‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 29 sur 74 · III. RelaUvement à l'état moral et politique de l'Europe · texte numérisé non relu

III. RelaUvement à l'état moral et politique de l'Europe

L'intérieur de tous les pays européens, sans en excepter aucun, est travaillé par une lièvre ardente, compagne ou avant-oGureui- deà-eonvuWons^les plus violentes que le monde civilisé ait éprouvées depuis lachute de l'empire romain. C'est la lutte, c'est la guerre à mort entre les anciens et les nouveaux principes, entre lancien et u-n nou%^l ordre social-. Par une fatalité pour ainsi dire inévitable, la réaction de 1813, q^uia

M'S iii-sri.iATs lui (■.(>%«; Il l'S !) ai \-i v-cii \ l'i i.i.i: (isih). ns

Mispciuiii, mais non Irriniiui le inniivcincnl rthnlulioiiniiirc en I''i'ancr, l'ji révoilli! dans l(!s antres l^lals. Tous It's él<:ui(MiU soni en l'prmenlalion, tous les pouvoirs sont monatu'.s d'C [nM'dre Irnr t'(|nilil>i'c ; les inslilulions les plus xolides sont éhranlécs dans l('nrs londenienls, conune les édilietis (Tune ville alla(|uec par les premières secousses d'un treinhieinent de lerre (|iii dans j)eu d'inslants va font délrnire. Si dans «'.elte «'lise elliayante les principaux Souverains de T Europe étaient désunis de principes et d'intentions; si l'un approuvait ce que les autres condamnent; si un seul parmi eux pouvait chercher dans les cmharras de ses voisins le moyen d'avancer ses propres intérêts, ou s'il rejjardait le spectacle qui l'entoure avec une indifférence aveu{j;le ou criminelle ; si tous enfin n'araient pas les yeux ouverts sur les révolutions qui se préparent et sur les ressources qui leur restent pour en empêcher ou pour en retarder l'explosion, nous serions tous emportés dans un trèspetit nombre d'années. Mais telles- ne sont heureusement pas les dispositions des Princes, protecteurs et conservateurs de l'ordre public ; leur union intime , « calme et constante dans son action >» , est le contre-poids du mouvement désordonné que tant d'esprits turbulents, sortis de leur sphère, voudraient imprimer aux affaires humaines ; le noyau des forces organisées que présente cette union est la digue que la Providence parait avoir élevée elle-même pour conserver l'ancien ordre de la société, ou pour en ralentir et en adoucir au moins les changemewts devenus indispensables. Or, cette union vraiment sacrée, dont la Sainte-Alliance n'est qu'un symbole incorrect et défectueux, ne s'est jamais manifestée d'une manière plus rassurante qu'à l'époque des conférences d'Aix-la-Ghapelle. Non pas que l'on y ait entamé aucune de ces questions dangereuses, objets ou prétextes de l'agitation générale; on n'y a discuté ni la forme des Gouvernements, ni le système représentatif, ni le maintien ou la modification des privilèges de la noblesse, ni la liberté de la presse, ni rien de ce qui touche aux intérêts de la religion. On a soigneusement évité de donner prise à la malveillance et à l'indiscrétion , en consignant dans les actes formels des aveux ou des déclarations dont chacun

ne RECUEIL DE DOCUMENTS U818-1822).

portait le principe dans son àme, mais dont l'énoncé aurait pu provoquer des commentaires fâcheux et des critiques hostiles. On a fait mieux que cela. Les Souverains et les ministres ont compris ce que leur dictait le salut commun. Ils ont vivement senti le besoin d'une confiance réciproque et d'un concert plus étroit que ceux que des traités peuvent établir ; ils ont sacrifié des intérêts secondaires, qui auraient pu les diviser dans des circonstances moins graves, à l'intérêt transcendant de défendre, par des efforts concentrés, le dépôt que la Providence leur a confié en commun, et ont fait taire toute autre considération devant le devoir supérieur de préserver l'autorité du naufrage, en sauvant les peuples de leurs propres égarements. Sans entrer dans des engagements superflus, ils se sont étroitement entendus sur la marche à suivre au milieu de la tempête ; et le seul titi-e qu'ils aient solennellement produit pour justifier et lép^itimer cette marche, est celui qu'ils ont revendiqué en déclarant que Injustice, la modération et la concorde présideraient sans cesse à leurs conseils.

