‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 58 sur 74 · PROFESSION DE FOI · texte numérisé non relu

PROFESSION DE FOI

Mémoire adressé par Metternich à l'Empereur Alexandre. (Annexe du n" 487.)

1 488. « Ti'Europe, a dit naguère un écrivain célèbre, fait î aujourd'hui pitié à l'homme d'esprit et horreur à l'homme ' vertueux. «

Il seiait difficile de renfermer en moins de paroles un

l'HOI T.SSION Dr. FOI IMM.nUM I. I)i; MI/riKItMCH (IH-2(t). /,27

(;il)l(';iii |)liis cMicl (le l;i sil Million (hiiis l<- nionicnl m'i nous lra(;()ns los prësoiilcs li{jiu;.s!

IjCS Ilois (M» sont à calculer les chances de leur existence dans un prochain avenir; les passions sont dcchainées et se liguent pcMir le rcnveisement de tout ce que la société a respecté comme hase de son existence : relijjion, morale puhlirpie , lois, usages, droits et devoirs, tout est attaqué, confondu, renversé ou mis en doute. La grande masse du peuple est spectatrice tran<juiilo de tant d'attaques, de hoideversements et d'un manque aussi ahsolu de défense. Une partie erre dans le va" uc, tandis que les vœux de l'immense majorité sont en faveur du maintien d'un repos qui déjà n'existe plus, et dont les premiers éléments mêmes semhlent perdus.

Quelle est la source de tant de maux? Quelles sont les voies

])ar lesquelles ce mal est parvenu à s'établir, et par lesquelles

il continue à pénétrer dans toutes les veines du corps social?

Exlste-t-ll encore des lemèdes pour arrêter les progrès du

mal, et quels peuvent-ils être?

Telles sont sans doute les questions les plus dignes de la sollicitude de tout homme de bien, ami véritable de l'ordre et du repos public, de ces deux éléments inséparables dans leur principe, et qui forment à la fois les premiers besoins comme les premiers biens de l'humanité.

Le monde 41'auralt-il peut-être offert jusqu'à ce jour aucune l'wi/iVw/î'on qui fût véritablement digne de ce nom? La vérité serait-elle restée confondue avec l'erreur, depuis que les sociétés ont cru pouvoir distinguer l'une de l'autre? Les expériences achetées au prix de tant de sacrifices et réitérées à des époques et dans des lieux si différents seraient-elles toutes erronées? Un torrent de lumière se seralt-il répandu tout d'un coup sur la société? La science seralt-e]le devenue une Inspiration? Si l'on pouvait croire à des phénomènes pareils, il ne serait pas moins nécessaire de s'assurer avant tout de la réalité du fait. Ulen en toutes choses n'est aussi funeste que l'erreur, et il n'est ni dans notre volonté ni dans nos intentions de jamais nous y abandonner. Examinons.

Sources du mal.

La nature de l'homme est immuable. Les premiers besoins de la société sont et restent les mêmes, et les différences qu'ils offrent à la méditation trouvent leur explication dans la diversité des influencesiq u'exercent sur les races des causes natu- f relies, telles que la diversité du climat, la stérilité ou la richesse du sol, la position insulaire ou continentale, etc., etc. Ces différences locales produisent sans doute des effets qui s'étendent bien au delà des nécessités purement physiques ; ils créent et déterminent des besoins particuliers dans une sphère plus élevée; ils finissent par fixer les législations, et leur influence, même sur les religions, ne saurait être contestée.

Il en est, d'un autre côté, des institutions comme de toute chose. Vagues dans leur origine, elles passent par des périodes de développement et de perfectionnement, pour arriver au terme de leur décadence, et, se conformant aux lois de la nature de l'homme, elles ont ainsi que lui leur enfance, leur jeunesse, leur âge de force et de raison, et leur âge de caducité.

Deux éléments restent seuls dans toute leur f«rce, et ne cessent jamais d'exercer avec un égal pouvoir leur influence indestructible. Ce sont les préceptes de la morale, tant religieuse que sociale, et les besoins créés par les localités. Dès que les hommes tendent à s'écarter de ces bases, à devenir rebelles à ces arbitres souverains de leurs destinées, la société éprouve un malaise qui tôt ou tard amènera un état de convulsion. L'histoire de chaque pays offre des pages ensanglantées par le récit des suites de pareilles erreurs; mais nous osons l'avancer sans crainte d'être contredits, on chercherait en vain une époque où un mal de cette nature ait étendu ses ravages sur un champ aussi vaste qu'il le fait dans l'ère actuelle. Les •causes en sont naturelles.

L'histoire n'embrasse qu'un laps de temps très-restreint.

Elle ne commence à mériter ce nom que longtemps après la

pnorissKJN ni; foi poi.niQir, de mi i rriiNini (i«20). aiq

cluitc (les ;;riMMl> Miiipircs, Là où elle .semble nous eondiilro au hereeuu de la eivilisaliou, elle nou» conduit à des ruiiurs.

Nous voyons des répul>Ii(|iies nailrc et se former, se, coml)a((rt;, puis subir la loi d'un ^(^ldat lieurenx.

