‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 62 sur 74 · II. Oiujnnisdlioii future du royaume de Nnples · texte numérisé non relu

II. Oiujnnisdlioii future du royaume de Nnples

Ciîtte queslion imporlaute a eu droit à toute ma sollicitude à dater du jour même où j'ai appris le bouleversement de l'ordre de choses existant à Naples.

J'ai pensé, recherché, ruminé avec soin, et je crois être parvenu aux meilleurs termes. INIa conscience au moins est tranquille; il ne me reste qu'à désirer que les événements justifient mes vœux.

Parlez aujourd'hui à tous les lé^jislateurs, car on en trouve à chaque coin de rue et sur tous les bancs de cafés, et ils vous répondent sans hésiter que le monde ne peut plus marcher sans le système représentatif.

Ma conviction est que jamais il ne marchera avec lui; car je suis de ces hommes qui n'entendent pas par marcher, culbuter, se relever et retomber.

Or, nous avons exclu pour Naples la recette universelle, vu surfout que nous ne pourrions pas faire là-bas ce que nous devrions constamment refuser chez nous. Il eût été peu prudent, d'un autre côté, de refaire ce qui venait d'être défait. Nous avons cherché et appelé à notre secours le principe de la monarchie tempei'ée, afin d'exclure et l'arbitraire et le système représentatif.

Le Roi a eu assez de peine à se soumettre à nos vues; mais il a fnii par le faire, et même par sentir qu'avec un système d'organisation digne de ce nom, il trouverait plus de chances de paix et de repos qu'avec le retour au franc arbitraire, duquel on n'avait déjà que trop éprouvé le danger, et à Naples et en Sicile.

Je vous envoie ci-joint le protocole ou plutôt l'annexe au protocole, qui renferme notre idée, comme si elle était une proposition spontanée du Roi.

Par le prochain courrier, je vous enverrai le développement

bien plus étendu des bases consi{jnées dans cette pièce. Vous vous convaincrez qu'il renferme une constitution bien monarchique, mais non moins digne de ce nom, dés que l'on ne veut pas appliquer ce terme au seul système représentatif.

Gomment ira l'affaire en {^énéral? J'avoue franchement que je l'ignore. Rien n'est inutile comme de calculer les chances heureuses, et rien n'est plus difficile que d'épuiser les mauvaises.

Le Roi ne jouit d'aucun crédit dans son pays , mais il est aimé.

La révolution a été forcée de prendre un caractère de douceur déplorable de fait, et impossible à éviter, vu nos armements.

Le but des libéraux napolitains, qu'il ne faut pas confondre avec les carbonari, a été de parvenir au système représentatif par l'intermédiaire de ces derniers. De Madrid ils ont voulu arriver à Paris. Nous qui ne pouvons pas y consentir, nous n'avons pour nous ni les uns ni les autres.

Le tout dépendra donc des coups qui seront portés. S'ils sont décisifs, l'affaire est faite ; s'ils ne le sont pas, elle traînera; si c'est nous qui les recevons, le monde pourra chavirer. Il arrivera alors ce qui serait arrivé si nous n'avions rien fait , car l'Italie ira au diable , et avec elle la France et l'Allemagne , tout comme elle y aurait été si nous étions restés spectateurs neutres du développement de la révolution à Naples.

Si nous sommes heureux, il y aura eu un grand exemple donné au monde, ne fût-ce même que par le seul fait que l'inviolabilité des révolutions aura été démontrée n'être qu'une prétention fausse , mais prodigieusement commode à mettre en avant par tous les enragés , les fous , les sots et les faibles. Quelle liste effroyable je vous dresse là, mon cher comte !

L'iNSunnr.ri ION napoi.itaink, f.tc. (ik'i). 4K9

L INSUnmCTKIN NAlMilITAINi: , Pli.MONTAISl I.T (;illCOIJÇ.

