IG
2i4 RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-1822).
les Fries, Luden, Oken, Kieser et toute cette engeance dont il faut pur{i;er les universités à tout prix, si Ton veut que n'importe quelle autre mesure réformatrice puisse faire le moindre effet.
Metteinich à Gentz. Rome, le 23 avril 1819.
542. Je viens d'adresser au comte de Buol les instructions nécessaires relativement à la régularisation de la situation des universités allemandes. La dernière proposition du duc de Weimar m'a semblé une base très-heureuse; aussi, quand vous verrez ma dépêche, vous l'approuverez, je n'en doute pas. J'ai trouvé un langage vraiment libéral pour mettre un frein à l'ultralibéralisme , et , par une de ces bonnes fortunes dont vous avez eu si souvent occasion de me féliciter, j'ai pu asseoir mon édifice sur le sol de Weimar, et l'enrichir de l'exemple que cet excellent Sand m'a fourni aux dépens du pauvre Kotzebue. Je n'ai plus qu'à vous prévenir, pour vous tranquilliser, qu'il n'y a pas un seul travail de Spiegel qui parte pour Francfort, qu'il n'y a pas une seule vue de Spiegel* dans mon travail à moi, et que Christ**, que j'ai rencontré ici, reconnaît que mes propositions sont éminemment pratiques et est entièrement d'accord avec moi.
C'est, du reste, une des singularités de mon existence, qu'il me faille à Rome travailler des heures entières à propos de la question des universités allemandes; je reçois de tous les Cabinets d'Allemagne des lettres dans lesquelles on mo prie instamment d'aller de l'avant pour mettre fin au désordre que chaque Prince allemand a provoqué dans son pays, qu'il a fomenté, et qu'il est maintenant hors d'état d'arrêter. Vraiment un exemple de ce genre devrait suffire à tout homme de bon sens pour porter en lui jusqu à son comble le mépris du caractère de plus d'un Gouvernement.
* Le comte de Spiegel était conseiller aulique de la chancellerie d'Etat et avait sous sa direction les alïaire.s d'Allemagne. (Xote de l'Editeur.)
** Les renseignements sur l'idcnlité de cette personne nous font défaut.
(Hiote de l'Editeur.)
ASSASSINAI 1)1. KD'IZI.Iin. (IKIO). «i.'.
Muii iiKiixlc c^l Icllciiii'iit s(ii-cliiir|ré (le (niv.iil, (|iii- je lie sais si y |»iiis vous adresser |);ir I(î présent (•(nirricr luuî ((ipii? «h; mc> iiislniilioiis osIciisiMc-, cl de mes iii-«(ru(li()iis sccrclc-) :mi comlc (le lliiol. l'.ii Idiil ciis, vous recevrez e.elte <(i|)ie .m premier jour, et rien ne doit vous cinpéclier de me faiij; coiinaitre vos idées, même sans altendre ce document.
Mes |)ropositions portent d'ailleurs exclusivement sur la di-.ciplinc des universités, et nullement sur les études elles-mêmes: ce sont deux questions (|ui, sans doute, se tiennent de trèsprès, mais (ju'il n'en faut pas moins séparer dans la discussion actuelle. Si nous nous mêlons de la seconde, nous n'arriverons à lien l'aire ; ce qui me le prouve, du reste, c'est une lettre de Millier, dans laquelle il me [)arle lonjjuement sur ce même sujet, et où il cherche à démontrer « que les excès universitaires dérivent de la Réformation, que c'est de là que vient le mal, et qu'on ne peut le guérir qu'en détruisant l'œuvre de la Réformât ion elle-même ». Je ne contesterai ni la proposition elle-mêiue ni la justesse de la proposition. Cependant je ne puis, du haut du Quirinal, prendre à partie le docteur Martin lAither, et j'espère qu'on pourra néanmoins arriver à de l)ons résultats sans qu'on ait besoin d'attaquer le protestantisme jusque dans sa source. Du reste, la dernière lettre de Millier, qui renferme cependant des choses excellentes, m'a rappelé malgré moi la proposition de Golowkin , qui voulait qu'on recherchât «les causes primitives de la Révolution française » .
Notre séjour à Rome tire à sa fin. L'accueil qu'on nous a fait a été splendide, et notre voyage a été fécond en heureux résultats. L'Empereur est on ne peut plus content du Pape. Non-seulement Je Saint-Père n'a pas touché un seul point scabreux, mais encore l'Empereur (dont les principes en matière canonique sont loin d'être suspects) me disait pas plus tard qu'hier, au retour d'une visite de deux heures qu'il venait de faire à Sa Sainteté, « qu'il regrettait que le Pape ne pût être son premier archevêque ; car il ne saurait certainement en trouver jamais un meilleur à opposer aux prétentions exorbitantes de la curie romaine ». C'est ainsi qu'entre autres
choses le Souverain Pontife a affirmé à l'Empereur cjue le défaut capital de rinstitution des Jésuites était la prétention qu'ils avaient d'être indépendants des évêques, proposition contraire à tout principe de discipline ecclésiastique et qui, par suite , ne pouvait conduire qu'à un désordre sans frein ni mesure. Certainement si nos Chateaubriands ecclésiastiques savaient cela, ils en voudraient à ce pauvre Pie, à ce vieux et vénérable chef de l'Église ; aussi, gardez pour vous seul cet énoncé catégorique ; car entre les deux j'aime encore mieux les Chateaubriand que les Benjamin Constant et les Lanjuinais. II n'est donné qu'à un petit nombre de suivre la sainte ligne du milieu, et comme c'est là seulement que se trouve la vérité, on la découvre bien rarement.
Du reste, chaque jour ne fait qu'augmenter mon enthousiasme pour les merveilles de Rome. On voit ici ce que peut l'homme quand il s'élève au-dessus de lui-même, et si je déteste les anciens Romains comme de vrais bonapartistes, je ne puis m'empêcher, d'autre part, de leur savoir gré, à eux etàleui's successeurs, de toutes les choses grandes et sublimes qu'ils ont léguées à la postérité comme un souvenir impérissable de leur puissance et de leur génie.
Comme botaniste , vous trouveriez ici de bien grandes jouissances. Quelles plantes merveilleuses ! Les fleurs de ce pays sont aux nôtres ce que, comme ville, Rome est à Vienne. J'en rapporte une grande quantité, et je vous donnerai des graines précieuses.
Gentz à Metternich. Vienne, le 25 avril 1819.
