LA BATAILLE D AUSTERLITZ
3" D'une espèce de feuilleton.
1° La partie politique renfermerait :
a. Les nouvelles officielles des armées alliées, qui seraient, ainsi que tous les « inserenda ?) , communiquées au rédacteur principal par les ministres des puissances coalisées.
b. Les nouvelles publiées officiellement par Fennemi : des remarques des rédacteurs éclaireraient ces pièces et en feraient la censure.
c. Des mémoires politiques propres à guider l'opinion pu-
blique vers le but commun.
2° La partie littéraire s'occuperait principalement de la récension et critique des ouvrages politiques publiés par la France et ses adhérents ; elle ferait connaître également les ouvrages qui servent à les réfuter, et les bons ouvrages politiques en général.
3° Le feuilleton serait le dépôt d'ai'ticles de moindre valeur, d'anecdotes, etc.
Ce journal paraîtrait, ou imprimé sur deux colonnes en allemand et en fi'ançais, ou contiendrait des articles secrets dans les deux langues, au choix des collaborateurs.
LA BATAILLE DAUSTERLITZ,
(Note 16, p. 221, t. 1.)
83. Metternich à Cobenzl (E. D.), Berlin, le 13 décembre 1805. — 84. Metternich et Alopéus à Hardenberg (projet de Note). — 85. Metternich à Cobenzl (E. D.), Berlin, le 16 décembre 1805.
83. Je suis dans le cas de reprendre le fil de plus haut, pour avoir l'honneur de mettre Votre Excellence au fait de la position affreuse dans laquelle je me trouve depuis plusieurs jours. Une dépêche du comte de Finkenstein, en date d'Olmtitz, 3 décembre, nous informe de la perte de la bataille d'Austerlitz et de la translation du département des affaires étrangères à Teschen. Tous les rapports suivants, fondés sur des données vagues et contradictoires, nous firent attendre
avec la plus vive impatience des nouvelles officielles et directes.
Le maréchal de Mœllendorf devait quitter Berlin le lendemain ; le courrier destiné à porter l'ordre déjà signé par le Roi se trouvait dans Tantichambre du baron de Hardenberg, lorsqu'un courrier expédié par le comte de Haugwitz de Vienne, en date du 6, vint lui remettie une dépêche par laquelle ce ministre informe sa Cour, en peu de mots :
De la bataille du 2; dune entrevue entre les Empereurs François et Napoléon, qui se seraient promis de faire la paix; d'une suspension d'armes, et du départ subit de MM. les comtes de Stadion et de Giulay de Vienne après la réception d'un courrier, pour se rendre à Nicolsbourg, où ils signeront une paix séparée. Il ajoute que M. le comte de Stadion lui avait promis de l'informer de son départ, qu'il prévoyait dès la veille, mais n'en avait rien fait.
A ce rappoi't étaient joints les bulletins exagérés et mensongers publiés par Bonaparte sur la journée d'Austerlitz, et une lettre de Bâcher * à M. de Laforest, que les envoyés de France, de Hollande et de Bavière avaient eu soin de répandre en peu d'heures dans toute la ville.
M. d'Alopéus, qui s'était trouvé présent lors de la réception de cette dépêche, qui, tant par son laconisme insultant dans une circonstance aussi majeure que par son style, distillait le fiel, vint me trouver sur-le-champ, et nous convînmes de faire une démarche uniforme vis-à-vis du baron de Hardenberg, pour le supplier de porter le Roi à ne suspendre aucune des mesures militaires et à faire avancer ses armées vers les points indiqués sur la frontière de la Bohême, où il trouverait toujours moyen d'arrêter leur entrée si d'ici là nous apprenions la confirmation des nouvelles de M. de Haugwitz. Le baron de Hardenberg nous porta le lendemain l'assurance de
* Théobald Bâcher était à cette époque chargé d'affaires français résidant à P.atisbunne. Sa lettre à Laforest contenait une foule de détails exagrlrés sur les événements qui s'étaient passés sur le théâtre de la guerre.
(Note de tÉditeur.)
