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LE TRAITÉ D ALLIANCE DE POTSDAM

(Note 15, p. 221, t. I.)

76. Metternich à Colloredo (E. D.), Potsdam, le 4 novembre 1805. — 77. Article additionnel proposé par Metternich, avec les observations de ce dernier. — 78. Observations de Metternich relativement au premier article secret du traité. — 79. Metternich à Colloredo (E. D.), Berlin, le 6 novembre 1805. — 80. Cobenzl à Metternich (E. D.), Brlinn, le 10 novembre

76. J'ai l'honneur de soumettre ci-joint* à la haute ratification de Sa Majesté Impériale le triple concert conclu et signé hier à huit heures du soir entre les plénipotentiaires de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies, de Sa Majesté le Roi de Prusse, et aujourd'hui entre les plénipotentiaires russes et moi; les copies prussiennes n'étant pas encore prêtes, l'échange

*JNous ne donnons pas le texte dii traité d'alliance : il a été souvent publié depuis, et nous le croyons suffisamment connu. Voir notamment le Recueil des traités, etc., par Martens, t. II, p. 481 (1875), et les Faits mémorables de la vie de Hardenber^ , par L. Ranke, t. II, p. 324 (1877).

{JSote de [Éditeur.)

avec les plénipotentiaires prussiens n'aura lieu qu'après-demain à Berlin, et Mgr l'archiduc* voudra sans doute bien se charger de porter cet exemplaire du traité à Sa Majesté Impériale. J'ai cru devoir choisir pour ma part le mode d'une accession, pour éviter les embarras sur les préséances. Nous travaillons depuis trois jours et nuits consécutifs à la confection définitive d'un ouvrage que je supplie Sa Majesté Impériale de regarder

comme le nec plus ultra de ce qu'il était possible d'atteindre

J'ai trouvé en arrivant ici les négociateurs russes et prussiens occupés depuis plusieurs jours à la rédaction d'une œuvre disputée pas à pas par les derniers. L'Empereur avait entamé la négociation en faisant remettre par ses ministres un projet d'accession pure et simple à la coalition. Le Roi y a répondu par un contre-projet ne contenant que des mots , et ne précisant surtout rien moins que la coopération active de la Prusse. Depuis longtemps a-t-on abandonné ici toute idée de venger l'injure personnelle de Napoléon autrement qu'en saisissant l'occasion fournie par lui-même de se défaire de tous les engagements gênants avec lui. La Prusse est habituée à ne travailler que pour du profit tout clair; c'est lui seul qu'elle calcule, et l'Europe disparaît à ses yeux, s'il s'agit d'efforts pour la sauver. Sans l'Empereur Alexandre, sans sa résolution finale de faire un pénible voyage dont les résultats mêmes pouvaient être compromettants pour sa dignité personnelle, sans le généreux dévouement qui l'a porJé à se regarder comme simple négociateur, à ne pas se laisser rebuter par les lenteurs, les dégoûts de toute espèce, la Prusse n'était plus entraînable. La seule inertie du Roi, la malveillance affreuse de ses alentours ne suffisaient pas à l'étoile de Napoléon ; il a fallu que nous subissions des revers inouïs dans leur genre, que l'Empereur n'eût pas une seule bonne nouvelle à offrir au Roi, que toutes les complications d'une disette plus ou moins générale, d'une saison détruisant dans son germe l'espoir d'une partie des

* L'arclliduc Antoine, frère de l'Empereur François, se trouvait en mission à Berlin, comme le lecteur l'a vu dans l'Autobiographie.

(^Note de l'Éditeur.)

récoltes de l'année prochaine, vinssent encore à son secours. Je crois qu'en calculant toutes ces chances, Sa Majesté Impériale trouvera plus d'espoir de salut, plus d'efforts de la part de la Prusse dans le concert signé par nous et ratifié par les deux Souverains présents, qu'Elle ne s'était peut-être permis d'attendre

Les négociateurs russes me rendront la justice que je n'ai cédé sur rien, avant d'avoir vu la rupture de toute négociation dans mes refus ; et si l'article additionnel que j'ai cru devoir proposer relativement à la malheureuse possibilité que l'ennemi poursuivît ses succès sur la route de Vienne a été rejeté, ce n'est assurément pas faute de soins (n" 77). J'ai également poussé et soutenu la demande, conjointement avec les Russes, jusqu'au moment de la déclaration du comte de Haugwitz qu'il regardait la négociation comme rompue.