345. ... Il faut que je revienne à tout propos sur la déclaration du Grand-Duc de Weimar comme sur un des documents les plus importants de notre époque. Un des premiers auteurs du mal dont souffre l'Allemagne, un de ceux qui ont le plus aidé à le répandre, a pu, huit jours après un crime qui crie vengeance contre lui et contre ses conseillers plus que contre tout autre, faire entendre à la Diète, par l'organe de son représentant, des paroles comme celles-ci : « Il faut que la liberté des
ASSASSINAT DK ROI/IIH 1. (iHI't). '2 i7
(> ni liions ("I (le l'en scij; ne m Cl il soil rc -si iccléc clans Ics universités ; «•;ir (•'('>! dans la /iiltr oiiDcrlc des oy>//»/'o/<.v (ju'on (les (•lll(liallt^ !) (lt»il trouver i<i la vrrilé, c'est contre la coiijiancc dans idntnrité (les intn'lrcs (inOii doit ici i>rriiiiniir l'écolier, c'est à la liaulftir de l'indrin'iidaticc du jucjcincnl (jifon doit ramener direelemcnt (s'il avait du moins dit : Ty liiire arriver par Téducation). » — Ils sont tombés si bas, les grands et les puissants de ce monde, qu'ils sont obligés d'avaler de telles niaiseries! Et pas une bouche ne s'est ouverte, pas une voix ne s'est élevée dans l'assemblée! Et nous, — oh! pourquoi faut-il que, moi aussi, je renouvelle cet infandum doloreni? — nous sommes forcés de subir le honteux honneur d'entendre citer, presque immédiatement avant ces paroles scandaleuses (qui sont la quintessence de toute la doctrine révolutionnaire), un passage de ce malheureux discours d'ouverture prononcé à la Diète, — véritable boîte de Pandore, où nos ennemis trouveront encore pendant des années le poison dont ils nous abreuveront, — un passage qui ne fait pas, il est vrai, l'éloge des principes criminels du baron de Hendrich, mais qui défend les universités , comme le superbe ?nonument de la supériorité allemande contre les injustes appréciations de l'étranger !
Comme aucun des ministres présents à la Diète n'a eu l'inspiration ni le courage nécessaire pour jeter immédiatement à la face du plénipotentiaire du Grand-Duc de Weimar (ou du Grand Étudiant, comme on l'a nommé d'une manière assez spirituelle) un témoignage public de l'horreur que devaient inspirer de pareilles doctrines, se produisant dans un pareil moment, je suis convaincu plus que jamais que 1 heure n'est pas encore venue d'employer les grands moyens et de prendre des mesures radicales. Mais c'est précisément pour cela que je crains par-dessus tout des discussions formelles, et particulièrement des discussions publiques, sur ces questions qui viennent s'imj)oser à notre attention. Quand je considère jusqu'où il faudrait remonter, jusqu'à quelle profondeur il faudrait plonger le scalpel dans les chairs vives pour opérer une guérison radicale, je trouve que c'est presque folie de croire que dans un corps comme la Diète, que dis-je ! même dans un
congrès des premiers Souverains de l'Allemagne, il puisse se trouver assez d'union, de perspicacité, de courage et de résolution (et toutes ces qualités à la fois seraient nécessaires), pour assurer des résultats non pas seulement favorables, mais capables d'assurer la victoire. Or, dans des maladies d'un caractère aussi pernicieux, rien n'est plus funeste que des expériences avortées ou couronnées d'un demi-succès, c'està-dire avortées à moitié. Je suis fermement convaincu que, dans les temps de révolution, il est plus facile de reconquérir l'autorité tout entière que la moitié de l'autorité seulement. Dans des crises de ce genre, des demi-résolutions font plus de mal que l'inertie complète. Ainsi, du moment que nous avons reconnu que le résultat vraiment utile et décisif ne saurait être atteint, la prudence nous commande de prendre un air indifférent et passif, de n'adopter que les dispositions les plus urgentes et celles qui sont immédiatement réalisables, mais en même temps de ne jamais perdre de vue le but suprême de tous nos efforts; car si nous poursuivons sérieusement, avec une inébranlable constance, la voie dans laquelle nous nous serons engagés, nous finirons par voir arriver le moment où un grand coup nous délivrera de tous nos maux.
En ce qui touche la question qui nous préoccupe, je comprends sous le nom de demi-mesures tout ce qui tendrait à réibrmer la discipline dans les universités sans toucher à la personnalité des maîtres et des étudiants, et sans agir directement sur l'esprit qui anime toute l'institution. Je fais rentrer dans cette catégorie toutes les tentatives qu'on ferait pour supprimer ou pour restreindre la juridiction académique, tout établissement d'une autorité disciplinaire étrangère aux universités, qu'elle soit plus ou moins élevée, toute immixtion du pouvoir dans les systèmes d'enseignement et dans les méthodes, toute loi qui prétendrait intei'dire aux jeunes gens toute association, toute réunion en corps, etc., même celles qui sont publiques et inoffensives; en un mot, toute idée de modification essentielle dans l'organisation matérielle des universités. — Pour décréter des mesures de ce genre , la Diète aurait certai-
ASSASSINAT 1)K KOIZIIII K (IKIO). S49
iK nu'ii' lii coinix'tJMici; voulue et raiitorité suflisantc ; mais si elle arrivai! ciiliii à l(*s a|>|)li(|iii>r , après avoir Irioiiiplié de difficultés et de résistances sans nombre, quel avanta{;e aurait-on obtenu? Ceux qui auraient joué un rôle actif dans l'affaire seraient décriés, flétris, réprouvés, proscrits en Allemafjne comme ennemis fie la liberté académique. IjCS principes révolulioimaires (la condamnation de toutes les autorités, l'indépendance du ju{;ement personnel, la libre lutte des opinions, et toutes les belles choses dont il est question dans la déclaration de Weiinar) n'en subsisteraient pas moins; ils ne tarderaient pas à reparatlre sous d'autres formes, relevant la tête plus fièrement que jamais et se moquant de toutes les lois or{janiques; l'esprit qui s'est emparé des universités ne serait pas détruit, il ne serait pas même dompté ; bien plus, irrité par nne résistance impuissante, il n'en deviendrait que plus redoutable et plus funeste.
Aussi lonjjtemps que nous ne serons pas assez forts pour déclarer ouvertement la guerre aux principes qui ont créé tous les dangers qui nous menacent, du côté des universités aussi bien que d'ailleurs, et pour ne traiter les abus universitaires que comme des désordres qui en accompagnent d'autres plus grands, toute mesure législative visant exclusivement les universités sera donc vaine et impuissante. Au point où en sont les choses, il serait bien plus sage de ne pas songer à des moyens de ce genre et de se contenter, jusqu à nouvel ordre, de prendre des dispositions au moyen desquelles on pût agir simplement sur la personnalité des maîtres et des étudiants, sans introduire des modifications essentielles dans la forme extérieure du corps.
J'ai vu à ma grande satisfaction qu'Adam Mûller a considéré tout à fait au même point de vue que moi cette question, sur laquelle il peut se prononcer avec autorité ; il partage mes idées sans qu'il y ait eu entente entre nous; même il avait peur que je ne fusse d'un tout autre avis que lui. Il proteste, comme moi, contre toute mesure législative, et propose les deux movens que voici :
1° La nomination d'un curateur pour chaque université. Il
conviendrait de choisir un liomme considéré {N. B. convenablement décoré), ayant l'expérience du monde, n'étant pas étranger aux sciences (sans avoir besoin, pour cela, d'être un savant) , d'un caractère bienveillant et de formes agréables. Le curateur serait responsable pour toute l'université, et serait, par conséquent, obligé de résider dans le ressort académique. Ne trouverait-on pas en Allemagne huit ou dix hommes qui consentiraient à accepter des fonctions si honorables et qui seraient devenues plus honorables encore par les difficultés mêmes de l'emploi? Et s'il s'agissait d'écarter des obstacles économiques en attribuant au fonctionnaire en question un traitement suffisant et même splendide , l'État trouverait-il jamais à faire une dépense plus utile et plus noble que celle-là?