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la part du Roi que les mesures militaires dictées même pour sa propre sûreté ne seraient nullement suspendues, mais que Sa Majesté avait dû se borner à expédier au comte de Haugwitz Tordre d'attendre de nouvelles instructions d'ici, qu'on n'était pas encore à même de lui transmettre avant d'avoir vu plus clair dans la chose. Le départ du maréchal de Mœllendorf toutefois fut suspendu jusqu'à nouvel ordre.
Le terme des quatre semaines depuis le départ du comte de Haugwitz étant échu, M. d'Alopéus et moi, que des nouvelles indirectes et vagues ne purent nullement arrêter dans notre marche, remîmes hier, mutatis mutandis , la note ci-jointe (n° 84) au baron de Hardenberg, mesure concertée d'avance avec lui : sa réponse, également suspendue, devait être la déclaration de guerre contre la France. Nous avions cru devoir renforcer nos arguments par la citation du traité relatif au partage de la ci-devant Pologne, pays dont la constitution actuelle se trouve directement menacée par toutes les mesures publiques et sourdes de Bonaparte.
Tous nos soins réunis de M. d'Alopéus et moi n'ont pu viser, depuis l'arrivée de la dépêche du comte de Haugwitz, qu'à empêcher que les mesures militaires ne fussent ralenties ou ne s'arrêtassent; nous avons atteint ce but, mais l'état des choses est tellement tendu, que nous ne pouvons en répondre au delà d'un certain point. Un autre point de vue qui m'a paru conforme aux principes de loyauté connus de notre Cour, est celui de m'être rendu personnellement garant que jamais Sa Majesté Impériale ne contreviendrait en rien à ce que lui dicte son amitié pour Sa Majesté Prussienne.
Le style de la dépêche du comte de Haugwitz, la circonstance que M. de Laforest n'a jusqu'à présent reçu nul avis officiel de M. de Talleyrand, le peu de confiance qu'on a au fond dans le négociateur prussien, les faits notoires enfin de l'indigne mesure employée naguère par les Français pour tromper le prince d'Auersperg, contribuent tous à laisser le Roi, le ministère et le public en suspens, et à ne faire encore envisager l'armistice que comme une mesure purement militaire. Sa Majesté a toutefois chargé son ministre du Cabinet de
prier M. d'AIopéus de transmettre à son auguste Maître nu Elle n'était pas fâchée, mais infiniment peiné e de son silence. De manière ou d'autre, devons-nous être tirés incessamment de Tétat d'incertitude dans lequel nous nous trouvons, et qui est pire que la mort? Je crois ne pas pouvoir mieux servir les intérêts de notre auguste Maître qu'en continuant invariablement mes démarclies dans la voie que me tracent les dernières dépêches de Votre Excellence, jusqu'au moment où de nouveaux ordres me seront transmis; j'aurai soin cependant de nuancer ma conduite d'après les premières données, qui, ])robablenient, doivent parvenir dans les vingt-quatre heures à M. d'AIopéus. Si les derniers temps m'ont offert mainte épine, l'époque présente est sans contredit la plus pénible de toutes, ma position surtout étant infiniment aggravée par l'élan que vient de prendre tout le parti français. On ne saurait douter que le jour de la dissolution de la coalition serait celui de la chute du ministère actuel, et que M. de Ilaugwitz ne reviendrait ici que pour reprendre le portefeuille.
MINUTE d'une note DE METTERNIGH ET d'aLOPÉUS A HARDENBERG.
(Annexe du n° 83.)
84. L'amitié sincère et inviolable qui unit Leurs INÎajestés 1 Empereur d Allemagne et d'Autriche, l'Empereur de toutes les Russies et le Roi de Prusse ; le concert intime cimenté entre eux par le traité de Potsdam ; la conformité de leurs vues et de leurs principes, et celle des intérêts de la Russie et de la Prusse dans la crise actuelle, ne laissent aucun doute au soussigné qu'en indiquant ici ce que l'Empereur son auguste Maître attend aujourd'hui du Roi son ami et allié, M. le ministre d Etat et du Cabinet baron de ITardenberg s'empressera d'en rendre compte à Sa Majesté Prussienne et de mettre le soussigné à même de faire parvenir à sa Cour l'assurance positive et consolante que les ordres dont il réclame l'expédition ont déjà été transmis à qui il appartenait.