C'est ainsi que le Congrès d'Aix-la-Chapelle a rempli sa baute mission. L'impression générale qu'il a faite en Europe en est le premier témoignage. Tout en gardant un silence entièrement convenable à sa position et à sa dignité, et qui n'a été interiompu que par un petit nombre de publications, il a encouragé les amis de l'ordre et de la paix dans tous les pays, et alarmé partout les novateurs et les factieux. Une assemblée diplomatique ne peut pas, comme telle, changer les destinées du monde; mais elle peut les enrayer, elle peut les modérer, elle peut prévenir une foule de maux qui les aggraveraient; et si les effets que Ton doit raisonnablement attendre de la dernière réunion des Souverains étaient paralysés par des événements au-dessus des calculs humains, elle conserverait encore la gloire d'avoir été l'appui et la consolation des gens de bien.

M in 1 riiNic.M II i/oiicAMSAi ION m; i.a I'Iiit si: (isi8). i-;:

PHOI'OSITIONS DK MF;TTF.HNICII nr.I.ATIVKMI NT A I.'ORf; ANISATION

i>f. I.A rni .ssi..

304. — Metlcriiicli ;iii priiu-ir île \Vill;;ciistcin, iiiiiuKtru d'Mlat de l'nisiic (lettre <<)iiH(liiitiellc). Aix-la-Clupclii-, le 14 novciiiiire 1818, avec deux annexes. — 305. Sur la situ.ilion des litats prussiens. Kxposé d(; Melternich (Annexe n" 1). — 30(). Sur les (|uesti()ns d'éducation, de sociétés (>yMinnsti(pies et de lilierté de la presse. Kxposé de Metlernich (Annexe n" 2).

304. J ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Dilcction mes deux exposés; je les recommande à la discrétion absolue que je suis habitué à trouver depuis longtemps en vous et dans votre patriotisme.

Je ne crois pas agir en champion non autorisé d'une cause étrangère. J'ai consigné dans mes deux travaux ma profession de foi comme ministre président du Cabinet autrichien. Nos intentions sont pures comme nos idées sont nettes : nous ne séparons pas notre destinée de celle de l'État qui, à tous les égards , nous tient de plus près qu'aucun autre. Le moment est solennel. Ce qui est possible encore aujourd'hui pourrait ne plus l'être demain ; or, on ne saurait agir utilement qu'à une condition : c'est que le Roi soit à la fois libre et fort.

Je prie Votre Dilection d'examiner à fond mes deux travaux. Je les ai séparés parce que, sous le rapport du but à atteindre, ils sont de la compétence d'autorités différentes.

Le premier (n' 305), où j'expose ma manière d'envisager la prochaine organisation administrative de la Prusse, repose sur ce point unique :

Une représentation centrale formée de députés nommés par le peuple, c'est la dissolution de l'État prussien.

Elle l'est, parce qu'une semblable innovation ne peut être introduite dans un grand État sans révolution ou sans conduire à la révolution; parce que 1 État prussien, vu sa situation géographique et les éléments qui le composent, ne comporte pas une représentation centrale dans la véritable acception du mot; parce qu'il lui faut avant tout une force m. 12

militaire bien organisée, dont on puisse disposer librement, et qu'une force pareille ne peut exister et n'existera jamais sous un vrai système représentatif.

D'après mon intime conviction, le Roi ne devrait jamais dépasser une certaine limite : il devrait se borner à introduire des états provinciaux dont la forme serait à examiner et à déterminer très-nettement. Si l'idée d'une députation centrale tirée de ces mêmes états se trouve développée dans mon travail*, cela tient à ce qu'une idée semblable se rencontre déjà, clairement formulée, dans la déclaration du Roi, aujourd'hui devenue publique , et que cette modalité est la seule qui soit encore possible. En dehors d'elle, tout n'est que révolution pure. Cette idée plus restreinte ne conduit-elle pas aussi à la révolution? Que le Roi pèse mûrement cette question avant de la résoudre.

