ce 21 novembre.

274. J'ai voulu partir demain matin , quand l'impossibilité d'exécuter mon projet ma été démontrée à la conférence de ce matin. Nous ne saurions nous dispenser d en avoir une demain malin, et probablement une autre le soir, qui sera la dernière. J'envoie mes voitures en avant demain soir, et je pars avec le duc de Wellington. Nous serons à Bruxelles en

* Le portrait du prince de Metteinicb, j^ravé pour cet ouvrage par le professeur Unger, a été exécuté d'après le tableau dont il est question.

{JSote de l'ÉdUcur.)

quatorze ou quinze heures de roule. Voici mon plan de voyage jusqu'à Vienne. Je ne prévois pas qu'il puisse subir de grands changements.

Le 23 novembre , Bruxelles ; 24 , 25 , 2G , séjour; 27 , Anvers; 28, Aix-la-Chapelle; 29, Cologne; 30, Coblentz.

1" décembre, Johannisberg; 2, Francfort; 3,4, 5, voyage à Munich; 6, 7, séjour; 8, Alt-OEttingen ; 9, Wels ; 10, Kemmelbach ou Amstetten; 11 , Vienne.

Vous voyez que je n'aurai qu'un jour d'avance sur TEmpereur Alexandre , ce qui certes n'est pas de trop. Son séjour à Vienne n'étant pas , au reste , un séjour d'affaires, le fait même de sa présence me tourmentera d'autant moins que nous sommes redevenus les plus tendres amis. Marie, quand elle nous a vus la première fois, n'en revenait pas; elle ne nous avait jamais vus que brouillés. Elle a dansé, d'ailleurs, force polonaises avec lui, et surtout avec notre Empereur, au dernier bal que le commerce a donné aux Souverains, dimanche passé. L'Empereur a été charmé de la voir, comme s'il avait passé sa vie avec elle : « C'est une des miennes , m'a-t-il dit vin(>t fois; je l'aime mieux que toutes les autres. »

Nos affaires sont terminées, et notre conférence de demain n'est plus qu'une affaire de rédaction; — tout est arrangé à merveille, et je crois que cela nous fera honneur en Europe. Je n'ai jamais vu d'accord plus parfait entre les Cabinets; nos affaires, les scabreuses comme les faciles, ont coulé comme si elles se faisaient d'elles-mêmes. Le résultat a donc été tel que je l'avais prévu et surtout désiré.

Je ne sais ce que je donnerais maintenant pour avoir enjambé ce qu'il me reste de chemin à faire pour retourner à Vienne. Je ferai ce voyage avec le sentiment d'un postillon qui retourne à vide à son point de départ, et qui vingt fois doit maudire le chemin qui lui reste à faire pour regagner son lit.

Donauvvœrth, ce 6 décembre.

27^. ... J'ai retrouvé à Aix-la-Chapelle le prince de Hardenberg; j'ai travaillé avec lui toute une journée. J'ai passé

SI .lOri! A AIX-I.A-illAI'I.I.I.K II Itl.lOI II A VII NNi: (ikim). i:j:j

iiiic iiiiil (-1 iiiH- iii:iliiu'-c :iti .Inli.'iMiiisItcijj , on j ;ii vu iiiic i|ii:iriiiil:iiiu* (le sii|)(>i°l)(>s (oiincaiiv i'ini([(-s (hiiis la plus Ix'llc (■av(r du inonde. Le vin sera cxccllcnl , et il y aura là pour doiizr niillo ducats h vendre demain. Il en vandia vingt mille <lan> einq ans. Je n'aurai ni cesse ni repos avant que vous ayezvu ce lieu, qui est vérilaMeineiit une [glorieuse ])osses>iion. IJien ne ressemble à sa heault-, cl llialiilation n'exi{j(; (|u'un peu de soins pour devenir Irès-helle. H n'y aurait (|u une cabane, <pie le inonde send)lerail lui appartenir.

Je m'anélerai le 8 à Municli , et je serai à Vienne le II au soir, ou plus probablement le 12 au malin. Vous serez prévenue de mon arrivée par l'une de mes voitures que j'enverrai en avant de la dernière coucliée que je ferai à Wels ou à Enns.

... Bon Dieu! tout ce qui est mort chez nous! J'ai appris loutes ces catastrophes d'une manière qui serait plaisante si elle portait sur un autre sujet. J'ai vu à Cobicntz le comte d'Eltz, — revenu du Brésil. Il y est pour affaires de la succession de son père, qui vient d'v mourir d'une mort affreuse. Vn cancer lui avait ron^jé plus de la moitié du visage. Je lui fis mes condoléances , et je lui demandai des nouvelles de Vienne; j'en avais manqué depuis plus de huit jours, car mes lettres m'attendaient à Francfort. « On a coupé la jambe à Jean Palffy, me dit-il , mais son frère est encore plus à plaindre, car il perd une partie de son corps après l'autre dans son voyage en Italie. — C'est affreux, lui dis-je. — Oui, deux jours avant la mort du comte de Wallis. — Comment ! il est mort? — On a enterré le comte de Kuefstein. — Comment ! lui aussi ! — Et l'on a administré le maréchal Colloredo ; son frère le maréchal Wenzel est à l'agonie. » — Je l'ai prié de se taire , car il avait l'air de ne pas avoir tout dit.

MeUernicli à sa fille Marie. Vienne, ce 17 décembre.

276. Me voilà, ma bonne Marie, au milieu des nôtres; mais vous n'y êtes pas , et je vous réponds que vous me manquez beaucoup. Nous sommes inhnimentplus occupés de vous

i;U RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-1822).

que de nous. Nous suivons tous vos pas, et je suis sûr d'en deviner l)eaucoup.

J'ai trouvé, à mon arrivée, niannan et les enfants dans le meilleur état de santé. Victor est grand comme un homme qui n'est pas petit. Clémentine est embellie. Je ne trouve pas Léontine fort grandie. Herminie est véritablement aussi bien que possible. Maman vous mandera la plaisante erreur que j'ai commise à mon début , où je pris Léontine pour Herminie. Je lui ai demandé des nouvelles de sa jambe; elle m'a cru en démence. Elle était couchée dans sa nouvelle chambre, à la place de sa sœur; je l'ai trouvée inconcevablement grandie, mais n'imj)orte. Les pensées fourchent quelquefois comme la langue, et Ton n'en sort plus.

Nous sommes ici, non dans les fêtes, car l'Empereur Alexandre n'en veut pas , mais dans de douces et paisibles petites jouissances de Cour. L'Empereur Alexandre a enfin fait connaissance de Madame sa tante*; il pas^e ses joui'nées à lui baiser la main et à l'appeler ma chère tante. La présentation a eu lieu avant le dîner par l'Impératrice ; au moment où l'Empereur a baisé la main à sa très-chère tante , j'ai pensé à Herminie , et j'ai trouvé comme elle que la tante Pauline est la tante de tout le monde , faute d'être celle du monde. Il ne lui manque plus que ce dernier titre.

Adieu, ma bonne chère ^Nlarie. Le voyage d'Italie est décidé, mais il y a un changement qui vous est favorable. L'Empereur partira le 13 février, et il sera dans les premiers jours de mars à Florence au lieu de Naples; c'est-à-dire qu'il commencera par passer à peu près trois semaines du mois de mars en Toscane; de là, il ira pour la semaine sainte à Rome , et puis enfin, vers le 17 ou le 18 avril , à Naples.

Ce 25 décombre.

277. J'étais sûr que Paris conviendrait beaucoup à Pepi, Il a du goût et il est accessible à de bonnes impressions. Paris

* La duchesse Pauline de Wurtemberg, sœur du prince de Metternich.

(iVofe de V Editeur.)