Les sentiments que Sa Majesté Prussienne porte à l'Empereur rendent absolument superflu de rappeler à sa sensibilité
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les dangers qui ont accompagné tout récemment les efforts de courage que Leurs Majestés Impériales ont déployés pour soutenir une cause qu'Elles envisageraient peut-être comme désespérée, sans la certitude que si, dans quatre semaines après le départ du comte de Haugwitz, l'armistice n'était point conclu entre les puissances belligérantes sur les bases arrêtées, les forces prussiennes se joindraient aux alliés pour combattre l'ennemi commun, dont les progrès si rapides et les prétentions si exagérées ne laissent à l'Europe d'espoir de salut que dans une résistance opiniâtre et énergique. Les vues et les principes des trois Souverains ne sauraient différer à cet égard; tous trois connaissant leurs devoirs, ils ne sont plus douteux; le moment de vaincre ou de périr est arrivé, et si depuis longtemps leur sagesse a prévu cette douloureuse alternative, de nouvelles entreprises de la part du Chef du Gouvernement français viennent encore identifier les intérêts de leurs États et commander une activité redoublée pour arrêter de nouveaux désordres et de nouveaux dangers.
Le Chef du Gouvernement français annonce hautement vouloir rétablir ou plutôt soulever contre leurs Souverains des peuples que l'Autriche et la Piusse, de concert avec la Russie, ont dû soumettre pour les préserver des malheurs et des crimes que la Révolution française a enfantés et qu'une politique vigoureuse et bien entendue sut écarter de leur sein ; mais Bonaparte ne borne point à ce projet ceux de désorganisation qu'il forme. L'Empire germanique tombé en son pouvoir se lessent de son influence, et la propriété est sacrifiée à la volonté de récompenser ceux qui ont été contraints, entraînés ou égarés à faire cause commune avec l'oppresseur de leur patrie. Les Électeurs de Bavière, de Wurtemberg et de Bade ont violé tous les droits au mépris de ceux du Chef de lEmpire el -^'e leurs co-États en s'emparant des biens de la Maison d'Autriche, de ceux de la noblesse immédiate et des Ordres Teutonique et de Malte, enclavés dans leurs domaines ou adjacents. Cet oubli de tout ce que les lois constitutives de l'Empire germanique prescrivent à ses membres est un présage funeste de ce que l'on peut attendre des vues de Bonaparte sur cette
partie de l'Europe, et qui pourrait calculer les effets qui naîtraient de la réussite de ses plans à l'égard de la ci-devant Pologne?
Tous ces malheurs ne peuvent être évités que par l'accomplissement immédiat des mesures concertées le 3 novembre, et c'est d'après cela que le soussigné rappelle à Son Excellence M. le baron de Hardenberg qu'il y a aujourd'hui quatre semaines que M. le comte de Haugwitz, chargé de négocier l'armistice, est parti de Berlin, sans que cette nouvelle tentative pour rendre la paix à l'Europe ait été couronnée d'un heureux succès. Il réclame en conséquence l'expédition des Ordres nécessaires pour que les armées prussiennes s'avancent immédiatement des positions qu'elles avaient occupées vers les points où elles pourraient rencontrer l'ennemi afin de le combattre, conformément à la teneur des engagements concertés entre l'Autriche, la Prusse et la Fiussie, pour le cas où l'armistice n'aurait pas été conclu dans les quatre semaines après le départ du plénipotentiaire prussien.
Le soussigné, en s'acquittant ainsi d'un devoir commandé par les circonstances les plus impérieuses, trouve encore la certitude d'une réponse pleinement conforme à l'attente de son auguste Maître, dans les principes du Roi, dans le jugement éclairé de son ministre, et dans l'importance de l'objet même, sur lequel M. le baron de Hardenberg reconnaîtra la justice de ne point laisser un moment d'incertitude à Sa Majesté Impériale, qui, à la tête de ses armées, leur annoncera pour prix de leur courage quel puissant allié marche contre leurs adversaires.
Metternich à Cobenzl. Berlin, le 16 décembre 1805.
85. Le baron de Stutterheim *, arrivé ici hier matin, m'a mis verbalement au fait de la position actuelle des choses. La certitude que le mal est affreux m'a tiré d'un état pire encore
* Le baron de Stutterbeim, général autrichien, fut envoyé à Berlin avec une lettre de l'Empereur François au Roi Frédéric-Guillaume III.