2" Une épuration des chaires, entreprise sans bruit et sans passion ; on confierait au besoin aux professeurs sujets à caution d'autres emplois civils dans lesquels ils ne pourraient pas faire de mal. Les meneurs sont connus; ils ne sont pas nombreux. Si l'on peut les faire disparaître sans esclandre et les remplacer par des savants paisibles et honnêtes (pour ce qui concerne le talent, il n'en est pas un dans la catégorie des hommes dangereux qu'on ne pût remplacer par un maître bien plus chstingué) , on aurait fait un très-grand pas dans la voie de la réforme intérieure des universités.
Ces deux mesures n'auraient pas besoin d'être l'objet de discussions formelles; on pourrait se contenter de les décider sans bruit au moyen d'une entente à l'amiable entre la Prusse, la Saxe, le Hanovre, la Bavière et Bade. Avant peu, tous les gens bien pensants les béniraient. Quant à léna, il ne faudrait régler la situation de son université qu'après avoir mis tout le reste en ordre. Pour punir le Grand Duc de ses méfaits antérieurs,— et ce serait la peine la plus légère à lui infliger, — il faudrait d'abord ne pas l'interroger, ni même le consulter, mais surtout ne pas lui laisser prendre le premier rôle, comme il l'a fait à Francfort. Il faudrait qu'il se soumît aux résolutions prises par les autres Cours; au pis aller, on lâcherait contre lui l'Empereur de Russie, ou bien, par une mesure d'ordre
ASSASSINAI l)\: K ( »l / I.IHI K (IKlit). 261
i;i'iu''r;il , on mcdiail iniiiicllcim'iil leiiii, coinine uiiiversitc', m interdit,
Toiilol'ois, si l'on .se coulcnte jusqu';'^ nouvel <jrdre <\v. ces premières «lispositions, Tutilitë, que dis-je! la nécessité d'une discussion approfondie du grand prohiènie universitaire cuire les principaux (îouvcrncnicnls d'Allema{jne subsistera, selon moi, tout entière. Mais si une discussion de ce {jenre a lieu, — (I il laudiaii (ju ClIe tVit menée discrètement, aussi secrètement (pie possible, — on devra bien considérer avant toute cbose que la question des universités ne saurait se traiter isolement, et qu'elle ne peut être séparée des questions relatives à la liberté de la presse et, jusqu'à un certain point, des questions constitutionnelles. Je ne puis exposer ici, vu que cela m'entrainerait trop loin , dans quelle mesure ces dernières doivent intervenir dans la discussion dont je parle; mais je me réserve de faire ultérieurement des observations à cet égard.
Je me résumerais donc ainsi :
1° Pour commencer, point de discussion législative en commun, ni à Francfort ni ailleurs;
2" Accord verbal, sous la forme confidentielle, quant aux mesures les plus urgentes à prendre en attendant, à l'exclusion de toutes celles qui pourraient attaquer l'organisation matérielle des universités ;
3* Conférences entre les délégués des principales Cours allemandes, conférences où l'on tâcherait, autant que possible, d'épuiser toutes les questions relatives aux univei-sités, à la liberté de la presse, et même aux institutions politiques en Allemagne. Lors même que ces conférences n'amèneraient pas une seule résolution effective, elles auraient encore une grande importance : elles seraient toujours un moyen de s'entendre, de s'éclairer et de s'oi'ienter.
Sans doute ce plan ne donne aucun rôle à l'assemblée de Francfort. Mais comme je ne connais absolument aucun rôle utile que ces messieurs pourraient remplir; comme, au contraire, je prévois des inconvénients, des difficultés et des dangers incalculables à propos de toute discussion qui aurait lieu à Francfort, je regarde comme inopportun d'y songer.
252 r.ECUEIL DE DOCUJIENTS (1818-1822).
Ce que je propose ad 2' pourrait peut-être se faire de la manière la plus commode et la plus expéditive cet été, à Carlsbad; peut-être même suffirait-il pour cela d'une simple corres{)ondance, si tout le monde montrait des dispositions convenables.
Le n" 3, par contre, a plus d'importance : pour réaliser ce que je propose, il faut du temps, du calme, de sérieuses réflexions. Si l'on décidait que des conférences de ce genre auraient lieu, il faudrait nécessairement choisir Vienne comme point de réunion et ne pas ouvrir cette espèce de congrès avant l'hiver prochain.
Post-scrîptum du 27 avril.
La lettre que Votre Altesse a daigné m'écrire le ' m'est
arrivée il y a une heure, au moment où j'allais expédier le rapport ci-dessus, que j'avais terminé dès avant-hier. Ce que vous me dites me fait craindre que vous n'approuviez pas entièrement mes propositions ; mais comme je ne connais pas encore les communications que vous avez adressées aux Cours, il se pourrait néanmoins que mes idées ne fussent pas absolument inconciliables avec les vôtres. En tout cas, il importe beaucoup que je puisse, dans une affaire aussi grave, soumettre mes vues à Votre Altesse sans rien Lui en cacher, et, malgré les nombreuses raisons que j'ai de regretter d'avoir été loin de vous juste en ce moment, je suis heureux d'avoir écrit ce que je pensais avant de bien connaître votre propre opinion. Car il me sera plus facile de me rendre à l'autorité de vos lumières et de vos convictions que de renoncer aux miennes.
Il y a quelques jours. Pilât a reçu une lettre le menaçant de mort, pareille à celle qui m'a été adressée il y a peu de temps. A ce que j'apprends, on a même écrit au Prince héritier des lettres anonymes accompagnées de menaces. On traite Pilât d'infâme scélérat ; on lui dit qu'il est sûr de périr
* La date est restée en blanc; ces lignes sont probablement une réponse au no 342. {Note de t Éditeur.)
ASSASSINAT l)K K OTZr.II I i: (i H If)). 253
s'il HP cesse de propiifier ses fiincstcs |)i iricipcs. Il se peut «juc la lelhe qui m esl parvenue n'ait élé (|u'un poisson d'avril, mais si ces choses-là sv. renouvelaient, il y aurait lieu de s'en préoccuper sérieusement.
MeUernich à Gcntz. N;i|iles, le 7 mai 1819. (Hrponse au n" .343.)
544. D'après volie lettre du 25 et du 27 avril , j'espère que nous nous entendrons au sujet de la que>tion des universités.
Je vous ai dit depuis lonfjlemps que la Diète ne me parait pas faite pour diriger cette atlairc. Mais, après tout, il n'y a pas d'autre point central , et si vous saviez (comme je ne le sais que trop) combien les Gouvernements allemands sont faibles, vous seriez persuadé que des discussions ayant un caractère privé ne conduiraient à j'ien. Car aujourd'hui chaque Souverain allemand, lors même qu'il est hostile à la Confédération, comme la Bavière, par exemple, prétend trouver dans l'union fédérale la force qui lui fait défaut chez lui et qu il lui faudrait pour prendre de semblables mesures.
D'autre part, il n'y a pas de temps à perdre; car aujourd'hui les Gouvernements ont assez peur pour vouloir a^ir; bientôt leur peur grandira au point de les paralyser. Si l'on n'agissait pas en ce moment, les perturbateurs se montreraient deux fois plus audacieux, et, à mesure qu'ils s'enhardissent, s'éteignent les dernières étincelles du courage de.i Gouvernements. Vous aurez vu par mes dernières communications que, pour Francfort, je réduis en attendant la question à quelques points préliminaires essentiels.