Sl-JOril A AI\-I.A-(.IIM'I l.l.i; 1.1 IIK'I on» A VIKNNi; (IHI8). 135

t'sl la ville du hioik/c, Iniit comme Loiulres est fclle <Iii ronttncrc(\ l/mu' ne rcsscmlilc pas à raiilrc , car toutes deux -.ont (les êtres |)aili«iilieis. Vienne est comme le reste des ni/les luihilccs ,' elle compte plus de; rues (pie telle autre;, maiN imur être plus {jrande tdie ne vaut pas mieux, l/esprit humain a besoin d un froissement continuel pour se porter au delà de la sphère commune. II est naturel qu'une réunion de plus de cin(| ceiil mille individus dans un même lieu, sous un beau ciel, «lans un pays fertile, doive prêter à un développement, à un mouvement industriel et commercial bien dilïérents de ceuxdaulres centres moins habités. Voilà le secret de la j)erlrclion de Paris et de Londres, qui toutes deux sont ce qu'ont été Tancienne Rome, l'ancienne Héliopolis, et plus encore Tantique Babylone. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, et ceux-ci ne sont modifiés que par l'influence qu'exerce le progrès des lumières , des sciences et des arts. Or, il suffit d'avoir un faible degré d'élévation dans l'àme, ou un goût épuré pour préféi'er le mieux au bien. Soyez sûre qu'aussi souvent que ce fait n'a pas lieu, il ne vient que du manque de ces qualités, ou bien il est le résultat de cette présomption inséparable de l'ignorance , qui vous fait croire au mieux là où à peine vous jouissez du hie^i. Cette manière de juger n'est, au reste, nullement liée au bonheur. Le bonheur peut porter sur un seul objet, sur un seul goût, — et par conséquent sur un seul besoin ; il suffit de trouver un petit coin qui satisfl^sse ce goût individuel , pour que le bonheur en résulte. C'est ce qui vous explique pourquoi vous pouvez être heureuse à Lanschûtz, moi dans mon jardin , et maman dans la chambre d'Herminie. Tout le monde cependant n'est pas également exclusif , et surtout également modéré dans ses goûts ; or, c'est pour cela que vous et moi , heureux à Lanschûtz et au Rcnnweg , nous le sommes également sur les boulevards, au Musée, et même dans les Catacombes, tandis que maman n'est heureuse que dansl'avantdernière chambre à la Chancellerie.

CORRESPONDANCE ENTRETENUE AVEC l'eMPEREUR FRANÇOIS, PENDANT LE VOYAGE d'aIX-LA-CHAPELLE.

VINGT ET UN RAPPORTS ADRESSÉS PAR LE PRINCE DE METTERNICH A l'eMPEREUR FRANÇOIS, ET RESOLUTIONS SOUVERAINES DE SA MAJESTE, DU 8 JUILLET AU 17 NOVEMBRE 1818.

278. Préparatifs d'installation faits au château du Hradschin. — 279. Mort de la Reine de Suède. — 280. Conspiration ultra-royaliste en Francs. — Tentatives faites pour amener un rapprochement entre le parti ministériel et Monsieur. — 281. L'Empereur Alexandre et la question dei paysans dans les provinces de la Pologne russe. — Le feld-maréchal prince de Schwarzenberg. — 282. Le voyage de l'Empereur Alexandre est ajourné. — Metternich projette un voyage à Paris. — 283. Mort de François-Georges de Metternich. — 284. Entretien avec Capo d'Istria. — 285. Faveur à accorder au prince de Schwarzenberg. — 286. Affaires de Rome. — 287. Tentatives faites en vue de la réconciliation du Roi et de Monsieur. — 288. Dévouement des populations rhénanes à l'Empereur François. — 289. Projets de voyage de l'Empereur Alexandre. — 290. Proposition relative au choix des chambellans. — 291. Heureux changement dans l'attitude des partis à Francfort. — 292. Mort de la Reine d'Angleterre. — 293. Préparatifs en vue du voyage de l'Empereur François. — 294. Le Prince Electeur de Hessc-Cassel aspire au litre de Roi. — 295, Organisation militaire de la Confédération germanique. — 296. Portrait de l'Empereur. — 297. Grossesse de l'Archiduchesse Léopoldine. — 298. Remise du voyage.

Carlsbad, le 8 juillet 1818.

278. J'ai rhonneur d'annoncer à Votre Majesté que je suis arrivé ici hier. Carlsbad regorge d'étrangers, parmi lesquels se trouvent des diplomates de tous les pays, qui ne sont ici que pour me parler ou bien pour observer mon entrevue avec le comte Capo d'Istria, qui est attendu à Carlsbad pour le 10.

Hier, à mon passage par Prague , le gouverneur de la Bohême m'a demandé s'il y aurait une réunion de Souverains à Prague. Je lui répondis négativement. Il me dit alors qu'il avait reçu tout récemment du grand maître de la Cour l'ordre de faire immédiatement arranger et réparer à fond le deuxième étage

r,()iinr.si'ONi).\N< r. avi;<; i/ km pi; m: un niANfiois (ikih). i.n

(lu cIiàhMH (lu lli;i(U(liiii cl (l<! i(';;lci- les (l<'-|iciis(*.s nére.ssiiircs ;"i ccl «•lïcl. .le lui iilliiiniu (|U il (levait y avoir làdessous (|url(|U(' (Mr(MU' in(>\|)li( :il)l(' pour moi, cl \a priiii de ne rien Hiirc (Mili('|)r(Mi(li(' avani (|U(' Votre Majeslc; (Mit doiuu'; de nouveaux ordics. .le Vous prie d(jiic, Sire, de vouioii" liieu dtuuuM- des ordres en conséf|ucnce ; il est possible qu'il s'arjisse de rt-parations quelconques ; mais ce n'est pas ce que l'ont entendre les instructions données par le grand maître de la Cour. Il faut qu'il y ait positivement erreur à cet é^jard. Kn tout cas, je considère comme un devoir de porter cet incident à la connaissance de Votre Majesté , attendu qu'on évitera peut-être des dépenses considérables dont le but m'échappe.

Le prince de Schwarzenberg , que j'ai trouvé ici, va relativement très-bien. 11 est gai, et jusqu'ici il n'a qu'à se louer de sa cure.

Mettermcii, m. p.

J'ai pris bonne note de ce que vous me mandez. Je me suis déjà mis en mesure d'être renseigné sur ce qui en est des préparatifs d'installation qui doivent être faits dans le château de Prague*.

François, m. p.

Baden, le 15 juillet 1818.

Carlsbad, le 9 juillet.

279. Des lettres de Copenhague annoncent la mort subite de la Reine de Suède, veuve du dernier Souverain. Elle avait passé la soirée chez le Roi, et elle est décédée avant cinq heures du matin.

Le Roi, qui était sur le point de se rendre en Norvège, a remis son voyage jusqu'après l'inhumation de la Reine.

• Cette résolution, ainsi que toutes celles qui suivent, a été écrite sur le rapport par l'Empereur François lui-même. (^Note de l'Éditeur.)

Au point de vue politique , cet événement n'a pas d'importance particulière.

Metternich, m. p.

J'ai pris note de ce que vous me mandez.

François , m. p.

Baden, le 15 juillet 1818.

Carisbad, le 14 juillet.

280. J'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Majesté une lettre très-intéressante, écrite de Londres par M. de Lebzeltern. Les dispositions du Cabinet anglais sont excellentes, et les jugements de Lebzeltern sont justes de tout point.

Votre Majesté trouvera aussi sous ce pli une lettre particulière du comte de Caraman, qui annonce une prétendue conspiration ultra-royaliste. Je dis prétendue, parce que le fait ne paraît pas démontré. D'ici à quelques jours nous saurons exactement ce qui en est de cette affaire; en attendant, je suis porté à croire que tout n'est qu'une intrigue ourdie par le parti qui combat, non sans raison, les ultras. Je n'ai reçu de Paris qu'une simple mention de l'incident.

Votre Majesté daignera se convaincre que le ministère français, ou plutôt que le duc de Richelieu espère, comme dernière ressource , que mon intervention entre le parti ministériel et Monsieur, frère du Roi, pourrait amener un rapprochement. Monsieur s est adressé à moi dans le même but. Dans quelques jours je serai à même de soumettre à Votre Majesté les démarches que j'aurai faites à propos de cette affaii'e , qui est de la plus haute importance . Nul moment ne saurait être plus favorable pour arriver à une heureuse solution ( chose qui était certainement impossible jusqu'ici) , que la veille de l'entrevue des Souverains. J'emploierai ces dernières heures, ces heures si précieuses, à tâcher de réaliser les vœux des deux parties, et d obtenir, paï des voies directes et absolument confidentielles , tous les bons résultats qu'il sera en mon pouvoir d'atteindre. Personne toutefois, ni moi ni un autre, ne peut répondre du succès.

«:(iiiiii:.siM»Ni)AN(;r. Avr.c i, i:m l'i iti.i ii i isancois (isih). i:i'.i

La sntisfaclioii de voir (|ii(' l<-^ deux iiailics nracrorilciil iiik; t'jfalo ooiiHance , <l()i( nu; .siil(ii(î ju><|u ici.

Suivant fies nouvelles paiiiculitMOs , r<M;iu;-. aiijdincl Imi de ll(M-Iiii, le lioi doit arriver dans ccito ville à la iln du iiiui-,, en môme temps (jiie risnipcreiir Alexandre. ()ii laconle (pie le camp i\c man(eiivr(> <pM devait être lornu- jtres d(; la capitale ne .seia pas rénni, et (pie ri''mperein- Alexandre profilera de l'intervalle entr«' son arrivée en Pru.s.se et Ventrevue pour aller voir ses s(eurs. .le ne sais s'il est aussi question diuie visite à Stuttgart, mais j'en doute presque.

