III
Muller à Gentz. Lepzig, le 3 avril 1819. ( Annexe du n° 339. )
340 ... Je vous prie de ne pas vous laisser induire en erreur par le journal officiel de Berlin au sujet de l'affaire Kotzebue, et de songer que c'est Varnhagen qui a rédigé la fameuse dépêche.
Pour vous convaincre que le coup est parti d'Iéna, vous n'avez qu'à tenir compte de la circonstance suivante :
Le meurtre a été commis le 23 au soir. La nouvelle a été connue à Francfort le 25 ; elle aurait donc dû arriver à Leipzig le 29 , par le premier courrier de Francfort, si elle avait suivi la voie ordinaire. Au lieu de cela, elle a été apportée à Leipzig dès le 27, par deux étudiants d'ïéna ; de plus, elle avait fait un détour considérable en passant par léna. Le samedi 28, le chef de la police de Leipzig et le recteur de l'Université durent se rendre chez les deux étudiants pour apprendre les détails du crime, attendu qu'il n'était venu ni estafette ni nouvelle d'autre provenance. Il y a d'autres faits qui ne laissent pas d'avoir leur importance : c'est qvie le meurtrier était connu à léna comme un sectateur fanatique du professeur Luden, et qu'à l'Université de cette ville il a, pendant quinze jours, étudié l'anatomie en vue de l'acte qu'il méditait; qu'immédiatement après la nouvelle de la réussite de l'attentat, l'association des étudiants eut Tair de se dissoudre et qu'elle se constitua en plusieurs corporations simulées d'Alemans, de Marcomans, de Suèves, de Vandales, et ainsi de suite ; enfin que, le 23 mars, on pouvait voir sur le tableau des affiches de l'Université d'ïéna un portrait de Kotzebue, au-dessous duquel on avait attaché une chauve-souris morte.
En outre, n'allez pas croire qu'il se soit agi simplement de faire un exemple et de répandre la terreur, et que la bande homicide se laisse intimider par des mesures quelconques (notamment par des demi-mesures telles qu'on peut les attendre de la part des Gouvernements actuels). L'aberration et l'obsti-
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Gentz à Metternicli. Vienne, le 2.'J avril 1819. ( Uéponse au n" 33H. )
341. La lettre que Votre Altesse a dai{jné m'écrireà la date du 1) courant m'a fait {^rand plaisir et m'a profondément touché. Malgré tant d'objets intéressants dont vous êtes entouré, et qui absorbent tous vos instants, vous avez pu vous décidera me parler de tant de choses attrayantes; je vous en remercie de tout mon cœur.
Les raisons sur lesquelles Votre Altesse s'appuie pour ramener l'assassinat de Kotzebue à un complot en règle, qui a peut-être de vastes ramifications, ont sans doute leur importance, et je souhaite qu'on ne néglige rien de ce qui peut jeter la lumière sur ce point important. Mais je n'en persiste pas moins dans mon idée principale. Le grand point dont il s'agit, nous l'avons étudié et reconnu depuis longtemps. Nous savons comment la jeunesse académique en est venue à ce degré de coupable délire, et nous n'avons pas besoin d'être édifiés davantage à cet égard. C'est la racine du mal qu'il faut attaquer; les ramifications sont chose secondaire et peuvent, tout au plus, faciliter la besogne au bras chargé d'entamer avec la hache le tronc malade ; mais il faut que ce bras porte en luimême sa vraie force.
Votre Altesse aura vu sans doute quelle peine se donnent les journalistes pour représenter Sand comme un jeune homme intéressant au dernier degré. Ils ont peut-être raison; que m'importe? Je ne crois même pas que Sand fût une mauvaise nature ; tant pi« pour ceux dont l'influence a pu faire tomber au rang du dernier des criminels un homme au cœur bon et généreux! Les vrais meurtriers, ce sont, ce seront toujours