Nous voyons Tune de ces rt;pul)Ii(|nes passer par fontes les phases eoinmunes à la société, et linir par une NTonan'lii(; à peu pris iMiivcrselie, c'e>l-à-diic sul)ju{jucr les parties éparses du monde alors civilisé.

Nous vovons cette Monarcliie subir le soit de tout corps p(ilili(pie; nous voyons ses premiers ressorts s'affaiblir et s'anéanlir.

Des siècles de ténèbres ont suivi l'irruption des Barbares. Le monde cependant ne pouvait plus retourner à la barbarie. La relifjion chrétienne avait apparu; impérissable de son essence, il sullisait de sa seule existence pour dissiper les ténèbres et pour rasseoir la civilisation sur des bases nouvelles, applicables à tous les temps et à tous les lieux, satisfaisant à tous les besoins et assurant les premiers de tous sur les bases d'une loi pure et éternelle!

A la formation de nouveaux États chrétiens succédèrent les croisades, assemblage bizarre de bien et de mal.

Trois découvertes ne tardèrent pas à exercer une influence décisive sur le sort de la civilisation : l'invention de l'imprimerie , celle de la poudre , et la découverte du nouveau monde.

Ce ne fut que plus tard que survint la Réformation, autre événement qui eut des effets incalculables, à cause de son influence sur le monde moral. La face du monde était dès lors changée.

Ce que la communication des pensées facilitée par l'imprimerie; le changement total dans les moyens d'attaque et de défense opéré par l'invention de la poudre ; le revirement produit soudainement dans l'essence foncière des propriétés par la masse de métaux que la découverte de l'Amérique mettait en circulation; l'esprit d'aventure provoqué par les chances de fortune ouvertes dans un nouvel hémisphère; ce que tant et de si importants changements avaient apporté de modifica-

tions dans les rapports de la société, prit encore plus de développement et fut en quelque sorte couronné par la révolution que la Réformation opéra dans le monde moral.

Aussi la marche de Tesprit humain fut-elle d'une rapidité extrême dans le cours des trois derniers siècles. Cette marche ayant été accélérée dans une progression plus rapide que n'avait pu l'être l'action de la sagesse, seul contre-poids aux passions et à l'erreur, une révolution préparée par les faux systèmes, par les funestes erreurs dans lesquelles plusieurs des Souverains les plus illustres de la dernière moitié du dixhuitième siècle étaient tombés, a éclaté enfin dans l'un des pays les plus avancés en lumières, les plus énervés par les jouissances, dans un pays habité par le peuple qu'on peut regarder comme le plus frivole, vu la facilité qu'il a à comprendre et la difficulté qu'il éprouve déjuger avec calme.

Après avoir jeté un coup d'œil rapide sur les causes premières de l'état actuel de la société, il importe d'indiquer d'une manière plus particulière la nature du mal qui menace de la déshériter d'un seul coup d'une somme très-réelle de biens, fruits d'une civilisation véritable, et de la troubler au milieu de ses jouissances. Nous trouvons ce mal tout défini dans un seul mot : la présomption, effet naturel d'une marche aussi rapide de l'esprit humain vers le perfectionnement de tant de choses.

C'est elle qui aujourd'hui entraîne tant d'individus dans les voies de l'erreur, car elle est devenue un sentiment à peu près général.

Religion, morale, législation, économie, politique, administration, tout semble être devenu un bien commun et accessible à tous. La science paraît infuse; l'expérience n'a nulle valeur pour le présomptueux ; la foi pour lui n'est rien, il lui substitue une prétendue conviction individuelle et se dispense, pour arriver à cette conviction, de tout examen et de toute étude ; car ces moyens paraissent trop subalternes à un esprit qui se ci'oit assez fort pour embrasser d'un coup d'œil tout un ensemble de questions et de faits. Les lois n'ont pour lui aucune valeur parce qu'il n'a point contribué à leur confcc-

poFrssioN ni; koi ioi ri km f, nr, mkttf.!ini<:ii (is20\ am

lion, (•( (ju'il srrail an-drssons <l un lioiiinic de sa lrt;ni|)0 <lo roconnaitrc des bornes (racées par des jjénéralions brutes et ignorantes. Le y;o«j;o/V réside en lui-même; pourquoi se souniettrail-il î'i ce qui n'a pu avoir d'utilité que pour l'honinic privé de lumières et de savoir? (le (|ni, selon lui, a pu sullireà Tàrje i\c la dcbililc, ne saurait plus convenir à celui de la raison, de la vij;u('ur, au dcjjié de pci Irctionnemcnl univci-icl que les novateurs allemands dési{|iuMiL par l'idée ah.surdo en elle-même de Vc'niancipatiun des peuples! La >/<o?'rt/c' seule, il ne î'attatjue pas ouvertement, car sans elle il ne serait pas sûr nn seul instant de sa propre existence; mais il interprète son essence à sa guise, et permet à tout autre d'en faire autant, pourvu que cet autre ne le tue et ne le vole pas.