Dans tous les cas, il ne pourra résulter rien de bon de toutes

ces allées et venues que l'Kmpereur entreprendra avant l'entre

vue des Souverains. La chose est-elle réellement comme j'ai

I lioîmeur de le dire à Votre Majesté? c'est ce que je sauiai par

les nouvelles officielles de Berlin, que j'attends d'heure en

heure.

Metternich, m. /;.

Je prends note de ce que vous me mandez, et vous l'envoie les annexes de ce rapport.

Haden, le 21 juillet 1818.

Carisbad, le 22 juillet.

281. J'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Majesté un rapport du comte de Thurn ; Elle verra par ce document que l'Empereur Alexandre continue à traiter le Prince de Hesse avec les plus grands égards.

Le Czar commence à s'occuper très-activement de la situation des paysans dans les provinces de la Pologne russe. Il est incontestable qu'il a pour cela les raisons les plus sérieuses du monde; mais, d'autre part, l'Empereur court risque d'allumer un vaste incendie dans ses Etats. Les Russes sont généralement en éveil ; quelles conséquences auraient de nouveaux progrès dans la voie des concessions? c'est ce qu'il est difficile de déterminer dès à présent.

Le comte Gapo d'Istria ne sera guère ici avant le 26 ou le

27 de ce mois , car il attendait encore son Maître à Saint- Pétersbourg et pourrait bien n'être pas parti avant le 15.

Du reste, je suis entouré ici des cbefs de presque toutes les missions accréditées auprès de Votre Majesté , et il n'y a pour moi guère d'autre différence entre Vienne et Carlsbad que le changement de résidence. En attendant, je cberclie autant que possible à gagner du temps pour me distraire, et je ne puis assez me louer des eaux qu'on trouve ici. Le 31 de ce mois, je quitterai Carlsbad, et, comme il faut que je mette trois ou quatre jours d'intervalle entre les deux cures, j'irai chez moi à la campagne jusqu'au 4 août. Le 5, je commencerai ma nouvelle cure à Franzensbad.

Il y a un mieux sensible dans l'état de santé du prince de ScliAvarzenberg. Sa maladie interne perd de jour en jour son caractère aigu ; comme Carlsbad n'agit jamais directement sur une paralysie causée par une attaque d'apoplexie, on lui prescrira des bains spéciaux , dont les médecins se promettent les meilleurs résultats. Cependant il est déjà redevenu ingambe à tel point qu'il peut faire des promenades de plusieurs heures.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez. Je souhaite que la cure d'eaux et de bains vous fasse grand bien, ainsi qu'au prince de Schvvarzenberg.

François, m. p.

Franzensbrunn, le 7 août.

282. Sire, la nouvelle que l'Empereur Â-lexandre n'arrivera que le 27 septembre au lieu du 15, et que, par suite de ce retard, l'ouverture des conférences sera reculée de quinze jours, ne peut manquer de produire une impression très-fàcheuse en France. Il est vrai que cela ne change en rien la situation ; mais cette incertitude prolongée est pénible pour les Français, et elle agit forcément d'une manière défavorable sur le Gouvernement et sur la nation.

r.ounr.spoNi» \n<:k avic. i, i.m l'i.iti i u riuNcois (ikik). i4i

li;i (|n<'s(i(»ii (le {;;i(;iii'r on de |)ci(lic dti t<'iu|)s me siijj/'ère (oui iialurellomcnl l'idée suivanl»^ : peut-être obtiendrioiisiimis des résidl;its av;iiit;if^(Mix , si |(' |)i°o(il:ii.s des doii/.c jriiiis (le lilxMh" (|ue j'aurai pour aller des l»ord>. du Kliiu à Paris.

Ia's raisous qui militent en faveiu" de ce voyafje sont les suivantes :

I" Je verrai de près ce f|ue la dislance nous cache souvent.

2" Aux conférences (rAix-la-Chapellc, je pourrais parler avec une autorité toute particulière devant les autres chefs de (lal)inets qui n'auraient pas été, comme moi, sur les lieux mnnes où se sont produites les difficultés à résoudre.

.'{" Il y a la chance d'amener un rapprochement entre Monsieur et le rfouverncment ; car, ainsi (|ue j'ai eu l'honneur d'en informer Votre Majesté, j'ai été inviié par les deux parli(;.s à m'interposer dans ce but. Je ne manquerai pas de soumettre prochainement à Votre Majesté les mesures que j'ai prises en vue d'arriver à cet heureux résultat. En ce moment même, l'affaire est poussée le plus vigoureusement possible. J'ai envoyé le marquis de Garaman de Carlsbad à Paris avec les instructions nécessaires, et d'ici à huit jours je renverrai à Monsieur un individu qui m'avait été expédié j)ar lui. .Si la chose réussit, ce sera une des garanties les plus solides pour l'avenir; de même, si cette incroyable désunion se perpétue, les plus tristes éventualités peuvent se produire. Le moment qui précède l'entrevue des Souverains est décisif, et surtout il nous offre des moyens puissants pour agir sur les deux parties.

4* Enfin j'aurais un motif très-plausible pour faire le voyage de Paris dans le fait du passage de lord Gastlereagh par cette ville , si toutefois il devait avoir lieu.

Si Votre Majesté daignait partager cette manière de voir, je Lui demanderais très-respectueusement la simple autoi'isation de me rendre à Paris suivant que les circonstances le demanderont. Ces circonstances peuvent se présenter ou se modifier tous les jours ; je ne pourrais donc qu'attendre et saisir le moment favorable d'agir.

En conséquence, je prierais Votre Majesté de garderie plus profond secret sur cette autorisation. Si je devais donner suite

à celte idée, il faudrait que j'eu&se l'air d'avoir reçu l'ordre de nrofiter des quelques jours de liberté que je dois au retard subi par l'entrevue des Souverains pour me rendre compte de la situation sur les lieux mêmes. Dans le cas où mon voyage ne s'efl'ectuerait pas , il faut que le public n'ait jamais entendu parler de ce projet.

De toute façon, je serai à la fin de ce mois sur les bords du Rbin ; j'y trouverai le chancelier d'État prince de Hardenbcrf;, le comte de Munster, agissant comme délégué du Cabinet anglais, et plusieurs autres personnages considérables qui m'attendent ou qui viendront me voir au Johannisberg , pour se concerter avec moi sur les questions les plus importantes qui seront traitées lors de l'entrevue.

Si Votre Majesté daignait me laisser juge de l'opportunité de ce rapide voyage à Paris, je ne pourrais d'aucune manière être dans cette ville avant le 7 septembre, et, le 23, j'aurais rejoint Votre Majesté à Mayence.

Je prie très-respectueusement Votre Majesté de daigner me donner le plus tôt possible Ses ordres relativement au rapport secret que j'ai l'honneur de Lui adresser.

Metternich, m. p.

Je vous autorise à vous rendre à Paris si vous croyez devoir le faire dans l'intérêt du service. De toute façon, je vous attendrai donc, le 23 septembre , à Mayence.

François, m. p.

Baden, le 11 août 1818.

Franzensbad, le 15 août.

285. Sire, le douloureux événement*qui m'afrappé, moi ainsi que toute ma maison , m'impose le devoir d'offrir à Votre Majesté l'expression de ma profondé reconnaissance pour les grâces dont Elle n'a cessé de combler mon père pendant le cours db sa longue existence. Dès sa première jeunesse, celui qui n'est

• Voir, relativement au même sujet, le n» 256.

coiuir.si'oNDANCK AVi:<: i. r,Mpr.iii:iii fiianciiis (ihik). U5

plus iiViiil i'ir ciili-îiiiu' |):ii' I cxciniilc de sr-> aiicétres, iii:iis plus encon* par sou c(L'ur, ù se vouer au service de son Souvei'aui. L'uuicpic l)ul. d(' ses V(t'ux et de ses efforts, c'étaieut rhouueur et rinlérét de la ^faisou iuijiéiiale et de TF-tat. ' Voire ^îajesté perd en lui un scrvileui- aKalMi |);u I à{;e , il est vrai, mais qui u'cnelaif j>as moins lidcle et moins dévoué pour cela. Sa eonslaute préoccu|)ation était de me voir remplir les devoirs que son à{je et sa situation ne lui permettaient plus de remplir lui-même, et sa plus grande consolation, il la trouvait dans le sentiment du succès que j'avais obtenu dans ma lutk: contre les diflicultés et contre les orages des derniers temps. Lorsque, ouelques jours avant sa fin, ma famille lui demandait s'il ne désirait pas me voir à Vienne, il dit : « Que mon fils ne songe qu'à son devoir; je puis tout aussi bien lui donner via bénédiction de loin; béni soit-il aujourd'hui , et bénie soit son entreprise ! »

Je trouve dans ces paroles un adoucissement à ma douleur: elles me consolent de ne l'avoir pas revu et d'avoir été empcché par la distance de remplir à son éjjard les devoirs d'un fils.