5W, M.ti.ini.l. :. ltc.lil.cn; (Lettre), Layli.«<l> , le 25 mars 1S21 . — '}V^. Mciteiiiiili à Stadioii (Lctire), I,ayl)neli, le 20 mus 1821, — Hôd. Mcii.mi.li à llctliheif; (Lettre), Layhacli, le lil mais 1821.

i>48. îiO dével(>|)j)(Mii(Mit dos t'Vt'nonionts qui se siicrcdriit avec rapidité on Italie nous peimct d'osjiéror f|iie ((Mlo Itollo partie de l'Europe ne subira pointle jou(]f desrévdlulionnaires, malfjré ractivité do leurs oriniinels eflorfs. S'ils éclioiicnt contre l'ënerjjie et la sa{josse de nos mesures, celle dernieie crise, tout alarmante ipi'elle était par ses symptômes effrayants, tournera contre ceux qui l'ont provoquée, et ralliera la classe nond)reusc des honnêtes gens autour des Gouvernements lé{jilimes, qui se convaincront, j'espère, qu'on suivant une marche conséquente et ferme, il est possible encore d'étoulfer cet esprit de faction qui menace la société d'ime subversion totale.

Calculant qu'il doit être d'un haut intérêt pour votre Cour d'être exactement informée de la véritable situation des choses en Italie, des dispositions des deux Empereurs qui se trouvent encore heureusement réunis ici, et du résultat des premières mesures qu'ils ont adoptées, je n'hésite point à expédier le présent courrier à Votre Excellence, pour lui transmettre un exposé succinct, mais parfaitement exact, de notre position.

Vous aurez été informé. Monsieur le comte, des succès de l'armée du {jénéral Frimont, de l'occupation de la province des Abruzzes, si importante sous le point de vue militaire, de la désorganisation totale de l'armée du général Pepe, et de la manière dont nos troupes ont été accueillies partout par les habitants. Ces premiers résultats ne pouvaient laisser aucun doute sur le succès de l'entreprise, et les nouvelles qui nous sont parvenues, depuis, du quartier général de l'armée, justifient pleinement notre espoir. Le poste de Sora, défendu par le général de Goncilj, le Quiroga de Naples, avait été

emporté par nos troupes après une très-faible résistance ; le général Frimont avait passé le Garigliano avec son armée et se portait sur San-Germano, pour attaquer cette position que les Napolitains avaient, dit-on, rendue inexpugnable. Undétacbement envoyé par le général en cbef pour la reconnaître Ta trouvée abandonnée. Ainsi notre armée marche sans pouvoir rencontrer l'ennemi, qui ne tient nulle part ; mais sa marche est si rapide que le général en chef espère cependant parvenir à le joindre, et à le battre s'il concentre ses forces.

Pendant que l'armée marchait sur San-Germano, le général Fardella, envoyé par M. le duc de Galabre au Roi son père pour lui porter des paroles de respect et de soumission, passait par la route de Velletri pour se rendre à Rome et à Florence; nous ignorons encore les détails de cette mission, qui n'a eu, au reste, aucune influence sur la marche et les opérations de l'armée.

Ces détails, parfaitement exacts, convaincront Votre Excellence que l'expédition de Naplcs est au moment d'être terminée, et qu'une campagne d'une quinzaine de jours aura suffi pour faire crouler cet échafaudage militaire dont on voulait effrayer l'Europe entière depuis six mois. Ce résultat, et bien plus encore l'accueil que le peuple fait à notre armée, qu'il proclame et traite en libératrice, prouvent du moins jusqu'à l'évidence que la nation napolitaine est étrangère à la révolution qui a précipité ce pays si heureux dans un abîme de malheurs, et que cette révolution est uniquement l'ouvrage de sectaires criminels et de quelques militaires ambitieux.

Si l'insurrection du Piémont avait dans le principe un caractère plus alarmant et pouvait, au moment oîi elle a éclaté, nous faire craindre une diversion puissante et dangereuse en faveur de la cause révolutionnaire, le développement des événements qui se sont passés depuis huit jours dans le pays nous permet d'espérer aujourd'hui que de ce côté le danger sera plus facile à conjurer qu'on n'avait osé s'en flatter. Le plan des conjurés, qui était de porter le Roi à proclamer une constitution, et à se déclarer pour la cause napolitaine contre l'Autriche, a été déjoué par l'abdiciition du Roi ; M. le prince

