‹ MémoiresChapitre 108 sur 121 · ENTRETIEN DE METTERNICH AVEC NAPOLÉON A DBESDE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DE METTERNICH AVEC NAPOLÉON A DBESDE

(Note 67, p. 253, t. I.)

185. Metternich à l'Empereur François (Rapport), Dresde, le 26 juin 1813, à neuf heures du soir. — 186. Précis sommaire d'une conversation avec l'Empereur Napoléon.

185. Je suis arrivé ici hier à deux heures de Taprès-nùdi, par conséquent en vingt-quatre heures. Mais l'Empereur était parti pour Kœnigsbruck, doù il revint le soir, à dix heures. Jai parlé au duc de Bassano, et lui ai remis mes Notes, au sujet desquelles il ne m'a pas fait d'observations. J'ai reçu ce matin, à onze heures, l'invitation de me rendre auprès de l'Empereur. Je fus reçu aussitôt après que j'eus été annoncé, et notre entretien dura sans interruption de midi moins un quart jusqu'à huit heures et demie. Cette longue séance a été un bizarre mélange d'objets hétérogènes, une série de démonstrations d'amitié alternant avec les sorties les plus violentes (n" 18G) ; le résultat de notre entrevue est que je n'ose pas encore déterminer à l'avance la fin de mon séjour ici, par suite de l'invitation qui m'a été faite de rester au moins encore demain, et aussi parce que j ai insisté pour avoir une réponse officielle à mes Notes. L'Empereur m'a promis cette réponse pour demain, prétendant qu'il n'avait pas encore lu ces Notes aujourd'hui, ce qui est invraisemblable au plus haut degré.

Je ne reviendrai donc dans aucun cas avant lundi, dans la

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nuit, OU dans la journée de mardi; aussi je prie humblement Voire Majesté de ne pas quitter Gitscliin avant mon rolour. J'ai appris ici de source siu'e qu'on fait entrer en fraude dans ce l>ays une quantité tout à fait extraordinaire de blé venant de la Bohême. Je crois qu'il serait bon que Votre Majesté appelât sur ce fait raltention du {gouverneur général de la province, et que l'on prît des mesures très-sévères.

PUICIS SOMMAIIIE d'une CONVERSATION AVEC l'emPEREUU NAPOI.ÉON. (Annexe du n" 185.)

186. Arrivé au jardin Marcolini, je fus annoncé sur-lechamp, et Sa Majesté me reçut seule dans son cabinet.

Elle vint au-devant de moi, et me demanda avec un air trèssérieux des nouvelles de l'Empereur. J'entamai au bout de quelque temps la conversation en lui disant que je me présentais devant lui par suite de son invitation et, d'après ma conviction, dans le moment le plus important pour les relations futures entre les deux Empires et pour l'Europe entière. «11 dépend de V^otre INIajesté, lui dis-je, de donner la paix au monde, de fonder son Gouvernement sur la plus forte des bases, sur un sentiment de reconnaissance universelle ; si Votre Majesté laisse échapper ce moment, quels peuvent être les bornes et le terme des bouleversements?»

L'Empereur me répondit qu'il était prêta faire la paix, mais que, plutôt que d'en faire une déshonorante, il périrait. « Je l'ai écrit à l'Empereur, continua- t-il, mon honneur avant tout, et puis la paix! »

Je lui répondis que des propositions déshonorantes n'entrei-aient jamais dans les calculs de l'Empereur François. « Eh bien, qu entendez-vous par la paix? interrompit l'Empereur. Quelles sont vos conditions? Voulez-vous me dépouiller? voulez-vous 1 Italie, le Rrabant, la Lorraine'^ Je ne céderai pas un pouce de terrain ; je fais la paix sur les bases du statu quo ante helluni. Je donnerai même une partie du duché de Varsovie à la Piusiie; je ne vous donnerai rien, parce que vous ne m'avez pas battu; je ne donnerai rien à la Prusse, parce qu'elle