Les armées marchent en toute hâte. Votre Excellence verra que le Roi a déterminé des points de réunion tellement menaçants pour Bonaparte, qu'il risquerait beaucoup en s'avançant inconsidérément au delà de l'Inn. J'espère ne point avoir commis de fautes de pures Joi'ines diplomatiques. Je n'ai ni matériaux ni aides à ma portée, et si Votre Excellence devait en découvrir, je la supplie de croire que c'est bien malgré moi qu'elles se seraient glissées dans la rédaction.

M. le baron de Hardenberg ayant été par malheur quasi constamment alité, M. de Haugwitz n'a jamais manqué de nous présenter dans les séances du lendemain les corrections et additions convenues la veille, rédigées dans un sens contraire au nôtre, ou entièrement omises. Nous y avons souvent reconnu la main de Lombard, dont l'influence assurément n'a pas été la moins active dans tout le cours de cette négociation. Nous sommes enfin convenus hier, M. le prince Czartoryski et moi, que nous ne nous séparerions plus sans avoir signé les minutes, ce qui enfin eut lieu à trois heures du matin. La signature des deux Souverains a eu lieu chez Sa Majesté l'Empereur, et l'échange des traités a également été fait en leur présence une demi-heure après la signature des plénipoten-

74 RECUEIL DE DOCrJVIENTS (1773-1815).

tiaires : circonstances qui ajoutent assurément à l'extraordinaire de la marche de toute la négociation.

Je ne saurais trop appuyer sur la vérité incontestable quo nous n'avions que le choix entre rien et ce que nous avons obtenu; ce fait ne saurait être douteux, en considérant les soins extrêmes que l'Empereur Alexandre a pris de soutenir nos négociations près du Roi en personne. Ce monarque a suivi pas à pas notre travail; il m'a fait l'honneur, entre autres, de me parler quasi d'heure en heure de ses efforts pour faire passer mon article additionnel; c'est lui-même qui s'est chargé, sur ma proposition, de déterminer en dernier résultat le Roi à faire au moins entrer le sens de ma demande dans la lettre dont se trouve chargé Mgr l'Archiduc. Rien ne l'a découragé, ni les nouvelles, toujours plus affligeantes par leurs détails, de nos revers en Allemagne, ni les dégoûts qu'il essuyait personnellement.

Votre Excellence trouvera dans l'annexe de courtes réflexions sur le premier article secret (n° 78).

ARTICLE ADDITIONNEL PROPOSÉ PAR METTERNICH. (Annexe du n° 76.)

77. « Dans le cas imprévu d'une défaite des armées impériales actuellement sur l'Inn, et d'un mouvement de Bonaparte qui menaçât la capitale de l'Empire autrichien, le négociateur prussien, vu le désir de Sa Majesté le Roi de contribuer à couvrir, par tous les moyens en son pouvoir, un point aussi important, demandera la réponse définitive de Bonaparte dans le plus court espace de temps (qui dans aucun cas n'excédera deux fois vingt-quatre heures), en lui déclarant qu'il quittera son quartier général s'il ne l'obtient pas, et qu'il regardera le refus de s'expliquer catégoriquement comme un refus d'accéder à l'ultimatum convenu. »

J'ai prévu le cas que le négociateur prussien pourrait arriver au quartier général de Napoléon dans un moment où la sûreté de la capitale serait menacée d'une manière encore plus imminente que lors des premières défaites de nos armées.