Maintenant que je suis devenu, par cette triste circonstance, le chef de ma maison, je prie Votre Majesté d'étendre Sa honte sur les miens. Depuis si longtemps et en tant d'occasions différentes, Votre Majesté s'est conduite en père à mon épurd, qu'il ne m'est permis de parler que de ma reconnaissance. Comme les révolutions qui se sont accomplies dans ces derniers temps ont mis ma famille au rang de tous les vassaux et de tous les sujets de la Maison impériale, je ne puis former qu'un seul vœu : c'est que mes descendants fassent un jour, sous l'unique empire du sentiment du devoir, ce qu'ils auraient sans doute fait de même, en ohéissant à un sentiment spontané.

Metternich, m. p.

Soyez sûr que je prends une part bien vive au malheur qui vous frappe. Je compte fermement sur votre attachement à ma pei'sonne, et je me flatte que vous vous efforcerez de faire

marcher votre famille et vos descendants sur vos traces , afin qu'un jour je trouve en eux des serviteurs aussi habiles et aussi dévoués que vous Têtes vous-même.

François, m. p.

Vienne, le 19 août iS18.

Franzensbrunn, le 18 août.

2îi4. Sire , je me suis rendu avant-hier à Carlshad afin de m'entretenir avec le comte Capo d'Istria , qui se trouve dans cette ville depuis quelques jours.

Le résultat de cet entretien est net et rassurant, comme je Tespérais. Quelques indications sommaires suffiront pour le faire connaître à Votre Majesté, qui s'est toujours si bien tenue au courant des grandes affaires politiques.

Voici les points principaux :

1" L'Empereur de Russie, quoique flottant entre plusieurs motifs moraux qui se contredisent , reste fidèle au principe fondamental du maintien du repos. Il y est déterminé par son éloignement pour tout ce qui dépasserait de simples passetemps militaires, et par ses principes religieux, qui s'accentuent toujours davantage.

2" L'Empereur et son Cabinet se laissent aller de plus en plus au désir de faire du prosélytisme moral et politique. De là toutes ces intrigues grandes et petites qui nous déroutent , nous et , pour ainsi dire , tous les Gouvernements- de là celte nuée d'émissaires et d'apùtres. Toutefois, on ne saurait méconnaître qu'au fond de ces éternelles menées il y a une intention, — qu'elle soit vague ou nettement arrêtée dans l'espiit de l'Empereur; — c'est celle de laisser le temps et le cours naturel des choses faire ce qu'ils peuvent pour contribuer à l'extension de l'influence russe. Dans ces conditions, une influence cesse de devenir une puissance.

3° Le comte Capo d'Istiia est tout à fait opposé à Xs. forme de la prochaine entrevue.

Premièrement, il ne voudrait pas que les Souverains parussent e/t pe?,$onne à cette conférence, et il regrette qua

«;()iiiii:sP()M)ANCK AVKc I, iMi'i-nrnii i iiancois (iki8). i4r>

son Maille soil la caiisr positive et |)rul-(lic uniriiic «ini a nrovocjuc lu réunion. Dn reste, \v. suis partaitcnirnl d'accoïc! avec lui sur ce point.

\\v\ second lieu, il amail (Nî^irc- (pi'il n'v eût point d'entrevue des Souverains et des Caliinels, ou Mcn il aurait voulu un(; entrevue gcncrale.

Ses niotils son! les suivants:

Il croit qu un(î mcîsure aussi grave ne peut quV.rcjVer la jalousie (les puissances non admises au Congrès , tendre l'opini'on publique au plus liant degré, et compromettre les Souverains cl les Cabinets par suite du manque de résultats.

Sur ce point, mon opinion diffère entièrement de la sienne. Mes raisons sont les suivantes; je les lui ai développées en tant que cela pouvait se faire sans accuser tro[) nettement la différence qui existe entre nos deux Gouvernements sous le rapport des vues et de la marche suivie.

Les cinq Cours qui doivent se réunir à Aix-la-Chapelle sont non-seulement appelées, mais encore obligées par le traité du 20 novembre 1815 à prendre part à la conférence. Toutes les Cours d'Europe ont ratifié et reconnu ce traité et, par conséquent, toutes les stipulations qu'il contient.

L'exercice d'un droit et, bien plus encore, l'accomplissement d'un devoir, n'excitent pas la jalousie de ceux qui sont en dehors de l'un et de I autre. Aucun Gouvernement n'a peur de voir trancher par les cinq Cours la question qui doit être résolue à Aix-la-Chapelle, car leur mission est de le faire; mais tous les Gouvernements craignent que les quatre ou cinq Cours en question n' aient l' intention de s'occuper encore d'autre chose que du règlement de cette af faire unique. C'est pourquoi il faut que les quatre Cours se bornent exclusivement à traiter l'affaire dont il s'agit; c'est aussi pour cette raison que nous avons demandé que les quatre Cours reconnaissent solennellement cette obligation longtemps avant l'ouverture des conférences. Nous devons veiller à ce qu'elle soit admise et remplie. C'est chez les révolutionnaires seulement que l'opinion est tendue , et non pas chez les gens bien pensants. C'est là un fait réel, incontestable; le résultat le plus heureux de 1 entrevue m. 10

sera donc celui-ci : Qu'il n'y aura rien de changé dans l'ordre de choses existant; ce résultat vaudra le plus beau triomphe k Votre Majesté et aux Cabinets qui, depuis 1815, n'ont cessé de suivre une marche positive , qui n'ont jamais fait appel à l'esprit d'innovation et qui ont toujours soutenu le droit seul , le droit pur et simple. Mais pour la Cour qui en toute circonstance a rendu hommage à ce qu'on appelle l'esprit du temps, ei ani, par ses paroles, a fait naître les espérances des novateurs et des sectaires de tout genre; pour cette Cour, dis-je , le résultat d'un congrès aussi important que celui d Aix-la- Chapelle sera compromettant au plus haut degré , aux yeux de ces novateurs mêmes , dès que tout restera sur l'ancien pied.

C'est dans ces quelques points que réside la différence qui sépare nettement les vues de l'Autriche de celles de la Russie. Du reste, nos idées n'ont cessé de prévaloir jusqu'à ce jour , et je ne doute pas qu'il n'en advienne de même à Aix-la-Chapelle. Que la future réunion, tenue dans la forme et en la manière adoptées , déplaise au ministre russe , c est donc une chose toute naturelle. Ce qui ne l'est pas moins, c'est que nous ne puissions l'admettre que dans la forme convenue. Le succès dépendait beaucoup de la première parole; or, cette parole, nous l'avons prononcée à l'heure opportune, et par là nous avons évité bien des occasions de nous compromettre dans un sens très -différent des craintes du comte Capo d'Istria.

Du reste , j'ai déjà gagné du terrain auprès des Cabinets prussien et anglais, si bien que je ne prévois pas qu'il soit possible, lors des conférences, de s'écarter d'une marche régulière et posée *.

* Sur ce document, que nous possédons sous forme de copie, se trouve la note suivante, écrite plus tard de la main même du chancelier d'Etat : « Le contenu de ce rapport est important; car il fait ressortir les raisons de la différence qui existait entre les deux Cabinets impériaux sous le rapport de leurs intentions et de la marche suivie par eux. Le comte Capo d'Istria était le représentant d'une école politique extravagante; personnellement il n'avait en vue que la question hellénique, qui, en 1818, était sur le point de surgir. Dans cet ordre d'idées (la question hellénique) et sous le rapport de la résistance au libéralisme doctrinaire qui trouvait un ardent champion

COllllESPONDANCE AVIC I. I.M I' I. Il II It l' Il A N(;01S (l SI h). i\^

Franzciisbrutiii, le- 20 auut.

ÎJ8.'». Sire, connaissant los scMitimcnts do hienvcillance f|ue vous (lai(jiicz avoir pour \c fcid-maréclial prince de Sclnvarzenl)or{}, je considère eoninnî un devoir d indi«|iier respeclueuseiiienl à Votre Majesté une occasion qui lui permettrait de faire à peu de Irais jjrand plaisir à Son vieux serviteur. Le fils aîné du prince, Frédéric*, est, depuis plus d'un au, cadet au régimeni de uldans de son père. Il se distin^fue j)ar son zèle à conlenler son père, et son désir serait d ètr<î promu au grade de sous-lieutenant. Si Votre Majesté daignait accéder à son vœu en ayant l'air de le faire spontanément, le feld-maréchal Lui en aurait la plus profonde reconnaissance.

