POLITIQUE DE LA PRUSSE APRES AUSTERLITZ
REVIREMENT DE LA POLITIQUE DE LA PRUSSE APRES AUSTERLITZ. (Note 18, p. 221, t. I.)
90. Metternich à Stadion (E. D.), Berlin, le 28 février 1806. — 91. Metternich à Stadion (E. D.), Berlin, le 28 février 1806.
90. Le chaos est débrouillé, et Napoléon a remporté sans coup férir une victoire complète sur la Prusse. Votre Excellence apprendra peu après la réception du présent courrier, l'occupation du pays d Anspach par les Français ; ce sont eux qui en feront la remise à la Bavière. Tout ce que nous savons de positif sur les conditions de l'arrangement auquel le Roi a cru devoir consentir, se borne à la cession du mai-graviat d' Anspach, à celle des provinces prussiennes limitrophes du Rhin à la France, pour en disposer en faveur d'un Prince allemand; enfin à l'incorporation définitive de l'Electorat de Hanovre à la Monarchie prussienne. Il paraît hors de doute que telles ont été les stipulations principales que M. de Haugwitz a signées le 15 décembre, et que le Roi a désiré modifier; Napoléon n'a suivi que sa marche accoutumée en ne cédant pas sur la moindre de ses demandes , et il suffit d'apprécier la conduite du Cabinet du Roi pour ne pas douter de la complicité d'un ministre qui, comptant sur l'inconcevable faiblesse de son Maître , a osé disposer de parties intégrantes de sa Monarchie non-seulement sans instructions et à son insu, mais même en contradiction directe avec les ordres dont il était muni.
Nous savons maintenant que l'ordre de remettre l'armée sur pied de' paix, lors du retour du courrier envoyé à Munich, qui ne portait pas un mot de ratification de la part de Bonaparte, a été signé par le Roi à l'insu du baron de Hardenberg. Le comte de Haugwitz et ses complices devaient nécessairement tâcher de désarmer le Roi et de laisser le temps à Napoléon de faire arriver le gros de son armée sur les points qui le mettraient à même de soutenir efficacement ses menaces, en cas de refus de la part du Roi de renoncer aux modifications proposées par le baron de Hardenberg. M. de Haugwitz
dépécha ici un de ses affide's les plus intimes pour soutenir les vues de Bonaparte, craijjnant sans doute l'influence du ministre du Cabinet, et la force des armes que pouvait lui fournir la tournure, honteuse pour la Prusse, que les affaires avaient prise. Le marquis de Lucchcsini * n'a sans doute jamais pu trouver de mission plus analogue à ses principes qvie celle dont il vient de s'acquitter avec tant de succès. Il retournera à Paris sous peu, pour y partager avec son digne chef les marques de la haute satisfaction de l'Empereur, que dans cette occasion renouvelée ils ont merveilleusement servi aux dépens de leur Maître.
On continuera à envelopper de secret les stipulations susdites, jusqu'à l'époque où elles parviendront à la connaissance du public par le fait même. J'ignore quelles sont les vues qui peuvent guider, dans cette occasion et contre l'avis du baron de Hardenberg, le conseil du Roi.
Il serait difficile de prévoir quel sera le parti que prendront l'Angleterre et la Russie dans la position actuelle des affaires. Il ne paraît pas douteux que Bonaparte ne bornera pas son ressentiment contre la première de ces puissances à lui avoir fait enlever le Hanovre par un Monarque qui se trouve en pleine paix avec le légitime Souverain de ce pays; le Roi ayant consenti à tout ce que Bonaparte exigeait de lui, la démobilisation complète de l'armée devant probablement s'ensuivre, ce dernier ne saurait craindre d'essuyer un refus en insistant sur la clôture des ports de la mer du Nord et de la Baltique. Ce calcul portera-t-il le ministère anglais à prévenir ce coup par des mesures contre le commerce prussien ? La solution de celte question paraît devoir être également funeste pour les deux pays; la Prusse, du moins, est ruinée du jour même où son commerce vient à cesser.
Le baron de Hardenberg a de nouveau offert sa démission. Le Roi s'obstine à ne pas la lui accorder, et devient furieux quand on lui en parle. Voyant qu'il ne pouvait l'obtenir, il a
* Lucchesini, ministre plénipotentiaire de la Prusse à Paris, chargé des oégocialioDS relatives au Hanovre. {Note de FÉditeur.)