i/insi'hhf.ction NAPoi.n aink. etc. (i82i). 401

(le (larijjnaii*, <|iii, par la cii-j-oiislaiicc <|ii(' \î. le rliic do (Jriu*vois** riait <il)scii(, s'est trouve porlc à la rc'/jciicc du llovannic, n'a pas tanh? à sentir tous les eniharras de sa situati<jn. I''oreé de promettre et de jurer la Gonstilution des Certes, et d(; créer une junte pi'ovisoire révolutir»nnaire (ce f|ui n'entrait nullement dans ses |)lans ni dans c«mix de (pieKpu's officiers aml)itieux (|ui s\'taient réunis autour de lui), ce prince s'est adressé à M. le due de (uMievois, et Ta |)rié avce instance de reveiu'r prendre les rênes du {gouvernement, qui lui étaient dévolues pai- l'abdication du lloi. M. le duc de Genevois, qui était alors à Modène, s'est non-seulement refusé aux instances de M. le prince de Carignan, mais il n'y a ré[)onrlu que par une proclamation énergique. Il a écrit en même temps aux deux Empereurs, pour réclamer leurs conseils, leur assistance et leur appui. La réponse des deux augustes Souverains a été ce qu'elle devait être dans la circonstance, mesurée, sage, noble, et conforme en tout aux principes qu ils professent. Ils se sont décidés en même temps à envoyer un courrier à leurs ministres à Turin, avec ordre de se présenter chez M. le prince de Carignan, de lui faire le tableau des malheurs auxquels allait se trouver exposé le pays sur lequel il était appelé à régner un jour, de l'engager à réfléchir sérieusement à sa situation personnelle, d'en appeler à ses sentiments, à ses devoirs comme premier prince du sang et à son honneur, pour le porter à jouer dans cette circonstance importante le seul rôle qui lui convenait, celui de faire rentrer dans le devoir quelques groupes égarés par des factieux, et de rendre la tranquillité à son pays. Ces conseils étaient accompagnés de la déclaration que les deux Empereurs étaient bien déterminés à ne jamais reconnaître l'œuvre de la révolte. Nous ignorons encore le résultat qu'aura eu cette démnrche, mais nous savons par les nouvelles que nous recevons journellement de Milan, que la marche de cette révolution est très-incertaine, que les embarras de M. le prince de Carignan augmentent, qu'Alexandrie

* Qui fut plus tard le Roi Charles-Albert. [Note de l'Editeur.)

** Qui monta sur le trône sous le nom de Cliarles-Félix. [Note de l'Editeur.)

est devenue le point de ralliement des révolutionnaires dans le sens anarchique, que Gênes et Novare tiennent encore pour le Roi, que plusieurs re'gjiments sont fidèles, que d'autres se sont dispersés et sont rentrés chez eux, que le Roi est généralement rCjO;retté, et qu'il n'existe point dans le pays de mouvement national. En attendant le développement de cette crise, M. le comte de Bubna, commandant général de Lombardie, se meten mesure d'en imposer aux factieux; il a dans ce moment, outre les garnisons des places fortes, une armée déjà plus que suffisante pour couvrir nos provinces italiennes, et qui s'augmente journellement. Milan jouit de la plus parfaite tranquillité, et l'opinion publique s'exprime de la manière la plus satisfaisante en faveur du Gouvernement.

Un nouvel événement, qui doit, dans ce moment de crise générale, contribuer puissamment à agiter les esprits, c'est l'insurrection des Grecs dans l'Empire ottoman. L'Empereur Alexandre en a reçu tous les détails par un courrier qui lui est arrivé ici le 19, et ils nous ont été confirmés par nos agents.

Le prince Ypsilanti, général-major au service de la Russie, s'est mis à la tête de cette insurrection, et le prince Soutzo, liospodar de Moldavie, s'est déclaré pour elle ; il convient luimême qu'elle est l'ouvrage d'une société secrète, qui depuis deux ans en a préparé les matériaux. Cette société est la même que celle des carbonari, et depuis longtemps nous l'avions signalée au Gouvei-nement ottoman, qui n'y avait attaché aucune valeur.

Dans cette nouvelle occasion encore, l'Empereur Alexandre a donné la mesure de son noble et loyal caractère ; ses vues et ses principes se sont trouvés entièrement conformes à ceux de l'Empereur mon auguste Maître.