En traçant ainsi le caractère de l'homme présomptueux, nous croyons avoir tracé celui de la société composée aujourd'hui de pareils éléments, si la dénomination de société est applicable à un ordre de choses qui ne tend, en principe, qu'à individualise}' tous les éléments qui composent la société et à faire de chaque homme le chef de son propre dogme, l'arbitre des lois d'après lesquelles il peut trouver bon de se gouverner ou de permettre qu'on le gouverne, lui et ses voisins, le seul juge enfin de sa croyance, de ses actions et des principes d'après lesquels il entend les régler.

Faut-il une preuve de cette dernière vérité? Nous croyons la fournir en faisant remarquer que l'un des sentiments les plus naturels à l'homme, celui de la nationalité, est lui-même rayé du catéchisme libéral, et que là où le mot est encore employé, il ne sert aux coryphées du parti que de prétexte pour enchaîner les Gouvernements ou d'un levier pour favoriser les bouleversements. Le but véritable des idéalistes du parti, c'est la fusion religieuse et politique, et, en dernière analyse, il n'est autre que de créer en faveur de chaque individu une existence entièrement indépendante de toute autorité et de toute autre volonté que la sienne propre, idée absurde et contraire à l'essence de l'homme, et incompatible avec les besoins de la société humaine.

Voies que h mal a suivies et qu'il suit encore.

Les causes par lesquelles le mal qui pèse sur la société a acquis une intensité aussi déplorable nous paraissent être de deux genres.

Il en est de tellement liées à la nature des choses, que nulle prévoyance humaine n'eût été à même de les prévenir.

Il en est d'autres qui doivent être elles-mêmes subdivisées en deux classes, quelque semblables qu'elles puissent paraître dans leurs effets.

De ces causes, les unes sont négatives, les autres positives. Nous mettons au nombre des premières la faiblesse et l'inertie des Gouvernements.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur la marche que les Gouvernements ont suivie dans le cours du dix-huitième siècle, pour être convaincu qu'aucun d'entre eux ne s'est douté de la maladie ni des crises vers lesquelles marchait le corps social.

Il en a été autrement de quelques hommes doués malheureusement de grands talents, qui ont senti leur propre force , qui n'ont pas tardé à apprécier la marche progressive de leur influence , à se rendre compte de la faiblesse ou de l'inertie de leurs adversaires , et qui ont eu l'art de préparer et de conduire les esprits au triomphe de leur détestable entreprise, entreprise d'autant plus odieuse qu'ils l'ont poursuivie sans souci des résultats qu'ils amèneraient, et s'abandonnant au seul sentiment de leur haine de Dieu et de ses lois morales immuables!

C'est la France qui a eu le malheur de renfermer le plus grand nombi'e de ces hommes. C'est dans son sein que la religion et tout ce qu'elle a de plus sacré, que la morale et le pouvoir et tout ce qu'ils ont de tutélaire, ont été attaqués par eux avec une suite et un acharnement systématiques, et c'est là que l'arme du ridicule a dû agir avec le plus de facilité et de succès.

Traînez dans la fange le nom de Dieu et les pouvoirs insti-

piioi'i.ssioN 1)1. loi poiiiKM I. DK Min ir.iiMcii (1X20). i^^

tiK's par >cs (Ii'cicts divins, cl la r('-\ oliilioii sera |»ri'jiarée! Parlez d'un eoniral social, el la révohilioii est faite;! (Tj'st dans le palais des Hois, dans les salons et dans les ]>ou(luirs i\r (nicl(|iies villes que la révolution était àé']h aclievéo, tandis ipTclle ne taisait (Mjcoie (jue se |)réparcr «laiis la masse; du jUMipIe.

Il serait difficile de ne pas s'arrêter ici à l'influence que l'exomple de rAnfjIctcrre avait exercée depuis longtemps sur la l'"iance, de cette An{];leterre placée dans une situation tellement paiticuliere, que nous croyons pouvoir affiimer hardiment (]u'aucune des formes possibles à cet Etat , qu'aucune de ses habitudes, de ses institutions, ne convient à aucun Ktat continental , et que là où on voudra les prendre pour modèles, on n'obtiendra que des inconvénients et des dangers, sans s'assurer un seul des avantages qui les accompagnent.

D'après la disposition des esprits en France, à l'époque de la convocation des notables, et par suite de la direction que l'opinion publique avait reçue depuis plus de cinquante ans, direction qui, dans les derniers temps, avait été renforcée et en quelque sorte appropriée à la France par l'imprudent secours que son Gouvernement venait de prêter à la révolution américaine, toute réforme en France touchant aux bases mêmes de la Monarchie a dû se transformer bientôt en révolution. Ce qui était à prévoir et ce qui avait été pressenti généralement par tout Je monde, le Gouvernement seul excepté, ne se réalisa que trop tôt. La Révolution française éclata, et elle a parcouru un cycle révolutionnaire complet dans une période bien courte et qui n'a dû paraître longue qu'à ses victimes et à ses contemporains.

Les scènes d'horreur qui accompagnèrent les premières phases de la Révolution française empêchèrent la propagation rapide de ses principes subversifs hors des frontières de la France, et les guerres de conquête qui leur succédèrent donnèrent à l'esprit public à l'étranger une direction peu favorable aux progrès du principe révolutionnaire. C'est ainsi que la propagande jacobine échoua dans ses premières espérances criminelles.

