I. — Relativement au système politique général
La totalité des puissances européennes a été unie depuis 1813, non pas pour une alliance proprement dite, mais par un système de cohésion fondé sur des princq^es {généralement reconnus, et sur des traités dans lesquels tout Etat, grand ou petit, a trouvé la place qui lui convenait. On pourrait dénier à cet état de choses ce qui, d'après les anciennes idées politiques , caractérise un système fédératif ou d'équilibre ; mais il n'en est pas moins certain que, dans les circonstances où se trouve l'Europe , et dont elle ne sortira pas de sitôt, le système actuel était le plus conforme à ses besoins , et que la dissolution de ce système serait une calamité épouvantable ; car aucun des Etats qui y sont compris ne pouvant rester isolé, il s'ensuivrait pour tous de nouvelles combinaisons politiques, de nouvelles mesures de sûreté, par conséquent de nouvelles alliances, des déplacements, des rapprochements, des intrigues, des complications incalculables qui, à travers mille chances différentes et toutes également funestes , nous conduiraient à une nouvelle guerre générale, c'est-à-dire, — car les deux termes sont à peu près synonymes , — au bouleversement définitif de l'ordre social en Europe.
Une partie de ces terribles dangers occupait, il faut en convenir, pendant l'année 1817 et jusqu'à l'été de 1818, nonseulement les vaines conjectures du public , mais les méditations des hommes d'Etat, en leur inspirant de vives inquiétudes et de sinistres pressentiments. On redoutait surtout à cette
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e|><)(|iic (III <ljan{;om('nt do polilitjiKî en |{ussi(;; «lidripiits syiiij)loiU('s , pt'ul-cMrc mal jii(]c>s dans le temps , avaient alors |Mi lairc iiallrc le soupçon que IKnipereur Alexandre visait à (in svstèine d nllianc«î étroite avec les Maisons de Hoiirhon en France , en Jvspajjne et en Italie. Une combinaison pareille nnrnit mis tous les Etats intermédiaires dans la position la plus erilitpie. l'ille aurait infaiHihlenient provoqué uue contreeoinI)iiiaison entre rAiilriehe, la Prusse et rAno;leterre. Les puissances du second et du troisième ordre se seraient partagées entre ces deux étendards; rAllemaçne, point central de l'Kurope , aujourd'hui uiue, eût couru le risque d'être déchirée de nouveau dans plus d'un sens. Les jalousies , les craintes, les disputes, les provocations inséparables d'un tel état de choses, auraient bientôt jilacé ces deux corps politiques opposés dans une attitude complètement hostile, et la première contestation sérieuse aurait fait éclater l'explosion.
Il est vrai que ces soupçons et ces inquiétudes avaient déjà en grande partie disparu quelques mois avant la réunion d'Aix-la-Chapelle, et cependant cette réunion a produit deux avantages inappréciables : premièrement, celui d'avoir entièrement éclairci le terrain, levé tous les doutes, et pleinement rétabli la confiance de chacun des Cabinets dans la marche et les principes de l'autre, et dans la stabilité de l'union générale ; secondement, d'avoir par des entretiens confidentiels, par des discussions approfondies, par des traits de lumière que tous les bons esprits ont saisis, pénétré les Souverains et leurs ministres de la nécessité de maintenir intact un système qui, quels que soient les mérites et les défauts qu'on lui trouve en théorie, est aujourd'hui le seul praticable, le seul qui convienne à l'intérêt bien entendu de toutes les puissances, et l'ancre de salut pour l'Europe.
n. — Relativement à la position des puissances envers la France.
La confirmation de la quadruple alliarce , pour le cas où de nouvelles catastrophes, éclatant dans l'intérieur de la France,
menaceraient le repos de ses voisins, est un des bienfaits les plus solides que Ton doive au Con^jrès d'Aix-Ia-ChapelIe. U n'était pas sans difficulté de tracer la ligne de démarcation entre une attitude impérieuse qui, au lieu de conjurer les orales, les eût peut-être soulevés et accélérés, et une mesure de précaution simplement éventuelle et pourtant suffisamment imposante pour frapper les esprits; mais les juges compétents reconnaîtront qu'elle Ta été avec beaucoup de prudence et de discrétion. Il est permis de Gonsidérer le danger contre lequel on s'est précautionné par cette mesure, comjne plus ou moins probable , comme plus ou moins- imminent ; mais il est impossible de ne pas en admettre la réalité, de ne pas convenir même que, dans l'état actuel des choses^ la France est, à tout prendre, le pays le moins disposé à respecter la tranquillité fénérale, le mieux placé et le mieux organisé pour la troubler, et celui qui, après quelques années, pourra l'entreprendre avec le plus de succès. Tant que la quadruple alliance subsistera , renforcée comme elle l'est aiijourd'hui de toute la masse des moyens militaires de l'Allemagne, le clief de parti le plus audacieux ou même un Roi de France entraîné par la fougue populaire, ne s'avisera pas légèrement de donner le signal de nouveaux combats. Ainsi, au moins un de ces nuages qui assié'^^ent notre hoiizon ténébreux sera tenu en échec par une réunion de forces respectables ; et ne nous eût-on donné que cette pai-antie particulière, encadrée, pour ainsi dire, dans l'association générale qui fait la base de l'état de paix, le Congrès aurait bien mérité de l'humanité^