Dans un conseil qui a été tenu en présence de Leurs Majestés, il a été décidé « que l'événement sex'ait abandonné à luimême » .

L'Empereur Alexandre casse et fait rayer des tableaux de son armée tous les militaires grecs qui prennent part à l'insurrection.

Sa Majesté refuse tout appui et secours aux Grecs insurgés.

r/iNSi m; r.cTioN nai'oi.it.mni:. f.tc. (182i). 493

Les deux Moiiar({ue.s fonl déclarer simultanément ù Constnntinople que, fidèles aux |)rin('i[)C.s qu'ils ont j)ul)li(ju<in('nt énoncés ^ ils ne sonliendront jiimais et en aucun lien les ennemis de rordic |itd)li('; (|n(- jamais ds iir. piéteronl aucun secours aux (Irccs insur[|é>; (|ne, (l'un autre c-oté, ils ahandijuncront à Ja I*orle clle-nH-me le soin de veiller ù sa propre sûreté. Conimc elle est restée étrangère jusqu'à ce jour à toutes les allaires de l'IÙMope, nous nv. nous sentons point appelés cl nous mêler des siennes.

Ces déterminations des Souverains seront incessamment rendues j)ul)liques.

En attendant, je prie Votre Excellence de les porter, ainsi <|ue tout le contenu de la présente dépêche, à la connaissance du Roi; j'espère que Sa Majesté y puisera de justes motifs de tranquillité. C'est dans cet espoir que je vous expédie le courrier qui aura l'honneur de vous la remettre, et que je laisse à votre disposition.

Metternich à Stadion. Laybach, le 2t) mars 1821.

^549. L'affaire de Naples est finie. J'espère pouvoir expédier dans deux ou trois jours un courrier à Vienne, pour y faire chanter le Te Deiun et tirer cent un coups de canon.

La révolte en Piémont va mal comme révolution. J'enverrai demain à Vienne des preuves, qui ne sont pas équivoques, que son principal champion, le prince de Carignan, ne fait que pleurer. Le pays ne veut pas se révolutionner, et tout dépend aujourd'hui, pour réduire en poussière le petit nombre de canailles qui se prononcent, d'un coup de collier que pourra donner l'un ou l'autre des officiers généraux , entièrement dévoués au Roi, qui se sont mis en rapport avec le duc de Genevois.

Dans les crises révolutionnaires , on n'a toutefois jamais la possibilité de fonder un calcul sur des données trop souvent démenties le lendemain du jour où on s'y est livré. Je ne m'arrête donc qu'aux faits soumis à des calculs positifs.

Si le Piémont rentre dans l'ordre, il le fera par ses propres moyens, et le fait sera immense. S'il ne rentre pas dans le devoir par ses propres moyens, il ne peut plus que tomber dans ranarcliie, et il est hors d'état de songer à une agression militaire contre nos provinces. Excepté l'armée qui est restée fidèle au Roi, et qui est à Gênes et à Novare, le reste s'est débandé, et les révolutionnaires ne pourraient pas rassembler huit mille hommes capables de marcher. On recrute des légions, et elles se composent d'étudiants et de bandits. Bubna est en pleine attitude. Il pourrait, à l'heure qu'il est, disposer de dix mille hommes de l'armée de Frimont; il ne les attirera à lui que quand nous serons solidement établis à Naples.

Il n'existe que deux chances : ou l'armée russe est inutile, ou elle est nécessaire. Dans le premier cas, elle rebroussera chemin sur-le-champ, et peut-être ne passera-t-elle pas même la frontière, si d ici à peu de jours nous apprenons que le Piémont s'est guéri par lui-même. Si la révolution devait gagner toute l'Italie, les Russes n'y feront point de mal, et la seule nouvelle de la possibilité de leur arrivée empêchera bien des amateurs de remuer.

Nous ne risquons pas de déclarer la guerre au Piémont, car c'est lui qui nous l'a déclarée en faisant une révolution. La Junte d'Alexandrie a déclaré la guerre à l'Autinche dans toutes les formes, et la révolution à Turin n'a eu d'autre moyen de se faire qu'en annonçant qu'il ferait la conquête du Milanais.