Le germe révolutionnaire cependant avait pénétré dans tous les pays et s'y était plus ou moins répandu. Il se développa davantage sous le régime du despotisme militaire de Bonaparte.

Ses conquêtes déplacèrent une foule de légitimités, d'institutions et d'usages, brisant ces liens sacrés pour tout peuple, et qui résistent au temps, plus même que certains bienfaits qu'imposent parfois les novateurs. De ces perturbations il résulta que l'esprit révolutionnaire put, en Allemagne, en Italie, et plus tard en Espagne , se couvrir facilement du voile de l'amour sincère de la patrie.

La Prusse commit une faute grave en appelant à son secours des armes aussi dangereuses que le seront toujours des associations secrètes ; faute qui ne saurait même être justifiée par la situation déplorable dans laquelle cette puissance se trouvait alors. C'est elle qui la première donna une forte impulsion à l'esprit révolutionnaire dans ses Etats, et cet esprit fit des progrés rapides, soutenu comme il l'était dans le reste de l'Allemagne par le développement que depuis l'année 1806 on y voyait prendre à un système de despotisme étranger. Plusieurs Princes de la Confédération rhénane se firent en particulier les auxiliaires et les complices de ce système, auquel ils sacrifièrent les institutions qui dans leurs pays, et de temps immémorial, servaient de sauvegarde contre l'arbitraire et la démocratie .

La guerre de l'Alliance, en mettant des bornes à la prépondérance de la France, fut vivement soutenue en Allemagne par les hommes mêmes dont la haine contre la France n'était, en réalité, que la haine contre le despotisme militaire de Bonaparte et aussi contre le pouvoir légitime de leurs propres maîtres.

Avec de la sagesse dans les Gouvernements et de la fixité dans les principes, la fin de la guerre en 1814 eût pu néanmoins assurer au monde l'avenir le plus tranquille et le plus heureux. De grandes expériences avaient été faites , et de grandes leçons pouvaient servir à d'utiles applications. Mais le sort en avait décidé autrement.

Le retour de l'usurpateur en France, et la marche complé-

rrioKi.ssioN i>r, foi loi.n kjh i: dk mi;i iiitMcii (is-jo). 4:55

lernoiil «'iioiu-c du ( ItmvciiMMncnt (rniH'ais de J8I5 à 1820, accuiniilèi'Oiil mit' ^oniiiic de iioiivciiiix dun{j(M's et d'immtMises ralariiilés pour la civilisaiion cutièro. (".'csL au picniicM" do ces innilieui's qu'est dû eu partie l'état critique dans lequel .se trouvent placés la France et le corps social tout entier. IJonaparte anéantit, en cent jours, l'ouvrage .des rjuatorze années j)endant lesquelles il avait exercé le jiouvoir. Il déchaîna la révolution qu'il était parvenu à com|)rim('r en l''raiice; il ramena les esprits non à réj)oque du 18 hruinaire, mais aux principes que l'AssemMée constituante avait adoptés dans son aveu{;lement déj)IorabIe.

Ce que Bonaparte avait fait ainsi au détriment de la France cl de l'Europe, les fautes graves que commit plus tard le Gouvernement français et auxquelles s'abandonnèrent de leurcôlé d'autres Gouvernements, toutes ces influences funestes pèsent aujourd'hui sur le monde ; elles menacent d'une ruine totale l'œuvre de la restauration, fruit de tant d'efforts glorieux et d'une union entre les premiers Monarques sans exemple dans les fastes de l'histoire, et font craindre pour la société des catastrophes incalculables.

Nous n'avons point touché encore, dans le présent Mémoire, à l'un des instruments à la fois les plus actit^ et les plus dangereux dont se servent les révolutionnaires de tous les pavs, avec un succès qui aujourd'hui n'est plus contestable. Ce sont les sociétés secrètes, puissance véritable, et d'autant plus dangereuse qu'elle agit dans les ténèbres, qu'elle mine toutes les parties du corps social, et dépose partout les germes d'une gangrène morale qui ne tardera pas à se développer et à porter ses fruits. Ce fléau est un des plus réels que les Gouvernements amis du repos et de leurs peuples puissent surveiller et combattre .

Exùte-t'il encore des remèdes contre le mal et quels peuvent-ils être?

Nous regardons comme un principe qu'à tout mal il y a un remède, et que la connaissance de la nature véritable de l'un

doit conduire à la découverte de l'autre . Peu d'hommes touteibis s'arrêtent à l'examen approfondi du mal qu'ils se proposent de combattre. Il n'en est guère qui ne soient soumis à l'influence des passions ou tenus sous le joug des préjugés; il en est un grand nombre qui pèchent par un côté plus périlleux encore, à cause de 5es dehors flatteurs et souvent brillants; nous entendons parler de V esprit de système; cet esprit constamment faux, mais infatigable, audacieux, incapable de se rebuter, est satisfaisant pour les hommes qui en sont imbus ( car ils habitent et gouvernent un monde créé par euxmêmes) , mais il est d'aulant plus dangereux pour les habitants du monde réel, si différent de celui que crée l'esprit de système.

Il est une autre classe d'hommes qui, ne saisissant d'un mal que la forme extérieure, en confondent les manifestations accessoires avec l'objet principal, et qui, au lieu de diriger leurs efforts vers la source du mal, se contentent d'en combattre quelques symptômes passagers.

