LES ROIS D ESPAGNE ET DE NAPLES
Metteinich à Stadion. Paris, le 23 septembre 1808.
121. La suite de l'Empereur est composée ainsi que j'ai déjà eu riiomieur d'en informer Votre Excellence. Le prince de Neuchâtel est parti aujourd'hui avec Sa Majesté. L'Ambassadeu de Russie s'est mis en route hier.
Le départ de Sa Majesté a été retardé d'un jour, et on en ignore la raison. Il a expédié avant-hier un aide de camp du prince de Neuchàtel au-devant de l'Empereur Alexandre, avec ordre de retourner sur ses pas dès qu'il aurait rejoint ce prince.
Trente-deux acteurs et comparses du Théâtre-Français ont été envoyés en toute hâte à Erfurt. Ils ne composent que le cadre de la tragédie, et, excepté les deux ou trois premiers personnages, on a eu plus d'égard à la figure des actrices qu'à leur talent. Cette circonstance, qui n'a pu échapper à un public malin, a prêté à rire aux Parisiens. Cette levée en masse de la tragédie est une galanterie très-coûteuse ; chaque individu reçoit mille écus pour les frais du voyage, et les premiers sujets en outre huit mille francs de gratification, et ainsi de suite.
I A QUESTION DE LA RECONNAISSANCE DES ROIS d'eSPAGNE £T DE NAPLES PAR l'aUTRICHE.
(Note 26, p, 223, t. I.)
122. Mettornicli à Stadion (E. D.), Paris, le 23 août 1808. — 123. Metternich à Stadion (E. D.), Paris, le 24 septembre 1808. — 124. Mes idées relativement à la reconnaissance des Rois d'Espaono et de Naples au Congrès d'Erfiirt. Notice de Mettornicli, septembre 1808.
122. « L'Empereur m'a chargé, me dit M. de Ghampagny, de vous prier de passer chez moi pour vous parler d'un objet qui lui tient fort à cœur, et qui finirait sur-le-champ toutes les
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explications qui ont eu lieu entre nous depuis quelque temps. Vous savez sans doute que je suis près de conclure avec le minisire de Prusse à Paris un arrangement qui terminera tous les différends qui existent encore avec cette puissance. L'Empereur ne doute pas que vous et T Europe entière trouverez dans la retraite de ses troupes derrière TElbe un (jajje de ses intentions pacifiques; les camps en Silésie vous ont alarmés; vous trouverez donc en particulier dans l'évacuation absolue de cette province des motifs suffisants de tranquillité. L'Empereur désire, de son côté, que vous lui donniez, à lui et à l'Europe, un gage de vos intentions pacifiques et des bonnes et intimes relations qui existent entre vous et la France; il désire que vous reconnaissiez les nouveaux Rois d'Espagne et de Naples.^
Je répondis au ministre des relations extérieures que je transmettrais avec plaisir ce vœu de l'Empereur Napoléon à ma Cour; que, sans pouvoir répondre officiellement à une question nouvelle, je n'hésitais pas à exprimer ma conviction particulière que Sa Majesté Impériale saisirait avec plaisir une occasion qui fournirait à l'Empereur Napoléon un moyen sûr de déjouer les calculs de tous les malveillants en Europe, en retirant de nos frontières et d'un pays ami des armées dont la seule présence prêtait à une foule de conjectures et d'interprétations.
«Je vous préviens même, interrompit le ministre, que la Russie a déjà reconnu le nouveau Roi d'Espagne. Pendant que nous étions à Rayonne , un courrier de Saint-Pétersbourg apporta à M. de Strogonoff* l'ordre de reconnaître tel Souverain que l'Empereur Napoléon désignerait pour le trône; d'Espagne. L'Empereur Alexandre ajouta que la voix piibiifjue nommant le Roi Joseph, Sa Majesté aurait, en le reconnaissant, un motif particulier de satisfaction. Lavénemcnt au trône du Roi Joseph, ajouta le ministre, a eu lieu en vertu de traités conclus d'après les principes les plus conformes au
* Grégoire de Strogonoff, ministre plénipotentiaire de Russie à Madrid. {Sole de l'Éditeur.)