Toute cette révolution n'est, au reste, qu'un coup de Jarnac de quelques cerveaux brûlés, soutenus par le comité directeur de Paris dans le but de venir au secours de Naples. Mais l'inconcevable poltronnerie des bandes napolitaines et les belles et promptes manœuvres de notre armée ont dérouté ce plan. Le seul moyen qu'on avait naguère à Turin de soutenir la partie était de faire publier que tous nos bulletins étaient faux, et que les Napolitains nous menaient tambour battant vers le Pô.

Quant à la révolution grecque, laissez-la aller. Je vous réponds que l'Empereur Alexandre y est aujourd'hui pour aussi peu que dans la révolution en Piémont. Vous aurez l)ieu

L'lNSI'HI!r.( TION NArOMTAINE. KTC. (1821). 405

(le l;i pciiM" ;'i le croire, muis le ("ail n'est pas moins positif, et je vous <'n louniirai <les preuves par le courrier de (JiMnain. Il l'aul rcjjariK-r vr[[v. alCaire comme piacéi? hors de la civili- Nalion; elle loiiiiiera, je crois, mal pour I(vs Grecs, (pii ont compté sur un appui cpii leur maM(pi<; N; jour où ils ont fait leur levée de Ixiuciieis. C'est tout comme les Napolitains, cpii (»n( cm (pu' la liussie sciait sinon jiour (.'ux, «In nioin-. coiilic iu)us. Voilà l'avantajn? <lcs l>ojnu's réputations vu polilitpnj.

La question est aujourd liui tout entière en France. Le (iouvernement ne soutient pas et ne soutiendra jamais les Piémontais. Des factieux peuvent le l'aire ; mais ils ne le peuvent pas en grand, à moins de culbuter le Roi et la Charte. Si ce l'ait a lieu, c'est-à-dire si la France revient elle-même à 179-3, alors nous ne pourrons certes que rentrer chez nous et voir comment nous nous sauverons. Tout mouvement de retraite en Italie dans la position actuelle des choses serait faire nousmêmes la révolution dans toute la Péninsule, et combien de temps garderions-nous nos provinces italiennes dans une supposition pareille?

Le monde est à la veille de son salut ou au seuil de l'antre qui doit l'engloutir. Il semble cependant que des rayons d'un meilleur jour commencent à luire. Le succès de l'affaire de Naples peut amener I ère du repos. Elle aura coûté beaucoup, mais j'ai aujourd hui, comme dans tous les temps, la conviction que si nous avions agi différemment que nous ne l'avons fait, nous étions étouffés dans nos lits.

Ce qui me fait grand plaisir, c'est la manière parfaite dont se conduit tout notre monde en Italie. Les armées de Bubna et de Strassoldo méritent de belles pages dans notre histoire.

Metteinich à Rechberg. Laybach, le 31 mars 1821.

5o0. Je vous envoie, mon cher comte, le dernier bulletin de l'armée de Naples.

Une campagne de treize jours a suffi pour montrer à nu la turpitude de la révolution napolitaine. Une grande œuvre d'iniquité s'est dispersée comme la poussière, dès q^ue la pre-

496 KECLIEIL DE DOCUMENTS (1818-1822).

mière attaque a eu lieu contre cette frêle machine, cette décoration patriotique ! Où est cet enthousiasme national? Oîi sontelles, ces phalanges patriotiques? Oîi est-elle, cette haine contre le retour à Tordre? Est-ce le peuple napolitain qui est l'interprète de ses pensées, ou Lien les scélérats réunis en Parlement ont-ils été ses véritables organes?

Le Ciel, qui semble ne pas vouloir la perte du monde, a protégé notre sainte entreprise. Les hommes sages l'ont accompa."^née de leurs vœux ; les Gouvernements éclairés en font de même. Nous ne leur avons pas demandé davantage.

Les détails que nous avons prouvent aux plus aveugles que, malgré ce que racontent sur les lieux mêmes les hommes les plus sages et les plus éloignés de toute exagération, la révolution a été faite en dehors du véritable peuple. Il en est de même partout. Il faut donc protéger les peuples contre les attaques de leurs fanatiques adversaires, leurs seuls ennemis, et qui, pour se couvrir d'un masque trompeur, dirigent tout leur venin contre les Gouvernements.