J'ai pris note des vues de Mùller; j'y ai fait encore quelques additions, qui certainement ne sont pas moins importantes que ce qu'il dit. Je citerai entre autres la suppression de la juridiction universitaire, et l'arrêté portant que des professeurs destitués ne pourront être replacés dans d'autres universités.
Du reste , je crois avoir bien fait exi adoptant pour base la proposition du Grand-Duc de Weimar. Ce n'est pas par le
mépris qu'on punit Véludiant émérite weiniarieii. Il est luiliitué à être traité de la sorte. Il me paraît, au contraire, ])ien plus sage d'interpréter en bien ses projets insensés et de le vaincre ou de lui donner un démenti sur son propre terrain.
Je n'ai pas oublié l'Empereur de Russie. Je donne aujourd'hui à Stiirmer l'ordre de vous communiquer une lettre que j'ai envoyée au comte de Nesselrode par un courrier spécial ; vous verrez par cet écrit que j'engage très-vivement le Czar à agir, mais en évitant de commettre quelque méprise au point de vue de la politique allemande.
Je serai certainement à Carlsbad pour la mi-juin. Je ne sais pas si vous pensez encore à votre voyage en vSuisse. Le moment ne me semble pas bien choisi. Dans le cas où vous renonceriez à cette excursion, je serais heureux de vous voir à Carlsbad. Je le désire d'autant plus que j'y ai donné rendezvous à un des Prussiens, et qu'il se pourrait bien que d'autres Allemands y vinssent aussi.
On me demande de différents côtés des renseignements suides complots formés contre l'Empereur en Italie. Si quelque bruit de ce genre arrivait à vos oreilles, affirmez nettement que c'est une de ces coupables inventions du parti révolutionnaire. L Italie est parjaitement tranquille. Les événements qui se passent en France et les farces constitutionnelles qui se jouent en Allemagne encouragent les espérances des partis, qui, d'ailleurs, ne se manifestent jamais en Italie que par la formation de sociétés secrètes. Toutefois , tant qu'il ne se passera pas un grand événement politique en Europe , il n'y aura pas à songer à un mouvement quelconque en Italie. Dans le pays de Naples en particulier, la population est positivement contente de la marche suivie par le Gouvernement, et comme les errements de celui-ci sont tout autres que par le passé, nous éprouvons l'heureux contre-coup de ce changement, car le public croit que nous n'avons pas été étrangers à l'attitude prise par le Roi, et le public a raison.
S'il n'y avait pas toujours de ces agents russes qui battent l'Italie en tous sens et qui cherchent à enflammer les espérances des partis en leur parlant du libéralisme de l'Empe-
ASSASSINAT DE KOTZr.BHK (1810). »r,H
reiir Alcxandi»', il n'y atiiiiil {jiirrc <V:\^'^i\;\\uti\ j)prnianentr «l;ius les esprits. 11 y a en <!(' toiil Iciiips <li's niécoiilciili en ll.ilic. IjMtali(M) cric hcaucouj) , mais il n'a{jil pas. On en trouve la prouve dans Tliisloire des trente dernières années , pendant lesquelles, mal{jré toutes sortes de menées, il n'y a jamais eu en Italie de mouvement révolutionnaire dans le sens propre du mot. Chez l'Italien, à vrai dire, la liaine ne se manifeste jamais contre une chose, mais toujours contre une personne. C'est ainsi qu'en Italie on se déleste de province à province , de ville h ville , de l'amille à famille , d'individu à individu. Si le désordre éclatait à Florence, l'IuiMlant de Pise ou de Pistoie se déclarerait pour le parti contraire, parce qu'il hait Florence; c'est ainsi que Naples en veut à Rome, Rome à Bologne, Livourne à Ancône, Milan à Venise.
Au demeurant, je compte mettre bientôt un terme aux menées russes. J'ai fait à cet égard quelques démarches trèscatégoriques.
En attendant, portez-vous bien.
Gentz à Metternicli. Vienne, le 21 mai 1819. (Réponse au n° 344.)
545. J'ai reçu hier soir la lettre que Votre Altesse a daigné m'écrire le 7 courant, et bien que je sois très-heureux de savoir que vous jouissez vivement de votre séjour à Naples, j'aime à me dire que ces lignes vous arriveront au moment où vous serez déjà en route pour revenir en Allemagne .
Comme Votre Altesse rend pleine justice aux raisons que j'ai invoquées contre la discussion de la question des universités à la Diète, toute autre plainte sur la marche qu'on a résolu de suivre serait superflue. L'argument que vous m'opposez est écrasant, il est vrai, mais il est en même temps frappant et décisif. Du moment que les Cours allemandes sont trop faibles pour que des pourparlers non officiels puissent amener un résultat sérieux (et malheureusement je n'ai pas de peine à croire qu'elles en sont là), il ne restait sans doute d'autre parti à prendre que de faire une tentative à Francfort
Relativement à ce point, qu'on adopte comme base la proposition du Grand-Duc de Weimar, je n'arrive pas à me tranquilliser, malgré l'extrême sagacité avec laquelle vous avez expliqué l'afFaire.
Le comte Sedlnitzky m'a communiqué les documents qui se rapportent à la question des universités. Ils se composent d'un projet de constitution générale du corps des étudiants , d'un protocole de l'assemblée des délégués réunis à léna en mars et avril 1818,etd'une adresse à toutes les universités associées, qui est relative à ce protocole , enfin de la charte consacrant la constitution du corps des étudiants allemands, charte rédifée d'après le projet en question et signée à léna, le 18 octobre 1818. Il ne serait pas possible de faire imprimer ces pièces sans les accompagner de commentaires, même s'il ne Fallait pas procéder avec tant de mystère. Mais je n'entreprendrais jamais , en l'absence de Votre Altesse , une affaire aussi grave, à propos de laquelle, du reste, il n'y a aucun periculinn in inora. L'association générale des étudiants est, du reste, par elle-même et sans avoir égard aux abus auxquels elle a déjà conduit et auxquels elle peut conduire encore , une institution tellement condamnable , créée dans des vues si dangereuses et si coupables, qu'il ne peut en rester pierre sur pierre, et qu'il faut Tinterdire sous les peines les plus sévères, si l'on veut conserver les universités. Je le prouverai jusqu'à l'évidence quand le moment sera venu.
Du moment que j'ai l'espoir de pouvoir être utile ou seulement agréable à Votre Altesse, de quelque manière que ce soit, je suis tout prêt à renoncer pour cette année à mon voyage en Suisse et à retenir un appartement à Carlsbad
Agréez, je vous prie , mes hommages respectueux.
Gentz à Metternich. Vienne, le 3 juin 1819.