CONFÉRENCES DE l'RAGLi: (1813J. 463

m'a trahi. Si vous voulez la Galicie occidenlale; si la Prusse veut une partie de ses anciennes possessions, cela peut se faire, mais contre compensations. Il faudra alors que vous indemnisiez mes alliés. L'illyrie m'a coûté trois cent mille hommes à conquérir; si vous voulez l'avoir, il faut dépenser un égal nombre d'hommes. »

Je répliquai, après cette première sortie, que je n'étais nullement appelé à discuter ici les conditions de la paix future, mais simplement à insister sur la réunion la plus prompte des négociateurs sous la médiation de l'Autriche, ou bien à constater le refus de l'Empereur de négocier sous cette médiation. Que les négociateurs se réunissent, et rien ne s'opposera aune discussion sur les bases de la pacification; FAuti'iche remplira dans cette importante conjoncture le rôle de la médiation avec la plus entière impartialité.

INSTRUCTIONS DE BiETTERNICH POUR LES CONFERENCES DE PRAGUE. (Note 08, p. 255, t. I.)

187. Metternicli à l'Empereur François (Rapport), Brandeis, le 12 juillet 1813. — 188. L'Empereur François à Metternicli (Résolution souveraine), Brandeis, le 12 juillet 1813.

187. Au moment d'aborder cette importante négociation, je regarde comme un devoir impérieux de soumettre encore une fois à Votre Majesté, sous une forme très-succincte, les points de vue suivants, qui auront à me servir d'instructions dès qu'ils auront été approuvés.

Votre Majesté est arrivée au point le plus élevé qu'ElIe pût atteindre dans l'état de paix, étant données les circonstances actuelles. Mais ce point culminant lui-même indique forcément que le moment est proche où il faudra se décider. La marche que nous avons suivie jusqu'à ce jour n'a désormais plus sa raison d'être; nous avançons toujours plus vers les crises suprêmes, qu'il n'est plus en notre pouvoir d'éviter.

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Toutefois, Votre Majesté ne peut se sauver et sauver la Monarchie avec Elle que si Elle estparlaitement d'accord avec Elle-même, et si je puis compter absolument qu'ElIe persévérera jusqu'au bout dans la voie quElle aura arrêté de suivre et qu'Elle m'aura tracée. Si je n'ai pas cette certitude, à partir de domain toutes mes démarches deviendront fausses, incohérentes et, par suite, dangereuses au plus haut point; je deviendrais, avec le dévouement le plus sincère et le plus vif au bien de l'État, l'instrument de la ruine de l'Empire, que les événements n'ont rendue que trop possible.

Je suis éloigné de toute exagération dans les idées abstraites aussi bien que dans leur application à la vie de tous les jours; néanmoins je ne puis m'empécher de considérer deux conditions essentielles comme les éléments de l'existence même d'un grand État. Ce sont :

La force inatériellc. Car sans elle le corps, quelque vaste (ju'il soit, languit et se réduit à rien.

La considération politique. Elle est le résultat de la force matérielle, et bien plus encore, de la personnalité du Souverain et de la marche du Cabinet.

Pendant mon administration, je n'ai cessé d'avoir ces deux conditions en vue ; c'est ce que prouve le point auquel nous sommes arrivés. En 1809, alors que Votre Majesté ne voyait à ses pieds que les ruines de la puissance de la Monarchie, quand le ministère tout entier regardait la ruine de l'État comme inévitable dans la guerre comme dans la paix. Votre Majesté seule ne perdit point courage. Elle m'offrit le portefeuille, et j'acceptai cette lourde charge. Favorisé par des circonstances heureuses, plein de confiance dans la fermeté et dans le sûr appui de Votre Majesté, j'ai fait ce que me commandaient le devoir et ma conscience. Nous sommes parvenus ainsi, dans l'espace d'un petit nombre d'années, à reconquérir le premier rang en Europe. Mais la voie que nous avons suivie jusqu'à ce jour avec un succès constant ne peut plus être la nôtre; elle convenait à la faiblesse momentanée de la Monarchie. L'aveu de n(jtre faiblesse nous fournissait le moyen de poursuivre cette marche, afin d'arriver à redevenir forts un jour.

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