Nous finirons l'affaire du Piémont comme celle de Naples. Une nouvelle révolution française pourrait seule mettre de graves et peut-être d'insurmontables obstacles à cette seconde entreprise.

Tout le venin se jette aujourd'hui sur la surface. La cure pourra en être d'autant plus radicale; et ce que nous avons commencé avec de communs efforts en juillet 1819 pourra être fini, avec l'aide de Dieu et pour le salut du monde, en 1821. C'est de Garlsbad que datera alors Vère du salut.

COOPÉRATION DE l'aRMÉE RUSSE.

551. Metternich à Stadion (Lettre), Laybacli , le 21 avili 1821.

S51. Le baron de Stiirmer vous aura prévenu, mon cher comte, des dispositions qui retiennent l'armée russe à ses frontières. Les ordres sont partis, et vous ne verrez pas un soldat

r.OOPI HATION l)F. LAIIMKF, HUSSE (lK2l). 407

russe. Si je n'avais pas été niattro de les faire reculer, tout eomine nous les avons fait avancer, croye/.-vous que nous les eussions lait mettre eu mouvement?

J'ai reçu par le courrier criiicr votre lettre du 17 avril. .le vous avouerai francliemeul, mou cher comte, (|u'elle m'a Fait (le la peine. Si vous, au fait des principes (|ui ont dirige: notre marche depuis des années, au fait de charjue nuance de notre conduite dans les derniers neuf mois, connaissant tous les risques que court dans un temps de folie la société entière; si vous, mon cher comte, pouvez me reprocher une invasion russe, quel moyen de salut reste-t-il au monde?

Je vous avoue que, s'il entrait dans ma manière d'être de me rehuter, je me dirais : Qwe d'autres cherchent à conjurer les périls qui nous menacent !

Le succès, sans doute le plus inattendu pour les coquins, vient de couronner nos entreprises. Ce succès ne m'étonne pas, par la raison toute simple que j'ai connu et les moyens d'attaque et les moyens de résistance.

L'affaire du Piémont ne m'avait point abattu, par la raison toute simple qu'elle était entrée dans mes calculs comme une chose non-seulement possible, mais même probable.

La preuve que tel est le cas se trouve dans les renforts continuels que j'ai été le premier à supplier l'Empereur d'envoyer dans les provinces italiennes, et dans la menace de l'arrivée des armées russes, renfermée dans notre déclaration contre Naples. Ce n'est pas pour mettre à la raison ce seul pays que nous avions besoin de plus de cent mille hommes et de la perspective assurée d'un soutien étranger. J'ai connu d'une manière positive le travail que la faction qui s'est emparée de tout et à peu près partout, avait préparé depuis longtemps.

Or, dès ce moment, il fallait prendre le parti de ne rien faire et de vivre au jour le jour, ou de faire bien, et je ne crois pas que l'on puisse faire bien sans des moyens proportionnés aux dangers. Parmi ces moyens, j'ai dû placer en toute première ligne les forces autrichiennes, aptes à finir la besogne connue, et à parer à celle probable;] ai dû aussi songer à tuer le libéra-

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lisme russe et à prouvera l'Europe que désormais les radicaux auraient affaire aux deux puissances les plus libres encore de leurs actions.

Les faits montrent aujourd'hui si mes calculs ont été faux Mais les faits seuls parlent en 1821. Toutes les promesses, toutes les phrases de l'Empereur de Russie eussent été sans valeur; le mouvement qu'il a donné à quelques cent mille hommes ; leur marche effective, la dépense d'une dizaine de millions pour les mobiliser, — voilà les faits. L'ordre de faire halte est un autre fait non moins important, et cent vinp^t mille hommes placés dans les provinces russes les plus rapprochées de nos frontières, et avec l'ordre de marcher à la première réquisition de l'Autriche, est enfin un troisième fait qui ne permettra plus de sitôt aux désorganisateurs de compter sur l'Empereur Alexandre.

La conduite de Bubna est au-dessus de tout éloge. Pour qu'elle fût utile et possible, il a fallu qu'il ait des troupes disponibles, et surtout qu'il ait été muni d'une latitude d'action illimitée. Vous qui connaissez aussi bien que moi et mieux peutêtre la marche que suivent ordinairement les affaires, vous devez trouver que l'Empereur a fait une bonne et belle chose en déposant entre les mains d'un commandant de province le pouvoir de ne consulter que lui-même et les circonstances du moment pour agir selon sa propre conviction, en ne tenant compte d'autres calculs que de ceux de sa propre sagesse !