(Note de rÉditeur.)
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et que Votre Excellence trouve retracé dans la dernière dépêche dont j'ai chargé le courrier Beyer en date du 13 de ce mo s. Je me sens la tête et les bras libres ; je repars de bases certaines, de données connues; je sais le mal, et puis espéier de nouveau servir l'Empereur dans la plus horrible crise dans laquelle se soit jamais trouvée son auguste Maison.
Tous nos maux viennent d'une seule cause: le manque
total de concert aura fini par doubler la force de Tennemi; cent mille hommes en auront ou vaincu ou paralysé cinq cent mille, force réelle dont disposait la coalition. Mais cette même faute nous laisse sur une seule ligne plus de deux cent mille combattants intacts, munis de tout leur attirail de guerre, et qui, guidés par un homme de bonne volonté, enlèveront encore dans le moment actuel sa proie à notre ennemi commun. C'est ce point de vue qui m'a soutenu dans la position affreuse dans laquelle je me suis trouvé, et c'est lui que j'ai soumis hier au général de Stutterheim. Je lui ai démontré l'existence de ces moyens, dont une masse de plus de cent mille hommes serait entrée du 21 au 23 de ce mois en Bohême, si la malheureuse journée du 2 et ses suites immédiates n'eussent point entravé cette opération, la plus facile de toutes à combiner avec nos opérations militaires, si le moindre accord, si même une communication plus active eût régné entre nos différents quartiers généraux.
En prouvant au général l'existence effective de tant de moyeyis de salut, qu'il m'a assuré avoir jusqu'à présent toujours été révoqués en doute, je ne lui ai, d'un autre côté, caché aucune de mes craintes sur l'impossibilité de les utilise?', surtout dans le moment actuel, autant que faire se pourrait; mais j'ai cru d'une indispensable nécessité de concerter sur-le-champ avec lui les moyens les plus propres pour porter le Roi à ne point se dessaisir, au détriment définitif de la cause, d'un rôle que lui commandent et l'honneur et son propre salut. Convaincu que la plus grande franchise vis-à-vis du Roi, recommandée d'ailleurs au baron de Stutterheim par Sa Majesté Impériale Elle-même, ne manquerait pas son but, nous con-
90 RECUEIL DE DOCUMENTS (mS-lSlS).
certaines nos mesures et notre langage, et convînmes des bases suivantes :
1° Que le général, dans l'audience que lui accorderait probablement le Roi dans la journée, conviendrait de toute l'étendue du mal ;
2° Que nous nous rendrions sur-le-cbamp chez le baron de Hardenberg dans la même vue;
3° Que nous réduirions tous les raisonnements à développer au Roi et à son ministère aux vérités suivantes :
Que si l'Autriche tombe, elle entraînera dans sa chute l'indépendance de l'Europe entière ;
Que la Prusse en a fait trop pour pouvoir compter dorénavant sur l'amitié de la France, et qu'elle ne se sauvera pas en faisant irop peu pour ses alliés ; que si elle n'a pas craint d'unir sa cause à celle des puissances par le traité du 3 novembre, elle ne doit pas craindre également de sauver d'une manière active celle des trois puissances contractantes dont le sort est le plus intimement lié au sien ;
Que la négociation présente entre l'Autriche et la France ne saurait être regardée comme une infraction au traité de Potsdam, et tout au plus comme une mesure dictée par la force, contre laquelle nul ne peut;
Que si l'Autriche était dans le cas de dimmuer ses prétentions stipulées par le susdit traité, elle y était même directement autorisée par la Prusse en vertu de l'article II ;
Que nous demanderions dans le plus court espace de temps une réponse catégorique du Roi sur ses intentions, vues et moyens de recours , pour nous empêcher de devoir faire la paix de manière à saper dans ses fondements la puissance autrichienne, ou bien la réponse déclinatoire la plus prononcée qui, en nous dégageant de tout lien, de toute considération vis-à-vis de la Prusse, nous livrerait relativement à elle uniquement aux calculs de nos propres convenances ;
Que nous serions en droit de soupçonner jusqu'à la sincérité des vues qui l'avaient guidée dans toutes ses stipulations.
Ces points de vue, que j'ai puisés dans ma connaissance du