Relativement au but à atteindre, mon second travail (n* 306) n'est pas moins important que le premier, et l'application des idées qu'il renferme est même plus urgente. Ce travail se passe <ie commentaires, car les faits parlent journellement en faveur de ma théorie.

J'ai communiqué sous le sceau du secret ces deux exposés au prince chancelier d'État (Hardenberg). Je confie à Votre Dilection les deux copies que j'ai l'honneur de lui adresser, et je vous laisse juge de l'opportunité qu'il peut y avoir à les soumettre confidentiellement à Sa Majesté. Dans la première audience que le Roi a daigné m'accorder, il s'est montré si franchement convaincu de la vérité de quelques-unes des propositions énoncées par moi, que je me suis senti enhardi à les formuler par écrit. Du reste, en tentant cette entreprise, €n exposant sans détour et sans parti pris, à notre allié

* Cette distinction quant à la création d'une représentation centrale composée de députés des états provinciaux, par opposition à une représentation formée de députés nommés par le peuple, semble avoir aussi inspiré le prince de Metternich lorsqu'il faisait des propositions analojjaes pour l'Autriche; c'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour bien jujjer l'exposé qui figure dans la note de la page 75. Le même contraste apparaît d'une manière non moins frappante dans un entretien que Metternich eut plus tard avec le Roi de Prusse (n» 351). (iVofe de l'Édileur.)

MKrii.UNir.il i:r i/oiicamsai ion dk la imhssI'. (ihis). no

le plus iiiliiuc, le iii{;('in(>iil <|iio iiuiis portuns sur la situalion <lo ses propres l^lal.s et sur les (laii(j<!rs (|u'ils <'oiirciit, ji! n'ois remplir un di-voir envers mon propre piiys.

Que Votre Uileelion accueille cette niarrjue de confiance «•omme une preuve nouvelle de la Iiaiilo et sincère considéralion que je lui ai voude.

Sin LA SITUATION DES ÉTATS PRLSSIF.NS. (Annexe du n» 304.)

305. Il serait superflu de faire ressortir l'intérêt que l'exîs^ lence de la Prusse présente pour le système politique de T Europe tout entier. Cet intérêt dérive de la nature même des choses; il repose sur Tétat actuel de l'Europe, et les né(jociations des derniers temps attestent qu'il a été universellement reconnu.

li'existence de la Prusse a pour l'Autriche une importance toute particulière, nettement distincte de celle qu'elle a pour la société politique en général, mais qui augmente dans des proportions considérables quand on l'envisage à ce point de vue spécial.

Placées dans une situation pareille relativement à leurs voisins respectifs, membres principaux d'une Confédération qui est en droit de compter sur eux plus que sur tout autre Etat pour la protéger, et qui à son tour leur doit aide et protection, ces deux puissances ne sauraient jamais se regarder comme étrangères l'une à l'autre sans s'exposer réciproquement à toute sorte d'erreurs et de dangers. Elles prospéreront ensemble ou bien elles auront à subir des épreuves également redoutables ; le repos, la force aussi bien que l'affaiblissement et l'impuissance de l'une auront toujours un contre-coup direct sur l'autre, soit en bien, soit en mal.

La force et la liberté d'action des États reposent sur deux bases fondamentales : l'une est leur organisation politique, l'autre, leur organisation administrative.

Quanta la première, les différents Gouvernements sont moins libres qu'autrefois de la choisir et de la déterminer isolément.

Les limites des Etals ont été fixées d'une manière irrévocable par les négociations diplomatiques des dernières années. Tout essai d'amélioration devient, par le fait, impossible. Le repos politique est basé sur l'union fraternelle des Souverains; il repose sur le principe du maintien de ce qui existe. Agir à l'encontre de ces principes, ce serait ébranler l'édifice dans ses fondements; les suites de l'entreprise entraîneraient certainement plus de dangers pour les divers États qu'elles ne pourraient leur offrir d'avantages.

Pour l'organisation administrative, elle est entre les mains du Gouvernement tant qu'il est encore armé du pouvoir. Les menées des partis ont principalement pour but de donner le change aux Gouvernements en ce qui concerne cette vérité. Les révolutionnaires spéculent sur les sentiments paternels des princes régnants ; toutefois, la sagesse commande avant tout au Souverain de maintenir le droit, de ne pas livrer ses peuples à la merci de vaines théories, de tout étudier, et de choisir ce qu'il y a de mieux.