Dans le cas où Votre Majesté daignerait faire droit à cette prière , que je me permets de F^ui adresser à Tinsu du prince, j'oserais demander qu'Ella voulût bien consentir à informer le feld-maréchal par un billet autograpbe (ju'Elle lui accorde cette faveur, et à le faire le plus tôt possible, afin de prévenir une demande directe du père.

Ce qui m'enbardit surtout à faire cette démarcbe, c'est que depuis l'arrivée du feld-marécbal Bliicber à Carlsbad , le Roi de Prusse envoie presque toutes les semaines un aide de camp à ce dernier pour prendre des nouvelles de sa santé, qui, du reste, est fort compromise.

Metternich, m. p.

Je prendrai les mesures nécessaires, conformément à la proposition que vous me faites.

François, m. p.

Baden, le 25 août 1818.

dans ce ministre plus grec que russe, le système d'une allinnce entre les grandes puissances lui était odieux. » (Note de l'Éditeur.')

* Celui qui écrivit sous le pseudonyme du « Lansquenet n .

(Note de rÉditeur.)

Fraiizensbrunn, le 20 août.

286. J'ai l'honneur d'adresser ci-joint à Voire Majesté un rapport du prince de Kaunifz ; ce document nous apprend comment les affaires continuent d'aller à Rome*. Si la Cour pontificale persiste dans la marche qu'elle a adoptée, elle se préparc, dans un avenir prochain, des complications avec l'Allemagne, complications dont il est difficile de mesurer la portée dés à présent. Notre devoir est de l'éclairer, et de soutenir dorénavant ceux des cardinaux qui forment le parti raisonnable.

Votre Majesté a daigné approuver mes dernières instructions à l'ambassadeur prince de Kaunitz. C'est dans le même sens que jo lui enverrai prochainement d'autres recommandations pressantes.

Je prie respectueusement Votre Majesté de vouloir bien faire communiquer le présent rapport, ainsi que l'annexe, au conseiller d'État de Hudelist.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez. Le conseiller d'État de Hudelist recevra le rapport ainsi que l'annexe. Nous devons tendre à éviter que, par suite de démarches précipitées, inspirées par une ardeur trop grande, la religion catholique subisse un dommage irréparable.

François , m. p.

Baden, le 25 août 1818.

* Dans ce rapport du 10 juillet se trouve exprimée la crainte qu'à Rome un parti de « zelanti », composé de cardinaux hostiles aux idées de conciliation de Consalvi, ne travaille à forcer la main au Pape et à lui faire prendre des mesures énergicpies contre les Cours de Bavière et de Bade, attendu que, par des lois organiques récentes, la première paralyse le Concordat qui vient d'être conclu et c[ue la seconde prend sous sa protection le vicaire capitulaire de Constance, Wessenberj, qui est menacé de l'interdit.

{Note de l'Éditeur.)

COItllESPONDANr.F, AVF.C I/EMPEI\KlîR FHANÇOIS (iSIH)- M»

Kœni(;s\vnrt, K; 20 août.

207. Votre Aînjeste trouvera datis les doux annexes les inslrtiotions que j'ai adi'es^ées an baron fie Vinrent, le 23 de i'c. mois, n'Ialivenienl à la ([iieslion si importante de la réconcilialion dcî Monsieur, IVère du Roi de France, avec ce dernier.

Voire Maji'slé dai.'jnera se rappeler que Av.'yi , dans le coings (lu j>riii(enips dernier. Monsieur avait lait venir exprès le ministre plénipotentiaire de Votre Majesté pour lui parler de son désir d'arriver à une réconciliation. A cette époque, le baron de Vincent instruisit le duc de Wellington de ce tait, ainsi que de l'entretien qu'il avait eu avec le Prince ; en même temps il informa de la chose le duc de Richelieu.

.le répondis aussitôt au baron de Vincent qu'il devait faire entendre au frère du Roi que Votre Majesté était toute disposée à prêter la main à une réconciliation qui n'aurait que des suites heureuses; j'exprimai toutefois ma conviction personnelle que Monsieur devait, avant tout, essaye?^ des moyens capables de faire arriver à ce but.

Voici pour quelles raisons je résolus de suivre cette voie :

1' Parce que la suite que Son Altesse Royale donnerait a l'affaire pouvait seule me faire voir clairement quelles étaient ses intentions réelles.

2° Parce que je voulais m assurer si Monsieur avait pris spontanément la résolution d'ajjir, ou s'il y avait été poussé par le parti ullra-royalisle; enfin je désirais savoir quelle fraction de ce parti (car il y en a tant!) lui avait donné l'impulsion.

3' Parce que toute démarche compromettante pour le caractère de Votre Majesté ne pouvait être sûrement évitée que si les deux parties adverses avaient exprimé le vœu de voir intervenir un tiers dans une affaire de famille.

Relativement à ce point capital, nos espérances ont été réalisées. Plusieurs tentatives de réconciliation furent faites, soit par Monsieur, soit par les ministres; mais elles demeurèrent toutes sans résultat.

Dans le courant du mois de juin, et presque en même temps, les ultras et le duc de Richelieu s'adressèrent à moi pour me demander de m'interposer. Je fis entendre au duc que Votre Majesté (qui était encore en voyage) me donnerait certainement plein pouvoir à cet effet, mais que le moment d'intervenir utilement ne me semblait pas encore venu, attendu que je devrais avoir affaire, non pas à l'une ou l'autre fraction du parti ultra-royaliste , mais à Monsieur lui-même.

J'adressai à Monsieur une communication semblable.

Alors Monsieur m'envoya, en effet, à Carlsbad, une personne tout à fait de confiance , qui n'a point d'attaches avec le parti, et qui se présenta comme un organe direct du Prince luimême. Je renvoyai cet émissaire à Paris, avec des ordres qui prouvaient à Monsieur :

1" Que maintenant l'affaire était engagée d'une manière sérieuse et convenable ;

2° Que le baron de Vincent serait prochainement chargé de la mission de s offrir personnellement comme médiateur.

J'expédiai le marquis de Caraman à Paris, afin d'informer le duc de Richelieu de l'état des choses ; mais en même temps j'annonçai à ce dernier que je tâcherais de gagner le plus de temps possible, afin de rapprocher, autant que faire se pourrait, cette négociation particulière de l'entrevue d'Aix-la- Chapelle; car, disais-je, j'étais convaincu que le succès de l'entreprise (si toutefois il est permis de l'espérer) ne pourrait être assuré qu'à la condition de précipiter les choses. Monsieur est faible ; il faut qu'il se prête lui-même à la réconciliation; car, si on lui laisse le temps de conférer avec le parti, tout sera à recommencer.

Le duc de Richelieu partagea entièrement ma manière de voir.

Après que toutes ces questions eurent été bien débattues, j'adressai au baron de Vincent les instructions dont j'ai parlé ci-dessus, instructions dont le contenu renseignera Votre Majesté sur le point de vue auquel je me suis placé dans cette affaire, et que j'ai cru devoir choisir comme étant le meilleur.

La dépêche n" 1 peut être communiquée aux deux parties.

COlinr.Sl'ONDANCF. AVI.C. I/r.MPr.llEtlIl TIIANCOIS (ISIK). 151

li!! <ltM)(îclu' 11" 2 coiilieiil l(?s instructions parliciilii-res adressées au haron de Vincent.

C'est sur les bords du Rhin que j'apprendrai h; premier résultat des démarches que doit faire l'envoyé de Votre Majesté.

Hier, au moment de inctn départ de Franzensbrunn, j'ai re^u (lu duc de HicheHeu une lettre dans laquelle il me prie instamment de venir à Paris conduire l'affaire en personne. Mais je ne prendrai une résolution que lorsque je connaîtrai le résultat des prcmicres dcinarches. Celles-ci ont dû être faites par un autre (|ucparmoi; si je crois pouvoir aider à une bonne solution, j'entreprendrai le voyage; dans le cas contraire , le but de mon excursion à Paris se réduira à celui de profiter de la présence de lord Castlereagh dans cette ville. Si ce dernier ne prenait pas cette direction, et s'il n'y avait pas d'espérance positive de voir la médiation réussir, je m'épargnerais un déplacement inutile.