346. J'envoie tout d'abord à Votre Altesse la copie d'une lettre de Mûller, et je prends la liberté d'accompagner cet eAvoi des réflexions suivantes :
1° Ce que ^liiller dit de plusieurs coryphées de la secte révo-
ASSASSINAI l)i; KOT/r.lU r. (IKIO). o.-.l
luiioiiiiiiii'o *, <!<• leur siliiiifioii pii'caiit; et désespérée, «le riiuliniMCiicc (lu |)iil»li<' cl iiK'iiic de l:i ji'iincssc h l'égard de leurs écrits, uii>iilr(* iicllcineiil (|ii('ls r(>.sidt:ils oti |)()iin':iil oh- I cuir si I «)ii s iiii|)()>iii( d'avoir iccd >iiri|ii:u';inlc ou <-iiH|ii.iiil(>, — j);is (l;ivanl;i(;c, — des homines les plirs daii{;ereux d»' TVlIcma(;iie, et si Ton Iravaillait séricuseinent et avec, suite ou hicn h les dérouler par un l>rus(pu! chaii{»ement de h-ur situation, ou bien à les {ja{jner par l'espérance , ou encore à les efïrayer par l'appareil de la l'orce , bref à les désarmer d'une façon adroite. Ce serait là un des actes diplomatiques les plus méritoires (le noire époque. Or, pour cela il nous faudrait avoir, sur un point central comme Francfort, un liomme considérable, qui lût tout à I^ait à la bauteur de cette tàclie. ^^ais où trouver un pareil homme , et quelle sphère d'activité ostensible lui assi{jner?
2° C'est incontestablement un fait très -remarquable que l'évolution de tant de gens, jeunes pour la plupart, qui passent du fanatisme politique au mysticisme religieux**. Je ne regarde pas cela comme un avantage. C'est un fait qui réclame la plus grande attention. Il est évident que la maladie change de forme ; il faut donc l'attaquer par d'autres remèdes. Ici nous touchons sans doute à l'extrême limite des mesures de police, et si nous ne parvenons pas à agir sur les esprits et à saisir le mal jusque dans ses racines les plus profondes, il faudra nous avouer vaincus. Une union étroite, une véritable coalition deshommesles plus éminents et les plus sages de l'Allemagne,
* Adam Mliller parle dans sa lettre de Fries , de Wieland, d'Oken et de Froriep. (Note de l'Éditeur.)
** Adam Millier allègue comme preuve, qu'à Halle on voit tous les jours des étudiants quitter d'autres facultés potu- faire de la théologie, et que le vieil et dévot Knape ne sait plus où donner de la tète, tant il vient d'auditeurs à SCS cours! A Halle, dit-il, le succès de ce mystique accapare la foule, et le fameux Schubert, qui a une certaine aflinité d'esprit avec lui, y a installé sa diaire. A Bonn, le médecin Winclischmann a ouvert son cours, en présence de tous les professeurs, par un discours où une série de tableaux vagues de riiistoire du temps, inspirés par la philosophie naturelle, se termine par la déclaration suivante : «Ce n'est que dans les révélations de Jésus-Christ qu'on peut trouver de quoi tranquilliser la conscience et la science, etc. >•
(^Note de [Editeur.) ni. 17
une lifTue vivante, une association sans cesse délibérante et sans cesse agissante des premiers hommes d'Etat et des savants les plus distingués, voilà les seuls moyens capables de résoudre cet effrayant problème.
3" Les écrits qui ont été publiés sur l'assassinat de Kolzebue n'ont guère fait sensation. Gela était aisé à prévoir; car, à l'exception d'un seul, ils ne méritent pas qu'on s'y arrête. KriKj est un bavard du dernier vulgaire, sans esprit ni talent, capable tout au plus d'amuser une tabagie de bas étage. Gœrres est resté fidèle à une vieille et chère habitude ; il a lancé des menaces creuses et des prophéties sinistres : au fait, il n'a voulu que faire entendre que les Gouvernements seuls étaient la cause de tout le mal; mais il n'a pas motivé cette accusation, il ne la pas même nettement formulée. A mes yeux, son écrit n'est pas seulement mauvais, il est condamnable au dernier degré et tombe presque sous le coup de la loi. L'allocution de Beckedoi'f aux étudiants est animée d'un bon esprit, mais elle ressemble trop à un sermon, et, pour un essai purement oratoire, elle n'est pas assez bien écrite. La Motte- Foiiqué s'est démené comme un danseur de corde dans de méchants vers ; c'est un fou qui a jeté son feu depuis longtemps. Steffens seul s'est élevé jusqu'à un certain point à la hauteur du sujet. C'est un apôtre de la philosopliie naturelle, qui a donné dans toutes les fausses tendances de l'époque ; on ne pouvait donc attendre de lui quelque chose d'absolument correct, et par-ci par-là le diable , auquel il a livré son àme, montre le bout de l'oreille. Mais le jugement qu'il porte sur le crime est parfaitement clair, net et digne; il offre le plus beau contraste avec les apologies déguisées, les théories perfides et doucereuses , les sophismes méprisables qui, à la honte de l'Allemagne , s'étalent dans toutes les feuilles publiques. Steffens est un homme dont le parti révolutionnaire a peur parce qu'il lui reconnaît une grande supériorité , et Mûller a tort de croire que ses paroles n'auront pas grand poids.
4° L'histoire des trois mille exemplaires du livre de Gr?evel, qui se sont vendus en Autriche, est parfaitement vraie ; elle
ASSASSINAT 1)1. K ( Il / K lU : i; (IHIM). o.-,!»
r.s{ liicii iMiirlilianlc pour iiolir |>iil)li(\, <! li> rend, liélii.->! hinn ridicule*. Mais il Caiil coniiiiilio rcuscinhle de l'affaire pour roinjuTudre ce pliénoinène. Ce inécliaiit l)()nf|nin piihlié par (".(Mold a trouve (Dieu sait pourquoi !) d'ardeiils prol(îc(eurs t\;\u> la |>ersoniie de «lillérenls messieurs de la haule police , (pii Idiil rccoiuinaiidé dans loutes les provinces et répandu par lous les moyens possibles, tant ostensibles que secrets; j'ai presipie envie de croire que le comte de Saurau a été pour (pielque chose \k dedans. La protection de ces messieurs alla si loin qu'un compte rendu sommaire, où Pilat avait traité quelques {jrossières erreurs déistes de misérable rabàchajje, fut biffé dans V Observateur pav la censure. Pour moi, du reste, l'histoire n'en a pas moins un côté sérieux et un côté réjouissant; elle prouve ce dont l'autorité est encore capable chez nous quand elle s'occupe d'une affaire avec zèle
et cou amorc
C'est une chose étrange au plus haut point que le profond silence {jardé par l'Empereur de Russie à propos des attentats commis contre Stourdza et contre Kotzebue. Je ne puis pas dire (juej'en sois fort tourmenté; car son intervention n'aurait pas fait jyrand bien, même s'il eût trouvé la véritable ligne à suivre; or il avait cent chances contre une de la manquer. Mais je suis extrêmement curieux de voir comment ce silence s'expliquera un jour. Si Votre Altesse sait là-dessus quelque chose dont elle puisse me faire part, soyez assez bon pour penser à moi.
Metternich à Gentz. Rome, le 6 juin 1S19.
347. La commission a ouvert ses séances à Francfort. J'ai reçu de tous côtés des lettres de remei'cîment au sujet de l'initiative que nous avons prise.
