VISITE A LA COUR DE HANOVRE
EXTRAITS DE LETTRES PARTICULIERES, ECRITES PAR METTERNICB DU 25 OCTOBRE AU 31 DÉCEMBRE 1821.
343. De Hanovre. — Accueil amical. — 544. Du Johannisberg. — Soirée à Cassai. — Voyage ennuyeux. — Singulières variations de l'opinion publique. — 545. De Francfort. — Le parti de Metternich et celui de Capo d'Islria. — 546. Une heure de bonheur. — Mot de Napoléon. — Sentiment d'isolement. — Adieux à l'année 1821.
Hanovre, le 25 octobre 1821.
543. Depuis mon arrivée, je mène une véritable vie de congrès toute remplie par des fêtes de Cour. Les heures que je ne passe pas devant la table de la salle des conférences , je les perds à des dîners de trois ou quatre heures ou bien à des soirées où l'inconvénient d'étouffer est encore le moindre mal qu'on ait à subir. L'accueil que m'a fait le Roi est celui d'un cher ami. Je ne me souviens pas d'avoir jamais été embrassé avec une pareille tendresse, et de ma vie je n'ai été dans le cas de m'entendre dire autant de jolies choses.
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A prôs îivoii- «'-.-.iiyi' Mil vimiImMc (Uilirjc de compliments et d't'lojjcs, où le Uni <l;«ij|ii;i inc comparer h tous les {jranrU liommoiî (le ranli(|iiilé, du moyen â{je et des temps modernes, je finis par ])ouvoir parler d'affaires, et sur ce terrain tout rciissil ;\ sonhail. Je ferai de grandes et bonnes affaires sans piéteiidre jxtiir cela m'élevrr au-dessus d'un Miiios, d'un Thémistoclc , d im (liildii, d un (Ic'sar, d'un Gustave-Adolphe , (l'un Marll)()r()iij;li, d'un i'ilt, d un W'cllinfjlori , etc., etc.; car tous ("es noms, Sa Majesté me les a donnés, de même qu'on récite une litanie de saints
Joliannisberjj, le -V novembre.
6âA. J'ai quitté Hanovre le 31 au soir; le 1", je me suis arrêté à Cassel pour voir le Prince-Electeur. Le soir, j'ai trouvé là une brillante et nombreuse société que le comte de Spiegel avait invitée en mon honneur, afin de me faire faire la connaissance des notabilités de la ville. J'ai quitté Cassel le 2; j'ai passé par Wilhelmshohe, un des plus admirables jardins de l'Europe, pour me rendre à Marburg, où je passai la nuit. Le 3, je suis arrivé à Francfort. Aujourd'hui, je n'ai pu échapper, à Biebrich , à un grand diner que m'a offert le duc de Nassau. Je suis ici depuis quelques heures , et je me retrouve avec bonheur chez moi.
C'est une terrible chose que de voyager dans ma position actuelle. Je suis saturé d'ennui comme un Souverain, grâce aux Cours qui me fêtent à mon passage; en même temps, je suis obsédé comme un devin, car tout le monde me demande conseil. Depuis que j'ai été assez heureux pour faire disparaître les carbonari , on s'imagine que je n'ai qu'à me montrer pour détruire tout ce qui gêne l'un ou l'autre. Aujourd'hui, tous les Gouvernements sont malades, et ils le sont tous par leur propre faute ; depuis mes conférences allemandes, ils me regardent comme le législateur suprême de l'Allemagne, etj depuis 1821, comme l'exterminateur des révolutionnaires. Chacun me prie de lui tuer les siens, ou du moins de lui communiquer ma recette. D'un autre côté, — et ceci est la petite in. 31
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pièce, — toute la racaille révolutionnaire vient se présenter à moi, autant que cela peut se faire, pour m'assurerde la pureté de ses intentions. Ce qui se passe, par exemple, en ce moment à Francfort, Tune des plus détestables villes de l'Allemagne, est tout à fait comique. Dès qu'on apprit que j'arrivais ici, tous les visages changèrent ainsi que le langage. Les premières figures que je vis apparaître à l'hôtel où j'étais descendu étaient celles des radicaux les plus acharnés, et je ne me souviens pas d'avoir jamais eu à subir des hommages plus lourdement pré. sentes. A les entendre, ils n'avaient attendu que ma présence pourchanger de religion.
J'ai avec moi de Pont et un secrétaire, Langenau et Handel. Je resterai ici jusqu'au 5 ou jusqu'au 6 ; le 7 ou le 8, je serai à Francfort, et le 14 ou le 15, à Vienne.
Francfort, le 9 novembre.