Il est de notre devoir de tâcher d'éviter l'un et l'autre de ces écueils.

Le mal existe, et ce mal est immense. Nous ne croyons pouvoir le définir mieux, dans sa cause primitive et perpétuellement agissante en tout temps et en tout lieu, que nous ne l'avons fait en nous servant du mot de pi'ésomptiofi, cette compagne inséparable du demi-savoir, ce mobile d'une ambition démesurée et facile à satisfaire dans des temps de troubles et de bouleversements.

Ce sont principalement les classes moyennes de la société que cette gangrène morale a gagnées, et ce n'est que chez elles que se trouvent les véritables coryphées du parti.

La i"rande masse du peuple ne lui offre point de prise et ne saurait lui en offrir. Les travaux auxquels cette classe — le véritable peuple — est obligée de se vouer sont trop continus et trop positifs pour qu'elle puisse se jeter dans le vague des abstractions et de l'ambition. Le peuple sait que ce qu'il y a de plus heureux pour lui, c'est de pouvoir compter sur le lendemain , car ce n'est que le lendemain qui lui paye les

prioiM-.ssioN nr. loi l'oi.niQii: uv. Mr.TTi.itMcii (I820). 43"

pcines et les soins do la veille. Les lois qui assurent une juste protection au premiei- fies l)iens, à la sécuritd des individus el «les i'aniilles, et à celle des propriétés, sont simples de leur essence. Le peuple rcfloute \c. mouvement, cpii nuit à l'industrie et «Mitralne cou>lammcnt à sa suite des char^jes nouvelle-, pour lui.

Les hommes des classes élevées de la société qui se jettent dans la cairière des révolutions sont, ou de faux ambitieux, ou des esprits pervers et perdus, dans Tacccption la plus étendue du mot. Aussi leur carrière est-elle ordinairement courte. Ils sont les premières victimes des réformes politiques, et le rôle du petit nombre d'entre eux qui survit est ordinairement celui de courtisans méprisés par leurs inférieurs, parvenus aux premières dignités de l'Etat.

La France, rAllemaj^ne, l'Italie et l'Espagne offrent aujonrd'iiui une foule d'exemples vivants de ce que nous venons d'avancer.

Nous ne croyons pas que <le nouveaux bouleversements dans un but directement révolutionnaire, autre par cela même que des révolutions de palais et dans les régions les plus hautes du gouvernement, soient à craindre aujourd'hui en France, attendu l'aversion profonde du peuple pour tout ce qui pourrait troubler le calme dont il jouit après tant de souffrances et de désastres.

En Allemagne, comme en Espagne et en Italie, les peuples ne demandent que paix et repos.

Dans ces quatre pays, les classes agitées sont celles des hommes d'argent, véritables cosmopolites, assurant leurs profits aux dépens de tout ordre de choses quelconque; les salariés de l'État, les hommes de lettres, les avocats, les individus préposés à l'éducation publique.

A ces classes intermédiaires se rattache encore celle des faux ambitieux, dont le nombre n'est jamais considérable dans les conditions inférieures, mais est plus considérable dans les rangs élevés de la société.

Il n'est, au surplus, guère d'époque qui n'offre un cri de ralliement particulier aux factions.

Ce cri, depuis Tannée 1815, est celui de Constitulion. Mais, que Ton ne s'y trompe pas, ce mot, susceptible d'une grande latitude d'interprétation, ne serait qu'imparfaitement compris si l'on supposait que les factions y attachent indistinctement le même sens sous des régimes différents. Aussi tel n'est point le cas.

Dans les Monarchies pures , il prend pour qualification celle de « repi'escntation nationale » . Dans les pays soumis depuis peu au régime représentatif, il se nomme développement et garantie des chartes et des lois fondamentales.

Dans le seul Etat qui possède une représentation nationale ancienne, il a pour objectif la réforme.

Partout il veut dire : changement et trouble.

Paraphrasé, il désigne dans les Monarchies pures : « Que le niveavi de l'égalité passe sur vos tètes; que vos fortunes passent en d'autres mains; que vos ambitions satisfaites depuis des siècles fassent place à nos ambitions impatientes et jusqu'ici refoulées. »

Dans les Etats soumis à un régime nouveau : « Que les ambitions satisfaites d'hier fassent place à celles du lendemain, et nous sommes au lendemain. »

En Angleterre enfin, seule placée dans la troisième classe, le cri de ralliement, — celui de la réforme, — combine les deux acceptions.

L'Europe se présente ainsi à l'observateur impartial sous un aspect à la fois déplorable et bizarre.

Nous découvrons partout des peuples ne formant que des vœux en faveur du maintien du repos et de la tranquillité, fidèles à Dieu et à leurs Princes , restant étrangers aux séductions et aux tentatives que ne cessent de renouveler les factieux qui se disent leurs amis, et qui veulent les porter à un mouvement dont les peuples ne veulent pas !