Je vous prie de ne pas croire d'une manière absolue que
* Adam Mijller écrit à ce propos : « La grande nouvelle du monde de la librairie, qui forme un vrai scandale pour Vienne et pour l'Autriclie en ;;enéral, c'est l'histoire des trois mille exemplaires du bouquin connu: i Homme de Grœvel , qui se sont vendus rien qu'en Autriche. «
(Noie de l'Editeur.)
notre proposition soit basée sur celle de Weimar; n'allez pas, sous ce rapport , plus loin que moi-même , c'est-à-dire n'en concluez pas que les idées venues de Weimar soient prises pour les véritables objets de la délibération. Il n'en est pas ainsi : la démarche faite par Weimar n"a été pour nous qu'un prétexte immédiat pour proposer des mesures, que lapremière base des discussions ultérieures. Figurez-vous une forêt où un brijjand, enchaîné et réduit à l'impuissance, crie au secours; j'accours, non pour l'aider à fuir, mais pour l'empêcher, autant que possible, de s'échapper.
Du reste , la clique de Weimar est en proie à une vive anxiété. léna commence à se vider, les inscriptions et les recettes diminuent. Les enragés de ce pays -là crient contre l'impardonnable démarche du Grand-Duc , qu'ils appellent un acte de trahison envers la bonne cause. Pourquoi n'exploiterions -nous pas ce thème ? Du moins nous ne pourrons pas être accusés d'obscurantisme si, au lieu de parler par des motifs personnels, nous nous fondons sur les plaintes du Grand-Duc libéral, déplorant les embarras où il se trouve. Ce premier pas, d'ailleurs, marque la fin du rôle du Grand-Duc, car nous renonçons tous à son concours.
J'attends, du reste, avec une véritable fièvre d'impatience le moment où j'arriverai à Carlsbad; car ici je suis trop loin du champ de bataille. Entre le 15 et le 20 juillet, je serai certainement sur les lieux. Prenez vos dispositions en conséquence.
J'espère que vous n'aurez pas cru un moment à mon voyage à Paris, dont retentissaient tous les journaux.
Les libéraux crieront à l'abomination en apprenant l'élévation de l'Archiduc Rodolphe au cardinalat. Les indépendants italiens se réjouissent de l'événement; car ils prétendent que l'Archiduc deviendra Pape, qu'il prendra femme et qu'il se fera proclamer Roi d'Italie. Je vois dans l'affaire un chapeau rouge et une paire de bas rouges, et, de plus, la preuve de bonnes relations politiques entre la première puissance catholique et l'Eglise.
Vous pouvez me croire sur parole quand je vous dirai que
ASSASSINAT DK KO'IZF.niF, (IHM)). «61
notro voYni;»' «'ii lliilic rt^ixmd vu (ouf point ;iiix rsji('i;inros que i'iiviiis londi'cs sur celle ex|)('(li(i()ii inrunlc;.
/*. S. Diles ;") l'il;il (|iie ri''lii;i oITre en ce moment le spccl;i('Ie (l'iine épouvaiiliiMe éruption et (pie Cnlîine a eoni'u (le jjiands (l;in;;(MN. Du Vésuve s'éeli;ij)p(« éjjalenienl un immense toireni (\c Ia\c ipii eonle dans la direelion de Pompéi. Je rejji'otle de ne pas être là. Dans les environs de Viterhe on a ressenti de fortes secousses de trcmMement de terre. Comme Pilat a le monopole de la description des tremblements de terre, il sera enchanté d'apprendre ces nouvelles.
L'Kmpercur a remis son départ d'ici jusqu'au 11 de ce mois, parce que rArcliiducliosse Caroline souffre d'une légère indisposition. Je suivrai l'Empereur le 12.
Gentz à Melternich, Vienne, le 17 juin 1819. (Réponse au n» 3i7.)
548. Je suis tout hein-eux d'apprendre par la lettre que vous avez daigne m'écrire à la date du 6 courant, que vous n'avez pas renoncé à votre voyage à Carlsbad, comme quelques sceptiques voulaient le préfendre ici, et que vous y attachez même une certaine importance. Votre séjour à Carlsbad peut certainement amener d'excellents résultats; en tout cas, il fournira matière à des oliservalions et à des combinaisons qui ne seront pas perdues pour votre esprit si fécond. J'ai retenu mon appartement à partir du 15 juillet.
J'attends avec impatience le moment où je pourrai de nouveau puiser à cette source qui ne tarit pas pour rectifier et pour fixer toutes mes idées. J'espère que Votre Altesse daignera me tenir au courant de ses projets de voyage ultérieurs.
Metternich à Gentz. Perugia, le 17 juin 1819. (Réponse au n° 346.)
549. Je VOUS remercie pour l'intéressant rapport que vous m'avez adressé le 3 juin dernier. Je partage entièrement les
vues d'Adam Miiller et, en les parta^jeant, je me sens plus fort pour poursuivre la marclie que j'ai adoptée.
Je ne suis pas étonné d'apprendre que la folie universitaire est en décroissance ou qu'elle se tourne d'un autre côté que le côté politique. Cela tient à la nature même des choses. L'étudiant considéré en lui-même est un enfant, et l'association des étudiants est un jeu puéril qui n'a rien de pratique. Aussi n'ai-je jamais parlé d'étudiants, vous le savez mieux que personne; mon attention s'est, au contraire, toujours portée sur les professeurs. Or, il n'y a pas de conspirateurs plus maladroits que les professeurs, pris isolément ou en masse. On ne conspire avec fruit que contre des choses , et non pas contre des dogmes. Sans doute ceux-ci peuvent acquérir une certaine puissance ; mais tel ne sera jamais le cas, en dehors de la sphère de la théologie. Quand il s'agit de do{^mes politiques, il faut qu'ils soient appuyés par l'action; or l'action, c'est le renversement de toutes les institutions existantes et l'application du principe : « Ote-toi de là que je m'y mette. » Ce métier, les savants et les professeurs ne savent pas le faire; ceux qui s'y entendent le mieux, ce sont les avocats. Je ne connais presque pas de savant qui sache la valeur de la propriété; par contre, la caste des avocats est constamment occupée à fouiller dans la propriété d'aulrui. Indépendamment de cela, les professeurs sont à peu près sans exception des théoriciens, tandis qu'il n'y a pas de gens plus pratiques que les avocats.
Je n'ai donc jamais craint que la révolution se produisît dans les universités. Mais, d'autre part, il me paraît certain qu'il s'y formera toute une génération de révolutionnaires, si l'on ne parvient à enrayer le mal. J'espère qu'on fera disparaître les symptômes les plus alarmants de la maladie qui ronge les universités. Ce qui contribuera à hâter cet heureux résultat, ce seront peut-être moins les mesures prises par le Gouvernement que la lassitude des étudiants eux-mêmes, l'intimidation des professeurs et la direction nouvelle que les études prendront tout naturellement. Toutefois ce sentiment n'arrêtera pas ma marche; je continuerai d'agir de haut en bas, et
ASSASSINAI Dr. KOl/KniT, (IKl!»). iîOl
It's iiH'siiK's (|iii iiH" |);ii;iiss;iirii( les seules |)Ossil)lcs pour réussir eu cela sont «li'jà prises.