KPOQTE DE LA MISSION DE RERLIN (1805). 75

Bonaparte, empressé de Jînir sa besogne pour se porter vers , de nouveaux points menacés, de nous mettre par conséquent hors de jeu l'un après l'autre, n'a qu'à traîner à sa suite l'envoyé prussien, avoir l'air de ne pas refuser d'entendre aux propositions, continuer, en un mot, d'agir et de leurrer le négociateur, malgré l'altitude hostile que prendraient en attendant les armées prussiennes, et dans l'espoir que le parti pris par la Prusse mollirait à mesure que le danger dût être plus directement combattu par elle. J'ai cru, au moins dans le cas du danger le plus prononcé, devoir mettre dans notre balance le poids d'une déclaration prompte de la Prusse, qu'elle regarderait le rejus de s'expliquer, dans un terme déterminé, comme un reJus décidé d'accéder à l'ultimatum convenu. M. de Haugwitz a commencé par refuser de soumettre même au Roi ce vœu, « injurieux », à ce qu'il prétendit, «à sa dignité, parce que la chose s'entendait d'elle-même». L'ayant poussé d'un retranchement dans l'autre en lui prouvant « qu'il y avait contradiction formelle dans son objection, une injure au Koi ne pouvant jamais s'entendre d'elle-même, et ce qui s'entendait implicitement (et ne pouvant par conséquent point être injurieux) ne pouvant également point offrir de difficultés d'être dit explicitement » , il adopta une nouvelle thèse : « Nous ne pouvons pas battre l'ennemi, me dit-il, avant de l'avoir atteint. » Je lui prouvai qu'il n'était pas question de se battre sans que les deux armées se fussent jointes ; mais j'insistai sur la différence réelle entre une déclaration et une bataille ; que la première pouvant et devant précéder la dernière, il n'y aurait pas de raison de ne pas s'assurer également des deux genres de secours, et que je désirais que le Roi ne fit «qu'assurer vouloir employer un moyen , en attendant la possibilité d'employer l'autre » .

M. de Haug\vitz finit par s'échauffer tellement, que voyant que je n'obtiendrais jamais rien de lui, je lui dis : «Vous ne me refuserez pas. Monsieur le comte, de soumettre à Sa Majesté un vœu que je vous prie de regarder comme trèsprononcé de ma part. L'Empereur mon Maître a toujours fait

tous les sacrifices ; nous défendons autant votre cause que la nôtre, et si les approches des ennemis de notre capitale, en cas de revers possibles dans les chances de la guerre, ne nous effrayent pas quand il s'agit de défendre la cause de l'indépendance de l'Europe , il me paraît que nous avons le droit d'exiger qu'on ne s'en remette pas au bon plaisir seul du négociateur pour dépêcher la besogne , et couper court à toute négociation avant l'écoulement des quatre semaines , dans une circonstance surtout qui, en éloignant toujours davantage les armées françaises de vos postes avancés, ne leur permettrait de les atteindre qu'au temps prévu dans notre concert. »

M. de Haugwitz, voyant que je ne démordais pas, me dit qu'il soumettrait mon article au Roi, et me pria de lui en envoyer la rédaction le lendemain matin, ce que je ne manquai pas de faire.

OBSERVATIONS DE METTERNICH RELATIVEMENT AU PREMIER ARTICLE SECRET DU TRAITÉ.

(Annexe du n° 7G.)

78. Le texte de cet article * prouvera à Votre Excellence que les vues de la Prusse sur le pays de Hanovre ont depuis longtemps été devinées par notre Cour; Elle se convaincra, d'un autre côté, que cette puissance redoute de jour en jour plus le contact avec la France. Elle offre au Roi d'Angleterre ses provinces westphaliennes au delà du Weser; les ports d'Emden et de la mer du Nord, l'influence directe qu'il sera

* Le premier article secret du traité de Potsdam est ainsi conçu : « La Prusse ne pouvant que difficilement obtenir une frontière sûre du côié de la France sans un arrangement qui la mettrait en possession du Hanovre, Sa Majesté Impériale de toutes les Russie», qui ne saurait, pnr une suite de son intimité et de son union avec Sa Majesté Britannique, prendre d'engagements à ce sujet, cependant a promis, par égard pour l'urgence des circonstances actuelles et par un désir de complaire autant que possible à Sa Majesté Prussienne et de la disposer à une coopération suivie, d employer ses bons offices pour effectuer cet arrangement, soit par un troc, soit de CoDte autre manière qui puisse dédommager la Maison électorale de Brunswick,

plus à portée d'exercer sur la Hollande, serviront peut-être

d'appât au ministère anglais, et le porteront à seconder nos

, efforts pour vaincre la prédilection assez naturelle du Roi

pour le patrimoine de sa famille.