Des Gouvernements ayant perdu leur aplomb ; effi'ayés, intimidés, déroutés par les cris de cette classe intermédiaire de la société, placée entre les Rois et les peuples, brisant le sceptre de ceux-là et usurpant la voix de ceux-ci, — s'eniparant de toutes les avenues des trônes , — de cette classe si

PflOlF.SSION ni. FOI POMTIQt i: nr, METTEnNU.H (l«20). 430

souvciil (lésnvoinîc |»;ii les peuples lorsqu'elle s'avise de parler «Ml liMir nom, et ccpcndiml Iroj) dconfi'-c, (îiiossce ri <i;iiiite parcciix <|iii d im mol poniraiont la faire rentrer dans le n'aiit.

Nous voyons celte classe intermédiaire se livrer avec une fm<'iir avcu{;Ie, et avec un arliariiement qui prouv.- hieii (lavanla{je ses propres craintes qu'il ne décèle de conliiincc dans le succès de ses entreprises, à tons les moyens «jni lui semMent propres à assouvir la soif qu'elle a du pouvoir, s appliquer à persuader aux Rois que leurs droits se bornent à être assis sur un trône, tandis que celui de la caste est de {;onverner et d'attaquer tout ce que les siècles ont légué de sacré et de positif au respect des hommes; nier enfin la valeur du passé et se déclarer les maîtres de créer un avenir. Nous voyons cette classe se couvrir de tous les masques, s'unir et se subdiviser selon les besoins, s'entr'aider au jour du danger et se déchirer réciproquement le lendemain de toute nouvelle conquête. C'est elle qui s'est emparée de la presse, qui la dirige, qui ne l'emploie que pour prôner l'impiété, la désobéissance aux lois de la Religion et de l'Etat, et qui s'est oubliée jusqu'à prêcher le meurtre comme un devoir pour qui sait bien vouloir.

C'est l'un de ses coryphées en Allemagne qui donna pour définition de l'opinion publique : «La volonté de l'homme fort dans l'esprit du parti » , maxime qui n est que trop mise en pratique, et trop peu reconnue par les hommes qui ont à la fois le droit et le devoir de sauver la société de ses propres erreurs, de ses propres faiblesses, et des crimes que les factieux commettent en prétendant agir dans ses intérêts.

Le mal est clair ; les moyens dont la faction désorganisai rice se ^;ert sont tellement condamnables en principe, ils sont tellement criminels dans leur application, ils offrent même une somme de dangers telle pour la faction elle-même, que ce que les hommes à vue rétrécie et dont la tête et le cœur sont brisés par des circonstances plus fortes que leurs calculs et leur courage, regardent comme la fin de la société, peut devenir le premier pas vers un meilleur ordre de choses. Ces hommes faibles auront raison, à moins que des hommes plus forts

qu'eux ne se présentent, ne serrent leurs rangs et ne fixent la victoire.

Nous sommes convaincus que la société ne pourra plus être sauvée sans des déterminations fortes et vigoureuses de la part des Gouvernements libres encore de leur pensée et de leurs actions.

Nous le sommes de même qu'elle peut l'être encore, si ces Gouvernements se placent droit en face de la vérité, s'ils se dégagent des illusions, s'ils serrent leurs rangs et s'établissent sur une ligne de principes corrects, placés hors de toute ambiguïté , franchement soutenus et énoncés.

En se conduisant ainsi, les Monarques satisferont au premier des devoirs que leur a imposés Celui qui, en leur confiant le pouvoir, les a chargés de veiller au maintien de la justice, des droits de chacun et de tous, d'éviter les sentiers de l'erreur et de marcher fermement dans la voie de la vérité. Placés hors de la sphère des passions qui agitent la société, c'est dans les jours de crise qu'ils sont principalement appelés à dépouiller les réalités de leurs fausses apparences, et à se montrer ce qu'ils sont, des pères investis de toute l'autorité qui appartient de plein droit à des chefs de famille, à prouver que, dans les journées de deuil, ils savent être justes, sages et par cela même forts, et qu'ils n'abandonnent pas les peuples qu'ils ont le devoir de gouverner, au jeu des factions , à l'erreur et à ses suites, qui doivent fatalement entraîner la perte de la société. Le moment où nous consignons notre pensée dans ces feuilles est l'un de ces moments de crise; cette crise est forte; elle sera décisive selon le parti que l'on prendra ou que l'on ne prendra pas.

Il existe une règle de conduite commune aux individus et aux Etats, établie par l'expérience des siècles comme par celle de tous les jours ; cette règle porte : « que ce n'est pas au milieu de l'agitation des passions qu il faut songer à réformer ; la sagesse veut qu'en des moments pareils on se borne à ynaintenir » .