Ou:ui(l nous serons ensemble, je pourrai vous donner sur la ncirelie de r;iHaire l»ien (l(,'s rensei{jneinenls propres à vous tranipiilliser. Il m'c^l iinp()s>ilil<' de vous les conimunirpicr de loin sans ni'enjjajjer dans une ("orrespondance rpii n'en (inirait pas, et , niénie >i j(> pf)uvais vous les Iransnicllrc par ('ciil , ils seraient (orei'nicnt suj)erficiels au dernier point et tres-inconiplels.
Le plus {;ranfl mal, le mal qu'il est le plus urjjent de eoniliatlre aujourd'hui , c'est la presse. Je compte soumettre au Con(][rès de Carlsbad des mesures relatives à cette question; je vous en fais j)art d'autant plus volontiers, que je désire que vous me disiez franclicment votre opinion sur les idées qui servent de point de départ à mes propositions, et que vous vousmettiez en mesure de me seconder activement à Carlsbad ; il faut que l'affaire^ s'y en.j^agc immédiatement, pour que nous arrivions à une prompte solution.
Voici , en peu de mots, ce que je propose : Toutes les Cours d'Allemagne devront s'entendre au sujet des mesures qu'il leur paraîtra nécessaire de prendre pour assurer le maintien du repos public ; elles le feront conformément au principe de l'appui réciproque, qui est la base de la Confédération {jermaniquc
Elles prendront pour point de départ l'idée fondamentale sur laquelle repose la Confédération, savoir, c^ue. V Allemagne se compose d'Etats souvei'ains qui se sont promis aide et assistance mutuelle, et qui, tout en étant distincts les uns des autres au point de vue administratif, forment, à l'égard de l'étranger, une puissance unique et compacte.
Le repos intérieur de la Confédération peut être compromis et même troublé par les empiétements matériels de l'un des Etats allemands sur les droits souverains de l'autre. Mais il peut l'être aussi par Yinjluence morale exercée par un Gouvernement sur d'autres, ou bien par les intrigues d'un. parti quelconque. Si ce parti est soutenu par un Etat allemand, ou même s'il n'est que protégé par lui; si, grâce à cette protec-
264 HECUEIL DE DOCUMENTS (1818-1822).
tion , il trouve dans l'Etat voisin un point d'appui pour agii contre d'autres Etats, le repos intérieur de la Confédération est menacé, et le Souverain qui autorise le désordre dans son pays se rend coupable de félonie envers la Confédération tout entière.
Tous les Gouvernements d'Allema^^ne ont acquis la conviction que la presse est aujourd'hui l'instrument d'un parti qui mine tous les Gouvernements établis. La nationalitd commune à toute l'AlIemafjne fait qu'il n'est pas au pouvoir d'un Etat en particulier de préserver ses frontières de 1 invasion du mal. Si cela est vrai de tel ou tel Gouvernement particulier, cela ne l'est pas moins de tous les Gouvernements de l'Allemaffne, dès qu'un seul Etat allemand, fût-il le plus petit de lous, voudrait décliner toute participation à l'adoption de mesures communes prises dans le but de maintenir le repos (général.
La Confédération a le droit d'exiger de chacun de ses membres qu'il s'acquitte des devpirs communs. Dans le cas où il ne serait pas disposé à le faire, la Confédération a le droit de l'y forcer.
Du reste , il résulte de la nature même des institutions fédérales que tout ce qui est possible dans les différents Etats souverains de VEurope ne peut pas toujours être admis dans les États souverains de la Confédération germanique.
C'est ainsi que la France et l'Angleterre , par exemple , peuvent certainement accorder toute liberté à la presse et même poser en principe que cette liberté forme une condition sine qua non du vrai système représentatif.
En France et en Angleterre, on peut faire des lois qui restreignent l'abus de la liberté de la presse au point de vue de la constitution de ces deux Etats.
Je doute cependant que l'un ou l'autre de ces deux Etats admît comme une des conditions fondamentales de la liberté de la presse la faculté de publierions les ouvrages qui, dans l'un ou dans l'autre Etat, seraient fal)riqué> systématiquement par un parti hostile à la constitution, dans le but de saper les institutions de l'État voisin , et qui, à force d'être répandus,
ASSASSINAT nr. KoT/r.ni'r, (isr»). 205
iniiotit. jiis(|M'à j)r<)V()(nicr imc insiii rcclinn. Dans ce ras, le (îoiivcnu'iiuMil :in{jl;iis ii<* inaiu|ii('i-.'iil pas «le se plaindr»* au ( loiivcnu'incnt IVanrais (cl vicr versa) <\r la laliliidc laissée ;^ des a;;ilal(Miis l'irain/crs de cniispiicr coiilrc un Istat ami. Si \c (îoiivciiuMunit iii(-i'iinin(- ne (ai>ail |»as droit à ers jiisics reclainatiinis , \c ( rouvcini'niciil |)la!.';iiaiil aurait le droit al»>olu de lui déclarer la {[ucrrc el de se l'aire juilicc luinuMue,ou(lu moins de suspendre toutes relations entre les deux Etats.
Ces moyens de défense fondés sur le droit des gens ne sauraient être employés en Alleniajjne. Les délits qui peuvent done, qui doivent même donner lieu à des tncsures de répression, quand il s'agit de puissances européennes, il faut que des lois préventives les empêchent dans la Confédération germanique.
Ces idées ne sont pas inspirées par l'obscurantisme ; aussi sont-elles inattaquables sous ce rapport. Du reste , les agitateurs eux-mêmes jugent ainsi la situation, et ils n'essayeront pas de réfuter ma thèse. Sans doute ils peuvent crier partout qu'un pareil état de choses est un grand mal pour VAllemarjne et manifester le désir de le voir cesser par l'emploi de l'unique moyen que je connaisse : la réunion de l'Allemagne en un corps unique et compacte. Aussi bien ce vœu forme-t-il déjà la base de l'association des révolutionnaires allemands pratiques.
Toutefois , comme ce vœu ne pourrait se réaliser qu'à la condition de créer une seule Monarchie allemande ou une seule République allemande , il est à supposer qu'il ne se trouvera pas un (Touvernement allemand qui , par esprit germanique , consente à se laisser mettre à la porte. Or , pour assurer la mise en pratique de cette idée , un pareil sacrifice serait absolument nécessaire.
Les moyens d'arriver au but me semblent être les suivants :
1° On fera une différence l)ien nette entre les livres formant de vrais ouvrages et les écrits périodiques, brochures, etc.
Ce qui caractérise les premiers, c'est la nature scientifique de la matière traitée et, lorsque celle-ci ne peut être constatée, le nombre des feuilles. Ainsi, par exemple, j'admets très-bien
qu'une dissertation trigonomélrique se compose de trois à quaire feuilles et soit comptée parmi les vrais ouvragées, tandis qu'une ■publication politique devrait avoir au moins vingt-cinq feuilles pour méi'iter cette qualification.
Les seconds sont caractérisés surtout par la périodicité et par la nature politique ou morale des matières traitées.
2" A chaque État allemand sera réservé le droit de décider s'il veut introduire ou garder une censure ou des lois répressives pour toutes œuvres intellectuelles qui paraîtront en deçà de ses frontières.
Dans le deuxième cas, il faudra que la loi s'étende à toute la Confédération, qu'elle soit unique, c'est-à-dire que chaque État qui reconnaîtra la liberté de la presse en deçà de ses frontières sera obligé d'adopter cette loi, qui sera rédigée par la Confédération comme valable et exécutoire pour tous les États qui se trouveront dans le même cas.