• L'exécution de cette clause offre assurément des difficultés de premier ordre. Nous étions convenus que dans aucun cas les négociations pour les subsides et pour la cession du Hanovre n'iraient de pair ; ce n'est que le jour de la signature des minutes que les plénipotentiaires prussiens déclarèrent au prince Czartoryski, dans un entretien particulier, que le Roi exigeait absolument que la seconde négociation fût entamée le plus tôt possible. Le prince vint me trouver pour me communiquer ses doléances, et j'ai cru devoir lui proposer que si nous ne parvenions absolument pas à faire démordre le ministère prussien de sa prétention, nous ferions mieux d'insister pour que les deux Cours impériales fassent exclusivement chargées de la proposition et de la négociation près du Roi d'Angleterre, la Prusse se tenant absolument passive. On ne saurait se refuser effectivement à la considération que nous, du moins, négocierons dans la vue de faire réussir la chose, et que le négociateur prussien, en y mettant la malveillance à laquelle nous sommes toujours en droit de nous attendre, trouverait un moyen assuré et très à sa portée de paralyser le concert. Nous avons proposé cet amendement , et les ministres du Cabinet ont donné leur parole d'honneur que la Cour d'ici se bornera à nous fournir un mémoire estimatif et renfermant surtout les vues politiques les plus en faveur de l'Angleterre.

et concilier le mieux tous les intérêts. Si celle-ci accède à cet arrangement, et si l'Angleterre consent au payement des subsides pour la totalité des troupes que Sa Majesté le Roi de Prusse mettra en campagne pour toute la tkirée de la guerre, Sa Majesté s'engage à ne faire ni paix ni trêve, et à ne poser les armes que d'un commun accord avec son auguste allié et Sa Majesté Britannique. Si les conditions ci-dessus énoncées ne pouvaient être obtenues d'une manière qui ne laissât aucun doute à Sa Majesté Prussienne, Elle n'aurait plus d'autre devoir, résultant de la présente convention, que celui de prévenir son allié six mois d'avance, que sa sûreté et le manque de ressources pécuniaires la décideraient à s'arranger avec l'ennemi. »

Je prie Votre Excellence de regarder encore sous ce rapport ce que nous avons obtenu comme le nec plus ultra de ce qu'on pouvait atteindre.

Metternich à CoUoredo. Berlin, le 6 novembre 1805.

79. J'ai tardé de soumettre à Votre Excellence mes observations sur les relations actuelles du baron de Hardenberg avec M. de Haugwitz, pour ne pas l'induire en erreur sur des données purement approximatives. On ne saurait malheureusement se cacher que le premier a beaucoup perdu de son crédit. Son mauvais état de santé , la confiance qu'il accorde aux sentiments personnels du comte de Haugwitz, qui ne vise qu'à lui casser le cou, ses principes connus et craints de beaucoup de gens, les difficultés surtout qui jusqu'à présent l'ont empêché de faire maison nette, tout paralyse beaucoup ses moyens et les rendra peut-être nuls incessamment. Il aura encore une époque à mettre à profit, celle de l'absence de son collègue. Il ne tiendra pas à moi de ne pas la lui faire apprécier ; s'il la manque, on ne saurait se flatter, à moins d'événements très-favorables pour lui, que son ministère soit encore de longue durée. Ce n'est qu'à lui que nous devons, en thèse, ce qui a été rendu possible par tant d'autres circonstances indépendantes de lui, mais que lui seul a guidées au bien. Si la douceur et la faiblesse de son caractère nous ont privés de beaucoup d'avantages qu'il eût sans doute pu tirer de sa position en risquant l'alternative de sauver la cause ou d'arriver sur-le-champ là où les moyens termes qu'il a employés le mèneront également, il n'en est pas moins vrai que la retraite de ce ministre serait toujours une véritable calamité sous le double rapport du choix de son successeur et de sa perte. Nous savons que M. de Haugwitz est rentré comme ad latus dans le département; mais nulle annonce officielle ne nous a encore été faite, et M. de Hardenberg, lors du séjour de son collègue à Vienne, m'avait assuré désirer lui-même ardemment son retour, auquel il semblait alors ne point attacher de valeur inquiétante pour lui.

