‹ MémoiresChapitre 41 sur 121 · AUDIENCE SOLENNELLE DE NAPOLÉON (1808). I9Î · texte numérisé non relu

AUDIENCE SOLENNELLE DE NAPOLÉON (1808). I9Î

assistants, que les versions et les conjectures se ressentent d'autant plus des passions et de*s vœux individuels.

L'Empereurnc m'a pas épargné les discussions militaires. Il s'est d'abord récrié sur l'inutilité d'une levée nationale, puis il s'est coupé en déclarant cette mesure utile sous plusieurs rapports; enfin il blània les dépenses excessives que nous faisions; un moment après, il dit ne rien pouvoir objecter à l'approvisionnement de nos forteresses en le déclarant mesure de pure défense. Il répondit à l'objection que je lui fis qu'à ses armées en marche nous n'avions opposé aucun rassemblement de troupes qui pût même de loin porter un caractère offensif : — «Non, vous n'avez point de rassemblement, mais vos troupes sont placées de manière à pouvoir sur-le-cbamp former de véritables corps d'armée; ce sont de ces choses, ajouta-t-il, sur lesquelles on ne saurait tromper les militaires. »

Je lui dis, à propos des illusions qu'à l'instar de la Prusse nous avions l'air de nous faire sur nos forces réelles : « Croyez, Sire, que si vous comptez nos soldats, nous comptons également les vôtres, et que nous savons très-exactement quelle est votre force. » Il repi'it : « Mais vous avez trois cent mille hommes de troupes régulières, vous en avez quatre cent mille si vous voulez, et que peut-on avoir de plus ? » Faisant toujours allusion à la levée de la milice, ayant établi une série de principes sur les vues politiques que devrait nourrir l'Autriche, principes très-vrais, et ayant ajouté : « Vous pensez de même » , je lui dis en riant : « Non-seulement je pense de même, Sire, mais je crois débattre nos intérêts avec le ministre des affaires étrangères de l'Autriche, tant ce que Votre Majesté me dit est vrai, et rien assurément ne ressemble moins à une dispute entre deux puissances que notre présente discussion. » L'Empereur rit à son tour et me dit : « Vous voyez aussi combien je suis calme. » J'ai su depuis quelle importance il avait mise à ce que cette nuance dans sa conduite et dans ses procédés ne m'échappât point.

^Ictternicli à Stadion. Paris, le 17 août 1808.

lîî>. ... M. de Champagny tenta plusieurs fois de savoir reflet qu avait produit sur moi ma conversation avec l'Empereur. Je me bornai à l'assurance très-sommaire que j'entrevovais dans cette conversation même un nouvel espoir pour la conservation de la paix. Il me dit que tel était le vœu de TEmpereur. Je l'assurai que je pouvais répondre également des mêmes intentions de la part de mon Maître.

«Oui, me dit I\I. de Champagny; mais des intentions ne suffisent pas, il faut des faits. »

Jb renvovai notre conversation au lendemain , le voyant arrivé au point oià je l'attendais. Ce petit bout d'entretien eut lieu avant le dîner*. Au sortir de table, me trouvant dans un coin du salon avec les ambassadeurs de Russie et de Hollande (mes deux voisins les plus proches au cercle diplomatique), et causant de la scène qui occupait tous les diplomates groupés dans les quatre coins de l'appartement, le ministre des relations extérieures s'approcha de nous et nous dit : « Eh bien, que décide le comité diplomatique?» — « Il décide, lui dis-je, que l'Europe tient un gage nouveau de la paix. » Il abonda complètement dans ce sens, et appuya beaucoup sur la franchise et la simplicité des explications de l'Empereur, comme autant de preuves de la pureté de ses intentions. Les deux ambassadeurs s'expliquèrent de même.

... L'ambassadeur de Russie, qui ne laisse pas échapper une occasion de servir la cause pour laquelle nous nous sommes intimement liés, avait tenu le matin une contenance entièrement conforme à la dignité de sa position et à mes vœux. Il avait opposé le plus imperturbable sang-froid à tous les essais qu'avait visiblement tentés l'Empereur de lui faire faire au moins un signe en sa faveur. M. de Champagny lui procura une occasion plus active de nous servir. S'étant appro-

* Le jour de l'audience solennelle, M. de Cliampagny avait invité à dîner le corps diplomatique tout entier.

(Note de l'Éditeur.)

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