‹ MémoiresChapitre 44 sur 121 · L ENTREVUE DES SOUVERAINS A ERFURT (I8O · texte numérisé non relu

L ENTREVUE DES SOUVERAINS A ERFURT (I8O

des tribunes de 1703, ne prouveront jamais au peuple français et au public de l'Europe que le moyen de forcer l'Angleterre à la paix est de lui fournir d'immenses et de nouveaux moyens de faire la guerre; ils ne lui feront jamais croire que l'existence d'un faible Boui'bon sur le trône d'Espagne e'tait plus compromettante pour le salut de la France que la lutte indéfinie qui vient de s'engager dans la Presqu'île, et que la perte des Amériques.

On justifie une levée de quatre-vingt mille conscrits, prise sur les réserves des dernières années, par l'obligation de soutenir l'honneur national, et on rejette sur l'Autriche la nécessité d'appeler sous les armes des enfants de dix-sept ans; le peuple n'est pas plus dupe du véritable motif qui compromet la gloire de ses armées, que des intentions supposées à l'Autriche.

On use de quelques ménagements envers nous dans les discours des ministres, mais on nous déchire dans ceux des orateurs du Sénat; les premiers sont les manifestes aux puissances, les derniers s'adressent à la nation française. Les peuples de r Europe entière ne sont plus à remuer par des phrases; toutes les opinions se réuniront sur le fait, que la position intérieure et extérieure de Napoléon a essuyé de terribles échecs, par suite de calculs aussi téméraires que faux de sa part.

D'après mon opinion, Napoléon a des échecs à réparer, et l'entrevue avec son auguste allié doit lui en faciliter les moyens.

Veut-il réparer son insuccès sur le théâtre même de ses malheurs; ou bien cherchera-t-il un autre point de l'Europe pour recouvrer ce que ses plans et les fautes de ses généraux lui ont jait perdre dans l'opinion publique? Cette question, très-juste naguère, ne l'est plus; il n'existe plus d'alternative, il doit faire tous ses efforts pour terminer l'œuvre commencée. La marche de ses armées, ses derniers actes publics, ne laissent plus de doutes sur ce fait; le principal but de l'entrevue doit donc être celui de se tranquilliser lui-même sur toute possibilité d'inquiétude et d'attaqtie de la part de l'Autriche et de la Russie.

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Peut-il arriver à ce but en compliquant les questions entre la France et rAutriclic? Je ne le crois j)as.

Peut-il vouloir iaire naître des dissensions entre rAulriclie et la Russie pour atteindre ce même but? Deux puissances qui n'ont ni envie ni motif de se l)a(lre, s'expliquent au lieu de se battre, et ces explications mènent trop facilement à leur union pour qu'il puisse tenter de placer ainsi les questions.

Développera-t-il au cabinet russe tous ses plans sur l'avenir? Espère-t-il le porter par cette preuve de confiance à s'en déclarer implicitement complice?

Faire beaucoup d'ouvertures insidieuses et vagues, tâcher d'obtenir en échange des promesses formelles; caresser Vamourpropre d'Alexandre, flatter la présomption de son ministre et en profiter ; — porter la Russie à nous tenir en échec, lui promettre le partage et le gros lot de la Turquie, lui garantir la Finlande : voilà sans doute ce que se propose Napoléon.

M. de Tallcyrand fera de son côté tout ce qu'il pourra pour cnprager une négociation avec l'Angleterre. C'est là que serait pour riiumanité le but utile de ce voyage.

Quel est au contraire le rôle que nous indique la situation actuelle? Cherchons-le dans les ressources militaires que l'Antriche a si sagement déployées dans les derniers temps ; c'est à elles que nous devons notre salut. Une puissance de premier ordre ne peut se soutenir que de son propre poids. La France se jetant sur nous avec les forces de la Russie réunies, nous risquerions d'être écrasés ; la première ne songe pas à nous faire la guerre dans ce moment-ci, la seconde n'y songe pas davantage; un Empereur qui, d'après l'idée de M. de Tallevrand, paraîtrait en personne au milieu du Congrès d'Erfurt et qui dirait : — «Je mets quatre cent mille hommes de troupes et tout mon peuple armé dans là balance de la justice; je prétends périr les armes à la main si on veut tenter de m'écraser; je prétends aussi que la paix n'existe qu'avec mon assentiment; je ne veux que la paix, mais dans la paix un état de choses conforme à la dignité de ma couronne » , — embarrasserait beaucoup la force de Napoléon et la faiblesse d'Alexandre.

Une preuve que Ton compte agiter des questions éminem-

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