Cobenzl à Metternich. Briinn, le 10 novembre 1805.

80. Les déclarations signées et échangées entre les plénipotentiaires de Sa ^lajesté Prussienne et de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies, auxquelles vous avez accédé au nom de notre auguste Maître, nous ont été apportées ici, à Brùnn,par le courrier Beck, que vous en aviez chargé.

L'Empereur ayant examiné ces pièces avec l'attention que mérite leur importance, s'en est montré entièrement satisfait, et nous a ordonné de faire dresser les actes de ratification, lesquels vous seront envoyés le plus promptement possible. Sa Majesté vous charge de témoigner au Roi, par lentremise de ses ministres, combien Elle se félicite Je voir enfin terminé l'ouvrage qui consolide l'entière réunion que notre auguste Maître a depuis longtemps si vivement désirée, et qui est si analogue aux sentiments de la plus cordiale amitié dont il est pénétré pour Sa Majesté Prussienne.

Vous aurez observé, Monsieur le comte, que les deux lettres adressées par notre auguste Maître à l'Empereur des Français avaient pour objet une partie de ce que porte le plan présentement arrêté entre les trois Cours, savoir, de donner lieu à une négociation entre toutes les parties intéressées, et de commencer par un court armistice pour avoir le temps de sauver Vienne.

Nous n'avons encore aucune nouvelle de ce qu'aura produit l'envoi de M. le lieutenant général comte de Giulav; mais d'après tout ce qui nous revient, nous n'en attendons guère de succès, et Vienne sera probablement sous peu de jours entre les mains de l'ennemi. Quelque douloureux que soit cet événement, facile à prévoir d'après l'infériorité du nombre des troupes qui a pu être opposé à Bonaparte au passage de l'Inn, Sa Majesté nen persistera pas moins invariablement dans les principes arrêtés entre les trois Cours, et remplira avec la plus scrupuleuse exactitude les engagements que vous venez de contracter en son nom, particulièrement celui de ne rien recevoir de Bonaparte, ou de ne traiter avec lui que du plus par-

fait concert avec les deux Cours alliées. C'est de quoi vous ne manquerez pas de porter l'assurance à M. le baron de Hardenberg. En même temps, rien ne sera omis de notre part pour employer contre l'ennemi tous les efforts qui sont en notre pouvoir. Jusqu'au 20 de ce mois, nos forces, réunies à celles de la Cour impériale de Russie du côté de l'Autriche, se monteront à près de cent mille hommes : si en même temps la puissante diversion prussienne est accélérée autant que l'exige l'urgence des circonstances, l'Empereur Napoléon pourrait être dans le cas de se repentir d'avoir provoqué toutes les puissances.

La conduite que vous avez tenue, Monsieur le comte, dans liniportante négociation confiée à vos soins, vous a mérité l'entière approbation de notre auguste Maître; et pour vous en donner un témoignage éclatant, nous avons la satisfaction de vous annoncer que Sa Majesté vous a nommé grand-croix de l'Ordre de Saint-Etienne; les marques et l'expédition nécessaires vous seront envoyées par le premier courrier. Nous sommes persuadé d'avance que cette preuve de la bienveillance de Sa Majesté, dont vous avez su vous rendre digne, ne fera que redoubler votre zèle pour son auguste service.

SUR LES BILLETINS FRANÇAIS, ET IDEES SUR LA CREATION d'un JOURNAL.

(Notes 16 et 22, p. 221 et 222, t. I.)

81. Metternich à Cobenzl (E. D.), Berlin, le 7 décembre 1805. — 82. Idées sur la création d'un journal à rédiger sous les auspices des puissances alliées (Notes écrites par Metternicli), Berlin, le 5 décembre 1805.

