‹ MémoiresChapitre 57 sur 121 · RETOUR DE METTERNICH A PARIS · texte numérisé non relu

RETOUR DE METTERNICH A PARIS

fiance entre les deux Cours. Une explication très-naturelle que M. de Vincent avait portée à Erfurt a été déclarée inadmissible par l'Empereur*. Votre ambassadeur a été chargé en même temps de la déclarer telle à Vienne. L'Empereur Napoléon prévit alors sans doute que des circonstances indépendantes de sa volonté pourraient le porter à mettre luimême en doute le sort futur de la Monarchie espagnole. » M. de Champagny me témoigna son étonnement que le général Andréossy ait fait une déclaration dont il n'aurait point été

chargé

Je vis le même jour M. de Romanzow **, que je trouvai plus occupé que jamais de notre reconnaissance des Rois. Il me fournit la véritable clef de cet empressement extrême de sa part. «La reconnaissance du Roi d'Espagne est mon affaire, me dit-il , mon affaire tout à fait personnelle. C'est moi qui ai engagé l'Empereur Alexandre à s'y prêter; je la regarde comme la base du repos du continent de l'Europe. » Après m'étre prononcé vis-à-vis de lui dans le sens des explications dont Sa Majesté Impériale a chargé M. le prince de Schwai'zenberg à Saint Pétersbourg, je lui fis sentir que la base dont il me parlait se trouvait un peu ébranlée par les dernières publications de Napoléon à Madrid. — « Ce ne sont que des mots» , me répond. t le ministre russe. — «Mais la nomination de Joseph comme lieutenant général de son propre Royaume est un fait, repris-je, et un fait qui peut être suivi de la réunion de l'Espagne à la France. Napoléon, qui ordinairement dit moins qu'il ne fait, n'a pas jeté cette phrase en avant sans quelque intention. Elle peut à la vérité n'être relative qu'à son désir d'effrayer les peuples de la Presqu'île sur une pareille réunion ; elle n'en est pas moins faite pour embrouiller la question de la véritable qualité de Joseph, et pour jeter de la

* Allusion à la question de la reconnaissance du Roi d'Espagne. {Note de CÉditeur.)

** Ministre des affaires étrangères de Russie, qui avait été envoyé à Paris pour rédiger avec Champagny la convention entre la France et la Russie sui la base de l'entrevue d'Erfurt. (Voir plus bas les numéros 134 et 133.) {Note de l'Editeur.)

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défiance en Europe relativement au Royaume nouveau que rEmporcur pourrait lui «Icstiner en compensation de celui d'Espagne, qui au^jmenterait la puissance française. » — «Je ne puis en être inquiet, me dit M. de Romanzow ; on ne saurait empêcher que dans une longue suite de siècles il ne paraisse une fois un génie aussi supérieur que l'est celui de Napoléon, et il serait inutile de vouloir songer à faire son éducation. Il ne faut lui donner aucun sujet de mécontentement et borner à ce soin toute sa politique.» — Je ne me trouvai pas assez fort pour combattre cet argument.

La stagnation la plus complète régnant ici dans les affaires , je n'eus plus aucun motif de m'entretenir avec le ministre des relations extérieures. Depuis notre premier entretien, je ne l'ai plus vu qu'en société. Je sais que dans le rapport qu'il a fait à l'Empereur de cette entrevue, il a relevé le vague dans lequel j'étais resté. M. de Romanzow, de son côté, a cru voir des intentions très-guerrières dans le fait que je n'apportais pas ici la reconnaissance des Rois. Votre Excellence retrouvera dans ces deux opinions le tableau le plus fidèle de la position relative des deux ministres. M. de Cliampagny désire la paix dans l'intérêt de son Maître. M. de Romanzow la désire pour lui-même. Je n'ai rien négligé afin de les persuader tous les deux de la constance de nos intentions pacifiques, et j'ai eu trop de circonstances à faire valoir en faveur de mon argument pour ne pas les appeler à mon secours.

J'ai trouvé depuis les frontières de l'Autriche jusqu'au centre de Paris une seule opinion accréditée dans le public : celle qu'au printemps, au plus tard, l'Autriche entrera en campagne contre la France. On tire cette conclusion de la position relative des deux puissances. On voit Napoléon aux prises à six cents lieues des frontières de notre Empire, la plus grande partie de ses forces se diriger vers ce point éloigné et Y être occupée par une grave et difficile be-.ogne. Les mesures qu'il prend de loin annoncent, d'un autre côté, qu il jette lui-même des regards observateurs sur nous ; tout enfin , les desseins qu'on lui prête, la force de l'Autriche, les embarras momentanés mais très-réels de la France, l'état de délabre-

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