Dans un Etat où la limite n'a pas encore été franchie, c'està-dire dans un Etat où le Souverain n'a pas les mains liées et peut agir encore librement, l'application du principe dont je viens de parler est encore possible; or, la Prusse est dans le cas dont je parle. La voie dans laquelle le Roi s'engagera ne décidera pas seulement du sort de son piopre royaume. La transformation intérieure que va subir l'État prussien exercera une influence incalculable sur les destinées de l'Allemagne et de l'Autriche, cela est évident ; aussi ceux qui, sans mandat, se font les échos de la prétendue voix du peuple, le sententbien. Jusqu'à présent ce parti est resté conséquent avec lui-même dans la marche qu'il a suivie ; il a commencé par chercher en Prusse un point d'appui pour ses leviers, et peut-être ne l'a-t-il que trop bien trouvé. Le Roi est à la veille d'être obligé de prendre un parti. La décision pourra tout aussi bien assurer le triomphe de la révolution dans toute l'Europe qu'elle peut avoir pour effet de sauver le repos de la Prusse et la tranquillité générale.

Que doit faire le Roi?

MF.TTF.nNK.ii II i,'()iu;anisation ni: la phtssk (i«ih). i«i

('(•lif (|iicsii()ii |»(Mil se résoudre peut-étrtî an moven de (|ii('l(|ii('> loi milles principales.

La eoiulilioii e^senlielle «1(î toule foinic , les avaiifa{]e.s eoiniiK^ les iiu'oiivenieiils (pfelle prc-seiite, sont, déterminés par la eoiinaissance exacte du corps auquel eIN; doit être appli(|uée.

Ij'Ktat prussien, bien qu'uni sous un mànie sceptre, se compose de plusieurs parties qui diffèrent entre elles par la position géofjraphique , le climat, les races et la lanp;ue. Il a, sous ce rapport, une ressemblance sinrjulière avec l'Etat autrichien, quoique ce dernier soit bien plus favorisé en ce qui concerne la situation. Les divers éléments de la Monarchie aulriehienne ont plus de valeur; {jéograpliiquement, les pays dont elle est formée sont mieux situés; le tout forme un corps aux contours bien arrondis. Entre les deux Etats, TAutriche se prêterait mieux encore que la Prusse à un système nettement représentatif, si la différence entre les peuples au point de vue de la langue et des mœurs n'était pas aussi accusée. Gomment un système pareil pourrait-il réussir en Prusse quand il n'est pas possible à l'Auf riche de l'introduire chez elle?

Étant donnée la situation des deux Monarchies, le résultat le plus sûr d'un essai de centralisation au moyen d'un système nettement représentatif serait leur désagrégation; elles se décomposeraient , non pas en parties à déterminer arbitrairement, mais en parties déjà toutes déterminées et qui sont séparées par un plus grand nombre de différences radicales qu'il n'en existe entre la Hollande et les Pays-Bas eux-mêmes.

Il est inutile d'examiner comment la représentation centrale réussit dans ce royaume ; l'introduction de ce système a prouvé d'une manière éclatante et catégorique à toute l'Europe combien est vaine une pareille entreprise quand il s'agit de parties d'un tout absolument différentes les unes des autres. Sous ce rapport seul, elle a peut-êtie fait quelque bien.

A un autre point de vue , le loyaume des Pays-Bas a fait une seconde expérience qu'il est sage de ne pas dédaigner. Pour assurer sa conservation, ce royaume a besoin, avant tout, d'une bonne force militaire, et c'est précisément cette

condition essentielle de son existence, de laquelle dépend aussi l'existence de la Prusse, qui devient irréalisable par suite de sa constitution, comme elle le deviendrait par l'introduction de la représentation centrale en Prusse. C'est ce qu'a bien senti le parti civil dans ce pays; aussi a-t-il depuis longtemps élevé la voix contie l'armée, et mis en avant un système insensé qui consisterait à armer le feuple en masse à un moment donné, au lieu A' entretenir une armée permanente. Le jour où le Roi de Prusse, au lieu d'apparaître à la tète d'une armée, ne serait plus que le chef de sept ou huit masses populaires n'ayant aucun lien entre elles, ce jour- là l'Etat prussien serait bien près de sa dissolution politique aussi bien qu'intérieure.