Je me flatte que Votre INIajesté , voyant comment l'affaire a été conduite jusqu'ici, daignera m'honorer de Sa haute approbation. Je regarde cette question comme la plus importante du jour, et pourtant je suis loin d'en pouvoir espérer positivement l'heureuse solution. Les parties sont si loin de s'entendre, qu'il faudra beaucoup de concessions de part et d'autre pour qu'un rapprochement devienne possible. D'ailleurs, comme la réussite de l'entreprise ne dépend pas uniquement du médiateur, il n'en est pas moins honorable pour V^otre Majesté, ainsi que pour Son Cabinet, d'avoir été choisie pour amener ce résultat si désirable. Ce choix témoigne peut-être plus que tout le reste en faveur de la politique que Votre Majesté soutient aujourd'hui en Europe.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez, et je vous renvoie les annexes de votre rapport. Seulement il me vient un scrupule : je me demande si Monsieur ne pourrait pas, par légèreté ou par Idiblesse, abuser des communications

Iô2 RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-1822).

qui lui seront faites au sujet de notre manière d'envisager la conduite de la Russie et de l'Empereur Alexandre , ou du moins en faire un usage regrettable pour nous. , .

François, m. p.

Baden,Ie 30 août IS18.

Kœnigswart, le 26 août.

288. Votre Majesté trouvera ci-joint plusieurs rapports de M. de Handel*; Elle verra par ces documents quel est l'accueil qui l'attend sur les bords du Rhin.

Je connais les sentiments de la population rhénane, et j'ai cru devoir conseiller à Votre Majesté de descendre le fleuve, parce que j'étais convaincu que ce voyage prendrait le caractère d'un véritable triomphe.

Du reste, les démonstrations des provinces rhénanes porteront un coup sensible au parti des malintentionnés. Les manifestations sincères et spontanées de plusieurs centaines de mille personnes valent mieux et sont plus concluantes que les déclamations des professeurs et des étudiants d'Iéna.

Au demeurant, le voyage de l'Empereur Alexandre et du Roi de Prusse ne ressemblera en rien à celui de Votre Majesté ; c'est là un fait qui n'aura certainement pour l'Allemagne que des suites heureuses.

Metternich, m. p.

Je suis heureux d'apprendre ce que vous me mandez, et j'en prends note.

François, m. p.

Baden, le 30 août 1818.

* P, A. de Handel, ministre résident d'Autriche à Francfort.

{Note de l'Éditeur.)

c.onnF.spoNnANCE avec L'EMPi:nEi;n ffiancois (i«ih). it.3

Franifort, I<; ."iOanûl.

28Î). Sire, nu inoniciit (\c. mon ai rivée dans <-ott(î ville, j'ai reçu une lettre du l*rinee de liesse, qui m'a été apportée j)ar un eourrier venant par Berlin; j'ai l'honneur de l'adresser ci-joint à Votre Majesté.

Je crois que Votre Majesté pourrait envoyer à Prague les ordres nécessaires, afin que l'Impératrice mère' fiU traitée avec toutes les prévenances possibles. Il faudrait avant tout veiller à ce qu'elle pût être reçue au château du Ilradschin ; elle amènera certainement avec elle ses officiers de houche. Votre Majesté voudra peut-être lui envoyer un certain nombre d'équipages ; c'est une question dont Elle est seule juge. Il me semble qu'il y aurait lieu de nommer quatre chambellans pour le service personnel de l'Impératrice et, dans tous les cas, quelqu'un qui pourrait faire l'office de grand maître de la Cour. Un des princes de Prague, peut-être le prince Isidore Lobkowitz, conviendrait pour cette fonction.

Votre Majesté trouvera, du reste, dans l'imminence de son départ une raison pour ne pas aller en personne rendre visite à l'Impératrice. J'ai rédigé à tout hasard une lettre que j'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Majesté et de Lui soumettre respectueusement; cette lettre, adressée à l'Impératrice, pourrait être envoyée à Prague lorsque Votre IMajesté apprendra la prochaine arrivée de l'auguste voyageuse.

A la fin de sa lettre, le Prince de Hesse m'apprend, à ma grande surprise et contrairement à ce que m'avait dit le comte Capo d'Istria, que nous avons à craindre que l'Empereur n'ait pas renoncé à faire, après l'entrevue d'Aix-la-Chapelle, le voyage projeté, et qu'il ne veuille aller au moins dans la Haute-Italie. Est-ce le comte Capo d'Istria qui est dans l'erreur, ou bien est-ce le Prince de Hesse? Il me semble que

* Impératrice de Russie. (^Note de l'Editeur.)

malheureusement la réponse à cette question ne saurait être douteuse. Cependant je me suis empressé d'écrire à tout hasard au premier, et j'ai donné mes ordres à Carlshad afin que la réponse du comte à ma lettre soit expédiée directement de cette ville même et parvienne sans tarder à la connaissance de Votre Majesté.

Quant à ce que l'Empereur compte faire au mois de novembre en Suisse , et pourquoi il veut traverser le Simplon à ce moment de l'année, cela ne peut s'expliquer par aucune raison plausible.

Toutefois, la résolution de l'Empereur déterminerait sans doute Votre ^Majesté à se rendre à Milan ; mais il n'y aurait pas lieu de faire des préparatifs en vue de ce voyage avant de savoir que le Czar est fermement décidé à donner suite à son projet.

TMjîTTERNICH, m. p

Francfort, le 31 août.

290. Votre Majesté m'a fait ordonner par le grand chambellan de Lui soumettre mes propositions relativement aux chambellans qui auraient à L'accompagner à Aix-la-Chapelle, indépendamment des deux qui doivent faire le service permanent.

On devrait, selon moi, choisir des jeunes gens sûrs et bien doués, à qui Ton pourrait confier toute espèce de mission.

Je propose donc :

1° Le comte Ladislas de Wrbna,

2° Le comte de Bellegarde,

3° Le comte Félix de Woyna.

Le comte de Wrbna désirerait fort que son neveu , le major Pozzo, fût aussi appelé à cet honneur. Je n'ai rien à dire contre sa personne; mais, dans le cas présent, je trouve que

<;()inii..siMiNi>.\N<;r. avkc i. lmi'iiiii h fhant.ois (i8I8). isn

(les ol'icclion^ Ircs-serieuscs s\'lcvciil coiilic son nniii. Dans toiilc ;iiilrc (-ii((>iisl;iiM-(' , il sri'iiil en droil de |)i'(rl<-ii(li c a riidimciir <ra(((>mj>a;;iici Voir»! Majcsir, aii^si liiiMi (jiic lotit aiilic <liaiiil)('llaii ; car il occinx' code charfjf, <•<; (|iii est (raill(MiiN mil' aïKimalic, vu (|H(' l/'s l'o/./.o soii( ries Corses (|iii ii'aunartieiiiu'iil pas iiu'mikî à une lainille noIiKî ; mais, lors (](• renhevue (rAix-la-(".liapelle, plus dun verrait dans sa nomination une sorte d'attention pour l'oncle Pozzo, qui ne la mérite en aucune façon.

Si Votre Majesté désirait avoir quatre cliambellans au lieu de trois, on pourrait choisir le comte de Schœnfcld ou qu('lf|iie autre i(Mine homme hicn tourné, .le regrette f|ue Votre Majesté ne semble pas avoir à sa disposition un chambellan de nationalité italienne.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me dites. Comme le comte Félix de Wovna est avec son régiment en Hongrie, j'ai décidé que les comtes de Wrbna, de Bellegarde et de Schœnt'eld m'accompagneraient à Aix-la-Chapelle.

François, m. p.

Baden, le 9 septembre 1818.

Francfort, le 4 septembre.

291. Sire, mon séjour dans cette ville a été gâté par une légère fluxion que j'attribue à la température extrêmement rude dont j'ai souffert en Bohème, peu de temps avant mon départ; si je n'ai pas obtenu tous les résultats que je me promettais, ma présence du moins a eu jusqu'ici les suites les plus heureuses. Depuis mon arrivée à Francfort, il s'est produit ici une véritable révolution morale ; quand les partis furent certains de ma venue prochaine, ils oublièrent leurs divisions pour chercher à se rapprocher, et ce qui n'avait pu se faire auparavant s'est accompli depuis mon intervention directe. Je puis garantir aujourd'hui que le rapport de la commission de la Diète, qui

est relatif à l'organisation militaire de toute la Confédération germani((ue, sera présenté à rassemblée dans le courant de ce mois. Ce rapport est équivalent à Tœuvre elle-même, car il est le résultat des vœu.v unanimes qu'ont exprimés dans leurs délibérations les Cours les plus considérables et les plus inQuentes, agissant de concert avec les délégués militaires de tous les Gouvernements allemands. Dès que le rapport sera déposé, la Diète se prorogera pour deux mois et prendra des vacances. Cette période coïncide précisément avec celle des conférences d'Aix-la-Chapelle. De cette manière on prévient tout embarras politique , et surtout, par le règlement de cette affaire , on préviendra une ingérence russe qui n'est que trop à craindre.

