I. — Pr
lapes.
Il est démontré qu'une vaste et dangereuse conjuration a acquis depuis 1814- assez de force et de moyens d'action pour s'être emparée d'une foule de ressorts dans les administrations publiques. Cette conjuration a paru moins évidente aux yeux du monde, aussi longtemps qu'elle ne se montrait pas à découvert et qu'elle ne sortait pas du domaine desthéoiies.
Rien n'étonne sur ce terrain; les discussions, les prétentions, les contradictions lui appartiennent de plein droit. Le jour où j'ai vu que les saines doctrines étaient attaquées avec impunité, et que, refoulées pas à pas dans un cercle journellement plus étroit, elles risquaient d'être étouffées, j'ai vu la révolution avec ses conséquences inévitables, le désarroi, l'anarchie et la mort, là où beaucoup d'autres ne voyaient encore que des lumières aux prises avec des préjugés.
La conjuration n'avait fait jusqu'alors que reconnaître son terrain et le préparer. Elle a grandi, et elle a dû grandir grâce aux instruments qu'une trop déplorable erreur lui a permis de se créer.
Elle ne tarda pas à descendre de la sphère intellectuelle dans celle des faits matériels. Un mot lui a suffi pour gagner la
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l'av(Mir |>iilili(|ii('. (le mol iiil ccliii de Constitution, (lc> tous l(; iiiùiiis |)r«(is, le plus suji'l ;i iiilcrprclaliou ci lo plus imWv. h populariser, car il opère sur la masse des jx-uplcs au inovou (les espérances. Dites aux hommes (ju'au uioveu <riiii seul mot vous leur assure/ des droits, une lilxMlé cpie la mass(; (;on(oiid toujours avec la liccuee, uue carrière à toutes les audiitiou-^ et du proHt pour toutes les entreprises, vous n'aurez jauiais de peine à vous faire écouter. La niasse, une fois a{jitèe, renonce à tout le reste; elle écoute, et ne porte pas ses v(eux jusqu'à comprendre. Le jour où les peuples comprennent, ils sont le.s premiers à rétablir l'ordre.
Ce terrain conquis, la dernière ressource de l'autorité a été attaquée. Les l^clieux ont eu recours aux armes; le triomphe leur est apparu comme certain.
Le but clair et précis des factieux est un et uniforme. C'est celui du renversement de toute chose légalement existante. Les ambitions et les profits sont toujours impatients et ardents dans leurs revendications. Chaque jour, en révolution, équivaut à la carrière d'un homme. La veille n'est plus rien, lejour est tout, et il ne sera plus rien le lendemain. L'influence, les places, la fortune, tout ce que les passions humaines peuvent convoiter, est suspendu et attaché à l'arbre de la liberté comme à un mât de cocagne. Le peuple ne manque jamais de s'y porter en foule. Il faut courir à la fête; pour y parvenir, il faut renverser tout.
Le principe que les ^lonarques doivent opposera ce plan de destruction universelle, c'est celui de la conservation de toute chose légalement existante.
Le seul moyen de parvenir à ce but pourra être celui de ne pas innover.
Votre Majesté Impériale me connaît assez pour savoir que personne n'est plus que moi éloigné de toute vue administrative étroite. Il n'est pas un développement du bien véritable que je ne désire et qu'en toute occasion je ne regarde comme un devoir de soutenir. Mais plus je professe ce sentiment, plus je suis convaincu qu'il est impossible à la fois de conserver et de réformer dans un sens de justice et de raison, quand la masse
du peuple est en mouvement ; il est alors, comme l'individn dans un état d'irritation, menacé de la fièvre, ou livré déjà à ses accès.
Que les Gouvernements gouvernent ; que l'autorité ne se fasse pas illusion, elle n'est rien sans le pouvoir.
En gouvernant, elle améliorera de fait\es situations; mais qu'elle ne change rien aux bases sur lesquelles elles se trouvent placées; qu'elle agisse, mais qu'elle ne concède pas. Qu'elle exerce ses droits, mais qu'elle ne les discute pas. Qu'elle soit juste (et pour l'être elle doit être forte), et elle respectera tous les droits réels comme on respectera les siens.
En un mot, Sire, conservons, marchons droit et ferme sur des routes connues, ne dévions de cette ligne ni de fait ni de paroles; nous serons forts et nous serons arrivés le jour où tout ce qui est bien pourra s'atteindre avec autant de chances de succès qu'il existe aujourd'hui de certitude de perdition dans toute entreprise hasardée.