Quoi qu'il en soit, le Gouvernement a fait des promesses; il faut qu'elles soient tenues. Les peuples, et particulièrement les Allemands, avertis par l'exemple du passé, instruits par l'épouvantable abus de pouvoir dont beaucoup de princes allemands, sous l'empire d'un sentiment exagéré de leur souveraineté, se sont rendus coupables depuis la fatale année 1806, veulent des garanties contre l'arbitraire pur. A l'origine, ces aspirations se sont manifestées par la demande du rétablissement des anciennes constitutions particulières ; puis elles ont été dépassées par les revendications des révolutionnaires, et aujourd'hui elles se produisent sous la forme de vœux tendant à l'établissement d'un système représentatif central. Par suite de l'idée vague et confuse que le grand nombre se fait de la représentation populaire, il est facile de voir à quel point les auteurs de ce mouvement se font illusion. Si d'ailleurs les vœux des peuples avaient réellement changé, les Souverains n'en seraient tenus que plus rigoureusement à tout examiner et à ne se décider que pour une solution vraiment bonne.

Le Roi a promis un système nettement représentatif. Qu'il donne donc à son peuple les garanties qui sont seules compatibles avec la situation de son royaume.

La Monarchie prussienne se divise naturellement en plusieurs parties, qui sont :

1" Les Marches de Brandebourg,

MJ'i 1 1 iiNicit rr i,o:;(;anisa rioN m; la imidssl (isih). ins

2* \.c I <)y;iiiiii(* <!(• l'nisso,

3" \.v {jr ird-dtuhé de Posen,

A" he duclié de Silcsic,

5* l.e (liiclié de Saxe,

6° liC diulié de Weslplialie,

7° Le grand-diu hé du Has-Hliin.

Il y mirait loufcl'ois lii-u d'examiner à quelles parties il convient (le ratlaeluT la IVunéranie, les l'rincipaiilés de la IJasse- Saxe et de Berg. En tout cas, ces pays ne semblent guère de nature à pouvoir l'ornier des corps particuliers; ils paraissent plutôt devoir être enj^^lobés, le premier dans les Marches, le second dans le duché de Saxe, et le troisième dans la province de Westphalie.

Chacune de ces provinces est en droit d'obtenir une représentation d'états. Mais ces corps d'états ne se prêtent nullement à être coulés absolument dans le même moule, sans qu'il soit tenu compte de leur situation locale, qui, dans le grand-duché du lîas-Hhin, par exemple, dilfèie notablement de celle d'autres pays, tels que la Silésie, les Marches, etc. C'est en considérant la situation locale de chaque province, c'est en l'appréciant d'une manière convenable et éclairée, qu'on arrivera le plus sûrement à contenter les différents pays et à servir les intérêts de l'État tout entier.

Avant tout, il faudrait créer de pareils corps d'états. Si l'on jugeait ensuite que i Etat dût retirer d'une représentation cenirale un avantage quelconque relativement à \?i question budgétaire ou à la législation dans le sens le plus élevé du mot, et si la solution prohlématique de cette question devait devenir inévitable plus tard, il y aurait peut-être un moyen à employer : ce serait d'instituer une commission qui se réunirait spécialement dans le but indigné, et pour la formation de laquelle chaque corps d'états déléguerait au besoin trois membres. Ce corps central serait, en tout cas, plus facile à diriger vers le bien que ne le serait une assemblée ou plutôt un assemblage hétérogène de députés étrangers ou même hostiles les uns aux autres, qu'il sera impossible longtemps encore de réunir en vue d'un but politique commun.

184 r.ECi;EIL DE DOCUMENTS (1818-1822).

Pour présenter nos idées sous une forrne concise , il suffira peut-être de formuler les points principaux que voici :

lo L'Etat prussien continue à subsister sous la forme de provinces distinctes entre elles.

C'est le Roi qui exerce le pouvoir. Il est assisté de ministres qui dirigent les divers départements et d'un conseil d'État.

Chaque province est régie par une administration supérieure et par une administration inférieure.

2" Chaque province reçoit une représentation d'états appropriée à ses conditions locales.

