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ÉPOQUE DE L'ENTRÉE AU SERVICE DE L'ÉTAT

pourrait offrir plus d'une analogie avec la situation passée de la France.

Le caractère inconstant de l'Empereur de Russie, qui se blesse d'un rien et que souvent les plus grands sacrifices ne peuvent gagner, rend extrêmement difficile, pour Nous comme pour d'autres puissances, une amitié sérieuse et durable avec cet Empire. Disposant de ressources intérieures que ne connaissent point les autres Etats civilisés ou que la civilisation elle-même a taries, pouvant impunément rompre toute alliance ou mettre fin à toute guerre en retirant son armée, inattaquable derrière ses frontières, la Russie, grâce à sa situation géograpbique et politique, est toujours à craindre, mais surtout sous un gouvernement qui n'a pas de principes arrêtés et qui n'agit que par passion, d'après la convenance du moment. Nos relations actuelles avec la Russie Nous amènent à faire les réflexions suivantes sur la longue ligne de frontières qui Nous est commune avec cet Empire.

Pour Nous, pour l'intérêt bien entendu des Etats limitrophes et pour le repos général de l'Europe, l'existence de la Pologne était d'une égale importance. Situé entre trois grands Empires, ce pays empêchait les collisions inséparables d'un contact immédiat, et par cela même avait pour chacun de ses voisins une valeur bien marquée; mais cette valeur était certainement double pour la Prusse et pour Nous. L'aveugle ambition du cabinet de Berlin et le bouleversement général, dont l'Impératrice Catherine profita pour réaliser des projets caressés depuis longtemps, purent seuls amener le partage de la Po-logne, cet acte si contraire à tous les principes d'une saine politique. Notre rôle fut et devait être uniquement conservateur. La force des choses, l'impossibilité d'empêcher les deux puissances de s'agrandir aux dépens de l'Etat convoité, et la nécessité qui en résultait finalement pour Nous d'atténuer ce mal inévitable en cherchant des compensations, Nous déterminèrent seules, après de longues hésitations, à Nous joindre à la Prusse et à la Russie. L'avantage d'agrandir le chiffre de sa population et de reculer ses limites est contre-balancé pour la Prusse par un inconvénient réel : c'est que ces frontières

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lui sont communes avec la Russie et avec Nous. Nous sommes dans les mêmes conditions. Malgré son immense étendue du côté de rOrient, la Russie seule pouvait encore former le désir de se rapprocher du centre de la politique européenne ; mais l'avenir seul dira si le partage de la Pologne était un moyen d'atteindre ce but.

La Prusse, invariablement fidèle à ses principes et à ses vues avant, pendant et après son alliance avec Nous, a gagné dans les dix dernières années une prépondérance marquée. Soutenant son rôle en s'affranchissant de toutes les lois de la morale politique , exploitant les malheurs des autres pays sans avoir égard à ses obligations ni à ses promesses, forte des nombreuses acquisitions qu'elle a faites ou qu'elle va foire encore, la Prusse se trouve placée depuis les dernières années au rang des puissances de premier ordre. Grâce à l'accession inconstitutionnelle des plus puissants Etats de l'Empire, l'influence de la Prusse dans les affaires de TAllemagne a pris une importance telle que la puissance impériale elle-même s'en trouve affaiblie.

Cette revue de la situation politique prouve surabondamment combien Nous sommes loin de voir rétablir l'équilibre européen, et avec lui le repos général. Il faut que l'extension extraordinaire des possessions de la France subisse des modifications. L'Angleterre, qui est encore en guerre avec la France et qui le sera probablement avec toutes les puissances maritimes, a fait tant de conquêtes, que la paix ne pourra être conclue avec cet Etat qu'à la condition de lui imposer de grandes restitutions.

Bien arrondis. Nous entrons dans des conditions toutes nouvelles. Actuellement, Notre devoir politique est de nouer des relations nouvelles, utiles, et dont le but devrait être surtout de refaire Nos forces, de maintenir le repos à l'intérieur et d'arriver à une situation qui Nous laisse libres, autant que le permettront des circonstances impossibles à prévoir maintenant, de choisir un rôle en harmonie avec l'étendue et la situation d'un État de premier ordre.