Que les Monarques adoptent vigoureusement ce principe, que toutes leurs résolutions en portent l'empreinte. Que leurs

PlUtlKSSION I>K FOI PDI.niOlIi; l)K MKT'I F.HNICH (IH'20). 441

actions, leurs iim'S(||-(*s cl iii(''iu(' leurs paroles iiiuiuiie(>iil cf. pnuiveiil au iiumde eelh; détermiiuilioti ; ils trouveront partout (les alli('s. Les < Jouveinemeiits , eu établissant le prineijx; «le la stdhi/ilt-, u Cxelueut aucunement le dévclopp(!n»ent de ce <pii est l)ieu, « ar la stabilité n'est pas l'immobilité. Mais c'est à ceux qui sont cbaifjt's de la lourde tàcbc du rjouvoriu^mcirt à au{jinen(er le bien-être des peuples! C'est aux Gouvernements à en réfjler la mesure selon les besoins et les temps. Ce n'est pas par des concessions, que les factions entendent imposer au pouvoir lé{][itime, et qu'elles n'ont ni le droit de réclamer ni la l'acuité de contenir dans de justes bornes, que de sa{jes réformes peuvent être atteintes! Que tout le bien possible se fasse, tel est notre vœu le plus ardent; mais que ce qui n'est pas le bien ne soit point confondu avec ce qui I est, et que le bien réel même ne se fasse que par ceux qui réunissent au droit l'autorité et les moyens de l'opérer. Tel doit être aussi le vœu sincère des peuples, qui n'ont que trop appris à leurs dépens à apprécier la valeur de certaines phrases et la nature de certaines caresses.

Respect pour tout ce qui existe ; liberté à tout Gouvernement de veiller au bien-être de son propre peuple ; ligue entre tous les Gouvernements contre les factions dans tous les Etats; mépris pour les mots vides de sens, qui sont devenus Je cri de ralliement des factieux; respect pour le développement progressif des institutions dans les voies légales ; refus de la part de tout Monarque de porter aide ou secours aux hommes de parti couverts d'un masque quelconque : telles sont heureusement les pensées des grands Monarques; le monde pourra être sauvé s'ils les mettent en action , il est perdu s'ils ne le font pas.

L'union entre les Monarques est la base fondamentale de la politique à suivre pour sauver aujourd'hui la société de sa ruine totale.

Quel est le but particulier vers lequel cette politique doit être dirigée? Plus cette question est importante, plus il est nécessaire de la résoudre. Un principe est beaucoup ; il n'acquiert une valeur réelle que par son application.

4i2 RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-1822).

Les sources premières du mal qui accable le monde ont été rappelées par nous dans un travail qui n a d'autre prétention que d'être une esquisse. Les causes progressives de ce mal y ont été indiquées ; si dans ses rapports avec les individus il se trouve défini par le mot présomption, nous croyons de même, en l'appliquant à la société prise dans son ensemble, pouvoir désigner le mal existant par le vague dans les idées, auquel conduit constamment leur trop de généralisation. Voyons ce qui tourmente aujourd'hui la société.

Tout ce qui jusqu'à ce jour a été regardé comme fixe dans les principes, est attaqué et renversé.

En matière religieuse, \e jugement et Vexamen doivent remplacer la foi; la tnorale chrétienne doit remplacer la loi du Christ telle qu'elle est interprétée par les autorités chrétiennes.

C'est à cette entreprise que se livrent avec un zèle ardent, dans l'Église catholique, les jansénistes et une foule de sectaires isolés qui veulent une Religion sa?is Église ; dans les sectes protestantes, les méthodistes, subdivisés eux-mêmes en autant de sectes à peu près qu'il existe d'individus, puis les promoteurs éclairés des Sociétés bibliques et les unitaires, c'est-àdire les promoteurs de la fusion des luthériens et des calvinistes en une communauté évangélique.

Le but commun à ces hommes, à quelque religion qu'ils appartiennent ostensiblement, n'est autre que de renverser l'autorité. Placés sur le terrain moral, ils veulent affranchir les âmes, de même que ceux d'entre les révolutionnaires politiques qui ne se livrent pas aux seuls calculs d'ambition personnelle veulent affranchir les personnes.

Si les mêmes éléments de destruction qui mettent aujourd'hui la société en convulsion ont existé dans tous les siècles, — car chaque temps a vu naître des ambitieux immoraux, des hypocrites, des cerveaux brûlés, de faux esprits et des faiseurs de projets, — le nôtre cependant, par le seul fait de la licence de la presse, possède, plus que les époques précédentes, des moyens de contact, de séduction et d'accord bien plus grands, faciles à être mis en œuvre, et faits pour agir sur ces classes d'hommes différents.

pitoFESSioN m: foi imiiiikh k di; mi/iikiinicii (1R.20). i^^

Nous ne sommes («•rlcs pas les sciiU à non-) driiiaiMlcr si la société peut exister avec la liberté de la presse, fléau inconnu an monde avant la dernière nioilié du dix-sepliènie siècle, (;t r('>tr('int jus(|u à la fin dn dix-liuiticnie, à (|ii('l<|ues exceplions près, à la s(miI«> \n{jl('lerre, à cette partie de l'Kurope séparée dn conlinenl |)ar les mers, autant que par sa Ianfjn(M't par ses nui-urs parliculicres.

Le premier des principes à suivre par les Monarques, unis de volonté comme ils le sont par Tunilormité de leurs vœux et de leurs ju{;ements, doit être celui d'opposer Instabilité des institutions politiques au mouvement désortlonné qui s'est emparé des esprits ; la fixité des principes à la manie de leur interprétation; le respect pour les lois en vigueur à leuv renversement.

La partie hostile est partagée en deux partis très-distincts.

L'un est celui des niveleurs, 1 autre celui des doctrinaires.