Les présidents des états sont nommés par le Roi.

La sphère d'action des états est délimitée, d'une manière générale, ainsi qu'il suit:

Ils ont le droit, dans leurs réunions régulièrement convoquées , d'adresser au Gouvernement des requêtes et des représentations sur des objets qui touchent aux intérêts de la province, des états ou des individus.

Ils sont chargés de répartir les impôts directs d'après les principes fixés par la loi; ils ont aussi pour mission de veiller à ce que la répartition des charges publiques afférentes aux provinces se fasse d'une manière aussi équitable que possible, et de prévenir, à cet égard, tout abus ou tout arbitraire.

3" Le Roi institue cette représentation d'états et se réserve de prendre dans la suite une résolution relative à la coopération des états provinciaux , au moyen d'une représentation centrale dont ils doivent fournir les éléments, pour ce qui concerne l'adoption du budget et la confection des lois d'ordre supérieur.

De même qu'avant d'instituer des assemblées d'états, le Gouvernement a dû avoir soin de former les provinces au point de vue territorial, ainsi que de les organiser au point de vue administratif, de même la création d'une représentation centrale ne peut être que la suite de l'établissement d'états constitués régulièrement et sur des bases solides.

4° Une question digne d'être examinée serait peut-être la suivante : Quels points de contact pourrait-il y avoir lieu d'établir entre un conseil d'État doté d'attributions étendues,

MFTTi: iiNK.ii i:t i.(>iu;amsa rioN or. i.a ritrssK (i«i«). is-i

(•(nmnc r«'sl jmjdiird'liiii le (^)iiscil (rKl.it |»ni?>si('n , cl une i('|ii('S(Milii(ioii cciiliiilt; {•oinposi'c <lr (IiîKî^mkîs des •'•hit-.? (Jii('l(|ii<'s inciiihi «'S (lu ('.((iiscil <rr'.(;il im' |)Ourraic'ul-il>, piis, (Ml ct'llr (|ii;ili(ti, (Icvcnir mcinlircs de la représentation centrale?

SUR LES OlFSTIONS d'i'.DUCATION , DE SOCII-TÉS GYMNASTIQL'ES ET DE LIBEUTK DE I.A PRESSE.

(Annexe dii n" 304.)

506. Le (iouvcrnonicnt prussien pourrait avoir à se prononcer sur d'autres objets peut-être non moins importants par leur conséquences journalières, je veux parler des menées dos partis qui troublent l'ordre en Prusse aussi bien qu'en xVIlema(jne.

Les moyens d'enrayer le mal sont de deux sortes. Les premiers et les meilleurs, je Roi les trouvera dans sa propre volonté; quant aux autres, une entente aussi complète que possible entre lui et l'Autricbe les lui fournira. Les premiers se rapportent à l'Etat prussien lui-même, les seconds, à une marcbe commune à suivre dans les discussions de la Diète. Toutefois, par suite de l'entente établie entre les deux premiers Etats de l'Allemagne, ces dernières donneraient peutêtre des résultats plus certains si l'on engageait des pourparlers contidenliels avec les principales Cours allemandes, avant de porter les questions devant la Diète.

Les objets que nous croyons devoir désigner ici de préférence sont :

L La question d'éducation,

IL Les sociétés gyuinastiques,

IIL La liberté de la presse.

l. Education. Pour tout observateur impartial, il est évident aujourd'hui que les novateurs d'Allemagne, — et c'est dans la classe instruite qu il y en a le plus, — ont renoncé à l'espérance d'exercer, à leur point de vue révolutionnaire, une influence effective sur la génération active du moment, et particulièrement d'entraîner cette génération à l'action. Le succès