Un bien immense vient de s'opérer ; il nous place tout juste dans la possibilité de continuer à vivre. Il ne faut pas se faire illusion ; nous ne sommes pas à un seul pas au delà de cette possibilité. Avec de la raison, avec une marche forte et calme, avec une grande rectitude et une suite de pensées et d'action, il pourra se faire encore du bien en Europe. Mais le mal est arrivé à une hauteur prodigieuse. L'esprit public est absolument gangrené , et s'il suffisait d'un fait isolé pour ne pas pouvoir en douter, je vous citerais les dispositions de notre propre capitale. Soyez certain qu'à Vienne, comme à Paris, à Berlin, à Londres, dans toute l'Allemagne et lltalie, en Russie comme en Amérique, — nos triomphes sont taxés

r.oorftnATioN nr, i.AnMi.r. nissr (1821). 409

cninine nutant de crimes, nos conceptions comme aiilnnf d'crrciMs, et nos vues comme des folios roup.iMes.

.l'ai (lu ronr;i{;e ; jr «Tois en avoir montré l)eaucoup dans le cours (l(>s dci'niers neuf mois, car il en laut certes pour se cliar{|er ainsi <\y\v je l'ai fait, et avec une pleine connaissance de cause, d autant de responsabilités; mais je n'ai rien dans mon âme qui ressendde à de l'illusion. Je sais apprécier tout le l)ien qui vient d'être fait; ce bien est immense, parce qu'il a uns à découvert une ligule de vérités; une fantasma/jorie comme peut-être jamais le monde n'en avait offert une pareille est détruite; le cbarme est rompu. — Eh bien, tout reste à faire.

C'est nous qui occuperons les places fortes du Novarais et Alexandrie. L'Empereur Alexandre répugne à s'en charger^ et ses motifs sont puissants. Je vous les détaillerai de vive voix; notre public me taxera de nouveau de folie ou de bêtise, d'être fàcbé de devoir nous cliargerde cette ingrate besogne, laquelle à ses yeux sera un monument de gloire ! C'est que le public ne sait ce qu'il dit, car il ignore ce qui est. Les finances feront un profit, car les garnisons au delà du Tessin seront à la charge des Sardes, malgré qu'elles pourront compter comme autant de forces en Lombardie qui devraient rester à la nôtre. N'iuiporte; la chose est un mal positif, et il fondra bien du savoir-faire pour ne pas la voir tourner en un ma! actif pour l'Europe entière.

Je suppose que ce sera vers la mi-mai (jne l'Empereur sera de retour à Vienne. Ce qui nous retient encore ici, ce sont les arrangements à prendre avec les deux Rois de Sardai^ne.

Il faut faire remonter sur le trône le Roi qui a abdiqué. Il faut décider promptement l'affaire, sans quoi le Piémont ira de nouveau à vau-l'eau ; nous gagnons ici sur les distances plus de cinq jours, et cinq jours sont beaucoup dans les temps de révolution et de troubles.

Vincent et Pozzo arriveront ici incessamment ; nous les renvoyons à Paris, car on ne peut pas abandonner ce pays à la sottise de son Gouvernement, à la fois le plus faible et le plus mal disposé.

Je Viens de vous faire une véritable profession de foi. C'est que je n'aime pas, mon cher comte, que vous voyiez autrement que moi une situation qui doit décider de la vie ou de la mort de la Monarcliie.

Je suis, au reste, bien fatigué de ma besogne, et il m'en va aujourd'hui comme à un général qui se sent le besoin du repos, dans le moment où le public sort du sien pour juger des opérations.

Ce 22 avril.

Le courrier allait partir, quand j'ai reçu votre lettre du 18 avril. Je vais y répondre en peu de mots, mon cher comte, car, pour en couler à fond le contenu, il me faudrait quelques heures de conversation , et certes je ne pourrais pas les employer plus utilement.