Unis les jours de bouleversement, ces hommes se divisent dans l'inaction. C'est aux Gouvernements à les connaître et à les ranger selon leur juste valeur.

Dans la classe des nivcleui's, il se trouve des hommes forts de volonté et de détermination. Les doctrinaires n'en comptent jamais dans leurs rangs. Si les premiers sont plus à craindre au jour de l'action, les seconds offrent plus de dangers dans les temps de ce calme trompeur qui précède, ainsi que les orages physiques, ceux de l'ordre social. Constamment livrés à des idées abstraites toujours inapplicables à des besoins réels et ordinairement en contradiction même avec ces besoins, ce sont les hommes de cette classe qui ne cessent d'agiter les peuples par leurs craintes imaginaires ou simulées, et de remuer les Gouvernements afin de les faire dévier de la bonne route. Le monde veut être gouverné par des faits, et selon la justice, et non avec des phrases et des théories; le premier besoin de la société, c'est d'être maintenue par nne autorité forte (toute autorité sans force réelle n'en mérite pas le nom), et non de se gouverner elle-même. En calculant le nombre des combats que se livrent les partis dans les Gouvernements

mixtes, et celui des plaintes fondées en justice auxquelles peut prêter l'aberration du pouvoir dans un Etat chrétien, cette comparaison même ne tournerait pas en faveur des doctrines. La première et la plus grande des affaires, pour l'immense majorité de toute nation, c'est la fixité des lois, leur action non interrompue, et nullement leur changement. Que les Gouvernements donc gouvernent, qu'ils maintiennent les bases fondamentales de leurs institutions, tant anciennes que nouvelles; car si, dans tous les temps, il est dangereux d'y toucher, ce n'est pas aujourd'hui, et dans la tourmente générale, qu'il peut être utile de le faire.

Qu'ils énoncent à la face de leurs peuples cette détermination, et qu'ils la démontrent par des faits. Qu'ils réduisent au silence les doctrinaires dans l'intérieur de leurs Etats, et qu'ils manifestent leur mépiis pour ceux du dehors. Qu'ils ne prêtent pas, par leur marche et par leurs actes, au soupçon d'être favorables ou indifférents à l'erreur; qu'ils ne laissent pas croire que l'expérience aurait perdu tous ses droits pour faire place à des essais pour le moins hasardés. Qu'ils soient précis et clairs dans chacune de leurs paroles, et qu'ils ne cherchent point à gagner par des concessions des partis qui ne visent qu'à la destruction de tout pouvoir qui n'est pas le leur, que des concessions ne sauraient gagner, et que toujours elles enhardiront dans leurs prétentions au pouvoir.

Que dans les temps de tourmente ils soient plus réservés même qu'en tout autre, dans leur marche vers les améliorations réelles, mais non réclamées impérieusement par les besoins du moment, afin que le bien lui-même ne tourne pas contre eux, ce qui arrivera aussi souvent qu'une mesure gouvernementale paraîtra inspirée par la crainte.

Qu'ils ne confondent pas ainsi avec des concessions faites à des partis le bien qu'ils feront à leurs peuples, en modifiant selon les besoins reconnus telle branche de leur administration qui réclamerait une pareille mesure.

Qu'ils vouent une attention soutenue à l'état des finances de leur pays, afin de faire goûter à leurs peuples, par l'allégement

riioFi;ssi()N 1)1. roi poi.n iqif, dk mi; i tf.iinicit (ik2o). iis

(les c-|iiir(]|(>s |)iil)li(|ii(>s, les liiciiiaifs <1 un (Ual de |):ii\ non illusoire, mais réel.

Qu'ils soioni justes, mais forts; Iticnvcillants, mais sévèrrs.

Ou'ils mainlicnucnl \c piincipc rclijjicnix dans toute sa purclc vl ne soullVcnt pas (pic \c. do^nuî soit attaqué, et la morale interprétée selon le Contrat social ou les visions rie simples sectaires.

Qu'ils étouffent les sociétés secrètes, cette {janjjrène de la société.

Qu'enfin les grands Monarques resserrent leur union et prouvent au monde que si elle existe, elle n'est que bienfaisante, car cette union assure la paix politique de l'Europe ; qu'elle n'est forte que pour le maintien du repos, à une époque où tant d'attaques sont dirigées contre lui ; que les principes qu'ils professent sont aussi paternels et aussi tutélaires pour les bons, que menaçants pour les perturbateurs du repos public.

Les Gouvernements de second ordre verront dans une union pareille l'ancre de leur salut, et ils s'empresseront de s'attacher également à elle. Les peuples reprendront confiance et courage, et la pacification la plus profonde et la plus salutaire qu'aura à démontrer l'histoire de tous les temps pourra être opérée, car "cette paix portera de prime abord sur tous les Etats encore debout; elle ne restera pas sans une influence décisive sur le sort de ceux qui sont menacés d'une subversion prochaine, et même sur le relèvement de ceux qui déjà ont passé par le fléau de la révolution.

Tout grand État décidé à survivre à la tourmente du moment conserve encore de grandes chances de salut.

Une union forte entre les Etats sur les principes que nous venons d'énoncer, vaincra la tourmente elle-même.

Page 1