ÊPOQLE DE L'ENTRÉE AU SERVICE DE L'ÉTAT (lSol-1803). 9 B. Les rapporta de V Auhiche avec la Saxe.

La position géographique de Télectorat de Saxe lui défend absolument de prétendre à l'indépendance, en tant qu'un Etat de troisième rang pourrait être indépendant. Enclavé entre deux Monarchies puissantes, il semble destiné à n'être dirigé que par une impulsion étrangère.

La situation la plus fâcheuse pour la Saxe est sans contredit celle que lui crée une guerre entre l'Autriche et la Prusse. Quelle que soit son attitude dans ce cas, les chances défavorables sont toujours les plus nombreuses, et jamais elle ne peut espérer un avantage sérieux. Quand elle restait neutre, elle était toujours victime du sort qui attend les petits Etats : ceux-ci ne peuvent défendre leur neutralité que par des protestations, et sont exposés à être dévastés tantôt par le vainqueur, tantôt par le vaincu. C'est ain-^i qu'elle s'est vue accablée de réquisitions ruineuses et ravagée par la Prusse. Se déclarait-elle pour l'un ou l'autre parti , elle courait des dangers qu'elle n'avait pas la force de combattre ni d'atténuer. Unie à la Prusse, ses habitants servaient uniquement à faire des soldats, et ses magasins de céréales ne s'ouvraient que pour approvisionner l'armée alliée.

La seule politique intelligente de la Saxe consistait et consiste encore à mettre tout en œuvre pour maintenir des relations amicales entre ses deux puissants voisins , ou du moins à s'efforcer, dans la limite de ses moyens, de prévenir toute guerre entre eux, afin de travailler, grâce à la paix, à augmenter la prospérité intérieure, à étendre son commerce et à guérir les blessures que lui ont faites la guerre de Sept ans et les règnes onéreux des deux Rois de Pologne.

Désormais le choix de la Saxe, ayant à opter entre la Prusse et Nous, ne saurait malheureusement plus être douteux. La prépondérance à laquelle la Prusse est arrivée et les acquisitions que cette puissance a faites dans les dix dernières années tout autour de la Saxe ou près de la frontière, mettent ce pays fort à l'étroit. Grâce à la possession d'Anspach et de Baireuth,

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la Prusse Tenveloppe au nord et au sud, et par celle des ci-devant provinces polonaises elle le menace à l'est. Par suite, presque tout le commerce de la Saxe dépend du bon plaisir de la Prusse. A l'avenir il sera bien difficile à cet Etat de défendre sa neutralité ou de se déclarer pour Nous.

La conviction (jue la Saxe ne peut conserver son indépendance que {jrâce à la situation importante qu'elle a dans l'Empire d'Allemagne et à la garantie du lien qui la rattache à l'Empire n'aurait jamais dû agir plus fortement sur le cabinet de Dresde qu'à l'époque où la Prusse, démasquant ses batteries, fit voir que l'existence même des Etats de l'Empire, et particulièrement de ceux qui se trouvaient dans son voisinage, était directement menacée. Jamais elle n'aurait dû s'écarter de la voie constitutionnelle pour suivre la ligne opposée qui caractérisait la marche de la Cour de Prusse; mais l'aveuglement dont semblaient frappés les Etats du Nord poussa malheureusement aussi la Cour de Saxe à jouer dans les derniers temps un rôle tout à fait contraire à son intérêt.

Parmi les plus grands et les plus puissants États de l'Empire, l'électorat de Saxe était autrefois un des plus influents dans les affaires générales. Comme chef du Corpus Evangelicorum, l'Electeur était à la tête d'un parti qui, surtout dans les dernières années, était devenu fort nombreux. Mais l'influence toujours croissante de la Prusse sur la direction des affaires intérieures de l'Empire (influence laissée à cette puissance par la faute même des principaux Etats), la hauteur despotique avec laquelle elle avait tout récemment affirmé la neutralité de l'Allemagne du Nord en réunissant sous sa protection les Etats protestants les plus considérables; en outre, l'autorité des seize voix dont la Maison de Brandebourg et celle de Brunswick disposaient à la Diète et qui, dans toutes les questions, assuraient la majorité à la fraction protestante, toutes ces causes réunies rendaient à peu près illusoire le rôle du ministère saxon, qui devait être l'organe des protestants sous un prince électeur catholique.