3'' Tous les écrits périodiques, brochures, etc., etc., seront soumis à la censure en Allemagne.
4^ Dans les pays où la liberté de la presse existe pour les vrais ouvrages, il faudra que le Gouvernement fasse soutenir par son procureur fiscal ioni procès qu'un autre (jouvernement allemand intenterait par voie diplomatique contre les auteurs ou les éditeurs. Ce procès sera donc entamé et conduit au nom du Gouvernement auquel ressortissent les personnes poursuivies, et l'objet de la plainte sera considéré et traité par lui comme un objet le concernant lui-même.
De même, chaque Gouvernement est responsable pour t autorité qui, chez elle, est chargée de la censure. Toute plainte dirigée contre un censeur sera considérée comme une plainte élevée par un Gouvernement contre un autre.
5" Les prescriptions habituelles, telles que l'obligation d'imprimer en tête de chaque ouvrage le nom de l'auteur ou au moins le nom du lieu de l'impression et de l'éditeur, devront être observées partout.
Aucun imprimé, s'il ne remplit ces conditions, ne pourra, en Allemagne, être mis en circulation parla librairie. Tout écrit anonyme sera confisqué sur le territoire de la Confédération.
ASSASSINAT 1)1. KOTZF.in'F. (l«|î)). 261
Voilà qucllfs sont me» idt'cs principaltîs sur cetlc mallcre ; j'ai poiiic à croire (luOn puisse élever eoutre elles une ohjee- (ioii sérieuse. Je re{;relle, il est vrai, de ne pouvoii- a|)plirpurr II' pi'iiH'ipe <le la i-ensiire à tous les écrits sans (;xc('i)linn ; ruais je suis eonvaincu (|uc si Ton voulait souniellre à la censure même les vrais ouvrages, celle mesure rencontrerait une vive opposition dans Ix'inuonp <rKtalsderAIlGma{jne, Quoi (pTll en soit, on aura paré au plus pressé si l'on ado])le résolument ma proposition, et je ne doute pas qu'elle ne soit l)ien accueillie par les principaux grands Etats. Les Élats allemands les plus considérahles, tels rpie la Prusse et la Bavière, la 8axe et le Hanovre, même le Grand-Duché de Bade, n'auront pas à faire un pas en arrière en ce qui concerne le principe; car ils ont tous encore, ou l)ien la censure générale, ou au moins la censure des journaux. En Bavière, cette dernière est même admise par la constitution; le Gouvernement de ce pays est donc plus coupable que tout autre par suite de son inconcevable tolérance.
P. S. Je vous prie d'être indulgent si dans ma lettre, vous trouvez quelques expressions trop crues. Je suis trèsoccupé; je désire donc qu'en lisant, et surtout en jugeant mes idées sur la loi relative à la liberté de la presse, vous vous attachiez plus à l'esprit qu'à la lettre. Du reste, je soumets l'un et l'autre à vos lumières et à votre conscience.
Gentz à Metternicli. Vienne, le 1" juillet 1819. (Réponse au n° 349.)
350. Votre Altesse se figurera sans peine l'impression que sa lettre de Perugia a faite sur moi. Mon courage s'élève, et tous les sombres soucis semblent s'envoler quand je vois, dans un moment aussi critique, le seul homme en Allemagne qui puisse encore exercer une action fi-anche et décisive placé à une telle hauteur , non-seulement par la pureté de ses principes et de ses sentiments , mais encore par l'énergie de sa résolution.
268 ItECUElL DE DOCUMENTS (1818-1822),
J'ai étudié avec la plus grande attention les bases que Votre Allcssc propose pour la décision à prendre relativement à la reslriction de la liber! c de la presse en AUemaj^ne. Si votre motion passe, on aura foit absurément un grand pas. Je n'attacbc pas une importance extrême à la censure des ouvrages d'une certaine étendue; je serai trop beureux si tous les Gouvernements allemands acceptent la censure des journaux , à propos de laquelle pourtant je proposerais encore différentes modifications ou plutôt qut-lques mesures supplémentaires sans lesquelles la censure elle-même dégénère en vaine comédie.
En ce qui touche la censure des journaux, je m'attends à une vive résistance de la part du Wurtemberg, à Weimar et ailleurs. On peut se demander si Ton n'ira pas jusqu'à soulever la .o^rosse question du droit qu'a la majorité de décréter une semblable mesure. En attendant, je compte fermement sui" les démarches préliminaires que Votre Altesse a déjà faites, et particulièrement sur l'autorité souveraine qu'auront vos paroles, dès que vous vous prononcerez d'une manière nette et énergique.
Pour entrer dans le vif de l'affaire, je tâcherai de formuler aussi clairement et de classer aussi méthodiquement que possible les principes posés par Votre Altesse. J'aurai soin d'ajouter des notes explicatives quand il me semblera utile d'en mettre. En un mot, quand je viendrai à Carlsbad^ j^P" porterai à Votre Altesse un travail complet sur la question. Il sera entièrement basé sur vos vues. Peut-être ccUe étude pourra-t-elle servir de guide lors des discussions verbales ; vous prendrez ou rejetterez ce qui vous semblera utile ou non...
Où cette lettre vous trouvera-t-elle? Il m'est absolument impossible de le prévoir. Je suis presque tenté de croire qu'elle vous rencontrera déjà en Allemagne; je compte bien que vous me ferez parvenir encore quelques indications avant votre arrivée à Carisbad. Dans tous les cas, je partirai d'ici le 15 ; car, comme je mettrai toujours, selon la manière habituelle, cinq à six jours à faire le voyage, je n'arriverai pas à destination
KN i iii.vi I, ni, M i: I ri.iiMcii i: r di iioi a ri.pF.n z (isi'i). '.><;!•
;iv;iiil le ~0. M;ii-., (r;iillriiis , je n'aKciifU j)a> NOln; Allc^se ;iv;m( <(' (t'iinc.
y iV. .l\i|)|)r(Mi(ls avec un |»I;ii\ii- infini ^1x0 Votre Allosse jouit (Inné s;inff cxccllcnlc cl (jirdle c>t trinic Innncnr niirtaito. llarcMncnt, sans donto, une lionne provision de l'une et de l'aude a é(é |)lns néccsNaire (|u'eM ce nioinenl; llieure aciuelle exifje Tcmploi de lonles les forces donl on peut disposer, car il ne s'agit de rien moins que de j)révenir la dissolution iinuunente et dans certains cas inévitaMe de tout le corps politique allemand , par conséquent une des plus f(jrmidables révolutions européennes. Pendant les quatre dernières semaines, les symptômes sont devenus plus alarmants de jour en jour; aussi je crains fort que nous ne soyons obligés de recourir à des moyens héroïques, même à certaines amputations, pour réussir à sauver les pai'lies qui ne sont pas encore attaquées.
Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer, quand, ce matin, un honnête négociant m'a dit que jusqu'à présent il avait toujours cru qu'on attachait trop d'importance à ce qui se passe en Allemagne , ?)iais quoujourd'Inii il ne lui restait plus aucun doute sur la grandeur et sur l'imminence du danger.
Durate, et rébus %)Osmet servate secundis : tel est le vœu que j'adresse tous les jours au Ciel à 1 intention de Votre Altesse.