d'une pareille entreprise rencontrera toujours des osbtacles dans quelques-uns des principaux traits du caractère germanique. — L'Allemand est flegmatique, réfléchi et fidèle. Il spécule plus qu'il n'agit, surtout quand l'action est inséparable de la dissolution de la famille et de la rupture des liens civils ; de plus, le patriotisme des Allemands porte sur différents objets : dans la patrie commune il y a, depuis qu'elle est constituée, des vœux populaires distincts entre eux; le patriotisme provincial est celui auquel le citoyen allemand est le plus accessible; il s'empare de lui au sortir du berceau, et trente générations se sont succédé sans qu'il y eût une raison de ne pas l'honorer comme le patriotisme le plus immédiat et le plus naturel: carie Brandebourgeois comme l'Autrichien, le Bavarois comme le Hessois, étaient en même temps Allemands. Souvent l'organisation politique des États influe encore pendant des siècles sur le caractère des peuples, alors que les institutions elles-mêmes ont disparu; du reste, le souvenir du Saint-Empire est encore récent, et c'est surtout dans les classes inférieures qu'il est encore très-vif. Bien qu'il n'y ait plus d'Empire aujourd'hui, il reste encore une Allemagne, et le noyau des anciennes provinces subsiste encore sous l'autorité des anciens Souverains.

Les novateurs ont compris l'inanité de leur entreprise ; aussi leur plan, depuis qu'ils en ont un, a pris un caractère tout différent, et ce caractère lui-même répond à l'esprit et à la situation personnelle des chefs : ce que n'a pu faire la généralion actuelle doit rester réservé à la génération prochaine; toutefois, afin que celle-ci ne marche pas sur les traces de ses devancières , il faut s'emparer du jeune homme aussitôt qu'il est sorti de l'enfance et soumettre son esprit à une discipline révo-

"^ lutionnaire.

\ Là où la révolution, dans l'acception la plus brutale du mot, ne peut plus fausser l'esprit des jeunes gens déjà élevés et les pousser à l'insurrection, il faut élever un peuple pour la révolution.

Ce plan est celui que poursuivent quelques-unes des universités allemandes , et si nous ne sommes pas suffisamment

MF.'i'i KiiNicii Kl i,'(»i:(;amsa 1 ION Dr, i.A l'iii ssr. (ihih). ist

riMis('i';iu>s |)()Ui- pouvoir (Iclciiniiii'r jusr|u'à qu(;l point un coiUiin nombre de prol'esscurs des universilés de Prusse sont initiés i\ ce pliui et liavuillent à le réaliser, nous ne croyons crpcn(l;mt pas nous ti-onijxM" rn re/^ardant le fait lui-même comnu' plus ipie pr<»l)al»l('.

(Juant à Vaasociation des étudiants allrmands {Burschensc/iaft), le (louvei ncmcnt du l»oi de ISusse sait à quoi s'en tenir sur son compte : on ne saurait faire disparaître assez tôt cette cause de désordre, cela est incontestable. Ce fjui n'est pas moins certain toutefois, c'est que ce but ne peut être atteint qu'i\ la condition d'agir de concert avec les Gouvernements allemands.

II. Sociétés gyvinastiques. Cette institution dangereuse est intimement liée à la question des universités; les inventeurs, rin\ention et l'e.xécutlon appartiennent à la Prusse.

Le gymnase est, à proprement parler, l'école préparatoire des désordres universitaires. C'est là que l'enfant doit devenir jeune homme, de même qu'à l'université ce dernier doit devenir homme par l'éducation.

Nous exprimons notre intime conviction en disant que c'est aujourd'hui pour le Roi un devoir gouvernemental d'extirper le mal. Les palliatifs ont cessé d'être suffisants pour cela. Il faut que toute I institution, telle qu'elle existe , soit supprimée \ il faut que tous les établissements soient fermés sous peine de répressions fixées d'avance par la loi pour ceux qui l'enfreindraient.

Comme c est à Berlin même que cette institution a pris naissance et qu'elle existe aujourd'hui; comme, d'autre part, les succursales apparaissent comme des loges secondaires se rattachant à la loge mère, il faut, si l'on veut que le remède soit efficace, attaquer le mal dans sa racine. Dans le cas où l'on ne parviendrait pas à en détruire tous les rejetons, il (audrait aussi discuter la question avec les Gouvernements allemands qui manqueraient de clairvoyance et qui voudraient entretenir le mal.

III. Liberté de la presse. Ce problème, le plus difficile de tous, ne peut être résolu, si toutefois il peut Tétre définitivement, qu'aune condition : c'est que Tentente soit parfaite entre l'Autriche et la Prusse, et qu'on soit d'accord avec les autres Gouvernements allemands.

