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ORGANISATION D UN CONSEIL DE L EMPIRE EN AUTRICHE

(Note 59, p. 236, t. I.)

183. Projet de rappoit à l'Empereur François, rédigé de la main de Metternichen 1811. (Extrait.)

183. ... J'arrive à examiner la différence radicale qui existe entre les organisations de conseils d'Etat dont je viens de parler*, et à étudier l'utilité, la nécessité d'une création de ce genre pour notre Empire.

Je crois ne pouvoir déterminer plus nettement le caractère principal de ces différentes institutions qu'en faisant les observations suivantes :

a. Le conseil d'Etat du prince de Kaunitz n'était en réalité

que l'organisation déguisée d'un ministère dirigeant composé

de plusieurs personnes.

Ce conseil d'Etat touchait aux rouages de l'administration elle-même. La sphère d'action qui lui était assignée s'étendait

* Dans ce qui précède, il est question : 1° de l'organisation faite par Kaunitz, en 1760; 2" du conseil d'État de Napoléon, et 3° du conseil d'État msse d'Alexandre. (^Nole de [Éditeur.)

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au loin, et la discussion des affaires dont le Souverain lui confiait l'expédition ne foi'mait qu'une partie de ses attributions.

En dehors de cet inconvénient, qui était la cause de jalousies sans nombre dans les différentes bi-anches de l'administration, on peut voir la tendance du conseil d'État à devenir un ministère dirigeant dans la concentration extraordinaire du conseil lui-même. Le conseil devait se composer de huit membres au plus. Un référendaire du conseil d'Etat rapportait toutes les affaires. Toutefois, le prince de Kaunitz, qui était trop intelligent pour ne pas sentir les inconvénients d'un ministère dirigeant (organisation qui n'a de raison d'être que si elle est basée sur la faiblesse du Souverain et sur la force cTim ininistre), croyait pouvoir neutraliser ces inconvénients en multipliant les conseillers. Mais il arriva ce qui devait arriver fatalement : plusieurs conseils ne purent suppléer la force d'un ministre unique, le conseil d'Etat de 1760 ne put suppléer un premier ministre ; aussi ne put-il pas subsister. Calculée en vue d'un petit nombre d'hommes pleins de mérite, cette institution se trouva paralysée dès la mort des premiers conseillers, et même auparavant ; bientôt, au lieu du conseil d'Etat, il n'y eut plus que des ministres d'Etat et des conseillers d'Etat agissant sans véritable concert.

b. Le conseil d'État français, qui, d'après ma conviction, est organisé d'une manière plus avantageuse, est calculé sous bien des rapports en vue d'un État constitutionnel.

c. Le conseil d'Etat russe est calculé surtout en vue de l'or^anisation d'un pays nouveau; incidemment, il est, à bien des égards, une cour de justice suprême, et sous d'autres rapports, il est une haute cour des comptes.

Parmi ces trois institutions, la moins pratique est certainement celle du prince de Kaunitz. Tout la condamne, mais particulièrement l'expérience de longues années. Le dépérissement, la ruine actuelle du conseil d'État, est une conséquence de ses défauts d'organisation primitifs.

La cause de cette ruine n'a pas été le manque d'hommes. Je ne crains pas d'affirmer que plus les conseillers d'État auraient été distingués, plus ils auraient été forts, moins lin-

4l.i RECUEIL DE DOCUMENTS (17131815).

stitution elle-même aurait pu prospérer à la longue. Sans délibération, sans discussion verbale, un conseil d'Etat ne saurait se concevoir. Au lieu d'être une cause d unité, la circulation pure et simple des pièces et le vote écrit ne produisent qu'une diversité infinie d'opinions. Combien est fort celui qui vote après les autres! Car il connaît non-seulement l'objet à traiter lui-même, mais encore tous les votes antérieurs. Par contre, avec quelle timidité celui qui vote en premier lieu ne doit-il pas procéder! Que de fuis son opinion ne se modifieraitelle pas d'une manière notable (ce qui arrive dans toutes les délibérations verbales), s'il avait connu les observations de ceux qui devaient voter après lui! Enfin, — et ce sont là des considérations plus graves encore, — comme on précise peu la question! Comme il est difficile qu'une opinion bien mûrie, bien raisonnée, bien débattue, arrive jusqu'au Souverain! A quel avis le Prince doit-il se ranger, à celui du ministre, à celui de tout un corps de hauts fonctionnaires, ou bien à celui du premier, du second, du troisième, du quatrième votant? L'affaire a fait le tour du conseil ; c'est alors seulement que l'incertitude commence. Le Souverain est obligé, ou bien d'examiner luimême (ce qui est impossible), jusque dans les moindres détails, ce travail accumulé, multiplié à l'infini, ou bien de le soumettre à l'un des conseillers d Etat ou à une autre personne de confiance. De quelle redoutable puhsance ne se trouve pas investi cet homme unique, cet inconnu irresponsable qui peut, par son seul avis, réduire à néant le résultat des études faites par des corps de fonctionnaires tout entiers? Et si cela n'arrive point, si le Souverain ne lui accorde qu'une confiance limitée, cette voix devient, comme les autres, un vote séparé, stérile, qui ne sert qu à augmenter 1 incertitude. Enfin, si le Souverain passe sa vie dans son cabinet, s'il essaye de remplir tout seul cette tache énorme, il ne tarde pas à se convaincre que les forces humaines et que le temps sont insuffisants pour cela. Bientôt le public prononce le nom d'une personne ou d une autre qui devient de sa part l'objet d'une malveillance que les fcjnctionnaires ont souvent provoquée et propagée. Je ne parlerai pas du dernier conseil d'Etat qui fut organisé

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