L'accession de l'Electeur à la neutralité de la Prusse était

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une erreur qui ne peut être considérée que comme la conséquence d'une première faute. La ligue des princes, formée contre la constitution elle-même sous des dehors parfaitement constitutionnels, fondée par la Prusse (1785) en vue de faciliter l'exécution des projets d'asservissement qu'elle nourrissait depuis des années, renfermait le germe de tous les maux qui débordèrent sur toutes les parties de l'Empire.

Les principes sur lesquels s'appuyait cette ligue, organisée soi-disant dans le but de maintenir et de fortifier la constitution impériale, araient été soigneusement dissimulés par le cabinet prussien sous un réseau de concessions qui flattaient rintérét particulier de chaque contractant; aussi fallait-il un œil exercé pour découvrir les atteintes dont la constitution était infailliblement menacée et pour pénétrer les desseins cachés de la Prusse, desseins qui s'affermissaient en toute occasion et qui ne tendaient à rien moins qu'à donner à cette puissance la haute main dans la direction de toutes les affaires de l'Empire, et finalement à subordonner les destinées et l'existence d'une grande partie de l'Allemagne aux projets d'agrandissement de la Prusse, suivant que les circonstances lui permettraient de les réaliser.

En 1792, cette Cour jeta le masque : la conduite qu'elle tint alors et depuis en Franconie et pendant toute la durée de la guerre soutenue par l'Empire trahit son jeu ; les stipulations du traité de Baie et surtout l'article séparé de cette paix, qui n'est plus un secret pour personne, ne pouvaient plus laisser subsister l'ombre d'un doute sur l'hostilité de la Prusse à l'égard de la constitution de l'Empire. Si les Etats avaient été moins aveuglés, s'ils avaient envisagé plus froidement l'avenir qui les attendait, ils auraient renoncé à toute espérance de trouver dans les Prussiens des protecteurs désintéressés : mais, grâce à sa politique astucieuse, le Cabinet de Berlin sut compromettre avec lui tant d'États particuliers; il connaissait si bien le côté faible des principaux États protestants, qu'il put se permettre de se remettre, en 1796, à la tète de la partie la plus considérable de l'Empire d'Allemagne , pour rompre en visière aux sérieux devoirs qui liaient entre eux les États de

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TEmpire, et pour prêcher une véritable scission dans le corps germanique.

Si Nous avons parlé de la ligue des pnnces, c'est surtout parce qu'elle persiste encore, malgré les circonstances actuelles qui la justifient si peu, à garder une influence notable sur la politique des Cours.

Depuis le partage définitif de la Pologne, depuis que la Maison électorale a dû, par suite de ce fait, renoncer à la couronne héréditaire, la politique de la Saxe se borne aux affaires intérieures. Par suite de la position géographique de rÉlectorat et de la situation qui en était résultée pour lui, la Cour de Dresde avait une attitude contrainte, elle tremblait sans cesse de donner au Cabinet voisin quelque sujet de plainte. Sa conduite trahissait en tout un manque absolu d'indépendance. Depuis que la Saxe avait accédé sans condition à la neutralité de la Prusse , Tinfluence du Cabinet de Berlin sur elle était illimitée.

Aujourd'hui I espérance de voir assuré le repos de TAllemagne du Nord disparaît par l'entrée de la Prusse dans la coalition des puissances septentrionales. iNIais quand même cette partie du corps germanique, calculant les avantages que lui vaudrait nécessairement le monopole du commerce du Nord sous pavillon neutre, réussirait à éviter de prendre une part active à la guerre, le repos intérieur des cercles de l'Empire qui se trouvent dans cette région n'en serait pas moins fort compromis par les vues de la Prusse sur le Hanovre et sur d'autres parties de la Basse-Saxe, vues que le Cabinet de Berlin ne craint plus d'afficher aujourd'hui, au grand chagrin du prince électeur et de son ministère. L'inquiétude de la Cour de Dresde ne peut être égalée que par le vif regret d'avoir favorisé par une coopération active la réalisation des projets d'asservissement de ce dangereux voisin.

C. Conduite à tenir par Notre ministre plénipotentiaire à la Cour de la Saxe électorale .

Parmi le» questions qui forment de véritables sujets de négociation entre Non» et la Cour électorale, se place en pre-

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