Pendant son voyage, Voti'e Majesté verra quelques Princes allemands. J'enverrai à Votre Majesté, en temps opportun, un travail sommaire relatif au langage qu'il serait à souhaiter de Lui voir tenir. Toute parole prononcée par Votre Majesté fait aujourd'hui la plus grande impression. Il faut être au milieu de l'Allemagne pour voir à quelle hauteur morale la Cour impériale se trouve placée. Sous ce rapport, elle a gagné tant de terrain que son influence ne pourrait s'amoindrir que par ses propres fautes.

Le 10 de ce mois, je me rendrai au Johannisberg, et, le 13, je verrai le chancelier d'État Hardenberg, avec lequel je passerai le 14' et le 15 à Goblentz. Le 16, je retournerai dans le Rheingau , où m'attendront le comte de Munster et plusieurs autres diplomates. Le 22, je seiai à Mayence, où je présenterai mes hommages à Votre Majesté.

Metternich, m. p.

Je suis heureux d'apprendre ce que vous me mandez, et j'en prends bonne note. J'attends l'envoi du travail que vous m'annoncez relativement à la manière dont vous désirez que je parle en Allemagne.

Baden, le 9 septembre 1818.

COnilF.SPONDANCE AVKC l/KMPKREUH Fil A^(;()I.S (IKI8). 151

Francfort, le 1) sc|ttcnilir(!.

292. Sire, suiviiiil (les nouvelle-) (|ir;i reçues hier .M;i(l, mie la IMineesse licréditaire (I<; I Ie-.se-II(»iiil)our{j, l'élal de saiilé «le Madame Sa mère, la Heiiuî d'AiijjIetrrre, était considéré par les médecins comme désespéré. Les hommes de In science ne croyaient pas qu'elle eût encore; plus de Iniit jours ù vivre.

Par suite de la mort de la Reine, le Parlement devra être réuni dans un délai de six semaines pour se prononcer sur la mesure prise récemment au sujet de la surveillance du Iloi , (|ui lui était dévolue en vertu d'un acte du Parlement. Lord Castlereagh, qui avait prévu le cas, s'est contenté, comme on le sait, de prendre les mesures nécessaires, a(in de ne pas avoir à interrompre son séjour à Aix-la-Cliapolic.

Metteunicii, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez.

François, m. p.

Pcisenbeuf;, le 17 septembre 181S.

Château de Johannisberg, le 18 septembre.

295. Sire, il s'est glissé une faute dans l'itinéraire imprimé; je n'hésite pas à la corriger, même de loin. On a commandé pour Votre Majesté des chevaux pour passer par Dai-mstadt ; sur la liste des endroits à traverser figure la station de Longfeld, qui n'existe plus depuis longtemps; la station se trouve aujourd hui à Diehui-g ; le chemin de Darmstadt à Mayence par G?'Oss/>eraii est complètement abandonné ; il est absolument impraticable pour les voitures, parce que les routes et les ponlssont construits dans une direction toute différente. XKostheiin, en prenant celte route abandonnée. Votre ^lajesté serait obligée de passer le Main; or, pour transporter toute la suite sur des bacs, il faudrait plus d'une demi-journée. II

y a donc certainement une erreur, qui tient sans doute à ce que Tauteur de l'itinéraire a consulté un ancien manuel de la poste.

Du reste , le Prince-Électeur de Hesse se trouve déjà à Ilanau, ou plutôt à Wilhelmsbad, qui est tout près de celte ville ; il y a été amené par l'espérance qu'on lui a fait concevoir que Votre Majesté s'arrêterait un moment chez lui. A Francfort, toute la bourgeoisie attend Votre Majesté avec impatience ; elle est dans une joie indescriptible. D'après l'itinéraire imprimé. Votre Majesté tournerait Hanau et Francfort pour tomber dans la Cour de Darmstadt, qui, vu la maixhe déplorable qu'elle a suivie dans les questions allemandes, ne mérite nullement cette distinction.

J'ai chargé M. de Handel de suivre de facto la route telle qu'elle existe aujourd'hui de facto et de commander les chevaux sur cette ligne.

Comme Votre Majesté trouve trop courte la première journée qui suivra Son départ de Mayence , je prendrai des mesures pour qu'Elle puisse passer la nuit à Saint-Goar. Sur le Rbin, cela fait une bonne journée de voyage , si Votre Majesté ne veut pas voyager par l'obscurité, ce qui, du reste, présente certaines difficultés au point de vue de la navigation.

Les équipages personnels de Votre Majesté suivront le bord du fleuve en prenant la nouvelle chaussée qui le longe. En cas de mauvais temps. Votre Majesté pourrait ainsi, à son choix, descendre le Uhin ou voyager par terre.

Ainsi que Votre Majesté daignera le voir par l'annexe, l'Empereur Alexandre n'arrivera à Aix-la-Chapelle que le 28. Le Roi de Prusse voudrait que Votre Majesté n'arrivât qu'à cette date, et qu'Elle lui laissât l'honneur d'être le premier à recevoir le Czar. De cette manière, Votre Majesté pourrait s'arrêter à Coblentz , où les nouveaux travaux de fortification méritent toute Son attention. Je désirerais d'autant plus La voir visiter ces tiavaux avec le général d'artillerie Duka, qu'ils ont été faits d'après un système tout nouveau qui, tout en garantissant la solidité des ouvrages, présente une économie qu'on. peut évaluer sûrement à plus des deux tiers.

COUHr.Sl'UNDANCK, AVKC l/ i; M I' Kll I.I II K II A NCU |S ( I Hl H). 155)

Les lr;iv;ni\ sniil Irfs-aviiiuu's ; ils s(»iit «liri.'jt;-, |»;ir de-, iii{M*niinirs saxons, <|iii so (lis(iii{ju('iil |);ir iiii véiikiMo lalciil. On pont à iicinc croire, en voyant (ont rv (|u On a «léjà fait, (|n'on n'ait «lépcnsé jus(|u'à ce jour qnr 80().()()() llialcrs. A la lin de; Tannét' prochaine, Gohicntz sera nue placiî d'arnics pouvant contenir soixante mille hommes.

.renvoie M. de llandel au-devant <le Votre Majesté à Esselhach ; je l'ai char^jé de prendre Ses ordres relativement à la suite du voya{;e depuis cet endroit jusqu'à Aix-la-(-liap(dle ; car des modilications sont nécessaires, vu que larrivée de Votre Majesté doit être retardée d'un jour. M. de Handel devra aussitôt prendre les mesures voulues.

Metternich, m. p.

Par suite de ce qui a été fait dans l'intervalle, la question est toute résolue. Je vous renvoie les documents annexés à votre rapport.

François, m. p.

Aix-la-Chapelle, le S9 septembre 1818.

Johannisberg, le 19 septembre.

294. Votre Majesté verra le Prince-Électeur lors de Son passage à Hanau. Elle daignera trouver ci-joint un rapport du général Wacquant relativement au désir très-vif qu'a le Prince- Électeur d'obtenir la dignité royale.

Mon avis est tout à fait contraire à cette prétention. Rien ne doit être changé aujourd'hui dans la situation de la Confédération , pas même un nom ; de son côté , la dignité de la Couronne demande certainement qu'il n'y ait pas de Rois possédant tout au plus l'équivalent d'un cercle en fait de territoire.

C'est ce que le Prince-Électeur paraît avoir senti ; aussi propose-t-il l'expédient le moins admissible : il voudrait une dignité royale collective, qui ôterait nécessairement toute dignité à la Couronne royale.

Je demande , sauf meilleur avis , que Votre Majesté veuille

bien déclarer au Prince-Électeur, si par hasard il aborde la question, qu'Elle ne pouri'ait pas la résoudre à Elle seule.

Si le Prince-Électeur consultait Votre Majesté pour savoir s'il doit faire des démarches auprès des autres Souverains (il en a déj:» fait auprès de la Prusse) , Votre IMajesté pourrait lui déconseiller d'agir et lui promettre que la question sera posée, par voie confidentielle, lors de l'entrevue d'Aix,

En ce qui concerne la Confédération germanique, Votre Majesté pourrait déclarer au Prince-Electeur :

« Qu'Elle a constaté avec regret la marche suivie dans les derniers temps par le Prince-Électeur, marche toute différente de celle qu'il devait adopter suivant la promesse par lui faite au Cabinet de Votre Majesté.

« Que Votre Majesté faisait faire une proposition tendant à faire répartir les contingents combinés en trois corps, sans que toutefois cette répartition comportât la réunion du contingent de la Hesse à celui du Wurtemberg . Chaque membre de la Confédération doit rester sur sa ligne géographique. Il faut éviter que la route militaire d'un État soit traversée par un contin^i'ent étranger. Enfin, les corps devraient être, autant que possible, de force égale. Des corps trop nombreux /brmeraient des armées dans la Confédération; des corps trop faibles ne seraient plus que des divisions, qui laisseraient le champ libre aux velléités d'incorporation.