Le résultat de notre entretien, qui ne sera qu'un examen des situations effectives, réelles et telles qu'elles me sont connues; telles qu'ici seul il est possible de les juger, vu l'impossibilité morale et matérielle que, hors d'ici, — et je vais plus loin, — que hors d'un cercle de quatre ou cinq personnes elles puissent être connues et même comprises, — ce résultat, dis-je, vous fera juger des positions tout différemment que vous ne pouvez le faire aujourd'hui.

Je me bornerai à vous mettre au fait des vérités suivantes : 1" Jamais il n'a été question de faire stationner un seul soldat russe dans la Monarchie autrichienne.

2°. La Russie ne nous mène pas; c'est nous qui menons l'Empereur Alexandre, par plusieurs raisons toutes simples, lia le besoin d'être conseillé ; or il a perdu tous ses conseillers. Capo d Istria est regardé par lui comme un chef de carbonari. Il se méfie de son armée, de ses ministres, de sa noblesse, de son peuple. Or, dans cette situation on ne mène pas.

3' La France et l'Angleterre, loin d'être bien ensemble, sont dans la plus complète méfiance l'une de l'autre. L'Angleterre est coniplélement à nous. Ne jugez pas l'Angleterre sur rien de ce que vous dit lord Stewart : tout ce qu'il dit est

rooi'l' IIA I ION Dr. I.'AIlMKi; RUSSK (I82l). 501

l\\\\\. Il vous .niiii licrjMiu'nt nie la maiclu' d'un corj)S russe (Il Pii'moiil ; c\ï hicii, son Cahincl le (Icinaiidt' à cor et à cri, i;ir il voit jiisic, cl il connait les coniplicalions, impossiMes :i calculer, qui devront naître entre l'Autriche et la France du l'ait d'une occupation aulricliicnne.

La France est à la iclc de Ions les mouvements révolutionnaires de l'Europe, et il serait diflicile de dire qui fait plus d(î mal et <jiii se permet plus d'intrif}ues, ou du Oouvernenuînt, ou des jacobins. I^e premier comme les seconds veulent que l'Europe soit révolutionnée. Le ministère vise à l'introduction de la Charte française dans tous les Etats de second ordre ; il espère par là se consolider chez lui. Les libéraux veulent la constitution anarchique de 1791 , pour culbuter en France la dynastie. La révolution du Piémont a été ainsi le résultat des travaux à la fois uniformes et diver{]ents du Cabinet et des libéraux français.

4" Le Piémont ne peut pas se soutenir trois mois sans une force étran^jère. La révolution n'est nulle part plus menaçante que dans toute lltalie. Un coup important vient de lui être porté; quelques douzaines de ses chefs se sont enfuis. Mais la révolution est toujours là, prête à éclater de nouveau, et sans une marche prodigieusement ferme et prudente, nous verrons se renouveler l'automne prochain toutes les scènes que nous venons de traverser. Ne croyons pas que tout soit fini, il n'y a qu'une grande déroute ; la différence est immense.

Savez-vous le véritable, le seul motif pour lequel l'Empereur Alexandre répugne de voir un corps d'armée , fût-il de dix mille hommes, stationner hors de ses frontières? C'est qu'il est convaincu que ce corps passerait à l'ennemi, tant le travail libéral des braves gens dont ce Prince s'était entouré a libéralisé cette même armée. Avec une conscience pareille, on n'est guère conquérant !

Tout ce que je vous dis ici est vrai et de toute vérité. Tout calcul qui part de bases différentes est erroné. Je réponds de tous les faits, et l'avenir ne justifiera peut-être que trop l'exactitude de mes informations et de mes calculs.

Que iaut-il faire quand on marche au milieu des ténèbres

et du chaos? Allumer un flambeau, et marcher droit et ferme à sa lueur! Ne vous fiez pas à d'autres lumières; elles sont placées exprès pour vous perdre, ou ce sont des incendies que l'on vous dit n'être que des feux de joie.

Quelques heures de conversation vous apprendraient plus que vingt pages. La seule justice que je vous demande en attendant, c'est de vous arrêter aux faits démontrés, et nos succès matériels sont un fait. Je ne vous parle pas encore de succès moraux, car ceux-ci restent à attendre, et ils sont bien plus difficiles à atteindre que les succès matériels.

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