54S. . . .Ici je vois à mes pieds les jacobins les plus enragés ; ils n'ont à la bouche que des excuses et des protestations. Pendant mon voyage, j'ai vu, en passant, pas moins de cinq universités : Leipzig, Halle, Gœttingue, INIarburg et Giessen. Le 18 octobre, j'ai dîné à Halle, sous le même toit que cent cinquante étudiants qui fêtaient la bataille de Leipzig, et je n'ai reçu partout que des marques de respect. Au moment où je montais en voiture à Halle, tous les cent cinquante étudiants m'ont escorté tête nue en me saluant de leurs vivat. Pendant toute la journée, une foule considérable est restée sous mes fenêtres, et partout où j'allais j'étais accompagné d'acclamations joyeuses. Quand on demande à ces gens pourquoi ils sont là , ils répondent : « Nous voulons le voir. » Ce sont les affaires d'Italie qui m'ont valu l'espèce de célébrité dont je jouis aujourd'hui en Allemagne. Les curieux veulent savoir comment est fait l'homme qui savait que les carbonari sont purement et simplement de la canaille ; ils ne comprennent pas comment il s'y est pris pour deviner cette facile énigme. Le peuple est partout bon, mais enjantin.
En Russie et dans toute la diplomatie russe à l'étran-
visnr. A LA roiii i)i; iiANovitr. (iH'ii). 4h:j
{;cr, il Y a dciiv [larlis, (jiii s(! rlési{jnci»l oiivciUmuciiI sous li's iKnus (le Mfltcniicli «'1 (!(' ('apo d'Istria. Cela iTost |»as pic'cisoinciil ilallciir. (^.cs deux parlis se flélosicul cl sont opposi's riiii à raiilic comme la dioile et la {jauclic en l'"raiice. Comme ri'miicriMir Alexandre est un Mctlernicli, ce parli-Ià est le l)()u; (|uanl à Tanlre, on peut l'ahandonner à son sort.
Demain je partirai ; je passerai la nuit à Wurzbonr{j;
le 11, je serai à Nurember{j; le 12, à llalishonne ; le 13, à Schaerdinj;, et le 15, j'arriverai à Vienne.
Vienne, le 31 décembre.
o46. Ce qu'il y a de bon dans une heure de bonheur, c'est non-seulement le bonheur qu'elle donne (ce qui en lui-même est déjà une belle et bonne chose) , mais c'est aussi qu'elle fortifie l'âme. Je me rappelle àce propos un mot de Napoléon. Dans le cours d'un de nos longs entretiens, nous avions parlé du temps que nous venions de traverser. Tout à coup il s'écria: «Ah! vous ne savez pas quellepuissance est le bonheur! Lui seul donne du courage. Ne pas oser, c'est ne rien faire qui vaille, et on n'ose jamais qu'à la suite du bonheur. Le malheur affaisse et flétrit l'âme, et dès lors on ne fait rien de bon »
Je me sens seul maintenant comme un habitant du désert; rien ne me sourit, rien ne m'occupe, si ce n'est ce qui me fatigue. Les sottises me sont insupportables, je déteste les paroles creuses, et certaine bonhomie superficielle me fait l'effet d'une eau stagnante. Et voilà l'image de ce qu'on nomme ici la société. Des mots et toujours des mots ; autant en emporte le vent; il n'y a qu'à se hâter d'oublier ce vain bruit de paroles. Lorsque je me demande quand cela finira, et que je me dis que probablement la fin de cet état de choses ne sera ni plus ni moins que la fin de tout ce qui existe, je sens mon âme et mon cœur oppressés plus que je ne saurais l'exprimer. Ce qui est certain, c'est que chez les hommes le vide augmente en raison de la position élevée qu'ils occupent. Si je pouvais me cacher dans un coin où tant d'autres hommes trouvent le con-
tentement, peut-être ma situation morale serait-elle différente
Minuit sonne ; Tannée 1821 n'est plus ! Trois cent soixantecinq jours ont été emportés dans l'espace d'une seconde. Nous sommes à l'entrée d'une ère nouvelle, comme l'enfant qui vient de naître. Espérons que la fortune nous sourira et que la dentition, cette première affaire importante dans la vie de l'enfant, se fera sans encombre.
LA QUESTION DES FRAIS DE L EXPEDITION NAPOLITAINE ET PRINCIPES ESSENTIELS POUR l'oRGANISATION DE NAPLES APRES LE RÉTABLISSE- MENT DE l'ordre.
5i7. Metlernicli à Stadion (Lettre), Laybach, le 10 mars 1821.
547. Je vais répondre à deux objets importants que renferme votre lettre; il y a longtemps que j'aurais dû les toucher vis-à-vis de vous d'une manière précise, mais j'ai dû laisser passer la tourmente pour pouvoir arriver à vous écrire.