LES ROIS DESPAGNE ET DE NAPLES
droit public. L'Empereur compte les communiquer au Sénat incessamment.»
« — L'Empereur mon Maitre, lui répondi-:-je, ne croira jamais avoir besoin d un exemple quelconque pour se guider dans sa marche politique et dans les relations amicales qu'il désire entretenir avec la France. L Empereur Napoléon ne saurait donc trouver dans la détermination que croira devoir prendre lEmpereur François, que le simple désir de prouver à la France les sentiments qui l'animent envers elle. »
M. de Champagny me parut très-satisfait de ce que je venais de lui dire. Il me demanda s'il pouvait communiquer dans ce sens notre entretien à Sa Majesté, et me prévint qu'il m'adresserait unepetite Note qui renfermerait le vœu de l'Empereur d'une manière très-succincte. Je l'autorisai à cette première démarche, et l'assurai que je transmettrais sur-le-champ à Vienne sa nouvelle Note. Il finit notre conversation par me dire qu il préviendrait M. de Brockhausen* que la ratification de l'arraiigement qu'il négociait avec lui, relatif à l'évacuation entière des provinces prussiennes , n'aurait lieu qu'au moment du retour de mon courrier de Vienne, et dépendait par conséquent des questions ouvertes entre la France et l'Autriche.
Finir une question le jour même où Napoléon la soulève, c est ordinairement gagner le tout pour le tout. C'est dans ce sens que, deux mois avant que la demande actuelle nous fût adressée, je réclamai des instructions assez précises sur cette question, prévoyant non-seulement qu'elle nous serait faite, mais surtout que l'Empereur attacherait à la reconnaissance une valeur assez grande pour que nous pussions en tirer une utilité réelle. Quel mauvais calcul que celui du ministère de Saint-Pétersbourg de reconnaître d'avance et implicitement toute disposition que ferait ce prince ! quelle preuve nouvelle combien on y connaît peu le caractère de l'Empereur des Français, et le caractère français en général! La censure la plus amère que l'on puisse faire de cette preuve d'empressement et de soumission d'une des premières puissances de
* Ministre plénipotentiaire de Prusse à Paris. (^ISote de rÉditeur.)
l'Europe, c'est de ne lui trouver de complice que le prince primat.
Metternicli à Stadion. Paris, le 24 septembre 1808.
-123. Rien sans doute n'est plus possible à mettre d'accord que des principes éternels et incontestables, et un système de conduite adopté et suivi en sens inverse de ces mêmes principes depuis une longue série d'années.
L'élévation du Roi Joseph sur le trône d'Espagne est incompatible avec tous les principes; elle l'est plus que celle de plusieurs membres de la dynastie napoléonienne, en ce que les moyens qui l'ont placé sur ce trône ne sont pas même justifiés par le prétexte d'un droit de conquête. La couronne n'était pas vacante. Rien ne ressemble moins à une abdication volontaire que celles de Ferdinand Vil et de Charles ÎV ; on s'est dispensé, ainsi que j'ai eu l'honneur d'en informer dernièrement Votre Excellence sur des données aussi sûres que les preuves en sont publiques, de faire signer des actes de renonciation aux Infants puînés : il existe donc sur cette couronne des droits imprescriptibles chez plusieurs membres de la famille régnante; il en existe dans les branches cadettes non moins justement appelées à la succession ; mais ces mêmes droits font le procès de toutes les puissances qui ont reconnu Napoléon à la place de Louis XVIII. Voilà la première, la grande usurpation; toutes les autres n'en sont que des corollaires. Les puissances, en la reconnaissant, ont avoué qu'elles sacrifiaient les principes sur lesquels reposent leurs propres couronnes à des conditions impérieuses ou secondaires ; mais le principe n'en a pas moins été lésé, et la conduite des puissances mise en opposition avec le même principe. Dans le temps de la proclamation de Joseph, j'ai formé le vœu que ma Cour voulût bien (ixer sa niarcbe sur une question commune à toutes les puissances, mais qui prétait à des considérations particulières pour nous. J'ai désiré alors connaître le parti décidément pris pour ou contre la reconnaissance, prévoyant ce qui est arrivé depuis, que Napo-