81. Le Gouvernement français a depuis longtemps réduit en système la calomnie la plus atroce contre les princes et les peuples avec lesquels il veut se brouiller, ou qui se trouvent en guerre avec lui. Cette tactique devrait ne produire qu'un faible effet, tous ses éléments ne reposant que sur le mensonge

ordinairement le plus grossier; on ne saurait néanmoins se cacher que l'opinion publique finit par prendre plus ou moins les plis que nos ennemis veulent lui donner; la dignité du silence qu'observe le bon parti n'impose pas au peuple; on nous condamne parce que nous nous taisons, et il suffit d'être en pays étranger, sur un point surtout que Bonaparte a choisi de préférence pour y répandre tout ce que vomissent tous les jours contre nous d'odieux folliculaires, pour ne pas pouvoir douter de la vérité que je viens de prononcer. Les bulletins journaliers de l'armée française qui se publient et dont on inonde l'Allemagne et l'Europe entière, sont une invention nouvelle et méritent la plus sérieuse attention. Bien moins destiné à rapporter des faits militaires qu'à égarer le public sur l'esprit et les principes de notre gouvernement et de nos peuples, le Cabinet de Bonaparte s'est mis en contact journalier avec toutes les classes de la société. Il s'est dépouillé du style officiel pour adopter celui de la conversation la plus familière; chaque bulletin met en scène des personnages dont les noms respectables inspirent de la confiance et des gens du peuple qui confirment ce que l'on veut faire prendre pour esprit public dans la Monarchie autrichienne et ce qui finit par être pris pour tel par des millions de lecteurs.

Personne ne doute à Berlin et dans le reste de l'Allemagne que la Hongrie ne se soit déclarée neutre par l'organe même du Palatin. Des articles de journaux ont sous ce rapport tellement égaré l'esprit public, qu'on oppose à tout ce qu'on peut dire pour rectifier les faits des pièces réputées officielles. La soi-disant traduction du discours d'un comte de Palffy m'a paru devoir nécessiter une réfutation, vu la valeur extrême qu'on y attache. J'ai envoyé aux rédacteurs des feuilles de Berlin et à M. de Hôfer, à Hambourg, un article. J'ignore s'il parviendra à le faire agréer aux rédacteurs des gazettes, sur lesquels M. Bourrienne exerce encore une autorité tellement sévère que les feuilles sont constamment soumises à sa censure avant de paraître, et qu'il raye et soumet à son bon plaisir tous les articles qui lui conviennent ou lui déplaisent. Les gazettes de Hambourg étant généralement répandues en Europe, cette II. 6

surveillance n'a pu échapper aux soins du gouvernement français, et il serait fort à désirer que des démarches réunies et faciles dans un moment où les liens les plus intimes viennent d'être contractés par tant de puissances prépondérantes, missent enfin un terme à l'odieuse prétention de la France de détériorer l'esprit allemand par nos propres feuilles publiques. Ces différents points de vue se trouvent consignés dans plusieurs de mes précédentes dépêches; j'ai cru de nouveau devoir appeler toute l'attention de la Cour sur un objet de la plus haute importance, en ce qu'il est de l'intérêt le plus général. Il est absolument indispensable que l'opinion publique soit le plus tôt possible édifiée sur le compte de la démarche du comte de Palffy, commandant de Presbourg, et de l'indigne interprétation qui lui a été donnée par le maréchal Davoust. L'honneur de Son Altesse Impériale Monseigneur l'Archiduc palatin y est aussi compromis que celui d'une brave et loyale nation qui de tout temps a donné les preuves du plus constant dévouement à l'auguste Maison d'Autriche. J'attendrai les ordres de Votre Excellence relativement aux mesures qu'Elle jugera devoir me transmettre, et les exécuterai avec toute la promptitude et le zèle qu'exige le cas. La manière dont on s'est plu à offrir au public le projet d'armistice proposé par M. de Wintzingerode ne fait pas moins de sensation ici, et il serait également urgent de rétablir ces faits, qui fournissent ample matière à la malveillance, plus active, plus acharnée à mesure que les embarras dans lesquels se trouve Bonaparte augmentent.

IDÉES SUR LA CRÉATION d'uN JOURNAL A RÉDIGER sous LES AUSPICES DES PUISSANCES ALLIÉES.

(Notes écrites par Metternicb.) Berlin, le 5 décembre 1805.

82. Le journal serait l'organe de la bonne cause, le dépôt des nouvelles officielles des armées alliées, le censeur de celles de l'ennemi. Il se composerait :

1* D'une partie politique;

2» D'une partie littéraire ;

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