Toute mesure doit être basée sur les principes suivants :

1° Être aussi large que possible en ce qui concerne les œuvres sérieuses et véritables;

2° Faire une différence très-marquée entre des oeuvres de ce genre, des pamphlets et des feuilles périodiques;

3" Tenir compte de l'indépendance des membres de la Confédération et de la nécessité d'obliger chaque Etat confédéré à avoir une loi réelle, soit préventive, soit répressive.

Ce rapide examen des trois questions conduit à la conclusion suivante :

1° II faut que la Prusse prenne immédiatement des mesures relativement aux sociétés gymnastiques ;

2° Il faut aviser aux moyens d'ouvrir promptement des pourparlers entre la Prusse et l'Autriche ;

3° Il faut enfin que tout ce qui se rattache à cette négociation soit préparé et entamé dans le plus grand secret.

SUR LA QUESTION DES JUIFS EN AUTRICHE. 307. Mémoire rédigé par Metternich en 1818 *.

507. Ledit de l'Empereur Joseph est en pleine vigueur dans tous les Etats allemands de l'Autriche. La constitution de

* Ce qui semble avoir donné lieu à la rédaction de cet exposé, c'est un « Mémoire sur l'état des Israélites, par un ministre du saint Evangile », qui fut dédié et remis aux Souverains réunis au Congrès d'Aix-la-Chapelle. Indépendamment de cet écrit, les représentants des israélites de Vienne avaient fait parvenir à l'Empereur une requête ayant pour objet d'obtenir une enquête sur l'état de la législation relativement à la condition civile de leurs coreligionnaires. (lYofe de l'Éditeur.)

Srn LA QIJKSTION I)i:.S JI'IFS I;N ai TIHCIIF. {1KI«). 189

lii lltuijjiic s\)|)|)()S(* à wuv. |(;ir(ic de son cxt'ciition , in.'iis ce fait osl itulé|)(>iulanl (le la voluiitë du i{oi.

Des tîcoles de filles juives existent partout. Là (»ù !(>, < <iinniuimutés sont trop peu nombreuses, les enfants des deux sexes fréquentent les écoles chrétiennes; il est libre à cliaque juif de faire élever ses enfants dans les établissenients d'éducation chrétiens.

Les juifs peuvent, avec des permis particuliers , et dans les pays où les constitutions ne s'y opposent pas directement , acquérir des propriétés foncières.

Ils sont placés sous la conscription militaire, ainsi que les chrétiens. Tous les grades au service leur sont ouverts; il existe aujourd'hui des officiers d'état-major juifs.

Les distinctions de tous les genres, excepté celles qui comportent une formule de serment chrétien, tel que l'cxi^jent les ordres de chevalerie, leur sont accordées. Les hommes les plus marquants par leurs vertus civiques et leur état honorable ont acquis jusqu'à des titres de noblesse, qui les placent sur le même rang que les nobles chrétiens.

Ils peuvent se vouer à tel état qui leur convient ; s'il n'en existe guère dans les rangs des employés civils, c'est qu'ils ne se vouent pas à cette carrière , ou bien que tous ceux qui y aspirent entrent dans le sein de l'Eglise.

On a néanmoins été forcé dans plusieurs lieux de prendre des mesures de précaution pour la mise à exécution de ledit de l'Empereur Joseph , même bien des années après qu'il avait été mis en œuvre , vu l'abus que les juifs ont fait des concessions qui leur avaient été accordées. Voués de père en fils au petit commerce , se soutenant l'un l'autre avec d'immenses capitaux , ils préfèrent gagner par les voies d'un commerce licite ou illicite ce qui leur coûterait des soins et de la peine à acquérir par d'autres voies.

Les lois de l'Empereur Joseph ont cependant produit un bien réel ; l'exemple le plus satisfaisant que l'on puisse citer à l'appui de cette vérité se trouve dans la différence réelle qui existe entre les juifs de la Galicie et ceux de l'ancienne Pologne.

Une des grandes difficultés qu'offre toute mesure relative au changement de la position des juifs, provient de leur nombre. Toute réforme précipitée portera toujours sur une masse immense d'hommes adultes et que rien ne peut déterminer soit à renoncer à leurs habitudes , soit à en adopter franchement de nouvelles.

Page 1