11 Que la manière dont les trois corps devaient être composés serait incessamment l'objet d'une proposition de la part des ministres de Votre Majesté , mais que jamais la Hesse et le Wurtemberg ne pourraient marcher ensemble , que cela est une conséquence naturelle de la situation géographique des deux États. Il ne peut être indifférent au Prince-Électeur de laisser son pays sans défense et de s'en éloigner pour se porter sur une ligne anormale, sur une ligne qui mettrait toute l'armée bavaroise entre la Hesse et les corps auxquels se joindrait le contingent hessois ; sur une ligne enfin qui forcément serait encore coupée par la Saxe. »

Si Votre Majesté veut avoir plus de détails sur cette question, M. de Handel, que j'envoie à Esselbach pour prendre

connESPoNnANci: avec i/EM!'F,nEun FnANcois (iftis). i6i

les ordres de Votre Majesté, seia tout à fait à même de Lui donner tous 1rs renseijjnenients désirables.

|)n reste, j'ai eonléré lon{jU(inent avec. les ministres plénijiolenliaircs (\m m'entourent iii, afin d'arriver,:! I''i iniclort même, sans attendre l'entrevue d'Aix-la-Ciliapelle , à une ;;/v,'micre solution de la (ine^lion militaire, c'est-à-dire à la présentation du rapport du eomi(('" de la Diète à l'assemblée plénière. Je puis me flatter qu'à ce point de vue les trois semaines que je viens de passer dans ce pays ont amené plus de résultats que tous les eflbrts antérieurs, et que mon séjour ici a eu pour lieureux effet d'éIoi{jner toute complication des conférences d'Aix-la-Chapelle.

Le 22, j'aurai Ihonneur d'attendre Votre Majesté à Mavence.

P. S. Si Votre ^ïajesté avait l'intention de donner un répriment à l'Electeur, cette faveur ne pourrait être que la conséquence de sa conduite correcte dans les affaires de la Diète. Mais je ne saurais être d'avis d'accorder une distinction semblable au Prince héréditaire. Ni les conditions personnelles dans lesquelles il se trouve, ni la dignité du service, ne semblent l'appeler à cet honneur.

Metternich, tn. p.

Relativement à son désir d'obtenir la dignité royale , le Prince-Electeur m'a parlé de manière à me faire entendre qu'il voudrait atteindre ce but. Quant à la question des contingents allemands, ses déclarations m'ont fait voir qu'il a renoncé à l'idée de réunir ses troupes à celles du Wurtendjerg et de les faire entrer dans le même corps. Il n'a pas été question de régiment à donner; du reste, je vous renvoie les documents annexés, et je prends bonne note du reste du contenu de votre rapport.

Aix-la-Chapelle, le 27 septembre 1818.

Aix-la-Chapelle, le 7 octobre.

293. J'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Majesté et de Lui soumettre respectueusement un aperçu provisoire sur les négociations militaires de Francfort.

Il suffira à Votre Majesté d'un coup d'oeil rapide pour voir que ce travail embrasse toutes les questions générales et particulières que comprend une bonne organisation militaire. Les détails n'ont pas été l'objet d'une étude moins sérieuse et moins approfondie : Votre Majesté daignera s'en convaincre en lisant le rapport adressé à la Diète , rapport que j'attends d'ici à deux ou trois jours.

Étant donné le moment actuel , cette affaire est certainement une des plus grandes et des plus fécondes, et si je ne regrette pas la somme considérable de travail presque journalier qu'elle m'a coûté depuis plus d'un an, c'est uniquement parce que j'ai la conscience d'avoir rendu un véritable service à Votre Majesté et d'avoir créé un point d'appui solide pour tout le corps social européen. La grande difficulté, c'était d'amener l'accord entre tant d'opinions, que séparaient souvent les intérêts les plus mesquins et les plus misérables, c'était de les concilier au jour opportun. Rien ne pouvait être plus vraiment utile que de faire de TAllemagne une puissance militaire au moment de l'évacuation de la France, et de rendre impossible toute immixtion des Souverains réunis à Aix-la- Chapelle dans les affaires qui regardent exclusivement la Confédération .

Sous ce rapport, je regarde mon dernier séjour à Francfort comme une de ces chances heureuses dont la portée échappe à tous les calculs.

La Diète s'ajournera du 12 de ce mois jusqu'en janvier.

Metternich, m. ;?.

Je prends note de ce que vous me mandez. Vous me soumettrez le plus tôt possible les détails du projet d'organisation militaire de la Confédération germanique , puisque l'an-

ronnr.si'oND.ANCE avf.c i.FMPF.nF.fn François (iris), lat

lU'xc (le volic rapjtoit lie ((mliciil <|n'iiii aporrii des r|ucstions (jiiioiit (mit ii cette* (jraiulo mesure*.

François, m. j>.

Aix-la^Clinp»-!!''., le 8 ailoLro 1S1K.

Aix-la-Chapelle, le 25 octobre.

2f)0. Siro, I«^ peintre La-wrence vient de recevoir ce «jui lui l'tuit indispensable; il se présentera chez Voire Maiiîslc pour commencer les séuiiceSk II s'est installé à l'hôtel de ville**.

METïERNrcn, m. p.

Je prends note de ce que vou» me mandez.

Franc ors, m. p.

Aix-Ia-Chnpelle, le 26 octobre 1818.

Aix-la-Cbapelle, le 28 octobre.

297. Sire, je m'empresse de soumettre respectueusement à Votre Majesté un rapport que je viens de recevoir de lîio- Janeiro et qui fait prévoir, ainsi qu'on est en droit de Tespérer, l'heureuse issue de la gi'ossesse de Madame l'Archiduchesse

Léopoldine.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez, et je vous renvoie le rapport annexé.

Aix-Ia-Cbapelle, le 29 octobre 1818.

* Le projet détaillé relatif à l'ensemble de l'orf^nnisation militaire dé la Confédération jfjermanique (publié en même temps que le protocole de la cianuante et unième séance de la commission de !a Diète, qui a eu lieu le 12 octobre) a été soumis par le cbanceliiT diitat à l'Empereur avec un rapport daté d' Aix-la-Cbapelle, 17 octobre 1818. Le 28 octobre, l'Empereur a pris, à cet éji;ard, la résolution suivante : « J'ai vu avec une satisfaction toute particulière avec quelle sagesse vous avez su conduire, dans son ensemble. 1 affaire de l'organisation militaire de l'Allemagne, en tant que cette question a été agitée jusqu'à présent, et l'amener à la solution que demandait l'intérêt général de la Confédération. »

** Le portrait de l'Empereur François, peint par Lawrence à Aix-la- Cbapelle, se trouve dans la grande salle de Windsor (salle de Waterloo).

(^l\^ole de l'Éditeur.)

Aix-la-Cliapelle, le 17 novembre.

298. Sire, dans notre conférence d'aujourd'hui, le duc de Richelieu a fait un rapport sur les affaires d'Espagne, en ce qui concerne les colonies de cette puissance ; ce rapport entraînera une discussion tellement importante que j'ai dû me rendre .tu vœu unanime de mes collègues et prendre part au débat. Dans tous les cas, il faudrait que je fusse de retour ici samedi prochain, c'est-à-dire le jour où le duc de Wellington assistera h. la conférence.

Je me suis donc décidé à partir pour Bruxelles samedi, le 21 de ce mois, au lieu de demain 18 novembre, après la clôture des conférences. Alors la plupart des ministres plénipotentiaires quitteront aussi Aix-la-Chapelle; leur départ aura également lieu le 22.

Ce retard ne change rien à l'ensemble de mon voyage ; j'ai cru toutefois devoir le porter à la connaissance de Votre Majesté

Aujourd'hui le Roi de Prusse est encore si souffrant, que probablement il n'ira pas du tout à Bruxelles.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez.

Fbançois, m. p.

Aix-la-Cliapelle^ le 17 novembre 1818.

si'u i.r coNCnr.s d'aix r.A-riiAPr.i.i.i: (I8i8). i05

SMl I.K CONunES I> A I X-I.A-Cil Arri.LF..

NOTK5 AITOCnAPIIES KCKITKS (aU CltAVON) PAR MEITEnNICH SUR DK8 FEI'ILLF*

VOI.ANTKS.

299. Acte «le ijar.mtie'. — )iO(). Ci),'iliiion et (|Ma(lni|)lc nlliaii(-c. — 301. ApiTçii soininaire de la silnalion tell(> qu'elle cMait le l''"' novembre 1818, — 302. Priiu'ipes justes.

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